Accueil/Batailles/Bataille de Fontenoy

Époque Moderne

Bataille de Fontenoy

11 mai 1745·Fontenoy, près de Tournai, Flandres autrichiennes

À Fontenoy, le maréchal Maurice de Saxe, malade mais génial, inflige à l'armée alliée britanno-néerlandaise la défaite la plus lourde qu'elle ait subie au XVIIIe siècle. La colonne d'infanterie britannique perce les lignes françaises mais est finalement repoussée par une contre-attaque combinée. Louis XV, présent sur le champ de bataille, assiste à la victoire.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume de France

Commandant : Maréchal Maurice de Saxe

EffectifsEnviron 52 000 soldats
PertesEnviron 7 000 tués et blessés

Grande-Bretagne, Provinces-Unies, Hanovre, Autriche (Pragmatique Armée)

Commandant : Duc de Cumberland (Guillaume-Auguste)

EffectifsEnviron 50 000 soldats
PertesEnviron 12 000 à 15 000 tués et blessés

« La plus grande victoire française du XVIIIe siècle hors de France. Maurice de Saxe consacre la suprématie tactique de l'armée française. »

Contexte de la bataille de Bataille de Fontenoy

La guerre de Succession d'Autriche (1740–1748) met aux prises la France et ses alliés (Prusse, Bavière, Espagne) contre l'Autriche de Marie-Thérèse soutenue par la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et Hanovre. La France, sous le ministère du cardinal de Fleury puis de Louis XV en personne, cherche à profiter de la faiblesse autrichienne pour consolider ses frontières du nord-est et établir sa domination sur les Pays-Bas autrichiens (Belgique actuelle).

Maurice de Saxe, fils naturel de l'Électeur de Saxe Auguste II le Fort et d'une comtesse, est le commandant en chef des armées françaises. Bien qu'étranger et protestant dans un royaume catholique, son génie militaire est reconnu de tous. En 1745, il est gravement malade — certaines sources évoquent une hydropisie (accumulation de liquide) qui le contraint à se déplacer en chaise à porteurs. Il dirige pourtant la campagne avec une lucidité et une énergie remarquables.

Son objectif : assiéger Tournai, ville fortifiée des Pays-Bas autrichiens. L'armée alliée sous le duc de Cumberland (fils du roi Georges II d'Angleterre) marche pour débloquer la ville. Louis XV et le Dauphin sont présents dans l'armée française — le roi de France assiste à la bataille depuis une hauteur voisine. Maurice de Saxe, anticipant l'attaque, prépare soigneusement ses positions : il dispose ses forces sur un front de plusieurs kilomètres, appuyées sur les villages de Fontenoy, Antoing et la forêt de Barry, créant un "sac" dans lequel l'ennemi devra s'avancer.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 11 mai 1745, à l'aube, l'armée alliée attaque sur plusieurs axes. Les attaques hollandaises sur Fontenoy et les attaques sur la forêt de Barry sont repoussées avec de lourdes pertes. Mais au centre, la colonne d'infanterie britannique — environ 15 000 hommes en ordre parfait — avance directement entre Fontenoy et la forêt de Barry, dans le "couloir" que Maurice de Saxe avait prévu comme piège.

Ce qui suit est l'un des épisodes les plus fameux et les plus débattus de l'histoire militaire du XVIIIe siècle. Selon la tradition (peut-être embellie), lorsque les colonnes britanniques et françaises se retrouvent face à face à quelques dizaines de mètres, un officier français (Charles Hay selon la version britannique, Lord Charles Hay selon la version française) aurait lancé une invitation ironique aux officiers français à tirer les premiers : "Tirez les premiers, Messieurs les Anglais !" La réponse française aurait été une salutation de chapeau et un refus poli de la même invitation. La première salve française, dévastatrice, fut finalement tirée par les Français, mais la version exacte de l'échange reste disputée.

La colonne britannique, malgré des pertes terribles, progresse et pénètre dans les lignes françaises. Sa discipline de fer et sa puissance de feu sont impressionnantes : les Français reculent sur plusieurs centaines de mètres. La situation est critique pour Maurice de Saxe. Depuis sa chaise à porteurs, il ordonne une contre-attaque concertée : l'infanterie irlandaise de la Brigade irlandaise ("Wild Geese" — Oies sauvages, Irlandais jacobites au service de la France) attaque sur un flanc, la cavalerie française attaque sur l'autre. L'artillerie française concentre ses tirs sur la colonne britannique.

Prise de tous côtés, sans possibilité de recevoir des renforts (les alliés hollandais ont été repoussés), la colonne britannique commence à reculer, puis à se replier en bon ordre mais sous des pertes croissantes. Maurice de Saxe lance toute sa cavalerie dans la brèche. La retraite alliée devient déroute sur les flancs. Le champ de bataille reste aux Français.

Les conséquences historiques

Fontenoy est la plus grande victoire française du XVIIIe siècle. Tournai capitule peu après. La France continue sa campagne aux Pays-Bas autrichiens avec succès, prenant Gand, Bruges, Ostende et Bruxelles en 1745–1746. Maurice de Saxe est nommé Maréchal général des camps et armées du roi — la plus haute distinction militaire française — et reçoit le château de Chambord. Louis XV, qui avait assisté à la bataille, renforça sa popularité en France (on l'appelle parfois "le Bien-Aimé" après Fontenoy).

Militairement, Fontenoy confirme les leçons tactiques que Maurice de Saxe avait exposées dans ses "Rêveries sur l'art de la guerre" : l'importance de la préparation, du terrain, des positions défensives solides et de la contre-attaque au bon moment. Sa victoire influença la pensée militaire française jusqu'à la Révolution et au-delà.

Politiquement cependant, les succès français aux Pays-Bas ne se traduisirent pas par des gains territoriaux durables. Par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748) qui mit fin à la guerre, la France restitua toutes ses conquêtes aux Pays-Bas en échange de la restitution de ses colonies outre-mer. Voltaire, qui avait composé un poème épique sur Fontenoy ("La Bataille de Fontenoy"), vit avec amertume les conquêtes de son héros Maurice de Saxe disparaître dans les méandres de la diplomatie.

Le saviez-vous ?

Maurice de Saxe dirigea la bataille de Fontenoy depuis une chaise à porteurs d'osier, incapable de monter à cheval en raison de sa grave maladie (hydropisie). Cette image d'un maréchal de France, entouré d'officiers et de courriers, dictant ses ordres depuis ce siège improvisé tout en observant le combat au loin, devint l'une des images les plus frappantes de l'histoire militaire française du XVIIIe siècle. Son état de santé était si alarmant que certains de ses officiers lui avaient conseillé de ne pas faire campagne cette année-là. Il mourut quatre ans plus tard, en 1750, à Chambord, dans le château que lui avait offert Louis XV — épuisé, mais couvert de gloire.

Généraux impliqués

Royaume de France :
Maréchal Maurice de Saxe
Grande-Bretagne, Provinces-Unies, Hanovre, Autriche (Pragmatique Armée) :
Duc de Cumberland (Guillaume-Auguste)

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

Questions fréquentes

Qui était Maurice de Saxe et pourquoi est-il considéré comme un grand stratège ?

Hermann Maurice de Saxe (1696–1750) est l'un des plus grands chefs de guerre français du XVIIIe siècle, bien qu'étranger et protestant. Fils naturel de l'Électeur de Saxe Auguste II le Fort, il servit dans diverses armées européennes avant d'entrer au service de la France. Sa maîtrise de la tactique, de la logistique et de la psychologie du soldat lui valut la réputation d'un des meilleurs généraux de son époque. Il théorisa son art de la guerre dans les "Rêveries sur l'art de la guerre" (publiées posthumément), l'un des traités militaires les plus importants du XVIIIe siècle. Ses victoires à Fontenoy (1745), Raucoux (1746) et Lawfeld (1747) lui valurent le titre exceptionnel de Maréchal général, accordé seulement à six officiers dans l'histoire de France.

Quel était le rôle de la Brigade irlandaise à Fontenoy ?

La Brigade irlandaise (connue aussi sous le nom de "Wild Geese" — Oies sauvages) était une formation d'élite de l'armée française composée de soldats irlandais catholiques, principalement des exilés jacobites qui avaient fui l'Irlande après la défaite de Jacques II (1691). Ces soldats combattaient sous drapeau français mais avec une motivation particulière : pour beaucoup, chaque victoire sur les Britanniques était une revanche personnelle pour l'Irlande occupée. À Fontenoy, la Brigade irlandaise joua un rôle décisif dans la contre-attaque qui repoussa la colonne britannique. Leur cri de guerre "Cuimhnigí ar Luimneach agus feall na Sasanach !" ("Souviens-toi de Limerick et de la trahison anglaise !") résumait leur état d'esprit.

L'échange de politesses "Tirez les premiers, Messieurs les Anglais" est-il historique ?

L'épisode est célèbre mais son authenticité est incertaine. La version la plus répandue attribue la formule à Lord Charles Hay, officier britannique des Foot Guards, qui aurait soulevé son chapeau et invité poliment les Gardes françaises à tirer les premiers. Un officier français aurait répondu par une courtoisie symétrique. Voltaire, dans son poème sur Fontenoy, mentionne cet échange. Cependant, les sources directes sont rares et contradictoires. L'historiographie moderne est divisée : certains historiens considèrent l'épisode comme plausible (la culture militaire du XVIIIe siècle valorisait ce type de geste aristocratique), d'autres comme une invention a posteriori pour embellir la bataille. Vrai ou légendaire, cet échange est devenu l'un des symboles de la "guerre en dentelles" du XVIIIe siècle.