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Moyen Âge

Bataille du fleuve Salsu

612 apr. J.-C.·Fleuve Cheongcheon (fleuve Salsu), Goguryeo

En 612, l'empereur Yangdi des Sui lance l'une des plus grandes invasions de l'histoire de l'Asie orientale contre le Goguryeo. Le général coréen Eulji Mundeok, par une stratégie de retraite délibérée et d'embuscade, anéantit l'armée Sui au fleuve Salsu. Sur 305 000 soldats engagés, moins de 3 000 repassèrent la frontière.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume de Goguryeo

Commandant : Eulji Mundeok

EffectifsEnviron 100 000 à 200 000 soldats (dont cavalerie et garnisons fortifiées)
PertesLégères — défense réussie

Empire Sui (Chine)

Commandant : Yu Zhongwen et Yuwen Shu

Effectifs300 000 soldats de l'armée d'invasion orientale (sur une armée totale d'un million selon les sources)
PertesCatastrophiques : environ 270 000 tués selon les chroniques coréennes et chinoises

« L'une des plus grandes défaites militaires de l'histoire chinoise, qui épuisa la dynastie Sui et précipita sa chute. »

Contexte de la bataille de Bataille du fleuve Salsu

Le Goguryeo, l'un des Trois Royaumes de Corée, était à son apogée au début du VIIe siècle : un État puissant, militarisé, couvrant la Mandchourie méridionale et la moitié nord de la péninsule coréenne. Sa capitale Pyongyang était une ville fortifiée réputée imprenable. Le Goguryeo avait longtemps résisté aux pressions de la Chine continentale et refusait de se soumettre à la suzeraineté des nouvelles dynasties chinoises.

L'empire des Sui, fondé en 581 après des siècles de division de la Chine, cherchait à imposer son hégémonie à tous les États voisins. L'empereur Yangdi (règne : 604–618) était particulièrement ambitieux et autocratique. Il avait déjà lancé des grands travaux colossaux (le Grand Canal reliant le nord et le sud de la Chine) qui avaient épuisé la population. La soumission du Goguryeo était pour lui une question de prestige impérial : plusieurs empereurs avant lui avaient tenté d'y soumettre le nord de la Corée, toujours sans succès durable.

En 612, Yangdi mobilisa une armée d'une taille inouïe. Les sources chinoises et coréennes parlent d'une armée de plus d'un million de soldats au total — chiffre presque certainement exagéré, mais témoignant d'un effort militaire sans précédent dans la région. Une force d'environ 300 000 soldats fut chargée de l'attaque principale vers Pyongyang par voie terrestre, pendant qu'une flotte attaquait par mer. Cette armée immense, avec ses trains de ravitaillement gigantesques, constituait à la fois une force formidable et un problème logistique majeur.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le général coréen Eulji Mundeok adopta une stratégie brillante et audacieuse face à l'invasion. Plutôt que de chercher à stopper l'armée Sui aux frontières, il se replia délibérément, abandonnant le terrain tout en refusant les engagements décisifs. Il laissait l'immense armée Sui s'avancer profondément en territoire coréen, allongeant ses lignes de ravitaillement, épuisant ses hommes et ses chevaux dans une marche interminable à travers un pays hostile.

Pendant cette phase de retraite calculée, Eulji Mundeok envoya même une ambassade aux généraux Sui pour négocier — peut-être pour mieux les observer et gagner du temps. Il s'entretint personnellement avec Yu Zhongwen, le commandant de l'armée orientale Sui, évaluant ses intentions. Des négociations eurent lieu, sans aboutir, mais elles contribuèrent à retarder l'offensive ennemie.

L'armée Sui, après des semaines de marche, atteignit les abords de Pyongyang. Mais à ce point, elle était épuisée, ses lignes de ravitaillement surétirées, ses hommes souffrant de maladies et de disette. Les Sui lancèrent plusieurs assauts sur Pyongyang mais ne purent emporter la ville. Devant l'impossibilité de prendre la capitale coréenne, Yu Zhongwen ordonna la retraite.

C'est lors de cette retraite qu'Eulji Mundeok frappa. Au moment où l'armée Sui traversait le fleuve Salsu (l'actuel fleuve Cheongcheon), les Coréens avaient barré le cours d'eau en amont. Lorsque l'armée Sui était en plein milieu du passage, à la fois vulnérable et fractionnée, le barrage fut ouvert. La crue soudaine engloutit des milliers de soldats en train de traverser. Simultanément, l'infanterie et la cavalerie coréennes attaquèrent de toutes parts. L'armée Sui, prise en tenaille entre la crue et les attaquants, fut anéantie.

Les chroniques coréennes et chinoises s'accordent sur un bilan catastrophique : des 305 000 soldats engagés dans l'attaque de Pyongyang, 2 700 seulement repassèrent la frontière de l'empire. Les autres furent tués, noyés ou capturés. C'est l'un des taux d'anéantissement les plus élevés de l'histoire militaire mondiale.

Les conséquences historiques

La défaite du Salsu fut l'une des catastrophes militaires les plus retentissantes de l'histoire de l'Asie orientale. Pour l'empire des Sui, les pertes humaines et matérielles furent colossales. L'armée qui avait traversé la Mandchourie n'existait plus. Les généraux survivants revinrent en Chine dans la honte. L'empereur Yangdi, loin de renoncer, lança deux nouvelles expéditions contre le Goguryeo en 613 et 614 — mais toutes deux échouèrent également, la deuxième étant interrompue par une révolte en Chine.

Ces trois défaites consécutives contre le Goguryeo épuisèrent les ressources de la Chine des Sui et alimentèrent une révolte généralisée. En 618, l'empire des Sui s'effondra après seulement 37 ans d'existence. La dynastie Tang qui lui succéda dut reconstruire l'État pendant des années avant de pouvoir de nouveau envisager des conquêtes extérieures. Les Tang lancèrent à leur tour des expéditions contre le Goguryeo entre 644 et 668, mais avec plus de succès — et seulement après avoir formé une alliance avec le royaume de Silla.

Pour le Goguryeo, la victoire du Salsu consacra son prestige militaire et sa résistance héroïque. Eulji Mundeok devint un héros national qui est célébré en Corée jusqu'à aujourd'hui. Son nom est associé à la plus grande victoire militaire de l'histoire coréenne ancienne, symbole de la résistance d'un petit pays face à la puissance démesurée d'un empire continental.

Le saviez-vous ?

Avant la bataille du Salsu, Eulji Mundeok envoya au général Sui Yu Zhongwen un poème moqueur — en chinois, la langue de la diplomatie et de la culture dans toute l'Asie orientale. Ce poème, qui vantait ironiquement les "grandes victoires" de l'armée Sui (qui n'avait en réalité remporté que des batailles mineures) tout en suggérant subtilement qu'il était temps de rentrer chez soi, est considéré comme le plus ancien poème coréen connu. Yu Zhongwen, vexé ou peut-être inquiet de l'audace affichée par son adversaire, pressa le retrait de son armée — marchant ainsi directement dans le piège tendu au fleuve Salsu. La poésie comme arme de guerre : une dimension de la bataille du Salsu souvent oubliée.

Généraux impliqués

Royaume de Goguryeo :
Eulji Mundeok
Empire Sui (Chine) :
Yu Zhongwen et Yuwen Shu

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

Pourquoi l'invasion Sui du Goguryeo en 612 fut-elle si désastreuse ?

Plusieurs facteurs combinés expliquent la catastrophe Sui. D'abord, la logistique : une armée de 300 000 hommes nécessite un ravitaillement colossal, et les lignes d'approvisionnement en territoire ennemi étaient vulnérables. Ensuite, la stratégie coréenne : Eulji Mundeok refusa les batailles rangées, retraita délibérément, et laissa l'ennemi s'épuiser. Pyongyang s'avéra imprenable. Enfin, l'embuscade au Salsu : en barrant le fleuve puis en libérant soudainement les eaux sur une armée à mi-traversée, les Coréens créèrent une situation de panique incontrôlable. La combinaison de l'épuisement préalable et de l'attaque surprise pendant la traversée du fleuve fut fatale.

Quel impact la défaite du Salsu eut-elle sur la Chine ?

La défaite du Salsu (612) et les deux expéditions suivantes (613, 614) épuisèrent l'empire Sui. Ces guerres désastreuses, combinées aux travaux colossaux du Grand Canal, provoquèrent une révolte généralisée de la population chinoise. En 618, l'empire Sui s'effondra après seulement 37 ans. La dynastie Tang qui lui succéda dut mettre des décennies à se stabiliser. C'est donc une bataille coréenne qui précipita la chute d'une des grandes dynasties chinoises et redressa le cours de l'histoire de toute l'Asie orientale pour des siècles.

Qui était Eulji Mundeok et comment est-il perçu en Corée aujourd'hui ?

Eulji Mundeok est considéré comme l'un des plus grands héros militaires de l'histoire coréenne. Général du royaume de Goguryeo, il est célèbre non seulement pour sa stratégie militaire brillante (retraite délibérée, embuscade au fleuve) mais aussi pour son intelligence culturelle — il maîtrisait le chinois et envoya un poème à son adversaire avant la bataille. En Corée du Sud, son nom est associé à des musées, des monuments et des unités militaires. La victoire du Salsu est enseignée dans les écoles comme exemple de résistance d'un peuple face à une puissance écrasante, et Eulji Mundeok figure parmi les "cinq grands généraux" de l'histoire militaire coréenne.