Le 16 novembre 1532, Francisco Pizarro tendit un piège à l'empereur inca Atahualpa sur la place de Cajamarca. En moins de deux heures, ses 168 conquistadors massacrèrent des milliers de guerriers incas et capturèrent Atahualpa. Cette embuscade marqua le début de la conquête espagnole du Pérou.
Forces en Présence
Conquistadors espagnols
Commandant : Francisco Pizarro
Empire inca
Commandant : Atahualpa
« La capture d'Atahualpa à Cajamarca provoqua l'effondrement de l'Empire inca, le plus vaste État des Amériques précoloniales. »
Contexte : Bataille de Cajamarca
La bataille de Cajamarca est l'un des épisodes les plus stupéfiants de l'histoire de la conquête des Amériques. En novembre 1532, 168 Espagnols commandés par Francisco Pizarro s'emparèrent de l'empereur Atahualpa et mirent en déroute des milliers de guerriers incas lors d'une embuscade fulgurante. Cet événement précipita la chute de l'Empire inca, le plus vaste et le plus organisé des États précolombiens.
L'Empire inca, ou Tawantinsuyu ("les quatre quartiers"), s'étendait sur plus de 4 000 kilomètres le long de la cordillère des Andes, de l'actuelle Colombie au Chili. Il comptait entre 10 et 12 millions de sujets, un réseau routier de 30 000 kilomètres, un système administratif sophistiqué et des armées de dizaines de milliers d'hommes. Pourtant, à l'arrivée de Pizarro, l'empire traversait une crise politique majeure.
Le Sapa Inca Huayna Capac était mort vers 1527 ou 1528, probablement de la variole, qui avait précédé les Espagnols le long des routes commerciales depuis le Mexique et l'Amérique centrale. Sa mort déclencha une guerre civile entre ses deux fils : Huáscar, basé à Cuzco dans le sud, et Atahualpa, basé à Quito dans le nord. Après plusieurs années de conflit sanglant, Atahualpa triompha début 1532, capturant son frère. Mais cette victoire laissa l'empire épuisé et profondément divisé.
C'est dans ce contexte que Pizarro débarqua sur la côte péruvienne en janvier 1532 avec environ 168 hommes et 62 chevaux. Vétéran de plusieurs expéditions en Amérique centrale, Pizarro connaissait la stratégie utilisée par Cortés au Mexique : capturer le souverain pour paralyser l'empire. Il avait obtenu une licence royale (capitulación) de Charles Quint en 1529 pour conquérir et gouverner le "Pérou".
Pizarro progressa lentement vers l'intérieur des terres, recueillant des informations sur Atahualpa, qui se trouvait dans la ville thermale de Cajamarca après sa victoire sur Huáscar. L'empereur, informé de la présence des étrangers, ne les jugeait pas menaçants : comment 168 hommes pourraient-ils représenter un danger pour un souverain disposant de 40 000 à 80 000 guerriers ? Cette confiance excessive allait s'avérer fatale.
Pizarro arriva à Cajamarca le 15 novembre 1532. La ville, située à 2 750 mètres d'altitude dans une vallée andine, possédait une grande place triangulaire entourée de bâtiments bas avec des portes étroites. Pizarro reconnut immédiatement le potentiel tactique de cet espace clos et conçut son plan d'embuscade.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le soir du 15 novembre, Pizarro envoya une ambassade dirigée par Hernando de Soto et son frère Hernando Pizarro au camp d'Atahualpa, situé à quelques kilomètres de la ville. Les Espagnols invitèrent l'empereur à une entrevue le lendemain sur la place de Cajamarca. Atahualpa accepta, probablement curieux de ces étrangers dont il avait entendu parler depuis des mois.
Pendant la nuit, Pizarro disposa ses hommes en embuscade autour de la grande place. La cavalerie, répartie en deux escadrons commandés par Hernando Pizarro et Hernando de Soto, se dissimula dans les bâtiments bordant la place. L'infanterie, équipée d'épées, de piques et d'arquebuses, prit position dans d'autres bâtiments. Les quatre petits canons (falconets) furent placés en position dominante. Le signal d'attaque serait un coup de canon.
Le 16 novembre, Atahualpa prit son temps. Les Espagnols, tendus, attendirent pendant des heures. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que le cortège impérial se mit en marche vers Cajamarca. Atahualpa arriva sur une litière portée par 80 seigneurs en tuniques bleues, précédé par des milliers de serviteurs et de guerriers, selon les estimations entre 3 000 et 8 000 personnes. La plupart étaient des courtisans et des serviteurs, beaucoup sans armes. L'armée principale, forte de plusieurs dizaines de milliers d'hommes, était restée dans le campement à l'extérieur de la ville.
Le frère dominicain Vicente de Valverde s'avança vers l'empereur avec un interprète et une Bible. Selon les chroniques espagnoles, il prononça le Requerimiento, une sommation juridique exigeant la soumission au roi d'Espagne et la conversion au christianisme. Atahualpa, ne comprenant pas ce texte étrange, prit le livre que lui tendait le moine, l'examina et le jeta à terre. Les chroniques divergent sur les détails exacts de cet échange ; certaines rapportent qu'Atahualpa demanda simplement pourquoi il devrait obéir à un roi qu'il ne connaissait pas.
Valverde courut vers Pizarro en criant que l'Inca avait rejeté la parole de Dieu. Pizarro donna le signal. Le canon tonna, et la cavalerie chargea sur la place depuis les bâtiments où elle était cachée. L'effet de surprise fut total et dévastateur.
Les Incas, entassés sur la place, ne pouvaient ni fuir ni se battre. Beaucoup n'avaient pas d'armes. Les chevaux, animaux que les Andins n'avaient jamais vus, provoquèrent une panique indescriptible. Les cavaliers espagnols, cuirassés et armés de lances, fauchèrent la foule dense. Les fantassins suivirent avec leurs épées d'acier de Tolède, arme incomparablement supérieure aux massues et aux frondes incas. Les arquebuses et les canons ajoutèrent au carnage et à la terreur.
Le massacre dura moins de deux heures. Selon les chroniques espagnoles, entre 2 000 et 6 000 Incas furent tués sur la place ou dans leur fuite. Les porteurs de la litière impériale furent abattus les uns après les autres, mais d'autres prenaient immédiatement leur place pour empêcher l'empereur de tomber. Pizarro lui-même se fraya un chemin jusqu'à la litière et saisit Atahualpa. Un soldat espagnol tenta de frapper l'empereur d'un coup d'épée, mais Pizarro para le coup, recevant une blessure à la main, la seule blessure espagnole notable de la journée.
Atahualpa fut capturé vivant. Selon les sources espagnoles, aucun conquistador ne fut tué, et seuls quelques-uns furent blessés, la plupart par des coups accidentels de leurs propres compagnons dans la mêlée. Ce déséquilibre extraordinaire s'explique par l'effet de surprise, la supériorité technologique (acier, chevaux, armes à feu), l'absence d'armes chez une grande partie du cortège inca, et le choc psychologique provoqué par les chevaux et les détonations.
Les conséquences historiques
La capture d'Atahualpa paralysa l'Empire inca. Le système politique tawantinsuyu reposait entièrement sur la personne divine du Sapa Inca ; sans lui, la chaîne de commandement se brisa. Les généraux incas, qui disposaient de dizaines de milliers de guerriers, n'osèrent pas attaquer par crainte de voir leur souverain exécuté.
Atahualpa, comprenant rapidement la cupidité des Espagnols, proposa une rançon fabuleuse : remplir une pièce d'or et deux pièces d'argent en échange de sa liberté. La pièce, dite "salle de la rançon" (toujours visible à Cajamarca), mesurait environ 6,7 mètres de long, 5,2 mètres de large, et l'or devait atteindre une hauteur de 2,7 mètres. Pendant plusieurs mois, des convois de trésors affluèrent de tout l'empire : objets liturgiques, plaques murales de temples, statues, vaisselle cérémonielle.
La rançon totale est estimée entre 6 000 et 13 000 kilos d'or et 12 000 kilos d'argent, la plus grande rançon jamais payée dans l'histoire. Les Espagnols fondirent la quasi-totalité de ces objets en lingots, détruisant irrémédiablement des chefs-d'œuvre d'orfèvrerie andine vieux de plusieurs siècles.
Malgré le paiement de la rançon, Pizarro fit juger et exécuter Atahualpa le 26 juillet 1533. L'empereur fut accusé de polygamie, d'idolâtrie et du meurtre de son frère Huáscar (tué sur ses ordres pendant sa captivité). Condamné au bûcher, Atahualpa accepta le baptême in extremis pour être étranglé au garrot plutôt que brûlé, la crémation étant incompatible avec les croyances incas sur l'au-delà.
La mort d'Atahualpa ouvrit la voie à la marche sur Cuzco, que Pizarro atteignit en novembre 1533. Les Espagnols installèrent des empereurs fantoches successifs, tout en pillant systématiquement les richesses de l'empire. La résistance inca se poursuivit depuis la forteresse de Vilcabamba jusqu'en 1572, date de la capture et de l'exécution du dernier Inca, Túpac Amaru.
L'événement de Cajamarca servit de modèle pour les conquêtes ultérieures, confirmant la stratégie de Cortés : frapper la tête de l'empire pour paralyser le corps. Il reste l'un des exemples les plus frappants de l'asymétrie technologique et tactique qui caractérisa la conquête des Amériques.
Le saviez-vous ?
La rançon d'Atahualpa, la plus grande jamais versée dans l'histoire, révèle une incompréhension culturelle profonde. Pour les Incas, l'or (sueur du Soleil) et l'argent (larmes de la Lune) n'avaient pas de valeur monétaire : ils étaient des matériaux sacrés, utilisés pour honorer les dieux et décorer les temples. Les Espagnols, eux, ne voyaient que du métal précieux à fondre en lingots. Lorsque les orfèvres espagnols examinèrent les pièces apportées en rançon, ils furent stupéfaits par la finesse du travail : des papillons en or aux ailes articulées, des épis de maïs grandeur nature avec des feuilles d'argent et des grains d'or, des fontaines ornementales. Toutes ces merveilles furent fondues sans hésitation. On estime que 99% de l'orfèvrerie inca fut détruite par les conquistadors, une perte culturelle incalculable.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Comment 168 Espagnols ont-ils pu vaincre l'Empire inca à Cajamarca ?
La victoire espagnole à Cajamarca s'explique par plusieurs facteurs combinés. L'effet de surprise fut total : Atahualpa ne s'attendait pas à une attaque et la plupart de ses accompagnateurs étaient désarmés. La supériorité technologique joua un rôle décisif : les chevaux, inconnus en Amérique, provoquèrent la panique, tandis que les armures d'acier protégeaient les Espagnols des coups de massue incas. Les armes à feu et les canons, bien que peu nombreux, eurent un effet psychologique dévastateur. Enfin, l'espace confiné de la place empêcha les Incas de fuir ou de s'organiser. L'armée principale d'Atahualpa, campée à l'extérieur, n'intervint pas par crainte pour leur empereur.
Quelle était la rançon d'Atahualpa et pourquoi a-t-il été exécuté ?
Atahualpa proposa de remplir une pièce d'or (environ 6,7 m x 5,2 m) jusqu'à 2,7 m de hauteur, plus deux pièces d'argent. La rançon totale représenta entre 6 000 et 13 000 kilos d'or et 12 000 kilos d'argent, la plus importante de l'histoire. Malgré ce paiement colossal, Pizarro fit juger Atahualpa le 26 juillet 1533. Les charges comprenaient la polygamie, l'idolâtrie et le meurtre de son frère Huáscar. En réalité, Pizarro craignait qu'Atahualpa vivant ne serve de point de ralliement pour une contre-attaque. L'empereur accepta le baptême pour échapper au bûcher et fut exécuté par garrot.
Quelles ont été les conséquences de Cajamarca sur l'Empire inca ?
La capture puis l'exécution d'Atahualpa provoquèrent l'effondrement du système politique inca. L'empire, structuré autour de la personne sacrée du Sapa Inca, ne pouvait fonctionner sans lui. Les généraux incas, malgré leurs forces supérieures, furent paralysés par l'absence de directives. Pizarro exploita les divisions de l'empire en installant des empereurs fantoches. Il prit Cuzco en novembre 1533 et pilla systématiquement les richesses de l'empire. Une résistance inca subsista depuis Vilcabamba jusqu'en 1572, mais l'empire en tant qu'entité politique avait cessé d'exister dès 1533. La population andine subit un effondrement démographique de 80 à 90% au cours du siècle suivant.
