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Époque Moderne

Bataille de Höchst

20 juin 1622·Höchst, près de Francfort-sur-le-Main, Saint-Empire romain germanique

Le 20 juin 1622, Tilly attaque l'armée protestante de Christian de Brunswick alors qu'elle tente de franchir le Main à Höchst, près de Francfort. Pris en pleine traversée du fleuve, les protestants subissent de lourdes pertes, des centaines de soldats se noyant dans les eaux du Main. Christian parvient à s'échapper avec une partie de ses forces, mais la jonction avec Mansfeld est compromise.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Ligue catholique

Commandant : Johann Tserclaes, comte de Tilly

Effectifs25 000 hommes
PertesEnviron 1 000 tués et blessés

Forces protestantes de Brunswick

Commandant : Christian de Brunswick, administrateur de Halberstadt

Effectifs12 000 à 15 000 hommes
Pertes2 000 tués, nombreux noyés dans le Main
Effectifs & Pertes
Ligue catholiqueForces protestantes de Brunswick
06k13k19k25k00EFFECTIFS00PERTES4%des effectifs13%des effectifs

« Deuxième victoire catholique majeure en six semaines après Wimpfen, Höchst achève de briser la résistance protestante armée dans la phase palatine de la guerre de Trente Ans. »

Contexte : Bataille de Höchst

Six semaines après sa victoire à Wimpfen, Tilly poursuit sa campagne de destruction systématique des armées protestantes dispersées dans le sud de l'Allemagne. La stratégie catholique est limpide : empêcher la concentration des forces ennemies. Frapper vite, frapper séparément. Le margrave de Bade-Durlach a été éliminé début mai. Reste Christian de Brunswick.

Christian de Brunswick est un personnage haut en couleur. Jeune, fougueux, impétueux. À 22 ans, il se proclame défenseur de la cause protestante et, surtout, chevalier servant d'Élisabeth Stuart, l'épouse de Frédéric V du Palatinat, pour qui il voue une passion romantique. Sa devise : "Tout pour Dieu et pour elle." Il a levé une armée de 12 000 à 15 000 hommes, recrutée en Basse-Saxe et en Westphalie, composée largement de mercenaires payés avec l'argenterie pillée dans les églises catholiques de la région. Ce pillage systématique lui vaut le surnom de "der tolle Halberstädter" (le fou de Halberstadt) parmi les catholiques.

Son armée est indisciplinée mais nombreuse. Christian marche vers le sud pour rejoindre Mansfeld, dernier chef militaire protestant encore actif dans la région. Leur jonction créerait une force de 25 000 à 30 000 hommes, suffisante pour contester la suprématie de Tilly. Le problème : Christian doit franchir le Main, obstacle fluvial sérieux, avant de pouvoir atteindre Mansfeld.

Tilly, informé de la marche de Christian, se porte à sa rencontre avec 25 000 hommes. Son armée est plus forte, mieux équipée, et supérieurement commandée. Tilly connaît le terrain. Il sait que Christian devra traverser le Main quelque part entre Francfort et Aschaffenburg. La ville de Höchst, à l'ouest de Francfort, offre un pont, et c'est vers ce point de passage que Christian se dirige.

La situation est critique pour le jeune prince protestant. Devant lui, le Main. Derrière lui, l'armée de Tilly qui se rapproche. S'il réussit la traversée, il peut encore sauver son armée et rejoindre Mansfeld. S'il échoue, c'est la catastrophe. La course contre le temps commence.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 20 juin 1622, Christian de Brunswick commence la traversée du Main à Höchst tôt dans la matinée. Ses troupes utilisent un pont de bateaux construit à la hâte, en plus du pont de pierre existant. L'opération est lente. Des milliers d'hommes, des chariots, de l'artillerie, des bagages : faire traverser un fleuve à une armée entière prend des heures. Christian le sait. Il déploie une arrière-garde solide sur la rive nord pour couvrir le passage.

Tilly arrive en milieu de matinée. L'occasion est trop belle. Une armée en pleine traversée de fleuve, c'est une armée coupée en deux, vulnérable au maximum. Le vieux général catholique ne perd pas une minute. Il lance immédiatement son infanterie contre l'arrière-garde protestante.

Les premiers régiments protestants tiennent avec courage. Retranchés derrière des barricades improvisées, des murs de jardin, des haies, ils résistent aux assauts des tercios catholiques pendant plus d'une heure. Le temps s'écoule. Sur le pont, la traversée continue dans un chaos croissant. Les hommes se bousculent, les chariots bloquent le passage, la panique commence à se répandre parmi les soldats qui attendent leur tour.

Tilly engage alors sa cavalerie. Les cuirassiers bavarois contournent l'arrière-garde protestante par les flancs et chargent les colonnes de fantassins qui attendent de traverser. C'est le début du carnage. Les soldats protestants, pris entre la cavalerie catholique et le fleuve, n'ont nulle part où fuir. Des centaines se jettent dans le Main pour tenter de nager jusqu'à l'autre rive. Beaucoup se noient, alourdis par leur équipement. Les eaux du fleuve charrient les corps pendant des jours.

L'arrière-garde, submergée par le nombre, finit par se désintégrer. Les tercios catholiques avancent jusqu'au pont lui-même, sabrant les fuyards, capturant les traînards. L'artillerie protestante, abandonnée sur la rive nord, tombe aux mains de Tilly. Les chariots de bagages, pillés méthodiquement, révèlent l'ampleur du butin ecclésiastique accumulé par Christian : calices, ciboires, croix d'argent volés dans les églises de Westphalie.

Christian de Brunswick parvient à traverser le Main avec environ 8 000 à 10 000 survivants. Mais son armée est désorganisée, démoralisée, privée de son artillerie et de ses bagages. Les pertes sont difficiles à chiffrer avec précision : au moins 2 000 tués sur le champ de bataille, auxquels s'ajoutent des centaines de noyés dans le Main, jamais comptabilisés. Les pertes catholiques restent modestes, autour de 1 000 hommes, un rapport asymétrique typique des batailles où un camp est surpris en position de vulnérabilité extrême.

Christian réussit malgré tout à rejoindre Mansfeld quelques jours plus tard avec les débris de son armée. Mais la force combinée est trop faible et trop désorganisée pour menacer Tilly. Les deux chefs protestants se replient vers les Pays-Bas.

Les conséquences historiques

Höchst, après Wimpfen, est le deuxième coup de massue porté à la résistance protestante dans le Saint-Empire en l'espace de six semaines. Le bilan est accablant pour le camp réformé. Deux armées protestantes ont été détruites ou gravement affaiblies. Le Palatinat est sans défenseurs. Tilly peut occuper les terres de Frédéric V sans opposition sérieuse.

Le margrave de Bade-Durlach a abdiqué. Christian de Brunswick survit mais son armée n'est plus qu'une ombre. Mansfeld se replie vers la Hollande avec ses mercenaires. Frédéric V du Palatinat, réfugié à La Haye, est un roi sans royaume, un Électeur sans électorat. En 1623, l'empereur Ferdinand II transfère officiellement la dignité électorale palatine à Maximilien de Bavière. La phase palatine de la guerre de Trente Ans se termine par un triomphe catholique total.

Les conséquences diplomatiques sont profondes. L'Angleterre de Jacques Ier, beau-père de Frédéric V, est humiliée mais incapable d'intervenir militairement. La France de Louis XIII observe avec inquiétude la montée en puissance des Habsbourg. Les Provinces-Unies accueillent les restes des armées protestantes mais ne peuvent pas, seules, renverser la situation en Allemagne.

Il faudra trois ans pour qu'un nouveau champion protestant émerge. En 1625, le roi Christian IV de Danemark entre en guerre, ouvrant la phase danoise du conflit. Mais Tilly, renforcé par l'armée de Wallenstein, écrasera aussi cette intervention. La guerre de Trente Ans est loin d'être terminée ; elle ne fait qu'entrer dans sa spirale d'escalade.

Le saviez-vous ?

Christian de Brunswick portait au combat un gant brodé appartenant à Élisabeth Stuart, l'épouse de Frédéric V du Palatinat. Ce geste de chevalerie romantique, anachronique en pleine guerre de religion, alimentait les moqueries catholiques et l'admiration protestante. À Höchst, Christian perdit un bras durant la bataille, touché par un boulet de canon selon certaines sources (d'autres situent cette blessure à la bataille de Fleurus, quelques mois plus tard). Quoi qu'il en soit, il fit graver sur son bras artificiel la devise "Tout pour Dieu et pour elle". Il continua à combattre avec un seul bras, levant de nouvelles troupes en 1623. Il mourut en 1626, probablement de maladie, à seulement 26 ans. Son destin tragique, mêlant amour courtois, mutilation et mort précoce, en fit une figure romanesque de la guerre de Trente Ans.

Généraux impliqués

Ligue catholique :
Johann Tserclaescomte de Tilly
Forces protestantes de Brunswick :
Christian de Brunswickadministrateur de Halberstadt

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

Pourquoi Christian de Brunswick traversait-il le Main à Höchst ?

Christian de Brunswick tentait de franchir le Main pour rejoindre l'armée de Mansfeld, stationnée au sud du fleuve. La jonction de leurs forces aurait créé une armée de 25 000 à 30 000 hommes, assez puissante pour contester la suprématie de Tilly en Allemagne du Sud. Höchst, à l'ouest de Francfort, offrait un pont de pierre et la possibilité de construire un pont de bateaux supplémentaire. Christian savait que Tilly le poursuivait, mais il comptait traverser avant d'être rattrapé. Son calcul s'avéra faux : Tilly arriva alors que la moitié de l'armée protestante était encore sur la rive nord, créant la situation la plus dangereuse qui soit en art militaire.

Combien de soldats protestants se sont noyés dans le Main à Höchst ?

Le nombre exact de noyés reste inconnu. Les chroniqueurs de l'époque parlent de "centaines" de soldats emportés par le courant du Main. Pris entre la cavalerie catholique et le fleuve, des fantassins protestants se jetèrent à l'eau pour tenter de rejoindre l'autre rive. Alourdis par leur équipement (mousquets, épées, casques, bandoulières de poudre), beaucoup coulèrent à pic. D'autres, blessés, n'eurent pas la force de nager. Les corps furent retrouvés en aval pendant plusieurs jours. En ajoutant les noyés aux 2 000 tués au combat, les pertes totales protestantes dépassent probablement les 3 000 hommes.

Quel était le lien entre les batailles de Wimpfen et Höchst ?

Wimpfen et Höchst forment un diptyque militaire. Elles illustrent la stratégie de Tilly consistant à battre séparément les armées protestantes avant qu'elles ne puissent se regrouper. Le 6 mai 1622, Tilly détruit l'armée du margrave de Bade-Durlach à Wimpfen. Six semaines plus tard, le 20 juin, il surprend Christian de Brunswick à Höchst. Les deux victoires suivent le même schéma : supériorité numérique catholique, exploitation d'une erreur adverse (l'explosion à Wimpfen, la traversée du fleuve à Höchst), et destruction rapide d'une armée protestante inférieure. Ensemble, ces deux batailles concluent la phase palatine de la guerre de Trente Ans par un triomphe catholique sans appel.