Le 16 novembre 1632, l'armée suédoise de Gustave Adolphe affronte les impériaux de Wallenstein à Lützen, en Saxe. Les Suédois l'emportent et forcent Wallenstein à la retraite, mais le roi de Suède est tué au combat, événement qui bouleverse l'équilibre politique de la guerre de Trente Ans.
Forces en Présence
Armée suédoise et alliés protestants
Commandant : Roi Gustave II Adolphe (tué au combat), puis Bernhard de Saxe-Weimar
Armée impériale catholique
Commandant : Albrecht von Wallenstein
« Victoire suédoise coûteuse qui confirme la puissance militaire protestante en Allemagne, mais la mort de Gustave Adolphe, principal champion de la cause protestante, prive le camp réformé de son chef le plus capable. »
Contexte : Bataille de Lützen
La bataille de Lützen s'inscrit dans la phase suédoise de la guerre de Trente Ans (1618-1648), conflit dévastateur qui ravage le Saint-Empire romain germanique et implique progressivement toutes les grandes puissances européennes. Ce qui a commencé en 1618 comme une rébellion protestante en Bohême s'est transformé en une guerre généralisée opposant le camp catholique (Habsbourg d'Autriche et d'Espagne, Bavière, Ligue catholique) au camp protestant (princes allemands, Danemark, puis Suède, soutenus financièrement par la France catholique de Richelieu).
En 1630, le roi de Suède Gustave II Adolphe débarque en Poméranie avec une armée relativement modeste. Gustave Adolphe est considéré comme l'un des plus grands capitaines de l'histoire militaire. Il a révolutionné l'art de la guerre en combinant infanterie légère, artillerie mobile (canons régimentaires légers pouvant suivre les troupes) et cavalerie de choc dans un système tactique intégré. Ses soldats sont bien entraînés, disciplinés et motivés par la foi luthérienne. En septembre 1631, il remporte à Breitenfeld, près de Leipzig, une victoire éclatante contre les impériaux de Tilly, prouvant que l'armée suédoise peut vaincre les tercios jadis invincibles.
En 1632, Gustave Adolphe poursuit son offensive en Allemagne du Sud, envahissant la Bavière et prenant Munich. L'empereur Ferdinand II rappelle Wallenstein, le plus grand capitaine du camp impérial, qu'il avait congédié en 1630 sous la pression des princes catholiques jaloux de sa puissance. Wallenstein, personnage énigmatique et ambitieux, rassemble une nouvelle armée et manoeuvre en Saxe pour couper les lignes de communication suédoises. Gustave Adolphe est contraint de quitter la Bavière pour protéger son allié, l'Électeur de Saxe.
Les deux armées se rapprochent en Saxe à l'automne 1632. Wallenstein, pensant que la campagne est terminée pour l'hiver, disperse une partie de ses forces, envoyant le corps de Pappenheim (environ 8 000 hommes) vers Halle. Gustave Adolphe décide de profiter de cet affaiblissement temporaire pour forcer la bataille.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le matin du 16 novembre 1632, un brouillard épais enveloppe la plaine de Lützen. Wallenstein a pris position le long de la route reliant Lützen à Leipzig, bordée de fossés qu'il a approfondis pour servir de tranchées à ses mousquetaires. Son artillerie est déployée sur une légère élévation. Il a rappelé en urgence Pappenheim, mais celui-ci ne peut arriver avant plusieurs heures. L'armée impériale, forte d'environ 12 000 hommes sans Pappenheim, attend derrière ses retranchements improvisés.
Gustave Adolphe dispose d'environ 18 000 à 19 000 hommes. Il déploie son armée selon son système habituel : l'infanterie au centre en brigades mixtes (mousquetaires et piquiers), la cavalerie aux ailes, et des canons légers répartis le long de la ligne. Le roi commande personnellement l'aile droite de cavalerie. Le brouillard retarde l'attaque suédoise de plusieurs heures ; les opérations ne commencent que vers 11h00 du matin.
L'attaque initiale suédoise progresse bien. Sur l'aile gauche, les cavaliers de Bernhard de Saxe-Weimar bousculent la cavalerie impériale et menacent les batteries ennemies. Au centre, l'infanterie suédoise traverse les fossés malgré le feu nourri des mousquetaires impériaux et refoule les premières lignes de Wallenstein. La situation semble critique pour les impériaux.
Mais vers 13h00, le brouillard se lève brièvement puis retombe, provoquant la confusion. Gustave Adolphe, à la tête de sa cavalerie de l'aile droite, charge les cuirassiers impériaux de Piccolomini. Au cours de cette mêlée, le roi est touché par une balle de mousquet au bras gauche, puis reçoit un second tir dans le dos. Séparé de son escorte, il tombe de cheval et est achevé d'une balle dans la tempe par des cavaliers impériaux qui ne le reconnaissent probablement pas immédiatement. Sa mort est d'abord dissimulée aux troupes suédoises pour ne pas briser leur moral.
Vers 14h00, Pappenheim arrive enfin avec ses cavaliers. Sa charge furieuse stabilise l'aile droite impériale et menace de faire basculer la bataille. Mais Pappenheim lui-même est mortellement blessé par un boulet de canon et meurt le soir. La perte de ce commandant audacieux annule l'effet de son intervention.
Quand la nouvelle de la mort du roi se répand, les Suédois, loin de se démoraliser, sont saisis d'une fureur vengeresse. Bernhard de Saxe-Weimar prend le commandement et lance une dernière charge générale en fin d'après-midi. L'infanterie suédoise reprend les positions perdues, s'empare de l'artillerie impériale et enfonce le centre de Wallenstein. Vers la tombée de la nuit, Wallenstein ordonne la retraite vers Leipzig, abandonnant ses canons et le champ de bataille aux Suédois. La victoire suédoise est acquise, mais le prix payé est terrible.
Les conséquences historiques
La bataille de Lützen est une victoire à la Pyrrhus pour le camp protestant. Le champ de bataille reste aux Suédois, et Wallenstein se retire avec une armée diminuée, ayant perdu 4 000 à 5 000 hommes et toute son artillerie. Mais la mort de Gustave Adolphe constitue une perte irréparable. Le roi de Suède était bien plus qu'un commandant militaire : il était le ciment politique de la coalition protestante, le négociateur qui maintenait l'alliance entre des princes allemands aux intérêts divergents, et le stratège qui donnait cohérence à l'effort de guerre.
Après sa mort, la direction de la politique suédoise revient au chancelier Axel Oxenstierna, homme d'État capable mais dépourvu du charisme et du génie militaire du roi. L'armée suédoise reste puissante mais perd en coordination stratégique. La défaite de Nördlingen en 1634 face aux impériaux et aux Espagnols met fin à la prédominance suédoise en Allemagne du Sud.
La guerre de Trente Ans se poursuit encore seize années, devenant un conflit d'usure dévastateur. La France de Richelieu, puis de Mazarin, entre directement en guerre en 1635, prenant le relais de la Suède comme principal adversaire des Habsbourg. Le conflit ne s'achève qu'avec les traités de Westphalie en 1648, qui redessinent la carte politique et religieuse de l'Europe.
Quant à Wallenstein, sa défaite à Lützen et ses négociations secrètes avec les Suédois éveillent les soupçons de l'empereur Ferdinand II. En février 1634, Wallenstein est assassiné à Eger par des officiers loyalistes, mettant fin à l'une des carrières les plus fascinantes et controversées de l'histoire militaire européenne.
Le saviez-vous ?
Le corps de Gustave Adolphe, retrouvé sous un amas de cadavres après la bataille, portait les traces de multiples blessures : une balle au bras gauche, un coup de pointe dans le dos, une balle dans le dos et le coup fatal, une balle dans la tempe tirée à bout portant. Son cheval, blessé, avait été retrouvé errant sur le champ de bataille avant le corps du roi. La dépouille fut ramenée en Suède où le deuil fut immense. On conserva longtemps la chemise ensanglantée du roi et le cheval empaillé dans les collections royales de Stockholm. La pierre marquant l'endroit supposé de sa chute, le "Schwedenstein" (pierre du Suédois), devint un lieu de pèlerinage. Lorsque Pappenheim reçut la nouvelle de la mort de Gustave Adolphe sur son propre lit de mort, il aurait murmuré que cela le consolait de mourir.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Comment Gustave Adolphe est-il mort à la bataille de Lützen ?
Gustave Adolphe trouva la mort le 16 novembre 1632 en chargeant à la tête de sa cavalerie sur l'aile droite suédoise. Le brouillard épais qui couvrait le champ de bataille provoqua la confusion ; le roi, myope et portant une cuirasse légère en raison d'une ancienne blessure à l'épaule, fut séparé de son escorte. Il reçut d'abord une balle de mousquet dans le bras gauche, puis un coup dans le dos. Tombé de cheval, il fut achevé d'une balle dans la tempe par des cavaliers impériaux. Son corps, dépouillé, ne fut retrouvé que le lendemain sous un amas de cadavres. Les circonstances exactes restent débattues, certains historiens évoquant un possible tir ami.
Pourquoi la bataille de Lützen est-elle importante dans la guerre de Trente Ans ?
Lützen est un tournant de la guerre de Trente Ans pour deux raisons contradictoires. D'une part, c'est une victoire protestante qui confirme l'incapacité des forces impériales à écraser la résistance suédoise : Wallenstein doit battre en retraite. D'autre part, la mort de Gustave Adolphe prive le camp protestant de son chef le plus capable, à la fois stratège militaire brillant et fédérateur politique. Sans lui, la coalition protestante se fragmente. La Suède perd la bataille de Nördlingen en 1634, et la France doit entrer directement en guerre en 1635 pour maintenir la pression sur les Habsbourg. Lützen marque donc la fin de la phase suédoise du conflit.
Quel était le rôle de Wallenstein dans la bataille de Lützen ?
Albrecht von Wallenstein commandait l'armée impériale à Lützen après avoir été rappelé par l'empereur Ferdinand II. Sa décision d'envoyer Pappenheim et 8 000 cavaliers vers Halle juste avant la bataille fut une erreur critique, réduisant ses forces à environ 12 000 hommes face aux 18 000 Suédois. Wallenstein compensa partiellement ce désavantage en choisissant une position défensive solide le long de la route de Leipzig, avec des fossés servant de tranchées. Malgré la mort de Gustave Adolphe en début d'après-midi, il ne parvint pas à exploiter cet avantage et dut finalement se retirer. Ses négociations secrètes avec les Suédois après Lützen conduisirent à son assassinat en février 1634.
