Époque Moderne
Bataille de Steinau
À Steinau, Wallenstein piège l'armée suédo-saxonne du comte Thurn sur les rives de l'Oder. Encerclée, coupée de toute retraite, la force protestante capitule sans véritable bataille. 8 000 hommes déposent les armes, un désastre qui expose la Silésie aux armées impériales.
Forces en Présence
Armée impériale
Commandant : Albrecht von Wallenstein
Armée suédo-saxonne
Commandant : Comte Heinrich Matthias von Thurn
« Wallenstein neutralise une armée protestante entière sans coup férir, consolidant le contrôle impérial sur la Silésie. »
Contexte : Bataille de Steinau
L'année 1633 marque un tournant dans la guerre de Trente Ans. Depuis la mort de Gustave II Adolphe à Lützen en novembre 1632, le camp protestant a perdu son chef le plus charismatique. Le chancelier suédois Axel Oxenstierna tente de maintenir la coalition, mais les princes allemands hésitent. Les finances suédoises s'épuisent. L'armée, privée de solde régulière, vit sur le pays, pillant les régions qu'elle traverse.
Face à ce camp divisé, Wallenstein dispose d'une armée reconstituée après les pertes de Lützen. Le généralissime impérial, rappelé par Ferdinand II en 1632 après sa disgrâce, commande avec une autonomie presque totale. Il lève des troupes, négocie en son nom propre, temporise quand il le juge bon. Cette liberté inquiète Vienne. Mais en cet automne 1633, Wallenstein reste l'homme indispensable.
La Silésie est un enjeu stratégique. Province riche, peuplée, traversée par l'Oder, elle relie la Bohême à la Pologne et aux territoires de la Baltique. Les Suédois y maintiennent une présence militaire pour menacer le flanc est de l'Empire. Le comte Heinrich Matthias von Thurn, vétéran bohémien des guerres protestantes (c'est lui qui avait défenestré les gouverneurs impériaux à Prague en 1618, déclenchant le conflit), commande une force mixte suédo-saxonne d'environ 8 000 hommes. Thurn est un symbole politique, pas un grand tacticien. À 63 ans, il traîne une réputation de chef médiocre, battu à plusieurs reprises depuis le début de la guerre.
Wallenstein décide de frapper en Silésie avant l'hiver. Son objectif : éliminer la garnison protestante et sécuriser la province. Il dispose de plus de 20 000 soldats aguerris, cavalerie lourde, mousquetaires, artillerie de siège. La disproportion des forces est écrasante. Thurn ne sait pas que Wallenstein approche avec le gros de son armée. Les renseignements protestants, défaillants, n'ont pas repéré la concentration impériale. Quand Thurn comprend la situation, il est trop tard pour fuir.
Le piège se referme sur les rives de l'Oder. Steinau, petite ville fortifiée de Silésie, va devenir le théâtre d'une capitulation humiliante pour le camp protestant.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Wallenstein approche de Steinau avec méthode. Pas de hâte, pas de charge frontale. Le généralissime préfère la manœuvre à la bataille rangée. Pourquoi risquer des pertes quand on peut étouffer l'ennemi ? Son plan est simple : encercler Thurn, lui couper toute ligne de retraite, et le forcer à se rendre sans combat.
Les éclaireurs impériaux repèrent la position de Thurn le long de l'Oder. L'armée suédo-saxonne, 8 000 hommes répartis entre infanterie et cavalerie légère, occupe des positions autour de Steinau. Thurn a commis une erreur fatale : il a adossé ses troupes à la rivière. L'Oder, large et profond en cette saison, interdit toute retraite vers l'est. Les ponts sont rares, et Wallenstein le sait.
L'armée impériale se déploie en arc de cercle. 20 000 soldats coupent méthodiquement chaque route, chaque chemin. La cavalerie croate, spécialisée dans les raids et les embuscades, patrouille les flancs pour empêcher toute fuite individuelle. Les mousquetaires prennent position sur les hauteurs dominant les positions protestantes. L'artillerie est mise en batterie à portée de tir.
Thurn réalise l'ampleur du désastre. Il tente de négocier un passage, d'acheter du temps. Wallenstein refuse. Le comte bohémien envisage une sortie en force, mais ses officiers s'y opposent. La disproportion est trop grande : un contre trois en infanterie, pire en cavalerie. Forcer le passage, c'est s'exposer à un massacre dans les champs ouverts de Silésie, sans aucun couvert naturel pour protéger une retraite.
Les heures passent. Aucun renfort protestant ne viendra. Oxenstierna est trop loin, les princes saxons trop prudents. Thurn est seul avec 8 000 hommes affamés, démoralisés, sachant qu'ils font face à l'armée la plus puissante du Saint-Empire.
Le 11 octobre 1633, Thurn capitule. L'armée entière dépose les armes. Fantassins, cavaliers, artilleurs, tous deviennent prisonniers de guerre. Les drapeaux régimentaires sont remis aux impériaux. Les canons, les chariots de munitions, les réserves de vivres : tout passe entre les mains de Wallenstein. Pas un coup de feu, ou presque. C'est une victoire par la manœuvre pure, dans la tradition de l'art de la guerre que Wallenstein maîtrise mieux que quiconque à cette époque.
Thurn lui-même est capturé. Wallenstein, dans un geste de clémence calculée (il négocie en parallèle avec les Suédois et les Français, jouant un triple jeu qui lui sera fatal quelques mois plus tard), le libère sur parole. Le vieux comte part en exil, brisé. Il mourra à Pernau en 1640, sans jamais retrouver de commandement militaire.
Les soldats protestants capturés sont pour la plupart incorporés de force dans l'armée impériale, pratique courante à l'époque. Les officiers sont rançonnés ou libérés sous condition. En une journée, sans bataille, Wallenstein a détruit une armée entière.
Les conséquences historiques
La capitulation de Steinau provoque une onde de choc dans le camp protestant. 8 000 hommes perdus d'un coup. Pas tués au combat, mais capturés, humiliés, retournés contre leurs anciens alliés. La Silésie tombe sous contrôle impérial quasi total. Les garnisons protestantes restantes évacuent ou se soumettent dans les semaines qui suivent. Breslau (Wrocław), capitale silésienne, négocie sa neutralité.
Pour Wallenstein, c'est un triomphe diplomatique autant que militaire. Il démontre que son armée domine le théâtre d'opérations oriental. Mais cette victoire nourrit aussi la méfiance de Ferdinand II. Pourquoi Wallenstein a-t-il libéré Thurn ? Pourquoi ne poursuit-il pas l'offensive ? Le généralissime semble plus intéressé par ses négociations secrètes que par la victoire finale. À Vienne, on murmure trahison.
Quatre mois plus tard, en février 1634, Wallenstein sera assassiné à Eger (Cheb) par des officiers loyalistes, sur ordre implicite de l'empereur. Le vainqueur de Steinau n'a pas survécu à ses propres intrigues. Sa mort redistribue les cartes : le commandement impérial passe à des généraux plus orthodoxes, Gallas, Piccolomini, qui perdront une partie de la souplesse stratégique de Wallenstein.
Pour le camp suédois, Steinau accélère la crise de leadership. Oxenstierna doit composer avec des princes allemands de moins en moins fiables et des troupes de moins en moins payées. La perte de la Silésie réduit l'espace stratégique suédois, et les revers s'accumuleront jusqu'au désastre de Nördlingen en septembre 1634, un an plus tard.
Steinau illustre une vérité brutale de la guerre de Trente Ans : les batailles rangées sont rares. La plupart des armées sont détruites par la manœuvre, la faim, la désertion ou la capitulation. Wallenstein, en refusant le combat frontal, a obtenu plus qu'une victoire sanglante n'aurait pu donner : la destruction totale de l'ennemi sans perdre un seul régiment.
Le saviez-vous ?
Le comte Thurn, capturé à Steinau, avait déclenché la guerre de Trente Ans quinze ans plus tôt. C'est lui qui, le 23 mai 1618, avait mené la foule de nobles protestants au château de Prague pour jeter par la fenêtre les gouverneurs impériaux Martinic et Slavata. Cette "défenestration de Prague" avait embrasé toute l'Europe. Ironie cruelle : l'homme qui avait allumé l'incendie se retrouvait prisonnier de ceux qu'il combattait depuis le premier jour. Wallenstein le libéra, peut-être par calcul politique (il négociait secrètement avec les protestants), peut-être par mépris pour un adversaire jugé inoffensif. Thurn mourut en exil à Pernau en 1640, oublié de tous, survivant inutile d'une guerre qu'il avait lui-même provoquée.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi le comte Thurn a-t-il capitulé sans combattre à Steinau en 1633 ?
Thurn n'avait aucune option viable. Son armée de 8 000 hommes était adossée à l'Oder, une rivière large et profonde qui interdisait toute retraite. Wallenstein, avec plus de 20 000 soldats, avait coupé toutes les routes de sortie. La disproportion des forces rendait une sortie en force suicidaire : les protestants auraient été massacrés en terrain ouvert. Aucun renfort n'était en vue. Les officiers de Thurn refusèrent de se sacrifier pour un combat perdu d'avance. La capitulation, bien qu'humiliante, sauva la vie de milliers de soldats qui furent incorporés dans l'armée impériale.
Quel rôle a joué la bataille de Steinau dans la chute de Wallenstein ?
Steinau fut paradoxalement un succès qui précipita la disgrâce de Wallenstein. Sa décision de libérer Thurn sur parole alimenta les soupçons de trahison à la cour de Vienne. L'empereur Ferdinand II et ses conseillers s'interrogeaient : pourquoi relâcher un ennemi aussi symbolique ? Wallenstein menait des négociations secrètes avec la Suède et la France, ce que Vienne savait par ses espions. Quatre mois après Steinau, en février 1634, des officiers loyalistes assassinèrent Wallenstein à Eger sur ordre implicite de l'empereur. Le vainqueur de Steinau fut tué par son propre camp.
Quelles furent les conséquences de la bataille de Steinau pour la Silésie ?
La capitulation de Steinau livra la Silésie au contrôle impérial. Les garnisons protestantes restantes, privées de leur force principale, évacuèrent ou négocièrent leur reddition. Breslau (aujourd'hui Wrocław), principale ville de la province, fut contrainte de déclarer sa neutralité. Cette perte réduisit l'espace stratégique suédois en Europe centrale et coupa un axe de communication entre la Baltique et la Bohême. La Silésie resta sous domination habsbourgeoise pour le reste de la guerre, et les populations protestantes locales subirent une recatholicisation forcée dans les années suivantes.