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Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de Nördlingen

Époque Moderne

Bataille de Nördlingen

6 septembre 1634·Nördlingen, Bavière, Saint-Empire romain germanique

À Nördlingen, les armées impériale et espagnole infligent une défaite écrasante aux forces suédo-protestantes. 12 000 Suédois tués ou capturés, le général Horn prisonnier : c'est la fin de la domination suédoise en Allemagne méridionale. Cette catastrophe pousse Richelieu à engager directement la France dans le conflit.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée impériale et espagnole

Commandant : Ferdinand III, Cardinal-Infant Ferdinand d'Espagne

Effectifs33 000 hommes, 50 canons
Pertes3 500 tués ou blessés

Armée suédo-protestante

Commandant : Bernhard de Saxe-Weimar, Gustav Horn

Effectifs25 000 hommes, 40 canons
Pertes8 000 tués, 4 000 prisonniers
Effectifs & Pertes
Armée impériale et espagnole(vainqueur)Armée suédo-protestante(vaincu)
08k17k25k33k00EFFECTIFS00PERTES11%des effectifs48%des effectifs

« Victoire décisive qui brise la puissance militaire suédoise en Allemagne du Sud et force la France à entrer ouvertement dans la guerre. »

02 — Chapitre

Contexte

L'été 1634. Depuis la mort de Gustave II Adolphe à Lützen deux ans plus tôt, le camp protestant vacille. Le chancelier Oxenstierna maintient la coalition par la diplomatie et l'argent français, mais l'armée suédoise n'est plus ce qu'elle était. Les soldats, mercenaires pour la plupart, n'obéissent qu'à condition d'être payés. Or les caisses sont vides. Les deux commandants suédois en Allemagne du Sud, Bernhard de Saxe-Weimar et Gustav Horn, se disputent la stratégie à suivre. Horn, prudent, veut éviter la bataille rangée. Bernhard, ambitieux et téméraire, rêve d'un duché en Franconie et a besoin d'une victoire éclatante pour asseoir ses prétentions.

Du côté impérial, la situation a changé. L'assassinat de Wallenstein en février 1634 a débarrassé Ferdinand II de son encombrant généralissime. Le commandement passe au jeune Ferdinand, fils de l'empereur, futur Ferdinand III. Surtout, une armée espagnole de 15 000 vétérans des Flandres, commandée par le Cardinal-Infant Ferdinand d'Espagne (frère du roi Philippe IV), traverse les Alpes pour rejoindre les forces impériales. Ce "Camino Español" amène en Bavière des tercios aguerris, l'élite de l'infanterie européenne. La jonction des deux armées crée une force de 33 000 hommes, la plus puissante concentration catholique depuis le début de la guerre.

Nördlingen, ville luthérienne de Souabe, est assiégée par les impériaux depuis août. La garnison résiste, mais le temps presse. Bernhard et Horn se mettent en marche pour la secourir. Horn préfère manœuvrer, contourner l'armée ennemie, couper ses lignes de ravitaillement. Bernhard insiste pour l'attaque frontale. Il croit que les Espagnols sont épuisés par leur longue marche. Il se trompe.

Le terrain autour de Nördlingen est vallonné, couvert de bois et de vignes. La colline d'Albuch domine le champ de bataille. Les impériaux l'occupent et y construisent des retranchements solides : fossés, palissades, positions d'artillerie. C'est une position défensive redoutable. Horn le voit, il hésite. Bernhard balaie ses objections. 25 000 protestants contre 33 000 catholiques retranchés sur des hauteurs : le rapport de forces est défavorable. L'erreur est stratégique avant d'être tactique.

La nuit du 5 au 6 septembre, les Suédois prennent position. Les hommes sont fatigués par la marche. Certains régiments n'ont pas mangé depuis deux jours. La coordination entre Horn (aile gauche) et Bernhard (aile droite) repose sur un plan fragile : attaquer simultanément les deux flancs de la position impériale à l'aube. Tout dépend du timing. Ce timing ne sera pas tenu.

03 — Chapitre

Déroulement

À l'aube du 6 septembre 1634, les canons protestants ouvrent le feu. L'attaque devait être coordonnée : Horn sur la colline d'Albuch au sud, Bernhard contre le centre et le flanc nord. Mais les colonnes de Horn se sont égarées dans l'obscurité. Des unités se sont mélangées dans les chemins creux bordés de vignes. Quand l'assaut commence, il est déjà en retard de deux heures.

Horn lance ses régiments à l'assaut de la colline d'Albuch. La pente est raide, les retranchements solides. Les tercios espagnols attendent derrière leurs palissades. Ces vétérans des Flandres sont les meilleurs fantassins d'Europe : disciplinés, endurcis par des décennies de guerre aux Pays-Bas. Ils laissent monter les Suédois, puis déclenchent des salves de mousquet à bout portant. Les rangs protestants s'effondrent. Horn reforme ses lignes, relance l'assaut. Même résultat. Les Espagnols tiennent. Leurs piquiers colmatent chaque brèche, leurs mousquetaires rechargent avec une cadence mécanique.

Horn attaque une troisième fois. Puis une quatrième. Certaines sources comptent jusqu'à quinze assauts successifs contre la position espagnole sur Albuch. Quinze fois, les régiments suédois et saxons montent la colline. Quinze fois, ils sont repoussés dans le sang. Les cadavres s'entassent sur la pente. Les survivants pataugent dans un terrain transformé en bourbier par le sang et la terre retournée. La colline d'Albuch devient un abattoir.

Pendant ce temps, Bernhard obtient des succès initiaux sur l'aile droite. Ses cavaliers bousculent la cavalerie impériale, menacent le centre ennemi. Si Horn avait percé simultanément, la bataille aurait pu basculer. Mais Horn est cloué sur Albuch, et Bernhard se retrouve seul face à la contre-attaque. Le Cardinal-Infant lance ses réserves de cavalerie, des cuirassiers lourds qui chargent en formation serrée. La cavalerie protestante, déjà engagée et dispersée, ne résiste pas au choc.

L'effondrement arrive vers midi. Les régiments de Horn, décimés par les assauts répétés, craquent. L'infanterie protestante commence à fuir. Horn tente de couvrir la retraite, mais il est submergé. Capturé avec plusieurs de ses officiers, il passera dix-huit ans en captivité avant d'être libéré en 1642. Un des plus longs emprisonnements de général de toute la guerre.

Bernhard, voyant l'aile gauche s'effondrer, comprend que la bataille est perdue. Il ordonne la retraite, mais trop tard pour beaucoup de ses hommes. La cavalerie impériale et croate se lance à la poursuite des fuyards. La retraite dégénère en déroute. Les fantassins protestants, privés de cavalerie pour les protéger, sont sabrés dans les champs. Les régiments se disloquent. Les drapeaux tombent les uns après les autres.

La poursuite dure des heures. Les Croates, cavaliers légers experts en harcèlement, traquent les fuyards dans les bois et les villages. Des régiments entiers se rendent plutôt que d'être taillés en pièces. Les chariots de bagages, l'artillerie, les réserves de munitions : tout est abandonné. Bernhard lui-même n'échappe à la capture que de justesse, avec une poignée de cavaliers.

Le bilan est dévastateur pour le camp protestant. 8 000 tués sur le champ de bataille et durant la poursuite. 4 000 prisonniers, dont Horn. La quasi-totalité de l'artillerie perdue, 80 drapeaux capturés. L'armée suédo-protestante d'Allemagne du Sud a cessé d'exister en tant que force organisée. Du côté impérial, les pertes sont modérées : environ 3 500 hommes, principalement lors des contre-attaques sur l'aile de Bernhard.

04 — Chapitre

Conséquences

Nördlingen redessine la carte politique de l'Europe. D'un seul coup, la Suède perd sa domination militaire en Allemagne méridionale. Les garnisons suédoises évacuent la Souabe, la Franconie, le Wurtemberg. Les princes protestants, terrifiés, cherchent la paix. La Saxe, principal allié allemand de la Suède, signe la paix de Prague avec l'empereur en mai 1635. D'autres suivent. La coalition protestante que Gustave II Adolphe avait construite s'effondre en quelques mois.

Pour l'Espagne, c'est un triomphe. Le Cardinal-Infant poursuit sa route vers les Pays-Bas espagnols avec le prestige d'un vainqueur. Les tercios ont prouvé qu'ils restent l'infanterie la plus redoutable d'Europe. Madrid célèbre ; Olivares, le favori de Philippe IV, y voit la preuve que la monarchie espagnole peut encore dominer le continent. Cette euphorie sera de courte durée : Rocroi, neuf ans plus tard, inversera le verdict.

Mais la conséquence la plus lourde de Nördlingen se joue à Paris. Le cardinal de Richelieu observe le désastre protestant avec alarme. Si l'empereur et l'Espagne écrasent les protestants allemands, la France se retrouvera encerclée par les Habsbourg : Espagne au sud, Pays-Bas espagnols au nord, Empire à l'est. Le cauchemar stratégique français depuis un siècle. Richelieu a financé les Suédois depuis 1631, subventionné les princes protestants, fait tout pour affaiblir les Habsbourg sans engager directement l'armée française. Après Nördlingen, cette politique de guerre par procuration ne suffit plus. En mai 1635, huit mois après la bataille, la France déclare la guerre à l'Espagne. C'est le début de la phase française de la guerre de Trente Ans, celle qui durera jusqu'en 1648 et qui transformera le conflit religieux allemand en guerre européenne totale.

La France n'entre pas en guerre par idéalisme protestant. Richelieu est cardinal de l'Église catholique. Il agit par raison d'État, concept qu'il incarne mieux que quiconque. L'objectif est clair : briser l'hégémonie habsbourgeoise, quelle que soit la confession des alliés. Cette décision, fille directe de Nördlingen, prolongera la guerre de treize ans, ajoutera des centaines de milliers de morts, mais elle fera de la France la première puissance européenne à la paix de Westphalie en 1648.

Pour les populations civiles d'Allemagne du Sud, Nördlingen annonce des années de souffrance supplémentaires. La reconquête catholique s'accompagne de recatholicisation forcée, de confiscations, d'expulsions. Le Wurtemberg perd un tiers de sa population entre 1634 et 1648. Le Palatinat, déjà ravagé, sombre plus profondément encore dans la désolation. Nördlingen n'est pas seulement une bataille : c'est le pivot qui transforme une guerre allemande en guerre européenne et qui condamne le Saint-Empire à quatorze années de destruction supplémentaire.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le Cardinal-Infant Ferdinand d'Espagne, co-commandant de la victoire de Nördlingen, n'était pas un militaire de carrière. Frère cadet du roi Philippe IV, il avait été destiné à l'Église dès l'enfance et portait le titre de cardinal depuis l'âge de dix ans, sans jamais avoir été ordonné prêtre. À Nördlingen, ce "cardinal-soldat" de 25 ans dirigeait 15 000 vétérans des Flandres lors de sa première grande bataille. Son entrée triomphale à Bruxelles quelques semaines plus tard, acclamé comme un nouveau César, fut immortalisée par Rubens dans une toile monumentale. Mais la gloire fut éphémère : le Cardinal-Infant mourut d'épuisement à Bruxelles en 1641, à 32 ans, usé par six années de guerre aux Pays-Bas.

Généraux impliqués

Armée impériale et espagnole :
Ferdinand IIICardinal-Infant Ferdinand d'Espagne
Armée suédo-protestante :
Bernhard de Saxe-WeimarGustav Horn

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre de Trente Ans

1618 – 1648 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille de Nördlingen de 1634 est-elle un tournant de la guerre de Trente Ans ?

Nördlingen brise la puissance militaire suédoise en Allemagne du Sud d'un seul coup. 8 000 tués, 4 000 prisonniers, le général Horn capturé : l'armée protestante cesse d'exister. Les princes allemands, terrifiés, signent la paix de Prague avec l'empereur en 1635. Surtout, le désastre force Richelieu à engager directement la France dans le conflit, transformant une guerre religieuse allemande en conflit européen total. Sans Nördlingen, la France serait peut-être restée dans l'ombre, finançant les protestants sans combattre elle-même.

Quel rôle ont joué les tercios espagnols à Nördlingen ?

Les tercios, unités d'élite de l'infanterie espagnole, ont tenu la colline d'Albuch face à jusqu'à quinze assauts suédois successifs. Ces vétérans des guerres de Flandre combinaient piquiers et mousquetaires dans des formations compactes, quasi indestructibles en défense. Leur discipline sous le feu, leur capacité à colmater chaque brèche et à maintenir une cadence de tir régulière ont été le facteur décisif. Le Cardinal-Infant Ferdinand avait amené 15 000 de ces soldats à travers les Alpes : ils prouvèrent à Nördlingen que les tercios restaient l'infanterie la plus redoutable d'Europe.

Qu'est-il arrivé au général suédois Gustav Horn après Nördlingen ?

Gustav Horn fut capturé sur le champ de bataille alors qu'il tentait de couvrir la retraite de ses troupes décimées. Il passa dix-huit années en captivité, l'un des plus longs emprisonnements d'un général de toute la guerre de Trente Ans. Libéré en 1642 lors d'un échange de prisonniers, il reprit du service actif dans l'armée suédoise. Horn commanda les forces suédoises en Scanie et participa aux dernières campagnes de la guerre avant la paix de Westphalie en 1648. Sa longue captivité devint un symbole de la brutalité de ce conflit interminable.

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Guerre de Trente Ans