Ravenne est la bataille qui annonce la guerre moderne. Gaston de Foix, 22 ans, neveu de Louis XII, y remporte une victoire éclatante sur la Sainte Ligue grâce à un usage révolutionnaire de l'artillerie de campagne dirigée par le duc de Ferrare Alfonso d'Este. Mais Gaston meurt dans la poursuite, et la France perd en quelques semaines tout le bénéfice de sa victoire.
Forces en Présence
Royaume de France et alliés ferrarais
Commandant : Gaston de Foix, duc de Nemours
Sainte Ligue (Espagne, Papauté, Venise)
Commandant : Ramón de Cardona, vice-roi de Naples
« La première grande bataille où l'artillerie joue un rôle décisif sur le champ de bataille. Victoire française pyrrhique qui coûte la vie au plus brillant capitaine de sa génération. »
Contexte : Bataille de Ravenne (1512)
Les guerres d'Italie, commencées en 1494 avec l'invasion de Charles VIII, ont transformé la péninsule en champ de bataille permanent des grandes puissances européennes. En 1511, le pape Jules II, surnommé "le Pape guerrier", forme la Sainte Ligue avec l'Espagne de Ferdinand d'Aragon, Venise et l'Angleterre d'Henri VIII pour chasser les Français d'Italie. La France de Louis XII, alliée au duc de Ferrare Alfonso d'Este, se retrouve encerclée.
Le roi envoie son neveu Gaston de Foix, duc de Nemours, comme commandant en chef. Gaston a 22 ans. C'est un prodige militaire. En trois mois d'hiver 1511-1512, il mène une campagne foudroyante qui stupéfie l'Europe. Il traverse les Alpes, débloque Bologne assiégée, marche sur Brescia, prend la ville d'assaut en février 1512 (un combat de rues d'une brutalité terrible, suivi d'un sac qui choque même les contemporains endurcis). Puis il se retourne vers le sud, vers l'armée de la Sainte Ligue commandée par Ramón de Cardona, vice-roi de Naples.
Cardona s'est retranché devant Ravenne avec 20 000 hommes : l'infanterie espagnole (les redoutables tercios, même si le terme n'est pas encore officiel), la cavalerie papale et vénitienne, et une artillerie protégée par des retranchements de terre. Sa position est forte : le flanc droit couvert par le fleuve Ronco, le flanc gauche par des marécages, le front par un fossé garni de palissades. Cardona ne veut pas combattre en rase campagne. Il attend les renforts de la Ligue.
Gaston ne peut pas attendre. Chaque jour qui passe renforce l'ennemi. L'armée française est loin de ses bases, ses lignes de ravitaillement menacées par les Suisses au nord. Il décide de forcer la bataille. Son atout principal : l'artillerie ferraraise d'Alfonso d'Este, considérée comme la meilleure d'Europe, servie par des bombardiers experts qui ont perfectionné l'emploi tactique du canon sur le champ de bataille.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 11 avril 1512, dimanche de Pâques, les deux armées se font face devant Ravenne. Gaston déploie son armée face aux retranchements espagnols. L'artillerie du duc de Ferrare, une cinquantaine de pièces dont des couleuvrines de campagne, ouvre le feu.
Ce qui suit est sans précédent dans l'histoire militaire. Pendant plus de deux heures, l'artillerie française pilonne les positions espagnoles. Alfonso d'Este positionne ses canons non pas face aux retranchements, mais sur le flanc, en enfilade, de sorte que chaque boulet traverse la formation espagnole dans sa longueur. Les soldats espagnols, entassés derrière leurs palissades, encaissent un feu dévastateur sans pouvoir riposter. Les boulets ricochent sur le sol durci et fauchent des files entières d'hommes. C'est la première fois dans l'histoire qu'une artillerie de campagne inflige des pertes massives à une armée retranchée.
Le commandant espagnol Pedro Navarro, ingénieur militaire et vétéran des guerres d'Italie, comprend que rester immobile c'est mourir. Il convainc Cardona de lancer l'infanterie à l'assaut pour sortir de la zone de tir. L'infanterie espagnole franchit ses propres retranchements et charge les lignes françaises. Le choc est terrible. Les fantassins espagnols, les meilleurs d'Europe à cette époque, enfoncent l'infanterie française et les lansquenets allemands au service de la France. Le combat au corps à corps est d'une sauvagerie effroyable.
La cavalerie française intervient. Les gendarmes (cavaliers lourds en armure complète) chargent les flancs espagnols. La bataille bascule. L'infanterie espagnole, prise de front et sur les flancs, recule. Les Italiens de la Ligue craquent les premiers. La cavalerie papale fuit. L'armée de la Sainte Ligue commence à se désintégrer.
C'est le moment de la poursuite. Gaston de Foix, à la tête de sa cavalerie, charge les fantassins espagnols en retraite. Mais les vétérans espagnols ne sont pas des fuyards ordinaires. Un carré de fantassins aguerris, couverts de sang et de poussière, se retranche derrière un fossé et refuse de se rendre. Ils hérissent leurs piques et attendent. Gaston, emporté par l'élan, se jette sur eux avec une poignée de cavaliers. Son cheval est tué sous lui, transpercé par une pique. Il combat à pied, l'épée à la main, au milieu d'ennemis qui le cernent. Il reçoit plus de vingt blessures : coups de pique, coups d'épée, coups de hallebarde. Il tombe face contre terre. À 22 ans, le plus brillant capitaine de sa génération meurt dans un fossé boueux devant Ravenne, au moment même de sa plus belle victoire. Autour de lui gisent les corps de ses compagnons d'armes, la garde de sa maison ducale décimée jusqu'au dernier.
Les conséquences historiques
Ravenne est une victoire pyrrhique dans le sens le plus pur du terme. La Sainte Ligue perd 10 000 hommes, la France 4 000. Mais parmi ces 4 000 morts se trouve Gaston de Foix, et c'est comme si la France avait perdu la bataille. Sans son chef charismatique, l'armée française se disloque en quelques semaines. Les Suisses envahissent le Milanais par le nord. Les Vénitiens reprennent leurs territoires. En août 1512, cinq mois après la victoire, la France a perdu tout ce que Gaston avait conquis. Le roi Louis XII est contraint de repasser les Alpes.
Sur le plan militaire, Ravenne est une date charnière. C'est la première bataille où l'artillerie de campagne joue un rôle décisif, non plus comme arme de siège mais comme arme de bataille capable de broyer une armée retranchée. Alfonso d'Este a démontré que le positionnement latéral des canons (le tir en enfilade) multiplie leur efficacité. Cette leçon sera retenue par tous les artilleurs européens. Machiavel, qui analyse la bataille dans son "Art de la guerre", y voit la preuve que la puissance de feu remplacera progressivement la valeur individuelle du combattant.
La mort de Gaston de Foix inspira une profonde émotion dans toute l'Europe. Il fut comparé à Alexandre et à Achille : trop jeune, trop brillant, trop téméraire. Son tombeau, sculpté par Bambaia, est considéré comme un chef-d'oeuvre de la Renaissance milanaise. Son destin illustre le paradoxe des grands capitaines de cette époque : capables de gagner des batailles spectaculaires, incapables de traduire ces victoires en résultats politiques durables.
Le saviez-vous ?
Gaston de Foix avait 22 ans quand il mourut à Ravenne. En trois mois de campagne (janvier-avril 1512), il avait parcouru plus de 1 000 kilomètres, débloqué Bologne, pris Brescia d'assaut, et remporté la plus grande bataille de la décennie. Quand son corps fut retrouvé sur le champ de bataille, on compta plus de vingt blessures. Le chevalier Bayard, qui combattait à ses côtés et fut lui-même blessé, pleura en voyant le cadavre du jeune prince. Louis XII, apprenant la nouvelle, aurait dit : "J'aurais voulu n'avoir pas gagné cette bataille et que mon neveu fût en vie." Les contemporains comparèrent Gaston à Alexandre le Grand, mort lui aussi dans la fleur de l'âge après des conquêtes foudroyantes.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille de Ravenne est-elle importante pour l'histoire militaire ?
Ravenne (1512) est la première grande bataille où l'artillerie de campagne joue un rôle décisif. Le duc de Ferrare Alfonso d'Este positionna ses canons en enfilade sur le flanc des positions espagnoles, pilonnant l'infanterie retranchée pendant deux heures. Cette innovation tactique, le tir de flanc à l'artillerie, devint un principe fondamental de la guerre moderne. Machiavel analysa cette bataille dans son "Art de la guerre" comme la preuve que la puissance de feu allait transformer la guerre européenne. Ravenne annonce Rocroi, Fontenoy et les guerres napoléoniennes.
Qui était Gaston de Foix et comment est-il mort ?
Gaston de Foix, duc de Nemours, était le neveu du roi de France Louis XII. À 22 ans, il commandait l'armée française en Italie et mena une campagne de trois mois d'une rapidité stupéfiante. Il mourut à Ravenne en chargeant personnellement un groupe de fantassins espagnols retranchés derrière un fossé, au moment même de sa victoire. Son cheval fut tué, il combattit à pied et reçut plus de vingt blessures avant de tomber. Sa mort à 22 ans fut comparée à celle d'Alexandre le Grand et d'Achille.
Pourquoi la victoire de Ravenne n'a-t-elle servi à rien pour la France ?
La mort de Gaston de Foix priva l'armée française de son chef charismatique et irremplaçable. Sans lui pour maintenir la cohésion et la dynamique offensive, l'armée se disloqua en quelques semaines. Les Suisses envahirent le Milanais par le nord, les Vénitiens reprirent leurs territoires, et les Espagnols se reconstituèrent. En août 1512, cinq mois après la victoire, la France avait tout perdu. C'est l'exemple parfait d'une victoire tactique brillante sans résultat stratégique, un piège récurrent des guerres d'Italie.
