Antiquité
Bataille de Salamine
La bataille de Salamine est la plus décisive bataille navale de l'Antiquité. En attirant la flotte perse colossale de Xerxès dans l'étroit détroit entre l'île de Salamine et le continent, le stratège athénien Thémistocle annule la supériorité numérique ennemie et inflige une défaite catastrophique à l'envahisseur, sauvant la Grèce d'une domination orientale.
Forces en Présence
Ligue des cités grecques
Commandant : Thémistocle
Empire perse achéménide
Commandant : Xerxès Ier / Ariabignès
« Sauve la civilisation grecque et préserve les fondements de la démocratie occidentale face à la domination perse. »
Publié le 8 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026
Contexte
En 480 av. J.-C., Xerxès Ier, fils de Darios, lance la plus grande expédition militaire jamais assemblée par l'Empire perse. Hérodote avance le chiffre d'un million de soldats. Exagération certaine. Les historiens modernes estiment plutôt entre 200 000 et 300 000 combattants terrestres et navals. La flotte perse, elle, aligne plus de 1 200 navires fournis par les Phéniciens, les Égyptiens, les Ioniens et les Ciliciens. C'est une machine de guerre colossale, nourrie par les richesses de vingt satrapies, qui déferle sur la Grèce.
Dix ans plus tôt, Darios Ier avait tenté de soumettre les cités grecques. Il avait échoué à Marathon, en 490 av. J.-C., face aux hoplites athéniens de Miltiade. Son fils Xerxès ne veut pas seulement venger cet affront : il veut annihiler la résistance grecque une fois pour toutes. L'expédition traverse l'Hellespont sur un double pont de bateaux, spectacle qui frappe d'effroi les populations locales.
Après avoir forcé les Thermopyles et tué Léonidas avec ses trois cents Spartiates, l'armée perse avance sur Athènes. La ville est évacuée sur ordre du décret de Trézène : femmes, enfants et vieillards embarquent vers Trézène, Salamine et Égine. Athènes est vide. Les Perses brûlent l'Acropole, ses temples archaïques et les statues sacrées. Pour Xerxès, ce geste symbolise la vengeance de l'incendie de Sardes par les Athéniens en 499 av. J.-C. Pour les Grecs, c'est un sacrilège qui galvanise la rage de combattre.
Face à cette catastrophe, le stratège athénien Thémistocle comprend que la seule chance de salut réside dans une bataille navale en espace confiné. Depuis des années, il a convaincu Athènes d'investir les revenus des mines d'argent du Laurion dans la construction d'une flotte de deux cents trirèmes. Une décision visionnaire. Sans ces navires, Athènes n'aurait aucune force navale à opposer à l'envahisseur. Mais convaincre les alliés grecs de combattre à Salamine s'avère difficile : les Péloponnésiens, Corinthe et Sparte en tête, veulent se replier derrière l'isthme de Corinthe et abandonner l'Attique à son sort. Thémistocle menace alors de partir avec toute la flotte athénienne fonder une colonie en Italie du Sud. La menace fonctionne. Les alliés acceptent de rester.
Grâce à un stratagème habile, en envoyant son esclave Sicinnus porter un faux message à Xerxès, Thémistocle fait croire aux Perses que les Grecs vont fuir dans la nuit. Il précipite ainsi la bataille à l'endroit et au moment voulu. Le détroit de Salamine, large de quelques centaines de mètres, sera le tombeau de la supériorité navale perse.
Déroulement
À l'aube de septembre 480 av. J.-C., la flotte perse pénètre dans le détroit de Salamine. Les navires s'engagent dans le chenal, encouragés par les faux renseignements de Sicinnus : les Grecs paniquent et s'apprêtent à fuir. Xerxès, installé sur son trône d'or au sommet du mont Aegaleo, un promontoire dominant le détroit, veut assister au triomphe. Des scribes se tiennent à ses côtés pour noter les noms des capitaines qui se distingueront. Le Grand Roi attend la victoire. Il va assister à un désastre.
Ses navires, plus de 1 200 selon les sources antiques, s'entassent dans un espace trop étroit pour leur nombre. Les premières lignes avancent ; les lignes arrière poussent, ignorant ce qui se passe devant. La confusion s'installe avant même le premier choc. Les Phéniciens, marins les plus expérimentés de la flotte perse, occupent l'aile droite face aux Athéniens. Les Ioniens, Grecs d'Asie Mineure contraints de servir Xerxès, tiennent le centre. Ciliciens et Égyptiens complètent la ligne.
Les trirèmes grecques attendent, rangées en formation serrée, proues tournées vers l'ennemi. Elles sont plus légères, plus maniables, et leurs équipages connaissent chaque rocher, chaque courant du détroit. Au signal, les Athéniens entonnent le péan, l'hymne de guerre. Le son résonne contre les falaises. Puis les rameurs frappent l'eau à l'unisson. La charge commence.
La technique de l'éperonnage (le dièkplous) est l'arme fatale des trirèmes. Le principe : ramer à vitesse maximale, viser la coque adverse sous la ligne de flottaison, enfoncer l'éperon de bronze puis reculer en arrachant les bordages. Le navire touché coule en quelques minutes. Dans l'espace confiné du détroit, les Perses ne peuvent esquiver. Leurs grands navires, conçus pour la haute mer, deviennent des cibles.
Ariabignès, frère de Xerxès et amiral en chef, mène la charge phénicienne avec bravoure. Il est tué au début de la bataille, transpercé par des javelots athéniens alors qu'il tentait d'aborder une trirème ennemie. Sa mort décapite le commandement naval perse à l'instant critique. Sans coordination, les escadres agissent chacune pour soi. Les Phéniciens tentent de reculer ; ils percutent les Ciliciens qui avancent encore. Des navires s'enchevêtrent. Des rames se brisent par dizaines. Des équipages tombent à l'eau et se noient : la plupart des marins perses ne savent pas nager, selon Hérodote.
La reine Artémise d'Halicarnasse, seule femme commandant un navire dans la flotte perse, coule un vaisseau allié calyndien pour échapper à un trirème athénien qui la poursuit. Xerxès, observant la scène depuis sa hauteur, croit qu'elle a coulé un navire grec et s'exclame : "Mes hommes se battent comme des femmes, et mes femmes comme des hommes !"
En quelques heures, le détroit devient un cimetière marin. 200 à 300 navires perses sont coulés ou capturés. Les Grecs perdent moins de 40 trirèmes. Des milliers de marins perses périssent noyés entre les épaves. Xerxès, depuis son trône doré, assiste impuissant à l'anéantissement de sa flotte. La plus grande armada jamais assemblée dans le monde antique vient de mourir dans un piège de quelques centaines de mètres de large.
Conséquences
La victoire de Salamine change le cours de l'histoire mondiale. Xerxès, privé de sa flotte qui assurait le ravitaillement de ses troupes terrestres, ne peut plus maintenir son armée en Grèce. Le risque est immense : si les Grecs coupent le pont de bateaux sur l'Hellespont, ses centaines de milliers de soldats seraient piégés en Europe, sans ligne de retraite. Le Grand Roi prend la décision de rentrer en Asie avec le gros de ses forces. Il laisse en Grèce un corps expéditionnaire sous le commandement de Mardonios, son meilleur général. Hérodote avance le chiffre de 300 000 hommes ; les estimations modernes tournent plutôt autour de 70 000 à 120 000. Mardonios sera écrasé à Platées l'été suivant, en 479 av. J.-C., par une coalition grecque menée par le Spartiate Pausanias. Le même jour, selon la tradition, la flotte grecque détruit les restes de la marine perse au cap Mycale, en Ionie. Les guerres médiques sont terminées.
Les conséquences immédiates pour Athènes sont spectaculaires. La cité, brûlée et en ruines, se relève avec une énergie stupéfiante. Thémistocle fait reconstruire les murailles à la hâte, utilisant des stèles funéraires et des colonnes de temple comme matériaux de fortune. Il convainc les Athéniens de fortifier le Pirée, transformant le port en base navale inexpugnable. Athènes, forte de sa flotte victorieuse, fonde la Ligue de Délos en 478 av. J.-C., une alliance maritime qui deviendra vite un empire athénien déguisé. Le tribut des alliés finance la reconstruction de l'Acropole, le Parthénon et l'Érechthéion.
La Grèce préservée peut poursuivre son développement intellectuel, artistique et politique. Le siècle de Périclès s'ouvre : Sophocle écrit ses tragédies, Phidias sculpte la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie, Socrate arpente l'agora. La démocratie athénienne atteint son apogée. Rien de tout cela n'aurait existé sous domination perse. Salamine est le combat qui a permis l'essor de la philosophie, de la tragédie, de la sculpture et de la démocratie athénienne, fondements de la civilisation occidentale.
Pour Thémistocle, la victoire est personnelle mais amère. Ses rivaux politiques, Aristide et Cimon en tête, le poussent vers l'ostracisme en 471 av. J.-C. Banni d'Athènes, le vainqueur de Salamine erre en Grèce avant de trouver ironiquement refuge auprès du roi perse Artaxerxès Ier, fils de Xerxès. Le Grand Roi lui accorde le gouvernement de trois villes grecques d'Asie Mineure : Magnésie, Lampsaque et Myonte. Thémistocle meurt vers 459 av. J.-C. à Magnésie, loin de la patrie qu'il avait sauvée. Son génie stratégique reste, à travers les siècles, l'une des plus belles démonstrations qu'une intelligence supérieure peut compenser une infériorité numérique écrasante.
Le saviez-vous ?
Thémistocle, le stratège athénien qui remporta Salamine, usa d'un stratagème doublement retors pour précipiter la bataille. Il envoya secrètement un esclave de confiance, Sicinnus, au camp de Xerxès avec un message : les Grecs, pris de panique, allaient fuir dans la nuit. Xerxès, croyant tenir une information précieuse fournie par un traître ennemi, ordonna aussitôt à sa flotte d'encercler le détroit pour les intercepter.
Ce que Xerxès ignorait : le message était un mensonge calculé. Thémistocle avait besoin que la flotte perse entre dans le détroit étroit avant l'aube, quand la mer était encore agitée par la brise du matin qui désavantagerait les grands navires perses. Il avait ainsi fabriqué de toutes pièces les conditions de sa propre victoire, utilisant l'arrogance du Grand Roi comme arme de guerre. Plus fascinant encore : après la victoire de Salamine, Thémistocle envoya de nouveau Sicinnus à Xerxès pour lui dire qu'il avait personnellement retenu les Grecs de détruire le pont de bateaux sur l'Hellespont, lui offrant une voie de retraite. Ce second message, peut-être vrai, peut-être un autre mensonge, révèle un stratège jouant simultanément sur plusieurs tableaux avec un aplomb stupéfiant.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Qui a gagné la bataille de Salamine ?
La Ligue des cités grecques, commandée par l'Athénien Thémistocle, a remporté la bataille de Salamine en septembre 480 av. J.-C. Malgré une infériorité numérique considérable, 371 trirèmes contre plus de 1 200 navires perses, les Grecs ont coulé ou capturé entre 200 et 300 navires ennemis en perdant seulement une quarantaine des leurs. Xerxès, qui assistait à la bataille depuis un trône sur un promontoire, vit son frère Ariabignès tué et sa flotte anéantie.
Pourquoi Thémistocle a-t-il choisi de combattre dans le détroit de Salamine ?
Thémistocle avait compris que la supériorité numérique perse ne pouvait s'exercer qu'en mer ouverte, où les 1 200 navires pouvaient manœuvrer librement. En attirant la flotte dans l'étroit détroit de Salamine (quelques centaines de mètres de large) il annulait cet avantage. Les navires perses, entassés et incapables de manœuvrer, se gênaient mutuellement. Les trirèmes grecques, plus légères et mieux adaptées aux espaces confinés, pouvaient utiliser leur technique d'éperonnage avec une précision meurtrière.
Quelle est l'importance historique de la bataille de Salamine ?
Salamine est l'une des batailles les plus déterminantes de l'histoire de la civilisation. En stoppant la conquête perse de la Grèce, elle préserve le développement de la philosophie, de la démocratie, du théâtre et de la sculpture athénienne, le fondement intellectuel de toute la civilisation occidentale. Sans Salamine, le siècle de Périclès, Socrate, Sophocle et Phidias n'aurait probablement pas eu lieu. La victoire force également Xerxès à se retirer, sauvant la Grèce continentale d'une occupation perse durable.