Le 20 juin 1583, Toyotomi Hideyoshi affronta Shibata Katsuie sur le mont Shizugatake, près du lac Biwa, pour le contrôle de l'héritage d'Oda Nobunaga, assassiné un an plus tôt lors de l'incident du Honnō-ji. Grâce à une marche forcée légendaire et à l'audace de ses guerriers (les "Sept Lances de Shizugatake"), Hideyoshi remporta une victoire décisive qui fit de lui le dirigeant le plus puissant du Japon.
Forces en Présence
Armée de Toyotomi Hideyoshi
Commandant : Toyotomi Hideyoshi
Armée de Shibata Katsuie
Commandant : Shibata Katsuie, soutenu par Oda Nobutaka
« Shizugatake décida de la succession d'Oda Nobunaga et fit de Toyotomi Hideyoshi le maître incontesté du Japon, ouvrant la voie à l'unification du pays. »
Contexte : Bataille de Shizugatake
La bataille de Shizugatake est la conséquence directe de l'assassinat d'Oda Nobunaga le 21 juin 1582 lors de l'incident du Honnō-ji. Nobunaga, qui avait entamé l'unification du Japon en soumettant la plupart des seigneurs de guerre (daimyō) de la région centrale, fut trahi par son vassal Akechi Mitsuhide. Pris par surprise au temple du Honnō-ji à Kyoto avec une garde réduite, Nobunaga choisit de se donner la mort plutôt que d'être capturé.
La nouvelle de la mort de Nobunaga déclencha une lutte de succession entre ses principaux généraux. Toyotomi Hideyoshi, alors engagé dans le siège du château de Takamatsu contre le clan Mōri, apprit la trahison et négocia une paix rapide avec les Mōri. Il effectua ensuite une marche forcée restée célèbre dans l'histoire japonaise (le "retour de la Chine", Chūgoku Ōgaeshi) : en dix jours, il parcourut environ 200 kilomètres avec son armée pour revenir à Kyoto. Le 13 juillet 1582, il écrasa Akechi Mitsuhide à la bataille de Yamazaki, vengeant Nobunaga et se posant en héritier légitime.
Mais Shibata Katsuie, le plus ancien et le plus puissant des généraux de Nobunaga, contesta l'ascension de Hideyoshi. Katsuie, vétéran de nombreuses campagnes, estimait que la succession revenait à Oda Nobutaka (troisième fils de Nobunaga), qu'il soutenait politiquement. De son côté, Hideyoshi appuyait Oda Hidenobu, le petit-fils en bas âge de Nobunaga, plus facile à contrôler. Lors du conseil de Kiyosu (juin 1582), les généraux se partagèrent les territoires de Nobunaga, mais la tension entre Hideyoshi et Katsuie ne fit que croître.
L'hiver 1582-1583 vit les deux camps rassembler leurs forces. Katsuie, basé dans sa forteresse de Kitanosho (actuelle Fukui), devait attendre la fonte des neiges pour franchir les montagnes. Hideyoshi profita de ce délai pour consolider ses alliances, ralliant plusieurs vassaux hésitants de Nobunaga. Au printemps 1583, les deux armées convergèrent vers la province d'Ōmi, autour du lac Biwa, le plus grand lac du Japon.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Les forces de Shibata Katsuie, commandées en partie par son neveu adoptif Sakuma Morimasa, prirent position dans les montagnes au nord du lac Biwa. Hideyoshi établit son quartier général plus au sud. Les deux armées se faisaient face à travers un terrain montagneux et boisé, chacune attendant l'opportunité de frapper.
Le 18 juin 1583, Sakuma Morimasa, impatient et désireux de prouver sa valeur, lança une attaque non autorisée contre un fort avancé tenu par les forces de Hideyoshi, le fort de Ōiwa, occupé par Nakagawa Kiyohide. L'attaque réussit : Nakagawa fut tué et le fort pris. Katsuie, furieux de cette initiative non coordonnée, ordonna à Morimasa de se replier immédiatement, craignant la réaction de Hideyoshi. Mais Morimasa, galvanisé par son succès, refusa de se retirer.
Hideyoshi, apprenant la situation, saisit l'opportunité avec une rapidité foudroyante. Il se trouvait alors à Ōgaki, à environ 50 kilomètres au sud-est. Dans la nuit du 19 au 20 juin, il effectua une marche forcée avec l'élite de ses troupes, parcourant cette distance en à peine cinq heures, un exploit logistique qui stupéfia ses contemporains. Cette vitesse de déplacement, rappelant sa marche depuis Takamatsu un an plus tôt, prit Morimasa complètement au dépourvu.
À l'aube du 20 juin, Hideyoshi lança l'assaut contre les forces de Morimasa, encore épuisées et mal déployées après la prise du fort. L'attaque fut menée par les guerriers les plus féroces de Hideyoshi, dont sept d'entre eux se distinguèrent particulièrement par leur bravoure : Katō Kiyomasa, Fukushima Masanori, Katagiri Katsumoto, Wakizaka Yasuharu, Kato Yoshiaki, Hirano Nagayasu et Kasuga Takenori. Ces sept guerriers entrèrent dans la légende sous le nom de "Shizugatake no Shichihon Yari" (les Sept Lances de Shizugatake), un titre honorifique qui devint l'un des plus prestigieux du Japon féodal.
Les forces de Morimasa, prises entre l'armée fraîche de Hideyoshi et le terrain montagneux, furent submergées. La déroute se propagea rapidement au reste de l'armée de Shibata. Plusieurs vassaux de Katsuie, voyant le vent tourner, changèrent de camp en pleine bataille, un phénomène fréquent dans les guerres civiles japonaises. Maeda Toshiie, l'un des principaux alliés de Katsuie, se retira du champ de bataille sans combattre, privant Katsuie de plusieurs milliers d'hommes. Ce retrait, probablement négocié à l'avance avec Hideyoshi, scella le sort de la bataille.
Katsuie, voyant son armée se désintégrer, ordonna la retraite vers sa forteresse de Kitanosho. Morimasa fut capturé et exécuté par Hideyoshi.
Les conséquences historiques
La défaite de Shizugatake fut fatale à Shibata Katsuie. Retiré dans son château de Kitanosho avec les restes de ses forces, il comprit que la résistance était vaine. Le 24 juin 1583, quatre jours après la bataille, il organisa un dernier banquet avec ses proches et ses serviteurs. Puis, dans un geste devenu emblématique du bushido, il incendia le donjon du château après avoir pratiqué le seppuku (suicide rituel). Sa femme Oichi, soeur d'Oda Nobunaga et l'une des femmes les plus célèbres de l'histoire japonaise, choisit de mourir avec lui plutôt que de se rendre. Leurs trois filles furent épargnées et confiées à Hideyoshi ; l'aînée, Chacha, deviendrait plus tard la concubine de Hideyoshi et la mère de son héritier.
Shizugatake fit de Hideyoshi le successeur incontesté de Nobunaga. En éliminant son rival le plus puissant, il put poursuivre l'oeuvre d'unification du Japon que Nobunaga avait entamée. En 1585, il reçut le titre de kanpaku (régent impérial), devenant le dirigeant de facto du Japon. En 1590, il acheva l'unification en soumettant le clan Hōjō, dernière grande puissance indépendante.
Les Sept Lances de Shizugatake devinrent des figures majeures de la période Azuchi-Momoyama et du début de l'époque Edo. Katō Kiyomasa et Fukushima Masanori, les deux plus célèbres, jouèrent un rôle de premier plan lors des invasions de la Corée (1592-1598) et lors de la bataille de Sekigahara (1600). Leur ascension illustre le principe méritocratique qui caractérisait l'ère Hideyoshi : des guerriers d'origine modeste pouvaient accéder aux plus hautes fonctions par leurs exploits militaires.
Le saviez-vous ?
La mort de Shibata Katsuie et de son épouse Oichi au château de Kitanosho est l'un des épisodes les plus dramatiques du Japon féodal. Oichi, surnommée "la plus belle femme de l'ère Sengoku", était la soeur cadette d'Oda Nobunaga. Mariée une première fois au seigneur Azai Nagamasa (que Nobunaga fit détruire), puis à Katsuie, elle refusa de quitter le château malgré les offres de clémence de Hideyoshi. Selon la tradition, elle composa un poème d'adieu avant de mourir aux côtés de son mari dans les flammes du donjon. Ses trois filles survécurent : l'aînée Chacha (Yodo-dono) devint la concubine de Hideyoshi et mère de son fils Hideyori ; la cadette Hatsu épousa le seigneur Kyōgoku ; la benjamine Oeyo (Gō) épousa Tokugawa Hidetada, deuxième shogun Tokugawa. Ainsi, les filles d'Oichi influencèrent les trois régimes successifs qui gouvernèrent le Japon.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Qui sont les Sept Lances de Shizugatake ?
Les Sept Lances de Shizugatake (Shizugatake no Shichihon Yari) sont sept guerriers qui se distinguèrent par leur bravoure lors de la bataille de 1583 : Katō Kiyomasa, Fukushima Masanori, Katagiri Katsumoto, Wakizaka Yasuharu, Katō Yoshiaki, Hirano Nagayasu et Kasuga Takenori. Ce titre honorifique devint l'un des plus prestigieux du Japon féodal. Plusieurs d'entre eux, notamment Katō Kiyomasa et Fukushima Masanori, devinrent de puissants daimyō sous Hideyoshi. Ils participèrent aux invasions de la Corée (1592-1598) et à la bataille de Sekigahara (1600), jouant un rôle majeur dans l'histoire du Japon de la fin du XVIe siècle.
Pourquoi Shibata Katsuie s'est-il suicidé après Shizugatake ?
Shibata Katsuie, acculé dans son château de Kitanosho après la défaite, choisit le seppuku (suicide rituel) plutôt que la reddition, conformément au code d'honneur des guerriers japonais. En tant que plus ancien général de Nobunaga, se rendre à Hideyoshi, qu'il considérait comme un parvenu d'origine paysanne, aurait été une humiliation insupportable. Son épouse Oichi choisit de mourir avec lui. Avant de se donner la mort, Katsuie incendia le donjon du château pour que ses armes et ses trésors ne tombent pas aux mains de l'ennemi, un acte de défi final qui marqua profondément la mémoire japonaise.
Quel lien entre Shizugatake et la bataille de Sekigahara ?
Shizugatake et Sekigahara (1600) sont les deux batailles clés qui décidèrent de l'unification du Japon. Shizugatake permit à Hideyoshi de prendre le pouvoir après Nobunaga ; Sekigahara permit à Tokugawa Ieyasu de le prendre après la mort de Hideyoshi. Plusieurs vétérans de Shizugatake combattirent à Sekigahara, notamment Katō Kiyomasa et Fukushima Masanori (côté Tokugawa). La trajectoire de ces guerriers, des Sept Lances de Shizugatake à Sekigahara, illustre la continuité des guerres civiles japonaises et les retournements d'alliance qui caractérisaient l'ère Sengoku.
