« La victoire opérative ne peut être obtenue que par la manoeuvre, non par l'attrition. »
Biographie
Erich von Lewinski, adopté par les Manstein, naît le 24 novembre 1887 à Berlin dans une famille de la noblesse militaire prussienne. Son père biologique et son père adoptif sont tous deux généraux. Il entre à l'école des cadets à 12 ans. C'est un pur produit du système militaire prussien : rigoureux, brillant, arrogant.
La Première Guerre mondiale le forme. Blessé en 1914, il sert comme officier d'état-major sur le front de l'Est puis à Verdun et sur la Somme. Entre les deux guerres, il monte rapidement dans la hiérarchie de la Reichswehr. Il est reconnu comme l'un des esprits les plus brillants de l'armée allemande, mais son caractère cassant et son mépris pour les médiocres lui valent des ennemis.
Son coup de génie vient en 1940. Le plan d'invasion de la France élaboré par l'état-major (le plan Jaune) prévoit une attaque frontale à travers la Belgique, une répétition du plan Schlieffen de 1914. Manstein propose une alternative radicale : le Sichelschnitt (coup de faucille). L'attaque principale passerait par les Ardennes, considérées infranchissables par les blindés, pour couper les armées alliées en Belgique de leurs arrières. Hitler adopte le plan. En six semaines, la France s'effondre. C'est la victoire la plus spectaculaire de l'histoire militaire moderne, et Manstein en est l'architecte intellectuel.
Sur le front de l'Est, Manstein confirme sa stature. En 1941-1942, il conquiert la Crimée et prend la forteresse de Sébastopol après un siège méthodique de 250 jours, employant les plus gros canons jamais construits (le Schwerer Gustav de 800 mm). En février-mars 1943, après le désastre de Stalingrad, il réalise peut-être son chef-d'oeuvre : la contre-attaque de Kharkov. L'Armée rouge, grisée par sa victoire à Stalingrad, avance trop vite et s'étire dangereusement. Manstein laisse les Soviétiques s'engouffrer, puis frappe sur les flancs avec ses divisions blindées. En trois semaines, il reprend Kharkov et stabilise tout le front sud. Jean Lopez qualifie cette opération de "plus belle contre-offensive de l'histoire militaire".
Koursk (juillet 1943) marque la fin de son ascension. L'offensive Citadelle, qu'il désapprouve dans sa forme (trop tardive, l'effet de surprise est perdu), échoue face aux défenses soviétiques en profondeur. Manstein plaide ensuite sans relâche pour une stratégie de défense élastique : reculer, laisser les Soviétiques s'étirer, frapper les flancs. Hitler refuse. Il veut tenir chaque mètre de terrain. En mars 1944, après une violente dispute avec le Führer, Manstein est relevé de son commandement. Il ne combattra plus.
Après la guerre, Manstein est condamné à 18 ans de prison par un tribunal militaire britannique pour crimes de guerre (transfert de prisonniers de guerre soviétiques aux SS, connaissance de massacres de civils). Libéré en 1953, il publie "Victoires perdues" (Verlorene Siege), mémoires dans lesquels il construit soigneusement l'image d'un soldat professionnel trahi par les interférences d'Hitler. Ce récit, largement accepté pendant la Guerre froide, est aujourd'hui nuancé par les historiens qui soulignent sa complicité passive avec les crimes du régime nazi.
Manstein meurt en 1973. Il reste, pour les historiens militaires, le plus grand stratège opératif de la Seconde Guerre mondiale, un génie de la manoeuvre dont les plans ont changé le cours des batailles. Son héritage moral est plus sombre.
Batailles clés
Duels hypothétiques
Le duel central du front de l'Est. Manstein est plus créatif, plus mobile, plus audacieux. Joukov dispose de ressources quasi illimitées et d'une ténacité de fer. Manstein gagne les batailles individuelles (Kharkov 1943 est un chef-d'oeuvre) ; Joukov gagne la guerre par la masse et la planification. Avantage Manstein en manoeuvre pure, avantage Joukov en guerre totale.
Rommel est un tacticien de division, brillant au niveau du corps d'armée. Manstein pense au niveau du groupe d'armées, au niveau opératif. Rommel improvise avec génie ; Manstein planifie avec une rigueur implacable. Pour une bataille, prenez Rommel. Pour une campagne, prenez Manstein.