« Encore une victoire comme celle-là et nous rentrerons seuls en Épire. »
Biographie
Pyrrhus naît en 319 av. J.-C. dans la famille royale d'Épire, petit royaume montagneux du nord-ouest de la Grèce (l'actuelle Albanie et le nord-ouest grec). Cousin au second degré d'Alexandre le Grand par la lignée maternelle (sa mère Olympias était la tante d'Alexandre), il grandit dans l'ombre du conquérant macédonien. Chassé de son trône à l'âge de deux ans par un coup d'État, il est élevé à la cour d'Illyrie. À 13 ans, il reconquiert son royaume par les armes. À 17 ans, il combat à Ipsos (301 av. J.-C.) aux côtés de Démétrios Poliorcète dans les guerres des Diadoques. C'est un guerrier-né.
Hannibal lui-même, interrogé par Scipion l'Africain sur les plus grands capitaines de l'histoire, plaça Pyrrhus au deuxième rang, après Alexandre et avant lui-même. Le Carthaginois admirait sa capacité à choisir ses camps, à gagner les hommes par sa bravoure personnelle et à improviser des tactiques sur le champ de bataille. Pyrrhus combattait toujours en première ligne, au milieu de la mêlée, sabre au poing. Il fut blessé des dizaines de fois.
Son expédition en Italie (280-275 av. J.-C.) est celle qui lui donne sa place dans l'histoire. Appelé par les cités grecques d'Italie du Sud (Tarente en tête) pour les défendre contre l'expansion romaine, il débarque avec 25 000 hommes et 20 éléphants de guerre. À Héraclée (280), il bat les Romains grâce à ses éléphants, que les légionnaires n'avaient jamais vus. Les chevaux romains, terrorisés par les pachydermes, sèment la panique. Mais les pertes sont lourdes des deux côtés. À Ausculum (279), nouvelle victoire, mais au prix de tant de morts parmi ses meilleurs officiers et ses vétérans irremplaçables qu'il prononce la phrase qui le rendra immortel : "Encore une victoire comme celle-là et nous rentrerons seuls en Épire."
C'est la naissance de l'expression "victoire à la Pyrrhus", une victoire qui coûte si cher qu'elle équivaut à une défaite. L'expression a traversé 2 300 ans et reste dans toutes les langues européennes.
Pyrrhus quitte l'Italie pour la Sicile (278-276), où il combat les Carthaginois avec un succès initial, puis revient en Italie où il est battu par les Romains à Bénévent (275). Les Romains ont appris : ils évitent les éléphants, frappent les flancs, utilisent des chariots enflammés pour effrayer les bêtes. Pyrrhus rembarque pour la Grèce avec un tiers de l'armée qu'il avait amenée.
Il meurt en 272 av. J.-C. dans les rues d'Argos, lors d'un combat de rue absurde. Une vieille femme lui lance une tuile depuis un toit, l'assommant. Un soldat ennemi lui tranche la tête pendant qu'il gît inconscient. Fin triviale pour un homme que Plutarque considérait comme le plus grand tacticien de son époque. Son destin illustre la limite du génie tactique sans vision stratégique : Pyrrhus gagnait les batailles mais perdait les guerres, courant d'un théâtre à l'autre sans jamais achever ce qu'il avait commencé.
Batailles clés
Duels hypothétiques
Hannibal plaçait Pyrrhus au deuxième rang des plus grands généraux de tous les temps, après Alexandre. Les deux partagent un génie tactique brut et une capacité à vaincre des armées plus nombreuses. Mais Hannibal savait exploiter ses victoires stratégiquement ; Pyrrhus gaspillait les siennes en changeant constamment d'objectif. Avantage Hannibal.
Pyrrhus était cousin au second degré d'Alexandre et se rêvait en son héritier. Les deux sont des tacticiens de génie, audacieux, personnellement courageux jusqu'à la témérité. Mais Alexandre avait une vision stratégique globale (conquérir l'Empire perse) ; Pyrrhus n'avait que des ambitions successives et contradictoires. Alexandre aurait écrasé Rome ; Pyrrhus l'a épuisée sans la vaincre.