« Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien davantage si tu savais où je te mène. »
Biographie
Henri de La Tour d'Auvergne naît le 11 septembre 1611 à Sedan, dans une famille protestante de la haute noblesse. Son père est le duc de Bouillon, prince souverain de Sedan. Sa mère est Élisabeth de Nassau, fille de Guillaume le Taciturne, le libérateur des Pays-Bas. La guerre est dans son sang. Il entre dans l'armée à 14 ans, sert en Hollande sous ses oncles Maurice et Frédéric-Henri de Nassau. C'est là qu'il apprend la guerre méthodique, la guerre de sièges et de manoeuvres que les Hollandais ont perfectionnée contre l'Espagne.
La guerre de Trente Ans (1618-1648) forge sa réputation. Il sert d'abord comme subalterne, puis comme commandant de plus en plus important. À Rocroi (1643), il commande l'aile gauche sous les ordres du duc d'Enghien (le futur Grand Condé), contribuant à la destruction des tercios espagnols. Mais Turenne n'est pas un homme de coups d'éclat. Il manoeuvre, il temporise, il attend le bon moment. Ses campagnes d'Allemagne (1644-1648), menées avec des armées réduites et un ravitaillement précaire, sont des modèles de guerre de mouvement avec peu de moyens.
La Fronde (1648-1653) le voit d'abord du côté des rebelles (par fidélité au Grand Condé), puis du côté du roi. Sa campagne de 1652-1653 contre Condé, qui a rejoint l'Espagne, est un chef-d'oeuvre de patience et de manoeuvre. Turenne refuse le combat quand Condé le cherche, frappe quand Condé se disperse. Il sauve la monarchie.
La bataille des Dunes (1658), près de Dunkerque, est l'une de ses plus belles victoires. Allié aux Anglais de Cromwell, Turenne bat l'armée espagnole de Don Juan d'Autriche et de Condé. C'est cette nuit-là, dit-on, qu'il murmura à son cheval tremblant : "Tu trembles, carcasse ? Tu tremblerais bien davantage si tu savais où je te mène."
Sa campagne d'hiver en Alsace (1674-1675) est considérée comme son chef-d'oeuvre absolu et l'un des sommets de l'art militaire européen. Face à une armée impériale de 60 000 hommes commandée par le Grand Électeur de Brandebourg, Turenne, avec 30 000 soldats, effectue une marche de flanc à travers les Vosges en plein hiver, contourne l'ennemi par le sud et le surprend à Turckheim (5 janvier 1675). Les Impériaux, pris à revers, évacuent l'Alsace. Napoléon étudia cette campagne toute sa vie et la qualifia de "la plus belle manoeuvre de guerre de l'histoire".
Turenne meurt le 27 juillet 1675, frappé par un boulet de canon lors d'une reconnaissance avant la bataille de Salzbach. Il avait 63 ans. Louis XIV, en apprenant la nouvelle, pleura. Le roi ordonna que Turenne soit inhumé à Saint-Denis, dans la nécropole royale, honneur jamais accordé à un sujet non royal. Napoléon fit transférer ses cendres aux Invalides. C'est le seul militaire français non empereur à y reposer aux côtés de Napoléon.
Turenne est le général le plus respecté de l'histoire de France. Pas le plus flamboyant (c'est Condé), pas le plus célèbre (c'est Napoléon). Mais le plus complet. Frédéric le Grand le vénérait. Napoléon le plaçait en tête de tous les généraux français. Wellington le citait. Sa carrière de 35 ans, sans une saison de repos, dans les pires conditions (guerres de religion, Fronde, guerres de Louis XIV), fait de lui l'incarnation de la constance militaire.
Batailles clés
Duels hypothétiques
Le plus grand duel militaire français du XVIIe siècle. Condé est le génie fulgurant, l'homme de la charge décisive, du coup de tonnerre. Turenne est le maître de la manoeuvre, de la campagne d'hiver, de l'usure patiente. Condé gagne les batailles spectaculaires ; Turenne gagne les campagnes. Napoléon jugeait Turenne supérieur.
Gustave a révolutionné la guerre ; Turenne a perfectionné la révolution. Le Suédois est mort trop tôt (1632) pour montrer ses limites. Turenne a eu 35 ans de carrière pour prouver sa constance. En innovation, avantage Gustave. En longévité et en maturité tactique, avantage Turenne.