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Ère Contemporaine

Bataille de Camerone

30 avril 1863·Camarón de Tejeda, Veracruz

Le 30 avril 1863, dans une hacienda en ruines de Veracruz, 65 légionnaires français du capitaine Danjou résistent neuf heures à 2 000 Mexicains. Tous meurent ou sont blessés, mais leur sacrifice protège un convoi vital pour le siège de Puebla. La main de bois de Danjou est aujourd'hui une relique de la Légion.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Mexique (forces de Juárez)

Commandant : Colonel Francisco de Paula Milán

Effectifs2 000 hommes
Pertes190 morts, 300 blessés

Légion étrangère française (3e compagnie)

Commandant : Capitaine Jean Danjou

Effectifs65 hommes
Pertes23 morts au combat, 30 blessés, 12 prisonniers
Effectifs & Pertes
Mexique (forces de Juárez)(vainqueur)Légion étrangère française (3e compagnie)(vaincu)
05001k2k2k00EFFECTIFS00PERTES25%des effectifs100%des effectifs

« Fait d'armes fondateur de la Légion étrangère, célébré chaque 30 avril dans toutes ses garnisons. »

Publié le 2 mai 2026

02 — Chapitre

Contexte

En 1861, Napoléon III lance l'expédition du Mexique. Le prétexte est financier : le Mexique de Benito Juárez vient de suspendre le paiement de sa dette aux puissances européennes. France, Royaume-Uni et Espagne envoient une force commune. Mais Londres et Madrid se retirent rapidement, devinant l'agenda caché de l'empereur français : créer un empire catholique satellite en Amérique pour contrebalancer les États-Unis (en pleine guerre de Sécession, donc neutralisés). Maximilien d'Autriche, frère cadet de l'empereur François-Joseph, est désigné pour ceindre la couronne impériale mexicaine.

Le corps expéditionnaire français débarque à Veracruz. Mais la résistance républicaine est plus forte qu'anticipé. La défaite cinglante à Puebla le 5 mai 1862 (origine du Cinco de Mayo, fête nationale mexicaine) montre que la conquête sera dure. Napoléon III renforce le contingent : 30 000 hommes, dont la Légion étrangère, au printemps 1863.

Le général Forey assiège à nouveau Puebla en mars 1863. Le ravitaillement et le matériel transitent par la route Veracruz-Puebla, longue de 280 kilomètres à travers le pays chaud, infesté de fièvre jaune et patrouillé par les guérilleros mexicains. Le 30 avril 1863, un convoi vital quitte Veracruz : 60 charrettes chargées de munitions, 3 millions de francs en or destinés à la solde, et un canon de campagne. Le commandement craint l'embuscade.

La 3e compagnie du 1er bataillon du 2e régiment étranger reçoit la mission d'éclairer la route. Son capitaine, Jean Danjou, ancien officier mutilé de la guerre de Crimée (sa main droite remplacée par une prothèse en bois suite à l'explosion de son fusil en Algérie en 1853), commande 65 légionnaires : 3 officiers, 62 sous-officiers et soldats. La majorité sont allemands, espagnols, italiens, polonais, suisses : la Légion recrute parmi les exclus d'Europe.

03 — Chapitre

Déroulement

À 4 heures du matin le 30 avril, la compagnie Danjou quitte le bivouac et marche vers l'ouest. Le pays est désert. À 7 heures, elle s'arrête au hameau de Camarón pour le café. C'est alors que 800 cavaliers mexicains du colonel Milán surgissent. Danjou ordonne le repli vers le hameau et s'abrite derrière les murs d'une hacienda en ruines. Les bâtiments sont en pierre et adobe, la cour intérieure forme un quadrilatère défendable.

Sur la route, le mulet portant l'eau et les vivres a été perdu dans la confusion. Les légionnaires n'ont qu'une gourde par homme et leurs cartouchières. Très vite, Milán reçoit des renforts : 1 200 fantassins. La proportion devient écrasante : 65 contre 2 000.

À 11 heures, Milán envoie un parlementaire offrir la reddition honorable. Danjou refuse. Mieux : il fait jurer sur sa main de bois à chacun de ses légionnaires de combattre jusqu'à la mort. Le serment de Camerone reste l'un des moments fondateurs de l'imaginaire militaire français.

Le combat dure neuf heures sous une chaleur suffocante. Les Mexicains attaquent la cour et les murs en vagues successives. Les légionnaires, ne disposant que de leurs fusils Minié à chargement par la bouche, doivent économiser chaque cartouche. La soif les torture davantage que les balles. Vers midi, Danjou est tué d'une balle en pleine poitrine. Le sous-lieutenant Vilain prend le commandement, puis tombe à son tour à 14 heures. Le sous-lieutenant Maudet succède.

Vers 17 heures, il reste 12 légionnaires valides, dont la plupart blessés. Maudet refuse une nouvelle offre de reddition. À 18 heures, ils ne sont plus que 6 valides : 4 blessés et un musicien qui sonne la charge à la trompette. Maudet ordonne baïonnette au canon. Six hommes chargent contre 2 000. Trois tombent immédiatement. Trois encerclés sont sommés de se rendre. Le caporal Maine répond : "Nous voulons bien nous rendre, mais à condition que vous nous laissiez le temps d'embarquer nos blessés et de reprendre nos armes". Le colonel Milán, stupéfait, accepte : "On ne refuse rien à des hommes comme vous".

Le bilan est sec : 23 morts, 30 blessés, 12 prisonniers (dont la majorité mourra ensuite). Côté mexicain : 190 morts, 300 blessés. Surtout, le convoi vital est passé sans encombre vers Puebla. La mission est remplie.

04 — Chapitre

Conséquences

Le sacrifice de Camerone n'a pas d'impact stratégique sur la guerre du Mexique. Puebla tombe le 17 mai 1863. Maximilien Ier est couronné empereur du Mexique en 1864. Mais la guerre civile américaine se termine en 1865, et Washington exige le retrait français. Napoléon III rapatrie ses troupes en 1867. Maximilien, abandonné, est capturé par les républicains de Juárez et fusillé le 19 juin 1867 sur le Cerro de las Campanas. L'expédition du Mexique est l'un des plus grands échecs diplomatiques du Second Empire.

Mais Camerone devient autre chose : un mythe. Dès 1863, le récit du combat est diffusé dans toute la Légion étrangère. Le colonel Jeanningros, commandant le régiment, désigne le 30 avril comme "fête de Camerone". Chaque année, à l'aube de cette date, la Légion organise dans toutes ses garnisons (Aubagne, Calvi, Mayotte, Djibouti, Guyane) une cérémonie où l'on rappelle le nom des 65 hommes. La main de bois du capitaine Danjou, retrouvée par hasard en 1865 dans une étable mexicaine, est rapatriée. Elle est conservée à la Maison-Mère d'Aubagne et défile chaque année devant les troupes.

Le serment "faire Camerone" entre dans la culture militaire française : tenir une position quels que soient les renforts ennemis, jusqu'à la mort. La devise de la Légion, "Honneur et Fidélité", trouve son incarnation dans les murs de l'hacienda. La Légion étrangère, qui célèbre désormais ses 200 ans (créée en 1831), considère Camerone comme son fait d'armes fondateur.

Le hameau lui-même est aujourd'hui un lieu de mémoire. Les ruines de l'hacienda sont signalées par un monument érigé en 1892 par le gouvernement mexicain : "Ils furent ici moins de soixante opposés à toute une armée. Sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats français". Reconnaissance d'un ennemi pour un ennemi.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La main de bois du capitaine Danjou est l'une des reliques les plus respectées de l'armée française. Capitaine Danjou avait perdu sa main droite en 1853 en Algérie, lorsqu'il avait tenté de récupérer son fusil tombé : la culasse explosa. Il fit confectionner une prothèse en bois articulée qu'il portait sous un gant noir. Après Camerone, sa main fut retrouvée par hasard en 1865 par un colonel mexicain dans une étable près du village. Rapatriée à Sidi-Bel-Abbès, puis transférée à Aubagne en 1962 lors du repli d'Algérie, elle est aujourd'hui conservée dans une crypte spéciale. Chaque année, le 30 avril, elle est portée par le légionnaire le plus décoré du Régiment, en parade devant les troupes alignées. C'est le seul objet de l'armée française qui défile.

Généraux impliqués

Mexique (forces de Juárez) :
Colonel Francisco de Paula Milán
Légion étrangère française (3e compagnie) :
Capitaine Jean Danjou

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Combien de légionnaires sont morts à Camerone ?

Sur les 65 légionnaires engagés (3 officiers, 62 sous-officiers et soldats), 23 sont morts directement au combat. 30 ont été blessés, dont la majorité mourront ensuite des suites de leurs blessures. 12 ont été faits prisonniers à la fin du combat. Les officiers (capitaine Danjou, sous-lieutenant Vilain, sous-lieutenant Maudet) sont tous tués. Côté mexicain : 190 morts et 300 blessés selon le rapport du colonel Milán. La proportion 1 contre 30 et la durée de neuf heures de résistance font de Camerone l'un des combats les plus disproportionnés de l'histoire militaire moderne.

Qui était le capitaine Danjou ?

Jean Danjou, né en 1828 à Chalabre dans l'Aude, sort de Saint-Cyr en 1852. Il sert en Algérie, où il perd sa main droite en 1853 lors de l'explosion d'un fusil défectueux. Il fait fabriquer une prothèse en bois articulée qu'il porte sous un gant noir. Combattant de Crimée et d'Italie (Solferino 1859), il rejoint la Légion étrangère pour l'expédition du Mexique en 1862. À 35 ans, il commande la 3e compagnie du 2e régiment étranger. Il meurt à Camerone le 30 avril 1863 d'une balle en plein coeur. Sa main de bois est aujourd'hui la relique la plus respectée de la Légion étrangère.

Pourquoi le 30 avril est-il important pour la Légion ?

Le 30 avril, anniversaire de Camerone, est la fête traditionnelle de la Légion étrangère. Dans toutes les garnisons (Aubagne, Calvi, Mayotte, Djibouti, Guyane), une cérémonie commune est organisée à l'aube. Le légionnaire le plus décoré du Régiment porte la main de bois du capitaine Danjou en parade devant les troupes alignées. Le récit du combat est lu publiquement, suivi du nom des 65 hommes engagés. À midi, un café-boum (apéritif traditionnel) est offert à tous les légionnaires. La phrase rituelle "Faire Camerone" désigne dans la culture militaire française la résistance jusqu'à la mort, sans considération de l'ennemi.