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Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de Bir Hakeim

Ère Contemporaine

Bataille de Bir Hakeim

26 mai au 11 juin 1942·Bir Hakeim, désert de Libye

Du 26 mai au 11 juin 1942, 3 703 Français Libres du général Koenig tiennent un point d'eau perdu dans le désert libyen face à 30 000 hommes de Rommel. Pendant seize jours, ils repoussent assauts blindés italiens et bombardements de la Luftwaffe. La sortie de vive force dans la nuit du 10 au 11 juin sauve les deux tiers de la garnison. Pour de Gaulle, c'est le jour où la France retrouve une armée et une voix dans la guerre.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

France Libre (1ʳᵉ Brigade française libre)

Commandant : Marie-Pierre Koenig

Effectifs3 703 hommes, 62 canons antichars, 44 mortiers
PertesEnviron 140 tués, 200 prisonniers, 763 disparus

Axe (Panzerarmee Afrika et Corps italien XX)

Commandant : Erwin Rommel

EffectifsEnviron 30 000 hommes, 200 chars engagés sur 16 jours
PertesEnviron 3 300 hommes, 51 chars détruits
Effectifs & Pertes
France Libre (1ʳᵉ Brigade française libre)(vainqueur)Axe (Panzerarmee Afrika et Corps italien XX)(vaincu)
08k15k23k30k00EFFECTIFS00PERTES30%des effectifs11%des effectifs

« Premier grand fait d'armes de la France Libre, retarde Rommel deux semaines et restaure la voix française dans la coalition alliée. »

Publié le 30 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Au printemps 1942, l'Afrique du Nord vit ses heures les plus sombres pour les Alliés. Rommel, fraîchement promu Generaloberst, prépare l'offensive qui doit le mener au Caire. Son objectif est clair : briser la ligne de Gazala que la VIIIe armée britannique a édifiée à l'ouest de Tobrouk, prendre la place forte, puis foncer sur l'Égypte et le canal de Suez. La ligne de Gazala s'étire sur soixante-cinq kilomètres depuis la côte méditerranéenne jusqu'au désert. Elle s'appuie sur une série de "boxes", positions fortifiées au milieu de champs de mines.

À l'extrémité sud de cette ligne, isolée dans le désert plat et caillouteux, se trouve une simple croisée de pistes. Trois citernes en ciment, vides depuis longtemps, signalent un ancien point d'eau touareg. Les cartes britanniques l'appellent Bir Hakeim, le "puits du sage". Sur six kilomètres carrés, la 1ʳᵉ Brigade française libre du général Koenig a installé son box : tranchées creusées dans la rocaille, 130 kilomètres de barbelés, 130 000 mines antichars, points d'appui hérissés de canons antichars de 75 mm britanniques et de 47/32 italiens capturés. Pas un arbre. Pas une colline. Le sol brûle à 50 degrés à midi. La nuit, le froid descend sous zéro.

Koenig commande 3 703 hommes. Une mosaïque humaine sans équivalent dans la guerre : deux bataillons de la 13ᵉ demi-brigade de Légion étrangère sous Amilakvari, le bataillon du Pacifique formé de Tahitiens, Calédoniens et engagés des Nouvelles-Hébrides, le bataillon de marche n° 2 venu d'Oubangui-Chari, le 22ᵉ bataillon nord-africain, des marsouins coloniaux, des artilleurs du 1ᵉʳ régiment d'artillerie, des sapeurs, des Anglais, des Espagnols républicains. Tous volontaires. Tous ralliés à de Gaulle après 1940. Une compagnie féminine de l'ATS britannique fournit aux conducteurs ambulancières.

Rommel a un plan. Le 26 mai 1942, il déclenche l'opération Theseus. Pendant que le XXIe corps italien fixe les Britanniques sur la côte par une attaque frontale, l'Afrika Korps et le XXe corps mobile italien (divisions Ariete et Trieste) doivent contourner la ligne de Gazala par le sud, balayer Bir Hakeim en quelques heures, puis remonter vers le nord pour prendre Tobrouk à revers. Sur sa carte, le maréchal trace un crochet droit de cent kilomètres. Le succès dépend de la rapidité. Bir Hakeim n'est qu'une formalité. Les Italiens estiment qu'ils prendront la place dans la matinée du 27 mai. Ils se trompent de seize jours.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 27 mai à 8 heures, la division Ariete charge sur deux colonnes. Quatre-vingts chars M13/40 italiens débouchent du sud-est. Les Français les laissent approcher à 800 mètres. Puis les canons antichars de 75 ouvrent le feu en éventail. Les premiers tirs touchent les chenilles. Les chars stoppent. Les équipages sautent. La fumée noire monte droite dans le ciel sans vent. En vingt minutes, trente-trois chars italiens brûlent dans les champs de mines. Le commandant de la division Ariete, Baldassare, tombe blessé. La charge italienne se brise contre Bir Hakeim. Rommel, qui suivait l'attaque depuis sa Panzerwagen, écrit dans ses carnets : "Les Français se battent."

Pendant les jours suivants, Rommel concentre ses efforts sur le nord de la ligne de Gazala. Bir Hakeim, contournée, devient un kyste dans son arrière. Le ravitaillement de l'Axe doit faire un détour de quarante kilomètres pour éviter les patrouilles motorisées que Koenig envoie chaque nuit harceler les convois. Les FFL coupent les pipelines, capturent des prisonniers, dynamitent des camions-citernes. Stuka et Junkers bombardent quotidiennement le box. Les hommes vivent dans des trous de combat creusés à coups de pic dans la pierraille. La ration d'eau tombe à un demi-litre par jour. Les blessés s'entassent dans les abris souterrains de Marie Hackin et des ambulancières.

Le 2 juin, Rommel décide d'en finir. Il rassemble la 90ᵉ Division légère, la division Trieste et des éléments du Sonderverband 288. Il envoie un parlementaire italien sommant Koenig de se rendre. La réponse française tient en huit mots : "Allez dire à votre général que nous ne sommes pas ici pour nous rendre." À partir du 3 juin, l'étau se resserre. Les bombardements deviennent ininterrompus. Stukas le matin, artillerie l'après-midi, blindés au crépuscule.

Le 10 juin, Bir Hakeim est exsangue. L'Afrika Korps a percé la ligne de mines au nord-est. Les munitions antichars sont épuisées. L'eau aussi. Koenig reçoit l'ordre du général Ritchie, commandant de la VIIIe armée, de décrocher dans la nuit. Il prépare la sortie de vive force avec un soin chirurgical. À 23 h 30, le génie ouvre une brèche dans le champ de mines vers l'ouest. La colonne s'élance dans le noir : ambulances en tête, infanterie sur les flancs, véhicules d'état-major au centre, artillerie en queue. Susan Travers, ambulancière britannique engagée dans la Légion, conduit la voiture de Koenig à travers les tirs croisés des Allemands.

À l'aube du 11 juin, 2 480 hommes ont rejoint les lignes britanniques à El Adem. Près des deux tiers de la garnison ont été sauvés. Le bataillon du Pacifique, qui couvrait la sortie, a perdu un homme sur trois. Le lieutenant-colonel Amilakvari, prince géorgien de la Légion, embrasse Koenig sur la joue : "Ce ne sont pas des hommes que vous avez commandés, mon général, ce sont des héros."

04 — Chapitre

Conséquences

Bir Hakeim n'a pas changé le résultat tactique de la bataille de Gazala. Tobrouk tombe le 21 juin 1942, dix jours après la sortie. Rommel atteint El Alamein en juillet. La VIIIe armée britannique vit sa défaite la plus humiliante. Mais sur le plan stratégique, le retard de seize jours imposé par Koenig pèse lourd. Sans cette résistance, l'Afrika Korps aurait disposé de deux semaines supplémentaires de carburant et d'élan pour pousser jusqu'au Nil avant que Montgomery ne reprenne en main la VIIIe armée et n'organise la défense d'El Alamein. Plusieurs historiens britanniques, dont Liddell Hart, considèrent que Bir Hakeim a indirectement permis la victoire alliée d'octobre 1942.

L'impact symbolique dépasse le cadre militaire. Pour la première fois depuis 1940, des soldats français se battent en grande unité contre la Wehrmacht et lui infligent un revers. La presse alliée s'empare du fait. Le Times de Londres titre le 12 juin : "Heroes of Bir Hakeim". Churchill évoque la bataille devant les Communes. Roosevelt envoie ses félicitations à de Gaulle. Le général parle à la radio depuis Carlton Gardens : "Quand à Bir Hakeim un rayon de la gloire renaissante de la France est venu caresser le front sanglant de ses soldats, le monde a reconnu la France." Le pouvoir gaulliste cesse d'être contesté par les Américains. La France Libre devient France Combattante en juillet, première étape vers la reconnaissance officielle d'un gouvernement provisoire.

Sur le terrain humain, la 1ʳᵉ Brigade française libre paie cher sa résistance. Sur 3 703 défenseurs, environ 1 100 manquent à l'appel : tués, blessés graves restés sur place, prisonniers tombés aux mains de l'Axe. Mais l'unité survit. Reconstituée en Tunisie en 1943, elle débarque en Provence en août 1944 avec la 1ʳᵉ Division française libre, libère Toulon, Lyon, et combat dans les Vosges. Koenig devient gouverneur militaire de Paris à la Libération, puis ministre de la Défense de la IVᵉ République. Bir Hakeim entre dans la mémoire nationale : une station de métro parisien, un pont sur la Seine, des centaines de rues et d'écoles portent son nom à travers la France et la francophonie.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Susan Travers est la seule femme à avoir servi dans la Légion étrangère. Britannique d'origine, infirmière puis ambulancière, elle a suivi la 13ᵉ demi-brigade de la Norvège à la Syrie avant de débarquer à Bir Hakeim en mai 1942. Pendant les seize jours du siège, elle conduit l'ambulance du général Koenig sous les bombardements quotidiens.

Dans la nuit du 10 au 11 juin, c'est elle qui prend le volant de la Ford d'état-major pour la sortie de vive force. La colonne traverse en pleine nuit les champs de mines puis les positions ennemies, mitraillée de toutes parts. Onze impacts de balles touchent la voiture. Travers conduit cap à l'ouest, accélérateur au plancher, traversant les barrages allemands à plus de 80 km/h. Au matin, le général arrive aux lignes britanniques. Koenig la cite à l'ordre de la division. Après-guerre, la Légion lui accorde le titre de "soldat 1ʳᵉ classe", grade unique dans l'histoire de l'institution. Médaille militaire, Légion d'honneur, Croix de guerre 1939-1945 avec palme. Elle meurt à Paris en 2003 à 94 ans, après avoir publié ses mémoires "Tomorrow to be Brave" (Bantam, 2000), traduits en français sous le titre "Une femme dans la Légion".

Généraux impliqués

France Libre (1ʳᵉ Brigade française libre) :
Marie-Pierre Koenig
Axe (Panzerarmee Afrika et Corps italien XX) :
Fait partie de

Seconde Guerre mondiale

1939 – 1945 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi Bir Hakeim est-elle un symbole de la France Libre ?

Bir Hakeim est le premier engagement de masse où la France Libre tient tête à la Wehrmacht et inflige des pertes à Rommel. Avant juin 1942, les forces gaullistes ont combattu en petites unités au Tchad, en Érythrée et en Syrie. À Bir Hakeim, une brigade entière résiste seize jours face à un corps d'armée. La presse alliée s'empare du fait. Churchill cite la bataille aux Communes. De Gaulle déclare le 12 juin 1942 : "Quand à Bir Hakeim un rayon de la gloire renaissante de la France est venu caresser le front sanglant de ses soldats, le monde a reconnu la France." La France retrouve une voix dans la coalition alliée.

Combien d'hommes ont défendu Bir Hakeim ?

La 1ʳᵉ Brigade française libre du général Koenig comptait 3 703 hommes au début du siège, le 26 mai 1942. Composition unique dans la guerre : Légion étrangère (deux bataillons de la 13ᵉ DBLE), bataillon du Pacifique (Tahitiens et Calédoniens), bataillon de marche n° 2 d'Oubangui-Chari, 22ᵉ bataillon nord-africain, fusiliers marins, artilleurs et sapeurs. La compagnie féminine ATS comptait des ambulancières britanniques. Les volontaires venaient de toute la France Libre, mais aussi d'Espagne républicaine, de Pologne, de Tchécoslovaquie. Tous engagés volontaires après l'appel du 18 juin 1940.

Comment Koenig a-t-il sorti ses hommes du piège ?

Le 10 juin 1942 à 23 h 30, Koenig lance une sortie de vive force vers l'ouest, direction inattendue par les Allemands qui ont concentré leurs blindés au nord-est. Le génie français ouvre à l'explosif une brèche dans le champ de mines protégeant la position. La colonne s'élance dans le noir : ambulances en tête, infanterie sur les flancs, état-major au centre, artillerie en queue. Susan Travers conduit la voiture du général à travers les tirs allemands. À l'aube du 11 juin, 2 480 hommes rejoignent les lignes britanniques à El Adem. Près des deux tiers de la garnison ont été sauvés malgré les pertes de l'arrière-garde.

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