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Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de la Mer de Corail

Ère Contemporaine

Bataille de la Mer de Corail

4 au 8 mai 1942·Mer de Corail, Pacifique sud-ouest

Du 4 au 8 mai 1942, dans la mer de Corail au large de la Nouvelle-Guinée, les flottes japonaise et américaine se livrent un combat sans précédent. Aucun navire ne voit jamais l'ennemi. Tout se joue par avions embarqués lancés à des centaines de kilomètres. Le porte-avions américain Lexington est coulé. Le japonais Shoho aussi. Tactiquement, c'est un match nul. Stratégiquement, c'est la première défaite de l'expansion japonaise : Port Moresby reste alliée. Un mois plus tard, Midway scellera le destin du Pacifique.

Forces en Présence

Alliés (États-Unis et Australie)

Commandant : Frank Jack Fletcher

Effectifs2 porte-avions, 9 croiseurs, 13 destroyers, 128 avions
Pertes1 porte-avions (Lexington), 1 destroyer, 1 ravitailleur, 65 avions, 656 morts

Empire du Japon

Commandant : Takeo Takagi et Shigeyoshi Inoue

Effectifs3 porte-avions, 9 croiseurs, 15 destroyers, 127 avions
Pertes1 porte-avions (Shoho), 92 avions, 966 morts

« Premier combat naval de l'histoire entièrement mené par avions embarqués, sans contact visuel entre les flottes. »

Publié le 30 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Au printemps 1942, le Japon est ivre de victoires. En cinq mois depuis Pearl Harbor (7 décembre 1941), la marine impériale a balayé les forces alliées dans tout le Pacifique occidental. La flotte britannique d'Asie a perdu le Prince of Wales et le Repulse au large de Singapour. La flotte américaine d'Asie a été anéantie aux Philippines. Les forces hollandaises ont été pulvérisées à la bataille de la mer de Java en février 1942. Singapour est tombée le 15 février, livrant 130 000 prisonniers britanniques et indiens. Rangoon est tombée en mars. Manille en avril. La marine de Yamamoto contrôle un océan grand comme l'Eurasie.

L'état-major impérial japonais hésite sur la prochaine étape. L'amiral Yamamoto veut attaquer Hawaï pour détruire les porte-avions américains qui ont échappé à Pearl Harbor (Enterprise, Hornet, Lexington, Yorktown). C'est l'option Midway. L'état-major naval, lui, préconise l'opération MO : prendre Port Moresby au sud-est de la Nouvelle-Guinée, puis Tulagi dans les Salomon, pour couper la route maritime entre les États-Unis et l'Australie. Les deux options sont incompatibles dans le temps. Tojo arbitre : MO d'abord, Midway en juin.

Le 30 avril 1942, l'opération MO débute. La flotte japonaise quitte Truk (Carolines) en trois groupes. Le groupe d'invasion transporte 11 000 soldats vers Port Moresby, escortés par le petit porte-avions Shoho et plusieurs croiseurs sous l'amiral Aritomo Goto. Le groupe d'occupation de Tulagi débarque sans résistance le 3 mai. Le groupe de soutien des porte-avions, composé du Shokaku et du Zuikaku (deux porte-avions lourds vétérans de Pearl Harbor), commandé par l'amiral Takeo Takagi, doit couvrir l'opération en interceptant toute riposte alliée.

Le commandement allié du Pacifique sud-ouest, sous l'amiral Chester Nimitz à Pearl Harbor, a percé une partie du chiffre japonais JN-25. Les cryptanalystes de Joseph Rochefort à Hypo (Hawaï) ont identifié les préparatifs de MO depuis la mi-avril. Nimitz envoie en urgence dans la mer de Corail la Task Force 17 du contre-amiral Frank Jack Fletcher, autour des porte-avions Lexington (commandant Frederick Sherman) et Yorktown. Total : 2 porte-avions, 9 croiseurs (dont 2 australiens, le HMAS Australia et le HMAS Hobart), 13 destroyers, 128 avions embarqués. C'est la première fois qu'une flotte américaine doit combattre une flotte japonaise depuis Pearl Harbor. Et c'est la première fois dans l'histoire que deux flottes vont s'affronter sans jamais s'apercevoir.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 4 mai au matin, Fletcher apprend que Tulagi est occupée par les Japonais. Il fait foncer le Yorktown vers les Salomon et lance trois vagues d'attaque depuis 200 kilomètres de distance. Les avions américains coulent un destroyer, deux dragueurs de mines et un transport, et endommagent plusieurs autres navires. Les pertes alliées sont minimes (3 avions). Mais le Yorktown vient de révéler sa position. Takagi sait désormais qu'un porte-avions américain est dans la mer de Corail.

Le 5 et le 6 mai, les deux flottes se cherchent dans les vastes étendues océaniques. Les avions de reconnaissance des deux camps quadrillent l'océan, sans se voir. Plusieurs fois, les Japonais et les Américains ne sont qu'à cent ou cent cinquante kilomètres l'un de l'autre, sans le savoir. Le commandement japonais, persuadé que les Américains se trouvent à l'est, dirige ses recherches dans la mauvaise direction.

Le 7 mai au matin, un avion de reconnaissance japonais signale "porte-avions et croiseur" au sud. Takagi lance immédiatement une attaque maximale : 78 avions. C'est une erreur. Le contact rapporté est en réalité le pétrolier USS Neosho et le destroyer Sims. Les Japonais consacrent leur frappe principale à couler le pétrolier (Neosho est gravement endommagé, sera sabordé) et le destroyer (Sims coule avec presque tout son équipage), gaspillant leur première vague. Au même moment, un avion américain signale "deux porte-avions et quatre croiseurs lourds" au nord. Fletcher lance 93 avions du Lexington et du Yorktown. Le contact rapporté est en réalité Goto avec son petit porte-avions Shoho. Mais l'attaque américaine, massive, écrase Shoho qui prend treize torpilles et sept bombes. Il coule en dix minutes avec 631 hommes. Le pilote Robert Dixon transmet aux États-Unis le message radio devenu célèbre : "Scratch one flat-top !"

La perte du Shoho oblige le groupe d'invasion vers Port Moresby à rebrousser chemin. Stratégiquement, l'objectif principal de MO vient déjà d'échouer. Mais Takagi veut détruire les porte-avions américains pour Yamamoto. Le 8 mai au matin, les deux flottes se localisent enfin. À 9 heures, Fletcher lance 75 avions, Takagi 70. Les deux vagues se croisent dans le ciel à 30 kilomètres de distance, sans s'engager. Les Américains repèrent les porte-avions japonais à 11 heures. Le Shokaku, criblé de bombes (trois impacts), perd son pont d'envol et sort du combat. Le Zuikaku, dissimulé sous un grain, échappe.

Au même moment, les avions japonais frappent la Task Force 17. Le Yorktown encaisse une seule bombe (perforation de cinq étages mais machines intactes). Le Lexington, lui, est plus malheureux. Deux torpilles sur le côté tribord, deux bombes sur le pont d'envol. Les machines tournent encore. Le navire reste manoeuvrable. Mais une heure plus tard, des vapeurs d'essence non purgées explosent dans les soutes. Les incendies deviennent incontrôlables. Le commandant Sherman ordonne l'évacuation à 17 heures. Le Lexington est sabordé par le destroyer Phelps. 216 marins ont péri, dont la moitié dans les explosions secondaires.

04 — Chapitre

Conséquences

La bataille de la Mer de Corail a un bilan double. Tactiquement, le Japon a gagné : les Américains ont perdu un porte-avions lourd (Lexington, 27 000 tonnes), un destroyer et un pétrolier, contre un seul petit porte-avions (Shoho, 12 000 tonnes) côté japonais. Stratégiquement, c'est une défaite japonaise : l'invasion de Port Moresby est annulée. Pour la première fois depuis Pearl Harbor, l'expansion japonaise est stoppée. Pas reculée, pas écrasée, mais arrêtée. C'est le premier "non" allié dans le Pacifique.

Les conséquences sur Midway, un mois plus tard, sont décisives. Le Shokaku, gravement endommagé, ne peut pas réparer à temps. Le Zuikaku a perdu trop d'avions et de pilotes pour être prêt. Yamamoto perd donc deux des six porte-avions de sa Première Force aérienne pour Midway. Les Américains, eux, font des miracles. Le Yorktown, frappé par une bombe et 248 trous d'éclats, devait passer trois mois en cale sèche à Pearl Harbor. Les techniciens des chantiers navals américains le réparent en 72 heures. Yorktown rejoint Enterprise et Hornet pour Midway le 30 mai. Le 4 juin, à Midway, les trois porte-avions américains détruisent quatre porte-avions japonais en un après-midi. Sans le sacrifice du Lexington et la course-poursuite de Coral Sea, Midway aurait été un combat à six contre trois, peut-être hors de portée pour les Américains. Avec Coral Sea, c'est trois contre quatre. Et la guerre du Pacifique bascule.

Sur le plan tactique, la Mer de Corail invente un genre. Pour la première fois dans l'histoire navale, deux flottes ont combattu sans jamais s'apercevoir. Tout s'est joué par avions, à des centaines de kilomètres. Les cuirassés sont devenus des plate-formes anti-aériennes. Les porte-avions sont l'arme principale. Les amiraux ne commandent plus depuis un pont supérieur en regardant l'ennemi à l'horizon ; ils décident depuis une salle de cartes en lisant des messages radio. La bataille du Jutland en 1916 est le dernier grand combat à canons et lignes de file. La Mer de Corail invente la guerre aéronavale.

Pour les marines impériale japonaise et américaine, les leçons sont opposées. Les Japonais découvrent que leurs porte-avions, mal protégés contre les chasseurs et bombardiers américains, sont vulnérables. Mais ils n'en tirent pas les conclusions à temps : à Midway, les mêmes faiblesses (absence de patrouille aérienne adéquate, mauvaise gestion du carburant et des munitions sur les ponts d'envol, communications radio surchargées) reviendront. Les Américains, eux, comprennent qu'ils peuvent égaler les Japonais et qu'un porte-avions lourd vaut deux ou trois cuirassés. Toute la doctrine navale américaine bascule à Coral Sea. Pearl Harbor avait montré la puissance du porte-avions à l'attaque. Coral Sea montre sa puissance en bataille rangée.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le Yorktown, frappé par une bombe au cours de la bataille, doit normalement passer trois mois en cale sèche à Pearl Harbor pour réparation complète. Quand le porte-avions arrive à Hawaï le 27 mai 1942, les techniciens estiment 90 jours de travaux. L'amiral Nimitz leur donne 72 heures.

Le chantier naval mobilise 1 400 ouvriers, fait venir des soudeurs et des chaudronniers de Californie en avion, débauche les écoles d'apprentis pour servir de manoeuvres. Le travail s'effectue jour et nuit, avec des équipes de relève toutes les huit heures. Les courts-circuits électriques sont contournés. Les ascenseurs d'avions, gauchis par l'explosion, sont redressés au chalumeau plutôt que remplacés. Les soudures provisoires remplacent les rivetages traditionnels. À 6 heures du matin le 30 mai 1942, soit 65 heures après l'arrivée à Pearl, le Yorktown sort de cale sèche et appareille pour Midway. Quand le navire atteint le rendez-vous au nord-ouest des Aléoutiennes, les ouvriers civils sont encore à bord. Ils doivent repartir par destroyer juste avant la bataille. Cette prouesse industrielle change le rapport de force au Pacifique. Sans le Yorktown réparé, Midway aurait été trois porte-avions japonais contre deux américains, au lieu de quatre contre trois. Le navire sera coulé six jours plus tard à Midway. Mais avant de mourir, il aura fait couler le Soryu et participé à la destruction du Hiryu.

Généraux impliqués

Alliés (États-Unis et Australie) :
Frank Jack Fletcher
Empire du Japon :
Takeo Takagi et Shigeyoshi Inoue

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Seconde Guerre mondiale

1939 – 1945 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la Mer de Corail est-elle considérée comme une bataille historique ?

La Mer de Corail est la première bataille navale de l'histoire dans laquelle aucun navire des deux flottes ne voit l'autre. Tout le combat se fait par avions embarqués lancés à plus de 300 kilomètres. Cette nouveauté inaugure l'ère de la guerre aéronavale qui dominera tout le Pacifique pendant trois ans. Les cuirassés deviennent des plate-formes anti-aériennes. Les amiraux dirigent la bataille depuis une salle de cartes plutôt que depuis un pont. Toutes les batailles décisives qui suivent (Midway en juin 1942, les Salomon orientales, Santa Cruz, le Golfe de Leyte) appliqueront le modèle de Coral Sea. La doctrine navale du XXᵉ siècle bascule en mai 1942.

Qui a gagné la bataille de la Mer de Corail ?

Tactiquement, le Japon a gagné : les Américains perdent le porte-avions Lexington (27 000 tonnes), un destroyer et un pétrolier ; les Japonais ne perdent que le petit porte-avions Shoho (12 000 tonnes). Stratégiquement, c'est une défaite japonaise : l'invasion de Port Moresby est annulée et l'expansion japonaise dans le Pacifique sud-ouest s'arrête définitivement. Pour la première fois depuis Pearl Harbor, le Japon recule. Surtout, les deux porte-avions lourds Shokaku et Zuikaku, endommagés ou privés de leurs avions, ne peuvent participer à Midway un mois plus tard. Cette absence pèsera de tout son poids dans la défaite japonaise du 4 juin 1942.

Quel rôle l'Australie a-t-elle joué dans la bataille ?

Deux croiseurs australiens, le HMAS Australia et le HMAS Hobart, font partie de la Task Force 17 sous Fletcher. Ils sont commandés par le contre-amiral britannique John Crace et constituent un détachement de bataille de surface chargé de bloquer le passage de Jomard, route maritime que l'invasion japonaise de Port Moresby doit emprunter. Les croiseurs australiens essuient plusieurs attaques aériennes japonaises et alliées par méprise (les B-17 américains les attaquent par erreur), mais sans subir de pertes. Leur présence sur la route de Port Moresby renforce la dissuasion stratégique qui pousse Inoue à annuler l'invasion. Pour l'Australie, la Mer de Corail reste une date majeure : la bataille qui a empêché la prise de Port Moresby et l'invasion potentielle de Cairns ou Townsville.

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Seconde Guerre mondiale