Ère Contemporaine
Bataille d'El-Alamein
El-Alamein est le tournant de la guerre en Afrique du Nord. Le général Montgomery, avec une supériorité matérielle massive et une préparation méticuleuse, écrase la Panzerarmee Afrika de Rommel après douze jours de combats acharnés dans le désert libyen. Cette victoire, combinée aux débarquements alliés en Afrique du Nord française, condamne le corps expéditionnaire de l'Axe.
Forces en Présence
VIIIe armée britannique
Commandant : Général Bernard Montgomery
Panzerarmee Afrika (Axe)
Commandant : Feld-maréchal Erwin Rommel
« Première grande victoire britannique sur Rommel — Churchill déclarera : "Ce n'est pas la fin, ce n'est même pas le commencement de la fin, mais c'est peut-être la fin du commencement." »
Contexte de la bataille de Bataille d'El-Alamein
En juin 1942, Rommel atteint son apogée. La chute de Tobrouk livre 33 000 prisonniers britanniques aux Allemands. Rommel est promu feld-maréchal par Hitler. La Panzerarmee Afrika fonce vers l'est à travers le désert libyen, menaçant l'Égypte, le canal de Suez et les puits de pétrole du Moyen-Orient. À Alexandrie, la marine britannique brûle ses archives. Au Caire, on parle de "mercredi panique".
Mais à El-Alamein, à 100 kilomètres d'Alexandrie, la géographie offre aux Britanniques une position défensive unique : le front ne mesure que 64 kilomètres entre la mer Méditerranée au nord et la dépression de Qattara au sud — dépression impraticable pour les blindés. Impossible de déborder la ligne par les flancs.
Churchill, insatisfait du commandement, remplace le général Auchinleck par Alexander commandant en chef, et confie la VIIIe armée à un général inconnu du grand public : Bernard Montgomery. "Monty", méticuleux, autoritaire, communicateur exceptionnel, va transformer la VIIIe armée en une machine de guerre. Il prend le temps de former ses hommes, d'accumuler les matériaux, de préparer l'offensive jusqu'au dernier détail. La victoire américaine à Midway a garanti la production industrielle : les Sherman arrivent par centaines, l'essence arrive par pétroliers depuis l'Amérique.
Rommel, lui, est en mauvaise santé, ses lignes de ravitaillement étirées jusqu'à la rupture, ses panzers à court de carburant. L'Afrika Korps est à bout de souffle. Rommel le sait mais ne peut pas se replier — Hitler l'interdit.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 23 octobre 1942 à 21h40, 882 canons britanniques ouvrent un barrage simultané le long du front. C'est "Operation Lightfoot". L'infanterie avance derrière les chars pour ouvrir des brèches dans les champs de mines — une "bataille d'usure" délibérée, selon la propre expression de Montgomery.
Les premiers jours sont terribles. Les champs de mines allemands — le "Jardin du diable", 450 000 mines — ralentissent l'avance. L'infanterie souffre, les chars s'enlisent. Rommel, absent en Allemagne pour soigner son foie, revient en urgence le 25 octobre. Il contre-attaque avec ses blindés mais Montgomery a prévu ces contre-attaques et les laisse s'épuiser contre des positions défensives bien tenues.
La bataille devient un duel d'usure que Montgomery est certain de gagner — il a trois fois plus de chars et de munitions. Chaque contre-attaque allemande réduit un peu plus les Panzers. Rommel envoie des messages désespérés à Hitler demandant la permission de se replier pour sauver ses hommes. Hitler lui ordonne de tenir.
Le 2 novembre, Montgomery lance "Operation Supercharge", la percée finale. Les corps blindés britanniques s'engouffrent dans la brèche ouverte par l'infanterie. La 9e division australienne écrase les divisions italiennes au nord. Les Allemands manquent de carburant pour manœuvrer. Le 4 novembre, Rommel commence la retraite — sans attendre l'autorisation d'Hitler. La Panzerarmee Afrika s'échappe, mais la majeure partie de l'infanterie italienne, sans camions, est abandonnée sur place et faite prisonnière.
Montgomery, trop prudent selon ses critiques, ne poursuit pas assez vite pour anéantir l'Afrika Korps. Rommel réussit à retirer ses blindés et à battre en retraite vers la Tunisie sur 2 000 kilomètres, combattant en retraite toute la fin de 1942 et le début de 1943.
Les conséquences historiques
El-Alamein est le début de la fin pour l'Axe en Afrique du Nord. Dans les jours qui suivent, le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent au Maroc et en Algérie (opération Torch). Pris en étau entre Montgomery à l'est et les troupes américaines à l'ouest, les forces de l'Axe sont refoulées en Tunisie où elles capituleront en mai 1943 : 250 000 prisonniers, dont 125 000 Allemands.
Pour Churchill, El-Alamein brise une série de défaites humiliantes qui durait depuis deux ans. Il peut enfin annoncer une victoire britannique sans équivoque. Sa formule restera : "Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la fin du commencement." La cloche de la cathédrale Saint-Paul sonne pour la première fois depuis le début de la guerre.
Stratégiquement, la victoire préserve le canal de Suez et les approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient. Si Rommel avait percé vers Alexandrie, la flotte britannique en Méditerranée orientale aurait été compromise et les puits de pétrole iraniens menacés. El-Alamein préserve également les arrières de Stalingrad, qui se joue simultanément à l'autre bout de l'Europe.
Pour Rommel, El-Alamein est la première défaite sans appel. Sa légende de l'invincibilité est brisée. Il comprend dès cet automne 1942 que la guerre est perdue et que l'Allemagne devrait négocier. Sa conviction sera l'une des raisons de son implication, marginale mais réelle, dans le complot du 20 juillet 1944.
Le saviez-vous ?
Rommel apprit la nouvelle du début de l'offensive de Montgomery d'une façon étrange et révélatrice du dysfonctionnement de l'état-major allemand. Il était en Allemagne, en cure, soignant une sévère hépatite aggravée par deux ans de campagne dans le désert. Son remplaçant intérimaire, le général Stumme, mourut d'une crise cardiaque le premier jour de l'offensive — tué par le choc d'une attaque qu'il n'avait pas vu venir. Rommel reçut un appel à Vienne le 24 octobre au soir. Son médecin lui déconseilla formellement de retourner en Afrique : son foie n'était pas guéri, la chaleur du désert l'achèverait. Rommel prit l'avion dès le lendemain matin. Il dirigea la bataille d'El-Alamein malade, souffrant, privé de carburant, d'hommes et de munitions — et il tint quand même douze jours contre une armée trois fois supérieure en nombre.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Qui a gagné la bataille d'El-Alamein ?
La VIIIe armée britannique du général Montgomery a remporté la bataille d'El-Alamein sur la Panzerarmee Afrika de Rommel. Après douze jours de combats (23 octobre - 4 novembre 1942), les forces de l'Axe commencèrent leur retraite vers la Tunisie, abandonnant une grande partie de leur infanterie italienne sur place. Les pertes de l'Axe s'élèvent à 59 000 hommes tués, blessés ou prisonniers, contre 13 560 du côté britannique. C'est la première grande victoire nette de l'armée britannique dans la guerre contre l'Allemagne nazie.
Pourquoi El-Alamein était-il un point stratégique si crucial ?
El-Alamein était la dernière ligne de défense avant Alexandrie et le canal de Suez. Si Rommel avait percé, l'Égypte — et avec elle le contrôle de la Méditerranée orientale, du canal reliant l'Europe à l'Asie, et les approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient — aurait pu tomber aux mains de l'Axe. La position géographique était unique : le front de 64 kilomètres entre la mer et la dépression de Qattara était le seul endroit en Afrique du Nord où une ligne défensive ne pouvait pas être contournée par les flancs.
Pourquoi Rommel a-t-il perdu à El-Alamein ?
La défaite de Rommel à El-Alamein résulte d'une infériorité matérielle écrasante et d'une pénurie chronique de ravitaillement. Montgomery disposait de 195 000 hommes contre 116 000 pour l'Axe, de 1 030 chars contre 547, et d'un ravitaillement assuré. Rommel manquait d'essence pour manœuvrer et reçut un ordre d'Hitler lui interdisant de reculer. Sa Panzerarmee, à bout de souffle après deux ans de campagne et des lignes logistiques étirées sur 2 000 kilomètres, ne pouvait plus compenser par la manœuvre une infériorité quantitative aussi massive.