Ère Contemporaine
Bataille de Chancellorsville
Du 1er au 4 mai 1863, Robert E. Lee et Stonewall Jackson réalisent à Chancellorsville l'une des manœuvres les plus audacieuses de la guerre de Sécession. Alors que Lee fait face à une armée de l'Union deux fois plus nombreuse, il divise ses forces dans une violation délibérée de tous les principes de guerre, et envoie Jackson dans un raid tournant de 15 kilomètres qui prend de flanc l'aile droite de Hooker. La victoire est totale. Mais ce triomphe est endeuillé par la mort de Jackson, atteint par tirs amis de sa propre armée lors d'une reconnaissance nocturne.
Forces en Présence
Armée confédérée de Virginie du Nord
Commandant : Général Robert E. Lee / Général Thomas "Stonewall" Jackson
Armée fédérale du Potomac
Commandant : Général Joseph Hooker
« Considérée comme le chef-d'œuvre tactique de Robert E. Lee, une victoire remportée avec deux fois moins d'hommes contre une armée supérieure, mais à un prix terrible : la mort de Stonewall Jackson par tir ami. »
Contexte de la bataille de Bataille de Chancellorsville
Au printemps 1863, la guerre de Sécession entre dans sa troisième année. L'armée de l'Union, la grande et bien équipée Army of the Potomac, a subi une série d'humiliations face à Robert E. Lee en Virginie : défaites à Bull Run (1862) et surtout à Fredericksburg (décembre 1862), où une attaque frontale désastreuse avait coûté 12 000 hommes à l'Union pour une avance pratiquement nulle.
Le général Joseph Hooker, surnommé "Fighting Joe", prend le commandement de l'Army of the Potomac en janvier 1863. Il est confiant : il a restructuré l'armée, amélioré le moral des troupes, et dispose d'une force de 133 000 hommes (presque le double de Lee) avec une artillerie et une logistique supérieures. Son plan est brillant en théorie : traverser le Rappahannock et le Rapidan en amont de Fredericksburg pour menacer Lee sur ses arrières, l'obligeant soit à battre en retraite soit à se battre dans des conditions défavorables. En parallèle, un corps de cavalerie attaquera les lignes de communication confédérées vers Richmond.
Lee dispose d'environ 61 000 hommes pour défendre ses positions. Avec lui, son lieutenant le plus brillant et le plus audacieux : Thomas Jonathan "Stonewall" Jackson, dont les marches forcées et les attaques surprises ont déjà déconcerté plusieurs généraux unionistes. Ensemble, Lee et Jackson forment le partenariat de commandement le plus redoutable que l'armée confédérée ait produit.
Hooker commence son mouvement le 27 avril. Son flanc gauche attaque à Fredericksburg pour fixer Lee, tandis que la majorité de l'armée traverse plus à l'ouest et débouche à Chancellorsville, un carrefour dans la forêt dense surnommée "the Wilderness", le 30 avril. À ce stade, le plan de Hooker fonctionne parfaitement. Lee est pris entre deux forces. La situation semble désespérée pour les Confédérés.
C'est alors que Lee prend la décision qui définira sa réputation : il divise son armée face à l'ennemi.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Confronté à Hooker qui le menace de flanc, Lee prend une décision qui défie tous les principes classiques de la guerre : il divise ses forces en présence de l'ennemi, deux fois plus nombreux, non pas en deux mais en trois parties. Il laisse une force minimale surveiller Fredericksburg, maintient une position défensive face à Hooker avec environ 14 000 hommes, et confie à Jackson la plus grande partie de l'armée, environ 28 000 hommes, pour une marche tournante de 15 kilomètres autour du flanc droit de l'Army of the Potomac, non défendu.
Cette marche de Jackson le 2 mai est l'une des plus audacieuses de la guerre de Sécession. Pendant des heures, ses colonnes marchent dans la forêt dense du Wilderness, exposées à une reconnaissance adverse qui aurait pu déclencher l'attaque des troupes unionistes restées en position. Plusieurs officiers fédéraux aperçurent la colonne et la signalèrent à Hooker, qui interpréta le mouvement comme une retraite confédérée et ne réagit pas.
À 17h15, Jackson attaque. Ses 28 000 hommes surgissent de la forêt sur le flanc droit complètement exposé du XIe Corps fédéral du général Howard. Les soldats de l'Union, surpris en train de cuisiner ou de se reposer, voient d'abord des lapins et des cerfs fuir la forêt en nombre, puis les premiers rangs confédérés apparaissent. La déroute est immédiate et totale. Le XIe Corps s'effondre en quelques minutes. L'attaque de Jackson roule sur 3 à 4 kilomètres avant que la tombée de la nuit ne stoppe l'élan.
C'est lors d'une reconnaissance nocturne pour préparer la reprise de l'attaque que survient la tragédie. Jackson et ses officiers d'état-major chevauchent entre les lignes dans l'obscurité. Des soldats confédérés du 18e régiment de Caroline du Nord, croyant voir de la cavalerie fédérale, ouvrent le feu. Jackson est atteint de trois balles, dont deux au bras gauche. Son bras est amputé dans la nuit. Il mourra huit jours plus tard de pneumonie.
Sans Jackson, la pression sur Hooker se relâche. Lee, qui a entre-temps repoussé l'attaque sur Fredericksburg, rassemble ses forces et continue d'attaquer. Hooker, blessé par un obus le 3 mai qui lui fait brièvement perdre conscience, prend des décisions de plus en plus hésitantes. Le 5 mai, il ordonne la retraite au-delà du Rappahannock. Lee a remporté sa victoire la plus brillante.
Les conséquences historiques
Chancellorsville est universellement considéré comme le chef-d'œuvre tactique de Robert E. Lee. Avec 61 000 hommes, il a battu une armée de 133 000 soldats, infligeant 17 000 pertes pour en subir moins de 13 000. La manœuvre de Jackson, marche tournante de 15 km, attaque de flanc surprise, est étudiée dans toutes les académies militaires du monde comme un modèle d'audace et d'exploitation tactique.
Mais la victoire a un prix irréparable : la mort de Stonewall Jackson. Lee, apprenant l'amputation, aurait dit : "Jackson a perdu son bras gauche, mais c'est moi qui ai perdu mon bras droit." La prophétie s'avéra exacte. Sans Jackson, Lee ne retrouva jamais un lieutenant capable d'exécuter ses manœuvres avec la même vitesse et la même énergie. Deux mois plus tard, à Gettysburg, l'absence de Jackson se fit cruellement sentir.
Paradoxalement, la victoire de Chancellorsville précipita la défaite confédérée à Gettysburg. Lee, galvanisé par son triomphe, lança immédiatement une nouvelle invasion du Nord, qui se termina par la catastrophe de Gettysburg (1-3 juillet 1863). La mort de Jackson et l'épuisement de l'armée confédérée après Chancellorsville avaient fragilisé irrémédiablement une force qui ne pouvait pas se permettre de telles pertes dans un contexte démographique déjà défavorable au Sud.
Pour l'Union, Chancellorsville fut un électrochoc. Hooker fut remplacé par Meade avant Gettysburg. Et l'évidence que Lee était un adversaire hors norme poussa Lincoln à chercher, finalement, Ulysses S. Grant, l'homme qui, contrairement à ses prédécesseurs, comprit que la guerre d'usure était la seule stratégie viable face à un général de génie.
Le saviez-vous ?
Stonewall Jackson mourut le 10 mai 1863 des suites de sa blessure, non des balles elles-mêmes, mais d'une pneumonie contractée après l'amputation de son bras gauche. Ses dernières paroles, prononcées dans un état de délire, semblent le ramener sur un champ de bataille imaginaire : "Faites passer les troupes à travers la forêt, dépêchez-vous, puis tournez à droite." Puis, après un moment de silence : "Non, non, ne traversons pas la rivière, reposons-nous à l'ombre des arbres." Il s'éteignit paisiblement. Sa mort fut un deuil national dans toute la Confédération. Lee refusa d'assister aux funérailles : il savait qu'il ne pourrait pas contenir son émotion devant ses troupes. Son médecin personnel rapporta que ce fut la seule fois où il vit Lee pleurer.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
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Questions fréquentes
Pourquoi Chancellorsville est-il considéré comme le chef-d'œuvre de Lee ?
Chancellorsville illustre le paradoxe ultime du génie tactique : Lee y réalisa sa victoire la plus brillante dans les conditions les plus défavorables. Avec deux fois moins d'hommes que Hooker, il divisa ses forces en présence de l'ennemi (violation délibérée du principe de concentration) et envoya Jackson dans une marche tournante de 15 km qui prit de flanc l'armée fédérale. La capacité à lire le caractère d'un adversaire (Hooker hésitant), à prendre des risques calculés, et à coordonner des mouvements complexes en temps réel avec un lieutenant de confiance fit de cette bataille un modèle d'art opérationnel étudié encore aujourd'hui dans les académies militaires.
Comment Stonewall Jackson fut-il tué à Chancellorsville ?
Jackson ne fut pas tué lors des combats mais par tir ami lors d'une reconnaissance nocturne le 2 mai 1863. Il chevauchait entre les lignes dans l'obscurité avec ses officiers d'état-major pour reconnaître le terrain et planifier la reprise de l'attaque. Des soldats confédérés du 18e régiment de Caroline du Nord, entendant des cavaliers approcher dans la nuit, crurent à une charge de cavalerie fédérale et ouvrirent le feu. Jackson fut atteint de trois balles. Son bras gauche fut amputé, mais il mourut huit jours plus tard d'une pneumonie, complication fréquente des amputations de l'époque. Il avait 39 ans.
Quel impact la mort de Jackson eut-elle sur la Confédération ?
La mort de Stonewall Jackson priva Lee de son plus fidèle et brillant lieutenant, le seul capable d'exécuter ses manœuvres les plus audacieuses avec la rapidité et l'énergie nécessaires. Lee lui-même déclara : "Jackson a perdu son bras gauche ; c'est moi qui ai perdu mon bras droit." Deux mois plus tard, à Gettysburg, les généraux qui devaient le remplacer (Ewell et A.P. Hill) n'eurent pas l'agressivité et la rapidité de décision nécessaires à des moments critiques. La plupart des historiens de la guerre de Sécession estiment que la mort de Jackson à Chancellorsville fut l'un des tournants les plus décisifs du conflit.