Époque Moderne
Bataille de Corbach
Le 10 juillet 1760, le maréchal de Broglie surprend l'avant-garde de Ferdinand de Brunswick près de Corbach, en Hesse. L'attaque française, rapide et coordonnée, enfonce le flanc gauche allié avant que Ferdinand ne puisse déployer ses forces. 2 400 pertes alliées contre 1 600 françaises. Ferdinand doit reculer et abandonner son plan d'offensive.
Forces en Présence
Armée française
Commandant : Maréchal Victor-François de Broglie
Armée anglo-hanovrienne
Commandant : Prince Ferdinand de Brunswick
« Victoire française qui brise l'offensive de Ferdinand de Brunswick en Hesse et permet aux Français de conserver leurs positions en Allemagne occidentale. »
Contexte : Bataille de Corbach
La guerre de Sept Ans, en 1760, entre dans sa cinquième année. Sur le théâtre occidental, la France affronte une armée composite anglo-hanovrienne-prussienne commandée par le prince Ferdinand de Brunswick, l'un des meilleurs lieutenants de Frédéric le Grand. Le front s'étire de la mer du Nord au Main, à travers les plaines de Westphalie et les collines de Hesse.
Ferdinand de Brunswick a remporté une victoire éclatante à Minden le 1er août 1759, stoppant net l'avancée française vers le Hanovre. Depuis, il cherche à exploiter cet avantage en portant la guerre sur le territoire français, ou du moins en repoussant les Français au-delà du Rhin. La campagne de 1760 est son occasion. Il dispose de 30 000 hommes, mélange de régiments britanniques, hanovriens, hessois et brunswickois, une armée modeste mais bien entraînée.
Face à lui, Louis XV a envoyé le maréchal Victor-François de Broglie. Ce n'est pas un inconnu. Broglie s'est illustré à Bergen (avril 1759), où il a battu Ferdinand avant que celui-ci ne prenne sa revanche à Minden. Le maréchal est un tacticien prudent, méthodique, qui préfère les positions solides aux offensives risquées. Il commande 45 000 hommes, mais la qualité variable des troupes françaises (mélange de réguliers aguerris et de milices peu fiables) compense partiellement l'avantage numérique.
L'été 1760 est celui des manoeuvres. Ferdinand avance en Hesse, cherchant à couper les lignes de communication françaises entre Francfort et Cassel. Broglie, alerté par ses éclaireurs, se porte à sa rencontre. Les deux armées convergent vers la petite ville de Corbach, dans les collines boisées de la Hesse septentrionale. Le terrain est coupé de forêts, de ravins et de ruisseaux : un paysage qui favorise l'embuscade et la surprise plutôt que les grandes manoeuvres en ligne.
Ferdinand commet une erreur. Confiant dans sa supériorité tactique (il a battu les Français à Minden et à Krefeld), il avance en ordre dispersé, ses colonnes séparées par des heures de marche. Son avant-garde, sous le général Sporken, atteint Corbach le 9 juillet, mais le gros de l'armée est encore en arrière. Broglie, informé de cette dispersion, décide de frapper l'avant-garde isolée avant que Ferdinand ne puisse la secourir.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 10 juillet 1760, à l'aube, Broglie lance son attaque. Le plan est simple : tomber sur l'avant-garde de Sporken avec une supériorité locale écrasante, avant que Ferdinand ne puisse regrouper ses forces. Les colonnes françaises émergent des bois qui entourent Corbach sur trois côtés.
Le général Sporken, surpris, tente de former ses troupes en ligne de bataille. Ses 8 000 hommes (Hanovriens et Hessois pour la plupart) prennent position sur une crête au sud de la ville. Les premières salves d'artillerie française tombent sur les formations alliées encore en cours de déploiement. Les canons français, postés sur les hauteurs boisées, dominent le terrain.
L'aile gauche de Sporken subit le choc principal. Trois brigades d'infanterie française, précédées de tirailleurs, descendent des bois et chargent à la baïonnette. Les régiments hessois tiennent bon pendant une heure, échangeant des volées de mousqueterie à courte distance. Mais la pression est trop forte. Les Français débordent le flanc gauche par un ravin boisé que Sporken n'avait pas eu le temps de couvrir.
La cavalerie française entre alors en jeu. Les dragons et les hussards, lancés sur le flanc découvert, sabrent les servants d'artillerie hanovriens et s'enfoncent dans les intervalles entre les régiments. La ligne alliée commence à vaciller. Des unités reculent en désordre vers Corbach, poursuivies par la cavalerie.
Ferdinand de Brunswick, alerté par le bruit du canon, accourt avec ses réserves. Mais il est trop tard pour sauver l'avant-garde. Sporken a déjà perdu 1 800 hommes (tués et blessés) et 600 prisonniers. Ferdinand déploie ses renforts sur une seconde position, à deux kilomètres en arrière, stabilisant la situation. Broglie, satisfait de son succès et méfiant envers l'arrivée du gros de l'armée alliée, ne pousse pas son avantage. Il consolide ses positions sur les hauteurs de Corbach.
Les pertes françaises sont modérées : 1 600 tués ou blessés. La victoire est nette mais limitée. Broglie a détruit l'avant-garde alliée sans engager de bataille générale. La prudence du maréchal français empêche un triomphe total, mais elle préserve aussi son armée intacte pour la suite de la campagne.
L'engagement de Corbach dure moins de quatre heures. C'est une bataille de rencontre, où la vitesse de réaction de Broglie fait la différence. Ferdinand, habituellement maître de la manoeuvre, s'est laissé surprendre par un adversaire qu'il sous-estimait. La leçon sera retenue : jamais plus Ferdinand ne laissera son avant-garde si éloignée du gros de son armée.
Les conséquences historiques
Corbach force Ferdinand de Brunswick à abandonner son offensive en Hesse. Le prince recule vers le nord, protégeant le Hanovre, sa base arrière. L'initiative passe aux Français pour le reste de l'été 1760. Broglie occupe Cassel, la capitale de la Hesse, et menace les lignes de communication entre le Hanovre et la Prusse.
Pour la France, Corbach est une victoire bienvenue après les humiliations de Rossbach (1757) et Minden (1759). Le maréchal de Broglie prouve que l'armée française peut battre Ferdinand de Brunswick quand elle est bien commandée. La victoire renforce temporairement la position française en Allemagne occidentale. Louis XV accorde au maréchal le gouvernement de l'Alsace en récompense.
La victoire reste limitée dans ses effets stratégiques. Broglie ne parvient pas à exploiter son succès. La campagne de 1760 en Hesse se poursuit par une série de marches et de contre-marches sans résultat décisif. Ferdinand, tacticien de premier ordre, refuse le combat en conditions défavorables et harcèle les lignes de ravitaillement françaises. Les Français, malgré leur supériorité numérique, ne parviennent pas à détruire l'armée anglo-hanovrienne.
Corbach illustre la nature particulière du front occidental de la guerre de Sept Ans. Contrairement au front oriental (où Frédéric mène des batailles d'anéantissement comme Leuthen ou Zorndorf), le front de Hesse-Westphalie est une guerre de manoeuvre où les victoires tactiques changent rarement l'équilibre stratégique. Les Français gagnent à Corbach en juillet, Ferdinand gagnera à Warburg dix-neuf jours plus tard. Les gains s'annulent mutuellement.
La défaite de Corbach nourrit en Angleterre le débat sur l'opportunité de poursuivre l'engagement continental. Certains politiciens whigs estiment que l'argent britannique serait mieux dépensé dans les colonies (où l'Angleterre triomphe) que dans les plaines d'Allemagne. Ce débat anticipe le désengagement progressif de Londres qui mènera, après la mort de George II (octobre 1760), à la réduction des subsides au Hanovre.
Le saviez-vous ?
Le maréchal de Broglie avait un espion inattendu : les paysans hessois. Hostiles à l'occupation anglo-hanovrienne qui réquisitionnait leurs récoltes, les fermiers des environs de Corbach informèrent les Français des mouvements de Ferdinand. Un paysan guida même une colonne française à travers un chemin forestier connu de lui seul, permettant aux tirailleurs de prendre position sur le flanc de Sporken avant l'aube. Ferdinand, qui s'appuyait habituellement sur un réseau de renseignement efficace, fut cette fois victime de l'hostilité de la population locale envers ses propres alliés.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi Ferdinand de Brunswick a-t-il perdu à Corbach en 1760 ?
Ferdinand a été victime de sa propre confiance. Après ses victoires de Minden (1759) et Krefeld (1758), il sous-estimait l'armée française. Il avança en Hesse avec ses colonnes trop dispersées, laissant son avant-garde sous Sporken isolée à un jour de marche du gros de l'armée. Le maréchal de Broglie exploita cette erreur en frappant Sporken avec 45 000 hommes avant que Ferdinand ne puisse intervenir. C'est une leçon classique de la guerre : ne jamais présenter à l'ennemi une fraction de son armée quand il peut la détruire en détail.
Qui était le maréchal de Broglie vainqueur à Corbach ?
Victor-François de Broglie (1718-1804), duc de Broglie, était l'un des meilleurs généraux français de la guerre de Sept Ans. Fils du maréchal François-Marie de Broglie, il servit sous les drapeaux dès l'âge de quinze ans. Sa victoire à Bergen (avril 1759) lui valut le bâton de maréchal de France à 41 ans. Prudent et méthodique, il privilégiait les positions solides aux attaques hasardeuses. Après la guerre, il devint ministre de la Guerre de Louis XVI avant d'émigrer pendant la Révolution.
Corbach a-t-elle changé le cours de la guerre de Sept Ans ?
Non. Corbach est une victoire tactique française sans conséquence stratégique décisive. Ferdinand de Brunswick recula mais ne fut pas détruit. Dix-neuf jours plus tard, il battit les Français à Warburg, rétablissant l'équilibre. La guerre en Hesse-Westphalie (1757-1762) se caractérise par cette alternance de victoires et de défaites sans résultat définitif. Le sort de la guerre de Sept Ans se joua sur le front oriental (batailles de Frédéric II) et dans les colonies (conquêtes britanniques au Canada et en Inde).