Époque Moderne
Bataille de Fleurus
La victoire française de Fleurus en juin 1794 ouvre la Belgique à l'annexion républicaine et chasse définitivement l'Autriche des Pays-Bas autrichiens. Elle restera dans l'histoire militaire pour une première mondiale : l'utilisation d'un ballon gonflé à l'hydrogène comme poste d'observation aérienne en combat réel.
Forces en Présence
Armée de Sambre-et-Meuse (France républicaine)
Commandant : Général Jean-Baptiste Jourdan
Coalition austro-néerlandaise
Commandant : Prince de Cobourg (Josias de Cobourg-Saalfeld)
« Ouvre la Belgique à l'annexion française et marque la première utilisation militaire d'un ballon d'observation dans l'histoire des guerres. »
Publié le 11 mars 2026 · mis à jour le 12 mars 2026
Contexte
En 1794, la France révolutionnaire est engagée depuis deux ans dans une guerre totale contre la Première Coalition, l'alliance des monarchies européennes déterminées à écraser la Révolution et rétablir Louis XVI ou ses héritiers sur le trône. La situation française avait été critique en 1793 : Toulon livré aux Anglais, Vendée en insurrection, Rhénanie perdue. Dumouriez, vainqueur de Valmy et Jemappes, avait trahi et était passé à l'ennemi en avril 1793, un choc pour la République. La Terreur, instrument de mobilisation extrême, avait permis de reconstituer des armées gigantesques par la levée en masse du 23 août 1793. 750 000 hommes sous les drapeaux. Du jamais vu en Europe.
L'armée de Sambre-et-Meuse, constituée de ces conscrits patriotes encadrés par des officiers issus du mérite plutôt que de la noblesse, est commandée par Jean-Baptiste Jourdan, ancien soldat de l'armée royale devenu chef républicain à la faveur de la Révolution. Jourdan a déjà battu les Autrichiens à Wattignies en octobre 1793. Elle doit percer les lignes austro-néerlandaises qui couvrent les Pays-Bas autrichiens (l'actuelle Belgique), objectif stratégique crucial : tenir la Belgique, c'est contrôler les débouchés de l'Escaut et menacer l'Angleterre depuis les ports flamands. Pour le Comité de Salut Public, la Belgique représente aussi une source de revenus fiscaux et de matières premières indispensable pour soutenir l'effort de guerre.
La Belgique avait été occupée puis perdue par la France en 1793 après la défaite de Neerwinden. La reconquête de 1794 est l'une des priorités absolues de Lazare Carnot, "l'organisateur de la victoire", membre du Comité de Salut Public. L'armée française a tenté cinq fois de franchir la Sambre avant de réussir : cinq tentatives, cinq revers. La sixième sera la bonne. Elle dispose aussi d'une innovation inédite : la Compagnie des Aérostiers, première unité militaire d'aéronautique de l'histoire, équipée d'un ballon gonflé à l'hydrogène appelé l'Entreprenant. Son commandant, le capitaine Coutelle, avait convaincu les autorités républicaines de l'intérêt de l'observation aérienne pour guider les mouvements de troupes et identifier les positions ennemies. Le ballon avait été fabriqué à Meudon, dans un atelier de chimie qui produisait l'hydrogène par décomposition de l'eau sur du fer porté au rouge.
Déroulement
Le 26 juin 1794, l'armée de Jourdan, forte d'environ 75 000 hommes, attaque les lignes austro-néerlandaises du prince de Cobourg sur un front de plus de 25 kilomètres autour de Fleurus. La coalition dispose de bonnes positions défensives mais est numériquement inférieure avec environ 52 000 hommes. Cobourg a réparti ses forces en cinq colonnes d'attaque pour tenter de percer les lignes républicaines.
Au-dessus du champ de bataille, à une altitude d'environ 500 mètres, le ballon l'Entreprenant reste en observation pendant neuf heures consécutives, retenu au sol par deux cordes. Le capitaine Coutelle et un officier d'état-major, le général Morlot, observent les mouvements des troupes austro-néerlandaises et transmettent leurs rapports par messages écrits glissés dans des sacs lestés descendus le long de la corde, et parfois par signaux de drapeaux. C'est la première fois dans l'histoire qu'une information aérienne est utilisée en temps réel dans une bataille. Les rapports aériens permettent à Jourdan de détecter les concentrations ennemies et de rediriger ses réserves vers les secteurs menacés.
La bataille elle-même est une longue journée d'affrontements sur plusieurs secteurs, du village de Lambusart à l'ouest jusqu'aux hauteurs de Fleurus à l'est. Dès l'aube, les colonnes de Cobourg lancent des attaques concentriques. À l'aile gauche française, la division de Marceau subit une pression féroce et recule. Au centre, les combats autour du village de Fleurus changent de mains plusieurs fois. La situation est critique en début d'après-midi : certaines unités républicaines cèdent du terrain, et Jourdan envisage un moment de reculer derrière la Sambre.
Mais l'aile droite française tient bon et brise les positions néerlandaises. Les colonnes de Cobourg, trop étirées sur un front énorme, peinent à se coordonner. L'artillerie républicaine, nombreuse et bien servie par des artilleurs formés à l'école de Gribeauval, impose sa supériorité. Les réserves françaises, guidées par les rapports du ballon, frappent aux bons endroits. En fin de journée, Cobourg, craignant l'encerclement et ayant perdu la vue d'ensemble que lui offrait l'observation terrestre (contrairement à son adversaire qui voyait tout depuis le ballon), ordonne la retraite générale. Ses troupes se replient vers le nord en bon ordre.
La victoire française est nette mais pas annihilante : l'armée de la coalition se retire sans être détruite. Cobourg fera l'objet de critiques pour n'avoir pas concentré ses forces sur un secteur unique au lieu de les disperser sur cinq axes d'attaque. Mais le résultat stratégique est décisif : les portes de la Belgique sont ouvertes.
Conséquences
La victoire de Fleurus a des conséquences immédiates massives. L'armée de Cobourg se replie vers le Rhin, abandonnant les Pays-Bas autrichiens. En quelques semaines, les Français occupent Bruxelles (le 10 juillet), Gand, Liège et Anvers. Les œuvres d'art sont saisies et expédiées à Paris, butin culturel de la République. La Belgique est annexée à la France en octobre 1795, divisée en neuf départements, et le restera jusqu'en 1814. Le droit révolutionnaire remplace les coutumes locales, la conscription s'applique, le franc remplace les monnaies anciennes. La Hollande est envahie à son tour à l'hiver 1794–1795 par les troupes de Pichegru, qui traversent les fleuves gelés avec la cavalerie, et la République batave (État satellite français) est proclamée en janvier 1795.
Sur le plan de la guerre, Fleurus marque le retournement définitif de la situation militaire française. De puissance sur la défensive en 1793, la France révolutionnaire devient puissance offensive en 1794-1795. La Première Coalition commence à se défaire : la Prusse signe la paix de Bâle en avril 1795, l'Espagne suit en juillet. L'Angleterre et l'Autriche restent en guerre, mais la France a désormais l'initiative sur tous les théâtres d'opérations. La campagne d'Italie de Bonaparte en 1796 sera la conséquence directe de cet élan offensif né à Fleurus.
L'héritage militaire de Fleurus est aussi technologique. Le ballon d'observation l'Entreprenant préfigure deux siècles de reconnaissance aérienne. Les Français créèrent une compagnie permanente d'aérostiers après Fleurus, avec une école de formation à Meudon. Cette unité pionnière survécut jusqu'à sa dissolution par Napoléon en 1802, l'Empereur estimant que ces ballons étaient trop lents à gonfler et trop dépendants du vent pour ses campagnes rapides. La reconnaissance aérienne ne reviendra dans les armées que lors de la guerre de Sécession américaine (1861) et surtout lors de la Première Guerre mondiale, où elle deviendra l'un des facteurs décisifs du conflit.
Le saviez-vous ?
Pendant les neuf heures que dura la bataille de Fleurus, le ballon l'Entreprenant resta en l'air au-dessus du champ de bataille, ses observateurs transmettant des messages sur les mouvements des troupes autrichiennes. Les soldats et officiers de Cobourg, qui n'avaient jamais rien vu de tel, regardaient avec stupeur cette chose flottante depuis laquelle des hommes les observaient.
Selon certains récits contemporains, des officiers autrichiens tentèrent de faire tirer sur le ballon pour le faire descendre. L'artillerie de l'époque, réglée pour tirer en trajectoire tendue contre des objectifs au sol, était peu adaptée au tir vertical contre une cible mobile à 500 mètres de hauteur. Le ballon resta intact jusqu'à la fin de la bataille. C'est peut-être le premier exemple de l'histoire militaire d'une tentative de neutraliser un moyen de reconnaissance aérien.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Quel est le lien entre la bataille de Fleurus et l'histoire de l'aviation militaire ?
La bataille de Fleurus (1794) est historiquement la première à avoir utilisé un ballon gonflé à l'hydrogène comme poste d'observation militaire en combat réel. Le ballon l'Entreprenant, de la Compagnie des Aérostiers républicaine, resta en observation pendant neuf heures à 500 mètres d'altitude, permettant au commandement français d'obtenir une vue d'ensemble des mouvements austro-néerlandais. C'est l'ancêtre direct de la reconnaissance aérienne qui deviendra fondamentale lors de la Première Guerre mondiale, puis de toute l'aviation militaire d'observation et de renseignement.
Quelles furent les conséquences de Fleurus pour la Belgique ?
La victoire de Fleurus ouvrit la Belgique (alors Pays-Bas autrichiens) à l'occupation puis à l'annexion française. En quelques semaines après la bataille, les Français occupèrent Bruxelles, Gand, Anvers et Liège. La Belgique fut officiellement annexée à la France en 1795 et divisée en départements à la française, perdant son identité politique spécifique. Elle le resterait jusqu'à la chute de Napoléon en 1814, soit près de vingt ans. L'annexion marqua profondément la société belge, imposant le droit napoléonien, la langue française dans l'administration, et abolissant les structures féodales.
Qui commandait l'armée française victorieuse à Fleurus ?
L'armée de Sambre-et-Meuse était commandée à Fleurus par le général Jean-Baptiste Jourdan (1762–1833), l'un des généraux les plus compétents de la République française. Fils d'un chirurgien de Limoges, ancien soldat de l'armée royale ayant servi en Amérique pendant la guerre d'Indépendance, Jourdan s'était révélé comme chef militaire pendant les guerres révolutionnaires. Après Fleurus, il connut des succès et des revers alternés, fut vaincu plusieurs fois par l'archiduc Charles en Allemagne, puis rallia Napoléon. Il mourut maréchal de France en 1833.