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Époque Moderne

Bataille d'Austerlitz

2 décembre 1805·Slavkov u Brna (Austerlitz), Moravie

Austerlitz est universellement considérée comme le chef-d'œuvre tactique de Napoléon Bonaparte et l'une des plus belles victoires de l'histoire militaire. Affrontant une armée austro-russe supérieure en nombre, Napoléon attire l'ennemi dans un piège parfaitement préparé et remporte une victoire écrasante en moins d'une journée.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Empire français

Commandant : Napoléon Bonaparte

Effectifs73 000 soldats
Pertes~9 000 tués et blessés

Coalition austro-russe (Troisième Coalition)

Commandant : Koutouzov / Tsar Alexandre Ier

Effectifs85 000 soldats
Pertes~36 000 tués, blessés, capturés

« Le chef-d'œuvre tactique de Napoléon, qui désintègre la Troisième Coalition et remodèle l'Europe. »

Contexte de la bataille de Bataille d'Austerlitz

En 1805, la Troisième Coalition — Autriche, Russie, Royaume-Uni et Suède — se dresse contre Napoléon, couronné Empereur des Français depuis un an. L'armée d'Angleterre, préparée à Boulogne pour l'invasion des îles britanniques, pivote vers l'est à marche forcée et encercle une armée autrichienne à Ulm en octobre 1805 — victoire sans bataille. Napoléon entre à Vienne le 13 novembre.

Mais la guerre n'est pas terminée : les armées russes de Koutouzov et les forces autrichiennes restantes se concentrent en Moravie. Napoléon se retrouve en territoire ennemi avec ses lignes d'approvisionnement étirées. Il joue alors une manœuvre psychologique subtile : il feint la faiblesse, abandonne ostensiblement le plateau de Pratzen devant les Alliés, laissant croire qu'il craint d'être débordé. Alexandre Ier et ses généraux, confiants, décident de contourner le flanc droit français pour couper sa retraite — tombant exactement dans le piège que Napoléon leur a tendu.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 2 décembre 1805, premier anniversaire du couronnement de Napoléon, le soleil se lève à travers la brume — le fameux "soleil d'Austerlitz" qui sera associé à toutes ses grandes victoires. Les armées alliées descendent du plateau de Pratzen pour attaquer le flanc droit français qu'elles croient faible. Napoléon attend que le mouvement soit bien engagé, que le plateau soit suffisamment dégarnì.

À neuf heures du matin, il ordonne à Soult de monter au pas de charge sur le plateau de Pratzen avec deux divisions — le mouvement décisif de la bataille. Les alliés, descendus dans la vallée, se retrouvent coupés en deux. Le centre allié s'effondre sous l'attaque de Soult pendant que Davout, avec seulement 10 000 hommes, tient le flanc droit contre 40 000 alliés. À gauche, la Garde Impériale et la cavalerie de Murat défont le flanc droit allié. L'armée alliée est brisée en plusieurs fragments qui sont détruits séparément. Certains soldats autrichiens et russes, fuyant sur les étangs gelés de Satschan, périssent quand les boulets français brisent la glace.

Les conséquences historiques

Austerlitz est un désastre stratégique pour la Coalition. L'Autriche signe la Paix de Presbourg en décembre 1805 : elle cède la Vénétie à l'Italie napoléonienne, le Tyrol à la Bavière, et verse une indemnité de guerre. La Troisième Coalition est dissoute. Le Saint-Empire romain germanique, millénaire institution, est dissous en août 1806 — Napoléon lui substitue la Confédération du Rhin, regroupement d'États allemands sous influence française.

La victoire d'Austerlitz marque le zénith de la puissance napoléonienne. Napoléon est à 35 ans le maître incontesté de l'Europe continentale. Il redistribue les couronnes à ses frères : Joseph roi de Naples, Louis roi de Hollande. Sa gloire est à son apogée. Mais cette apogée est aussi le début des difficultés : la Prusse, humiliée, entre en guerre en 1806 ; la Russie se relève ; l'Espagne résiste. Le chemin de Waterloo commence ici.

Napoléon lui-même considérait Austerlitz comme sa plus belle victoire. Sur son lit de mort à Sainte-Hélène, il murmura : "Austerlitz !". La bataille reste un modèle étudié dans toutes les académies militaires du monde, particulièrement la manœuvre du plateau de Pratzen — attaque au centre pour diviser une armée dont les ailes se déplacent.

Le saviez-vous ?

La veille d'Austerlitz, le 1er décembre 1805, Napoléon parcourut à pied l'ensemble de son camp dans l'obscurité, incognito, pour écouter ses soldats. Quand ils le reconnurent, la nouvelle se propagea de feu de bivouac en feu de bivouac et des torches improvisées s'allumèrent par centaines pour l'éclairer — un hommage spontané que les soldats appelèrent "la fête des lampions". Napoléon en fut visiblement ému.

Ce détail, rapporté par plusieurs témoins, révèle la nature unique du lien entre Napoléon et sa Grande Armée. Mais ce qui est moins connu : Napoléon avait soigneusement préparé la mise en scène de sa vulnérabilité apparente dans les jours précédents, recevant des émissaires alliés avec une humilité feinte pour donner l'impression que la France voulait la paix parce qu'elle ne pouvait se permettre le combat. Alexandre Ier et ses généraux mordirent à l'hameçon. "Je suis content de vous", dit Napoléon le lendemain à ses soldats en les passant en revue. Austerlitz reste la démonstration que la guerre est autant une bataille de perceptions que d'armées.

Généraux impliqués

Empire français :
Coalition austro-russe (Troisième Coalition) :

Batailles liées

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille d'Austerlitz est-elle considérée comme le chef-d'œuvre de Napoléon ?

Austerlitz est un chef-d'œuvre pour plusieurs raisons. Premièrement, Napoléon conçut et exécuta un piège parfait : il feignit la faiblesse pour inciter les Alliés à attaquer son flanc droit, abandonnant volontairement le plateau de Pratzen pour qu'ils descendent s'y engouffrer. Deuxièmement, quand ils furent suffisamment engagés, il frappa au centre avec deux divisions qui montèrent au pas de charge sur le plateau désormais dégagé, coupant l'armée alliée en deux. Troisièmement, il géra simultanément trois secteurs de la bataille avec une maîtrise parfaite du timing, remportant une victoire décisive en moins d'une journée.

Qui était Koutouzov et pourquoi ne put-il empêcher la défaite à Austerlitz ?

Mikhaïl Illarionovitch Koutouzov (1745–1813) était le commandant russe le plus expérimenté de son époque, vétéran des guerres contre les Turcs et connaisseur des méthodes de Napoléon. Il s'opposa au plan d'attaque à Austerlitz, préférant attendre des renforts, mais fut contraint de le suivre par le tsar Alexandre Ier qui voulait combattre. Koutouzov comprit le piège de Napoléon mais fut débordé par l'impétuosité du tsar. Quelques années plus tard, lors de l'invasion de la Russie en 1812, ce même Koutouzov se vengera en évitant le combat et en laissant l'hiver détruire la Grande Armée.

Quelles furent les conséquences immédiates de la victoire d'Austerlitz ?

Les conséquences furent immédiates et immenses. L'Autriche signa la Paix de Presbourg dès le 26 décembre 1805, cédant la Vénétie, le Tyrol et d'autres territoires. La Troisième Coalition fut dissoute. En août 1806, le Saint-Empire romain germanique, fondé au IXe siècle, fut officiellement dissous — Napoléon lui substitua la Confédération du Rhin. Il redistribua les couronnes à ses frères : Joseph roi de Naples, Louis roi de Hollande. Napoléon était à 35 ans le maître incontesté de l'Europe continentale, à l'apogée absolu de sa puissance.