Époque Moderne
Bataille d'Austerlitz
Austerlitz est universellement considérée comme le chef-d'œuvre tactique de Napoléon Bonaparte et l'une des plus belles victoires de l'histoire militaire. Affrontant une armée austro-russe supérieure en nombre, Napoléon attire l'ennemi dans un piège parfaitement préparé et remporte une victoire écrasante en moins d'une journée.
Forces en Présence
Empire français
Commandant : Napoléon Bonaparte
Coalition austro-russe (Troisième Coalition)
Commandant : Koutouzov / Tsar Alexandre Ier
« Le chef-d'œuvre tactique de Napoléon, qui désintègre la Troisième Coalition et remodèle l'Europe. »
Publié le 8 mars 2026 · mis à jour le 22 mars 2026
Contexte
1805. L'Europe se ligue contre la France. La Troisième Coalition réunit l'Autriche, la Russie, le Royaume-Uni et la Suède contre Napoléon, empereur depuis un an à peine. L'Angleterre finance, les Autrichiens et les Russes fournissent les armées. Le plan allié est simple : écraser la France par le nombre avant que Napoléon ne puisse réagir.
Napoléon réagit plus vite que quiconque ne l'avait imaginé. Son armée, 200 000 hommes campés à Boulogne pour envahir l'Angleterre, pivote vers l'est en quelques jours. La Grande Armée couvre 500 kilomètres en cinq semaines, un exploit logistique sans précédent. Sept corps d'armée convergent comme les doigts d'une main géante vers le Danube. Le général autrichien Mack, enfermé dans Ulm avec 30 000 hommes, se rend le 20 octobre sans avoir combattu, encerclé avant d'avoir compris ce qui lui arrivait. Le 13 novembre, Napoléon entre dans Vienne, la capitale des Habsbourg. Aucune armée n'avait marché aussi vite depuis Alexandre le Grand.
Mais la guerre n'est pas terminée. Les armées russes de Koutouzov, qui ont traversé la Pologne à marches forcées, font leur jonction avec les forces autrichiennes restantes en Moravie. 85 000 hommes se concentrent autour d'Austerlitz (aujourd'hui Slavkov u Brna). Le tsar Alexandre Ier, jeune et impatient, prend personnellement la direction des opérations, écartant le vieux Koutouzov qui préconise la prudence. Napoléon, de son côté, est en difficulté. Ses lignes d'approvisionnement sont étirées sur des centaines de kilomètres. Ses 73 000 hommes sont fatigués. Le temps joue contre lui : chaque semaine de délai permet aux Alliés de recevoir des renforts.
Napoléon joue alors une partie de poker magistrale. Il abandonne volontairement le plateau de Pratzen, la position dominante du terrain, pour donner l'impression qu'il est trop faible pour la tenir. Il reçoit un émissaire du tsar, le comte Dolgorouki, avec une humilité calculée, acceptant des conditions qu'il sait inacceptables. Le message est clair : l'Empereur est nerveux, il cherche la paix parce qu'il ne peut pas combattre. Alexandre Ier mord à l'hameçon. Ses généraux, convaincus de la faiblesse française, élaborent un plan d'attaque : contourner le flanc droit français par le sud, couper la route de Vienne, encercler et anéantir Napoléon. C'est exactement ce que Napoléon attend.
Déroulement
Le 2 décembre 1805, premier anniversaire du couronnement de Napoléon. Le soleil se lève à travers un épais brouillard qui masque les mouvements de troupes. Ce sera le "soleil d'Austerlitz", une image que Napoléon invoquera toute sa vie.
À l'aube, les colonnes alliées descendent du plateau de Pratzen vers le sud, exactement comme prévu. 40 000 Russes et Autrichiens s'engouffrent vers le flanc droit français, tenus par le IIIe Corps de Davout qui vient d'arriver après une marche forcée de 110 kilomètres en 48 heures. 10 000 hommes face à 40 000. Davout doit tenir. Coûte que coûte.
Napoléon observe depuis le Santon, une colline au nord du champ de bataille. Il attend. Il laisse le mouvement allié s'engager davantage vers le sud. Il laisse le plateau de Pratzen se vider de ses défenseurs. Koutouzov, le seul à pressentir le piège, n'a pas le pouvoir de stopper la manœuvre ordonnée par le tsar.
Neuf heures du matin. Le brouillard se lève. Le soleil illumine le plateau. Napoléon se tourne vers Soult : "Combien de temps faut-il à vos divisions pour atteindre le sommet du plateau ?" "Vingt minutes, Sire." "Alors attendons encore un quart d'heure." Les divisions Saint-Hilaire et Vandamme montent au pas de charge sur le plateau de Pratzen, presque vide. La surprise est totale. Les quelques bataillons russes qui restent se battent avec fureur mais sont submergés. En une heure, les Français tiennent le centre du dispositif allié.
L'armée alliée est coupée en deux. Les 40 000 hommes qui attaquent au sud se retrouvent pris à revers : Davout les tient de face, les troupes du plateau les menacent par-derrière. Au nord, Lannes et la cavalerie de Murat repoussent la Garde impériale russe dans un combat furieux. Le prince Repnine-Volkonski est fait prisonnier. La Garde russe, réputée invincible, plie.
La panique s'empare de l'aile gauche alliée. Des milliers de soldats russes et autrichiens tentent de fuir par le sud, à travers les étangs gelés de Satschan et de Menitz. Napoléon ordonne à son artillerie de tirer sur la glace. Les boulets brisent la surface gelée et des centaines d'hommes, de chevaux et de canons s'enfoncent dans l'eau glacée. L'ampleur exacte de cette noyade reste débattue (les drainages ordonnés par Napoléon n'ont trouvé que quelques dizaines de corps et de canons), mais l'image est devenue l'un des symboles de la bataille.
À 16 heures, tout est fini. L'armée alliée a perdu 36 000 hommes (tués, blessés, prisonniers) et 186 canons. Les Français déplorent 9 000 pertes. La victoire est totale, écrasante, parfaite.
Conséquences
Austerlitz est un désastre stratégique total pour la Coalition. Le tsar Alexandre Ier, en larmes, quitte le champ de bataille escorté par une poignée de cavaliers. L'empereur François II d'Autriche demande un armistice dès le lendemain. La Paix de Presbourg, signée le 26 décembre 1805, est brutale : l'Autriche cède la Vénétie, l'Istrie et la Dalmatie à l'Italie napoléonienne, le Tyrol et le Vorarlberg à la Bavière. Elle verse 40 millions de francs d'indemnité. La Troisième Coalition est dissoute.
Les conséquences géopolitiques sont immenses. En août 1806, le Saint-Empire romain germanique, institution millénaire fondée par Charlemagne, est officiellement dissous. François II renonce au titre d'Empereur romain pour ne conserver que celui d'Empereur d'Autriche. Napoléon lui substitue la Confédération du Rhin, regroupement de 16 États allemands sous protectorat français. Il redistribue les couronnes d'Europe à sa famille comme des pions sur un échiquier : Joseph roi de Naples, Louis roi de Hollande, Jérôme roi de Westphalie. La carte de l'Europe est redessinée par un seul homme.
Austerlitz marque le zénith absolu de la puissance napoléonienne. Napoléon est à 35 ans le maître incontesté de l'Europe continentale, le plus puissant souverain depuis Charlemagne. Mais cette apogée porte en germe les catastrophes futures. La Prusse, humiliée d'avoir hésité à rejoindre la Coalition, entre en guerre en 1806 (et sera écrasée à Iéna). La Russie ne se résignera jamais. L'Espagne résistera. Le Blocus continental, tentative de ruiner l'Angleterre par l'embargo commercial, dressera contre Napoléon jusqu'à ses propres alliés. Le chemin de Moscou et de Waterloo commence ici, dans l'ivresse d'une victoire trop parfaite.
Napoléon lui-même considérait Austerlitz comme sa plus belle victoire. Sur son lit de mort à Sainte-Hélène, il murmura un seul mot : "Austerlitz !" La bataille reste un modèle étudié dans toutes les académies militaires du monde, la démonstration que la manœuvre, la tromperie et le timing peuvent anéantir un ennemi supérieur en nombre.
Le saviez-vous ?
La veille d'Austerlitz, le 1er décembre 1805, Napoléon parcourut à pied l'ensemble de son camp dans l'obscurité, incognito, pour écouter ses soldats. Quand ils le reconnurent, la nouvelle se propagea de feu de bivouac en feu de bivouac et des torches improvisées s'allumèrent par centaines pour l'éclairer, un hommage spontané que les soldats appelèrent "la fête des lampions". Napoléon en fut visiblement ému.
Ce détail, rapporté par plusieurs témoins, révèle la nature unique du lien entre Napoléon et sa Grande Armée. Mais ce qui est moins connu : Napoléon avait soigneusement préparé la mise en scène de sa vulnérabilité apparente dans les jours précédents, recevant des émissaires alliés avec une humilité feinte pour donner l'impression que la France voulait la paix parce qu'elle ne pouvait se permettre le combat. Alexandre Ier et ses généraux mordirent à l'hameçon. "Je suis content de vous", dit Napoléon le lendemain à ses soldats en les passant en revue. Austerlitz reste la démonstration que la guerre est autant une bataille de perceptions que d'armées.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille d'Austerlitz est-elle considérée comme le chef-d'œuvre de Napoléon ?
Austerlitz est un chef-d'œuvre pour plusieurs raisons. Premièrement, Napoléon conçut et exécuta un piège parfait : il feignit la faiblesse pour inciter les Alliés à attaquer son flanc droit, abandonnant volontairement le plateau de Pratzen pour qu'ils descendent s'y engouffrer. Deuxièmement, quand ils furent suffisamment engagés, il frappa au centre avec deux divisions qui montèrent au pas de charge sur le plateau désormais dégagé, coupant l'armée alliée en deux. Troisièmement, il géra simultanément trois secteurs de la bataille avec une maîtrise parfaite du timing, remportant une victoire décisive en moins d'une journée.
Qui était Koutouzov et pourquoi ne put-il empêcher la défaite à Austerlitz ?
Mikhaïl Illarionovitch Koutouzov (1745–1813) était le commandant russe le plus expérimenté de son époque, vétéran des guerres contre les Turcs et connaisseur des méthodes de Napoléon. Il s'opposa au plan d'attaque à Austerlitz, préférant attendre des renforts, mais fut contraint de le suivre par le tsar Alexandre Ier qui voulait combattre. Koutouzov comprit le piège de Napoléon mais fut débordé par l'impétuosité du tsar. Quelques années plus tard, lors de l'invasion de la Russie en 1812, ce même Koutouzov se vengera en évitant le combat et en laissant l'hiver détruire la Grande Armée.
Quelles furent les conséquences immédiates de la victoire d'Austerlitz ?
Les conséquences furent immédiates et immenses. L'Autriche signa la Paix de Presbourg dès le 26 décembre 1805, cédant la Vénétie, le Tyrol et d'autres territoires. La Troisième Coalition fut dissoute. En août 1806, le Saint-Empire romain germanique, fondé au IXe siècle, fut officiellement dissous, Napoléon lui substitua la Confédération du Rhin. Il redistribua les couronnes à ses frères : Joseph roi de Naples, Louis roi de Hollande. Napoléon était à 35 ans le maître incontesté de l'Europe continentale, à l'apogée absolu de sa puissance.