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Époque Moderne

Bataille de Waterloo

18 juin 1815·Waterloo, Brabant

La bataille de Waterloo est la dernière victoire de Napoléon... qui n'eut jamais lieu. En une journée, l'Empire français s'effondre, Napoléon abdique pour la seconde fois et part en exil à Sainte-Hélène où il mourra six ans plus tard.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Septième Coalition

Commandant : Wellington & Blücher

Effectifs118 000 soldats
Pertes~22 000 tués et blessés

Armée française (Grande Armée)

Commandant : Napoléon Bonaparte

Effectifs73 000 soldats
Pertes~41 000 tués, blessés, capturés

« Met fin définitivement à l'ère napoléonienne et redessine la carte de l'Europe. »

Contexte de la bataille de Bataille de Waterloo

Le 1er mars 1815, Napoléon Bonaparte débarque à Golfe-Juan avec 700 hommes seulement, après dix mois d'exil sur l'île d'Elbe. Ce retour extraordinaire — les Cent-Jours — est l'un des coups de théâtre les plus stupéfiants de l'histoire militaire. En trois semaines, sans tirer un coup de feu, il reconquiert la France : les régiments envoyés pour l'arrêter se rallient à lui un à un, le maréchal Ney lui-même, pourtant chargé de le ramener "dans une cage de fer", fraternise avec ses anciens soldats à Auxerre et rejoint l'Aigle.

Mais les grandes puissances européennes refusent tout compromis. Le Congrès de Vienne, réuni depuis novembre 1814 pour redessiner la carte de l'Europe, déclare Napoléon "hors-la-loi" le 13 mars. La Septième Coalition se forme : Angleterre, Prusse, Autriche, Russie et leurs alliés rassemblent plus d'un million de soldats qui convergent vers la France. Napoléon dispose de 280 000 hommes au total, dont 125 000 pour l'Armée du Nord qu'il commande personnellement.

Sa stratégie est caractéristique : diviser pour régner. Il prend l'initiative d'attaquer avant que les alliés ne puissent concentrer leurs forces en Belgique. Les armées les plus proches — Wellington avec 93 000 Anglo-Néerlandais et Blücher avec 120 000 Prussiens — doivent être battues séparément avant que les Autrichiens et les Russes n'entrent en ligne. Le 15 juin, l'Armée du Nord franchit la frontière belge. Les 16 et 17 juin, Napoléon remporte à Ligny une victoire sur Blücher qui recule, tandis que Ney tient Wellington à Quatre-Bras. Mais ni l'une ni l'autre n'est décisive : Blücher bat en retraite vers le nord, en direction de Wellington, et non vers l'est — erreur d'appréciation fatale de Napoléon.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 18 juin 1815, la pluie qui a détrempé les champs la nuit précédente pousse Napoléon à retarder l'attaque jusqu'en milieu de matinée, pour laisser le sol sécher et permettre à son artillerie de manœuvrer. Ce délai de plusieurs heures — très discuté par les historiens — laisse aux Prussiens le temps de rejoindre le champ de bataille en fin d'après-midi.

Wellington a établi ses lignes sur la crête de Mont-Saint-Jean, entre Wavre et Bruxelles, ses troupes en arrière de la crête pour les protéger de l'artillerie française — une tactique défensive qu'il a perfectionnée en Espagne. À 11h30, l'attaque française commence par l'assaut du château de Hougoumont, ferme fortifiée sur le flanc droit anglais. Ce qui devait être une diversion devient un gouffre : toute la journée, quatre brigades françaises s'épuisent contre les murs de Hougoumont défendus par quelques centaines de gardes britanniques. La porte de la ferme est enfoncée une fois par les Français, mais refermée dans un combat au corps à corps légendaire.

En début d'après-midi, la grande attaque frontale des corps d'infanterie de d'Erlon contre le centre anglais est repoussée dans un carnage. Puis, en fin d'après-midi, le maréchal Ney lance des charges de cavalerie répétées — jusqu'à 10 000 cavaliers en plusieurs vagues — contre les carrés d'infanterie britannique, sans artillerie pour les appuyer. Les carrés résistent. C'est une dépense inutile de forces qui épuise les meilleures troupes françaises. À 19 heures, les premières unités prussiennes de Blücher commencent à déborder le flanc droit français. Napoléon engage alors sa dernière réserve, son ultime atout : la Vieille Garde impériale, invincible depuis quinze ans, qui n'avait jamais connu la défaite. Les bataillons de grenadiers et de chasseurs de la Garde avancent en colonnes serrées vers les lignes anglaises. Wellington fait alors se lever ses régiments, cachés derrière la crête. Un feu d'enfer fauchant les rangs de la Garde la force à reculer. Le cri se répand aussitôt dans toute l'armée française : "La Garde recule !" — trois mots qui suffisent à déclencher la débâcle générale. La retraite se transforme en déroute totale.

Les conséquences historiques

Waterloo entraîne la seconde abdication de Napoléon le 22 juin 1815, six jours seulement après la bataille. L'Empire des Cent-Jours aura duré 111 jours. Napoléon se rend aux Britanniques et est exilé à Sainte-Hélène, îlot volcanique perdu au milieu de l'Atlantique sud, à 2 000 kilomètres des côtes africaines — une prison dont il ne s'échappera jamais. Il y mourra le 5 mai 1821 à l'âge de 51 ans, entouré d'une poignée de fidèles, dictant ses mémoires et construisant sa légende.

Le Congrès de Vienne, qui avait brièvement suspendu ses travaux lors des Cent-Jours, finalise la nouvelle carte de l'Europe selon les principes de la légitimité monarchique et de l'équilibre des puissances. La France est réduite à ses frontières de 1790, doit payer une indemnité de guerre de 700 millions de francs et subir l'occupation de 150 000 soldats alliés. Les Bourbons sont restaurés avec Louis XVIII. Le Congrès de Vienne institue également la Sainte-Alliance entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, garante de l'ordre conservateur européen. Ce système de "Concert européen" maintiendra une paix relative sur le continent pendant quarante ans.

L'héritage de Napoléon et de Waterloo est paradoxal et immense. Les idées de la Révolution française — Code civil, égalité devant la loi, abolition des droits féodaux — avaient été diffusées dans toute l'Europe par les armées napoléoniennes et ne pouvaient être entièrement effacées. Le nationalisme que Napoléon avait à la fois servi et éveillé allait transformer l'Europe tout au long du XIXe siècle. Le mot "Waterloo" est entré dans toutes les langues comme synonyme absolu de défaite totale et irrémédiable.

Le saviez-vous ?

Le 18 juin 1815, Napoléon n'était pas seulement confronté à Wellington et à Blücher — il se battait aussi contre son propre corps. Les historiens et les médecins ont longuement débattu de l'état de santé de l'Empereur ce jour-là. Plusieurs de ses contemporains et de ses collaborateurs notent qu'il était visiblement diminué : fatigué, ralenti dans ses décisions, incapable de la fulgurance qui avait caractérisé Austerlitz ou Wagram.

Les sources évoquent plusieurs pathologies : une cystite aiguë qui le contraignait à de fréquentes pauses douloureuses, des hémorroïdes particulièrement sévères qui rendaient la montée à cheval éprouvante, et peut-être un début de cancer gastrique. Certains historiens, comme le Dr Jean-François Lemaire, ont suggéré que ces maux physiques ont directement influencé ses décisions ce jour-là — notamment le retard du début de la bataille. Napoléon lui-même, à Sainte-Hélène, reconnut avoir été "pas lui-même" à Waterloo. Peut-être que la légende de l'Aiglon s'est brisée contre Mont-Saint-Jean non seulement sous les baïonnettes de Wellington, mais aussi sous le poids d'un corps épuisé par vingt ans de campagnes incessantes.

Généraux impliqués

Septième Coalition :
Armée française (Grande Armée) :

Batailles liées

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de Waterloo ?

La Septième Coalition a remporté la bataille de Waterloo, principalement grâce aux armées du duc de Wellington (Anglo-Néerlandais) et du maréchal Blücher (Prussiens). Wellington a tenu les lignes françaises toute la journée sur la crête de Mont-Saint-Jean, tandis que l'arrivée des Prussiens en fin d'après-midi a définitivement basculé la victoire. Napoléon Bonaparte et son Armée du Nord ont subi une défaite totale, la plus décisive de toute l'ère napoléonienne.

Combien de soldats ont participé à la bataille de Waterloo ?

Environ 191 000 soldats ont combattu à Waterloo. Napoléon disposait de 73 000 hommes de l'Armée du Nord. La coalition en face alignait 68 000 soldats sous Wellington (Britanniques, Néerlandais, Belges, Hanovriens, Nassauviens) et 50 000 Prussiens de Blücher qui arrivèrent progressivement en fin de journée. Les pertes furent terribles : environ 41 000 Français tués, blessés ou capturés, et 22 000 hommes de la coalition hors de combat.

Quelle est l'importance historique de la bataille de Waterloo ?

Waterloo marque la fin définitive de l'ère napoléonienne et la restauration de l'ordre monarchique en Europe. Elle met un terme à vingt-cinq ans de guerres révolutionnaires et napoléoniennes qui avaient coûté la vie à plus de cinq millions de personnes. Le Congrès de Vienne qui s'ensuit redessine les frontières européennes selon un équilibre des puissances qui durera jusqu'en 1914. Le mot "Waterloo" est devenu dans toutes les langues le symbole universel d'une défaite totale et irrémédiable.