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Époque Moderne

Bataille de Waterloo

18 juin 1815·Waterloo, Brabant

La bataille de Waterloo est la dernière victoire de Napoléon... qui n'eut jamais lieu. En une journée, l'Empire français s'effondre, Napoléon abdique pour la seconde fois et part en exil à Sainte-Hélène où il mourra six ans plus tard.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Septième Coalition

Commandant : Wellington & Blücher

Effectifs118 000 soldats
Pertes~22 000 tués et blessés

Armée française (Grande Armée)

Commandant : Napoléon Bonaparte

Effectifs73 000 soldats
Pertes~41 000 tués, blessés, capturés
Effectifs & Pertes
Septième CoalitionArmée française (Grande Armée)
030k59k89k118k00EFFECTIFS00PERTES19%des effectifs56%des effectifs

« Met fin définitivement à l'ère napoléonienne et redessine la carte de l'Europe. »

Publié le 7 mars 2026 · mis à jour le 3 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

Le 1er mars 1815, Napoléon Bonaparte débarque à Golfe-Juan avec 700 hommes seulement, après dix mois d'exil sur l'île d'Elbe. Ce retour extraordinaire (les Cent-Jours) est l'un des coups de théâtre les plus stupéfiants de l'histoire militaire. En trois semaines, sans tirer un coup de feu, il reconquiert la France entière. Les régiments envoyés pour l'arrêter se rallient à lui un à un. À Laffrey, près de Grenoble, il marche seul vers les soldats du 5e régiment de ligne, ouvre sa redingote et lance : "S'il est parmi vous un soldat qui veuille tuer son Empereur, me voilà." Les fusils s'abaissent. Les cris de "Vive l'Empereur !" résonnent dans la vallée. Le maréchal Ney lui-même, pourtant chargé par Louis XVIII de ramener Napoléon "dans une cage de fer", fraternise avec ses anciens soldats à Auxerre et rejoint l'Aigle. Le 20 mars, Napoléon entre aux Tuileries. Louis XVIII a fui vers Gand la veille.

Mais les grandes puissances européennes refusent tout compromis. Le Congrès de Vienne, réuni depuis novembre 1814 pour redessiner la carte de l'Europe après vingt ans de guerres, déclare Napoléon "hors-la-loi" le 13 mars, avant même son retour à Paris. La Septième Coalition se forme avec une rapidité qui témoigne de la terreur que l'Empereur inspire encore : Angleterre, Prusse, Autriche, Russie, Suède et plusieurs États allemands rassemblent plus d'un million de soldats qui convergent vers la France depuis toutes les directions. Napoléon dispose de 280 000 hommes au total, vétérans et conscrits mêlés, dont 125 000 pour l'Armée du Nord qu'il commande personnellement. Le rapport de forces est écrasant. Le temps joue contre lui.

Sa stratégie est caractéristique de son génie : frapper vite, diviser l'ennemi, battre chaque armée séparément avant qu'elles ne puissent se réunir. Il prend l'initiative d'attaquer en Belgique, où les deux armées alliées les plus proches sont cantonnées. Wellington, avec 93 000 Anglo-Néerlandais (des troupes hétéroclites, mêlant vétérans britanniques de la guerre d'Espagne et recrues belges ou nassauviennes peu fiables), et Blücher, avec 120 000 Prussiens, doivent être battus séparément avant que les Autrichiens et les Russes n'entrent en ligne depuis l'est.

Le 15 juin, l'Armée du Nord franchit la frontière belge à Charleroi avec une discrétion qui surprend les Alliés. Le 16 juin, Napoléon remporte à Ligny une victoire sur Blücher : les Prussiens reculent après de lourdes pertes, le vieux maréchal de 72 ans est désarçonné et piétiné par la cavalerie, laissé pour mort sur le champ de bataille (il survit grâce à son aide de camp qui le retrouve dans l'obscurité). Le même jour, Ney tient Wellington à Quatre-Bras dans un combat indécis. Mais ni l'une ni l'autre de ces batailles n'est décisive. Et surtout, Napoléon commet une erreur d'appréciation fatale : il croit que Blücher bat en retraite vers l'est, vers sa base arrière de Namur, et envoie le maréchal Grouchy avec 33 000 hommes le poursuivre dans cette direction. Or Blücher recule vers le nord, vers Wavre, en direction de Wellington. Les deux armées alliées, loin de se séparer, convergent.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 18 juin 1815, la pluie qui a détrempé les champs toute la nuit précédente pousse Napoléon à retarder l'attaque jusqu'en milieu de matinée, pour laisser le sol sécher et permettre à son artillerie de manœuvrer. Ce délai de plusieurs heures est très discuté par les historiens. Certains estiment qu'il coûta la bataille à Napoléon en laissant aux Prussiens le temps de rejoindre le champ de bataille en fin d'après-midi. D'autres jugent qu'attaquer sur un terrain boueux aurait été suicidaire pour l'artillerie, l'arme maîtresse de l'Empereur.

Wellington a établi ses lignes sur la crête de Mont-Saint-Jean, entre Wavre et Bruxelles. Ses troupes sont déployées en arrière de la crête pour les protéger de l'artillerie française, une tactique défensive qu'il a perfectionnée pendant six ans de guerre en Espagne. Le terrain est bien choisi : des fermes fortifiées, Hougoumont sur la droite, La Haye-Sainte au centre, Papelotte sur la gauche, forment autant de points d'appui devant la ligne principale.

À 11h30, l'attaque française commence par l'assaut du château-ferme de Hougoumont, sur le flanc droit anglais. Ce qui devait être une simple diversion pour fixer les réserves de Wellington devient un gouffre qui engloutit des forces françaises toute la journée. Quatre brigades françaises, plus de 10 000 hommes, s'épuisent contre les murs de Hougoumont défendus par quelques centaines de gardes britanniques et nassauviens. La porte nord de la ferme est enfoncée une fois par un groupe de soldats français menés par le sous-lieutenant Legros, surnommé "l'Enfonceur". Un combat au corps à corps légendaire s'engage dans la cour. Les Britanniques parviennent à refermer la porte. Wellington dira plus tard que "la bataille de Waterloo a été gagnée en fermant les portes de Hougoumont".

En début d'après-midi, vers 13h30, la grande attaque frontale des quatre divisions d'infanterie du corps de d'Erlon, 16 000 hommes en colonnes serrées, monte à l'assaut du centre anglais. L'attaque est repoussée dans un carnage par les volées de mousqueterie britannique et une charge de cavalerie de la brigade lourde de Lord Uxbridge. Mais cette contre-charge va trop loin : les cavaliers britanniques, emportés par leur élan, chargent jusque dans les lignes françaises et se font tailler en pièces au retour.

Vers 15h30, le maréchal Ney, croyant voir les lignes anglaises fléchir (des convois de blessés quittant le plateau), lance des charges de cavalerie répétées contre les carrés d'infanterie britannique. Jusqu'à 10 000 cavaliers en plusieurs vagues, cuirassiers, lanciers, chasseurs, déferlent sur le plateau de Mont-Saint-Jean. Mais Ney commet une erreur fatale : il charge sans emmener d'artillerie ni d'infanterie en soutien. Les carrés résistent, hérissés de baïonnettes. Les chevaux refusent de s'empaler. La cavalerie française tourne en rond entre les carrés, décimée par les salves à bout portant. C'est une dépense de forces aussi héroïque qu'inutile, qui brise les meilleures troupes montées de l'armée.

Vers 18h, La Haye-Sainte tombe enfin aux mains des Français après un assaut acharné. Le centre anglais est percé. Wellington est au bord de la rupture. Mais il est trop tard. À 19 heures, les premières unités prussiennes de Blücher commencent à déborder le flanc droit français en masse. Napoléon engage alors sa dernière réserve, son ultime atout : la Vieille Garde impériale, invincible depuis quinze ans, qui n'a jamais connu la défaite. Les bataillons de grenadiers et de chasseurs de la Garde avancent en colonnes serrées vers les lignes anglaises, tambours battant. Wellington fait alors se lever ses régiments de gardes, couchés dans les blés derrière la crête. "Now, Maitland, now's your time!" crie le duc. Un feu d'enfer fauche les rangs de la Garde, qui vacille, hésite, puis recule. Le cri se répand aussitôt dans toute l'armée française, porté de bouche en bouche comme une contagion de terreur : "La Garde recule !", trois mots qui suffisent à déclencher la débâcle générale. La retraite se transforme en déroute totale. Seuls quelques bataillons de la Vieille Garde forment des carrés de combat pour couvrir la fuite de l'Empereur dans la nuit.

04 — Chapitre

Conséquences

Waterloo entraîne la seconde abdication de Napoléon le 22 juin 1815, six jours seulement après la bataille. L'Empire des Cent-Jours aura duré 111 jours. Napoléon se rend aux Britanniques et est exilé à Sainte-Hélène, îlot volcanique perdu au milieu de l'Atlantique sud, à 2 000 kilomètres des côtes africaines, une prison dont il ne s'échappera jamais. Il y mourra le 5 mai 1821 à l'âge de 51 ans, entouré d'une poignée de fidèles, dictant ses mémoires et construisant sa légende.

Le Congrès de Vienne, qui avait brièvement suspendu ses travaux lors des Cent-Jours, finalise la nouvelle carte de l'Europe selon les principes de la légitimité monarchique et de l'équilibre des puissances. La France est réduite à ses frontières de 1790, doit payer une indemnité de guerre de 700 millions de francs et subir l'occupation de 150 000 soldats alliés. Les Bourbons sont restaurés avec Louis XVIII. Le Congrès de Vienne institue également la Sainte-Alliance entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, garante de l'ordre conservateur européen. Ce système de "Concert européen" maintiendra une paix relative sur le continent pendant quarante ans.

L'héritage de Napoléon et de Waterloo est paradoxal et immense. Les idées de la Révolution française, Code civil, égalité devant la loi, abolition des droits féodaux, avaient été diffusées dans toute l'Europe par les armées napoléoniennes et ne pouvaient être entièrement effacées. Le nationalisme que Napoléon avait à la fois servi et éveillé allait transformer l'Europe tout au long du XIXe siècle. Le mot "Waterloo" est entré dans toutes les langues comme synonyme absolu de défaite totale et irrémédiable.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le 18 juin 1815, Napoléon n'était pas seulement confronté à Wellington et à Blücher, il se battait aussi contre son propre corps. Les historiens et les médecins ont longuement débattu de l'état de santé de l'Empereur ce jour-là. Plusieurs de ses contemporains et de ses collaborateurs notent qu'il était visiblement diminué : fatigué, ralenti dans ses décisions, incapable de la fulgurance qui avait caractérisé Austerlitz ou Wagram.

Les sources évoquent plusieurs pathologies : une cystite aiguë qui le contraignait à de fréquentes pauses douloureuses, des hémorroïdes particulièrement sévères qui rendaient la montée à cheval éprouvante, et peut-être un début de cancer gastrique. Certains historiens, comme le Dr Jean-François Lemaire, ont suggéré que ces maux physiques ont directement influencé ses décisions ce jour-là, notamment le retard du début de la bataille. Napoléon lui-même, à Sainte-Hélène, reconnut avoir été "pas lui-même" à Waterloo. Peut-être que la légende de l'Aiglon s'est brisée contre Mont-Saint-Jean non seulement sous les baïonnettes de Wellington, mais aussi sous le poids d'un corps épuisé par vingt ans de campagnes incessantes.

Généraux impliqués

Septième Coalition :
WellingtonBlücher
Armée française (Grande Armée) :
Fait partie de

Guerres napoléoniennes

1796 – 1815 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

Pour aller plus loin

Film

Waterloo (1970)

Sergei Bondarchuk

Mon avis

Ce film m'a tout simplement époustouflé. Bondarchuk a mobilisé 15 000 figurants de l'armée soviétique pour reconstituer la bataille, et ça se voit dans chaque plan. Rod Steiger en Napoléon est habité par son rôle, Christopher Plummer incarne un Wellington d'une froideur magnifique. Le plus impressionnant : le respect quasi chirurgical de la chronologie des évènements, de la charge de la Garde impériale à l'arrivée des Prussiens de Blücher. On est loin des libertés habituelles du cinéma. C'est le genre de film qui vous donne l'impression d'avoir été là, sur la crête de Mont-Saint-Jean, ce 18 juin 1815.

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de Waterloo ?

La Septième Coalition a remporté la bataille de Waterloo, principalement grâce aux armées du duc de Wellington (Anglo-Néerlandais) et du maréchal Blücher (Prussiens). Wellington a tenu les lignes françaises toute la journée sur la crête de Mont-Saint-Jean, tandis que l'arrivée des Prussiens en fin d'après-midi a définitivement basculé la victoire. Napoléon Bonaparte et son Armée du Nord ont subi une défaite totale, la plus décisive de toute l'ère napoléonienne.

Combien de soldats ont participé à la bataille de Waterloo ?

Environ 191 000 soldats ont combattu à Waterloo. Napoléon disposait de 73 000 hommes de l'Armée du Nord. La coalition en face alignait 68 000 soldats sous Wellington (Britanniques, Néerlandais, Belges, Hanovriens, Nassauviens) et 50 000 Prussiens de Blücher qui arrivèrent progressivement en fin de journée. Les pertes furent terribles : environ 41 000 Français tués, blessés ou capturés, et 22 000 hommes de la coalition hors de combat.

Quelle est l'importance historique de la bataille de Waterloo ?

Waterloo marque la fin définitive de l'ère napoléonienne et la restauration de l'ordre monarchique en Europe. Elle met un terme à vingt-cinq ans de guerres révolutionnaires et napoléoniennes qui avaient coûté la vie à plus de cinq millions de personnes. Le Congrès de Vienne qui s'ensuit redessine les frontières européennes selon un équilibre des puissances qui durera jusqu'en 1914. Le mot "Waterloo" est devenu dans toutes les langues le symbole universel d'une défaite totale et irrémédiable.

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