Guerres napoléoniennes
1796 – 1815
Les guerres napoléoniennes constituent la séquence de conflits la plus intense de l'ère moderne, opposant la France impériale de Napoléon Bonaparte à des coalitions successives de puissances européennes. En douze ans, elles redessinèrent entièrement la carte de l'Europe.
Origines et causes de la Guerres napoléoniennes
La Révolution française et la guerre contre l'Europe des rois (1789-1799)
Les guerres napoléoniennes plongent leurs racines dans la Révolution française. Le 14 juillet 1789, la Bastille tombe. En trois ans, la France brise l'Ancien Régime : abolition des privilèges, Déclaration des droits de l'homme, Constitution civile du clergé, fuite du roi à Varennes. L'Europe monarchique s'inquiète. Une nation qui décapite son roi en janvier 1793 est une menace idéologique pour tous les trônes. La guerre est déclarée à l'Autriche dès avril 1792. Elle ne s'arrêtera quasiment plus pendant vingt-trois ans. Les armées révolutionnaires, mal équipées au début, résistent à Valmy (septembre 1792). Puis la levée en masse de 1793, décidée par la Convention, transforme la France en nation armée. 800 000 soldats sous les drapeaux, un chiffre inédit en Europe. Les Coalitions se succèdent. La Première (1792-1797) est brisée par les victoires françaises en Italie et sur le Rhin. La Deuxième (1798-1802) naît pendant l'expédition d'Égypte. Dans ce chaos permanent, un jeune général corse gravit les échelons à une vitesse foudroyante.
L'ascension de Bonaparte et le Consulat (1799-1804)
Napoléon Bonaparte, 30 ans, rentre d'Égypte en octobre 1799. Il trouve le Directoire discrédité, les finances ruinées, l'armée démoralisée. Le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), il renverse le régime par un coup d'État militaire. Nommé Premier Consul, il impose en quatre ans une machine d'État entièrement neuve : le Code civil (1804), la Banque de France, les préfets, les lycées, le Concordat avec Rome. La paix intérieure revient. La victoire de Marengo sur l'Autriche (juin 1800) lui offre une paix extérieure temporaire. Le traité d'Amiens (mars 1802) avec l'Angleterre semble refermer dix ans de guerre continue. L'Europe respire pour la première fois depuis 1792. Mais les ambitions françaises en Italie, en Suisse et en Louisiane inquiètent Londres. Le blocus commercial s'accentue. L'annexion du Piémont et la vente de la Louisiane aux Américains en 1803 rompent le fragile équilibre. L'Angleterre reprend les hostilités le 18 mai 1803. La paix d'Amiens n'aura tenu que quatorze mois.
La proclamation de l'Empire et la menace hégémonique (1803-1805)
Bonaparte se fait sacrer empereur des Français par Pie VII le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris. Il se couronne lui-même, refusant que le pape le fasse. Geste politique majeur, il signifie qu'il tient son pouvoir de la Nation et non de Dieu. L'Empire naissant fait peur. Napoléon rassemble 200 000 soldats au camp de Boulogne pour envahir l'Angleterre. Londres, paniquée, finance la Troisième Coalition (1805) avec l'Autriche, la Russie et la Suède. Le basculement est là : ce qui n'était qu'une guerre entre la France révolutionnaire et les monarchies défensives devient une guerre d'expansion impériale. L'Europe continentale tout entière va subir pendant dix ans le choc d'un système militaire sans équivalent, mené par un homme qui ne connaît pas la défaite, jusqu'à ce que l'hiver russe et les coalitions finales ne le brisent.
Les grandes phases de la Guerres napoléoniennes
Les premières coalitions et la montée de Bonaparte (1796-1802)
La France revolutionnaire est en guerre contre l'Europe monarchique depuis 1792. Le jeune général Bonaparte, nommé à la tête de l'armée d'Italie en 1796, transforme une troupe déguenillée en machine de guerre. En un an, il bat les Autrichiens à Lodi, Arcole, Rivoli, et impose le traité de Campo-Formio. L'expédition d'Égypte (1798-1799), si elle échoue militairement, forge sa légende. "Soldats, du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent", lance-t-il devant les pyramides de Gizeh (cité par Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène). Le coup d'État du 18 Brumaire (novembre 1799) le porte au pouvoir. La victoire de Marengo (juin 1800) consolide le Consulat. La paix d'Amiens (1802) offre à l'Europe un répit de quatorze mois : le dernier avant treize ans de guerre quasi continue.
L'apogee de l'Empire (1805-1809)
Couronne empereur en decembre 1804, Napoléon concentre 200 000 hommes au camp de Boulogne pour envahir l'Angleterre. Trafalgar (octobre 1805) brise ce reve : la Royal Navy de Nelson détruit la flotte franco-espagnole. Mais sur terre, la Grande Armee est invincible. Austerlitz (decembre 1805), le "soleil d'Austerlitz", est un chef-d'oeuvre tactique étudié dans toutes les ecoles militaires du monde. Iena (1806) écrase la Prusse en une journee. Friedland (1807) force la Russie à la paix de Tilsit. L'Empire francais s'etend alors de Hambourg à Rome, de Lisbonne a Varsovie. Wagram (1809) impose une paix dure à l'Autriche. Napoléon domine l'Europe continentale. Mais le Blocus continental, destine a asphyxier économiquement l'Angleterre, créé des tensions croissantes avec les pays occupes.
L'enlisement espagnol et la catastrophe russe (1808-1812)
En 1808, Napoléon commet l'erreur d'envahir l'Espagne et de placer son frère Joseph sur le trône. La guérilla espagnole, soutenue par le corps expéditionnaire britannique de Wellington, transforme la péninsule en "ulcère espagnol" (expression de Napoléon lui-même). Salamanque (1812) et Vitoria (1813) forcent la France a évacuer progressivement la péninsule. L'enlisement espagnol saigne les ressources de l'Empire. L'erreur fatale vient en 1812 : l'invasion de la Russie. 600 000 hommes de la Grande Armee franchissent le Niemen en juin. Borodino (septembre 1812) coûte 70 000 victimes aux deux camps. Napoléon entre dans Moscou, mais la ville brûle. La retraite d'hiver est apocalyptique : sur 600 000 hommes partis, moins de 100 000 repassent le Niemen. "L'armée n'existe plus", écrit un survivant (selon Adam Zamoyski, 1812 : Napoléon's Fatal March on Moscow, 2004).
L'effondrement et les Cent-Jours (1813-1815)
L'Europe entière se coalise contre une France exsangue. Leipzig (octobre 1813), la "bataille des Nations", opposé 500 000 allies a 200 000 Francais. C'est la plus grande bataille de l'ere napoléonienne. Napoléon abdique en avril 1814, exilé à l'ile d'Elbe. Mais il s'evade en mars 1815 pour les Cent-Jours. Waterloo (18 juin 1815) met un point final : les charges de la Garde impériale échouent sous le feu de Wellington, l'arrivee des Prussiens de Blucher scelle la défaite. "La Garde meurt mais ne se rend pas", selon la légende. Napoléon est exilé à Sainte-Hélène, ou il meurt en 1821. Le Congrès de Vienne redessine l'Europe pour un siècle.
Conséquences et héritage de la Guerres napoléoniennes
Le bilan humain et ses controverses
Les guerres napoléoniennes ont coûte entre 3 et 6 millions de vies, selon les estimations de Jacques Houdaille (démographe, INED) et David Gates (The Napoleonic Wars 1803-1815, 1997). La France seule a perdu environ 900 000 soldats en vingt ans de guerres. La Russie, l'Espagne et l'Allemagne paient aussi un lourd tribut. Ces chiffres, énormes pour l'époque, resteront inégalées jusqu'en 1914.
L'héritage juridique et politique
Le Code civil napoléonien (1804), exporté dans une vingtaine de pays au gré des conquêtes, structure encore aujourd'hui les systèmes juridiques de la France, de la Belgique, du Luxembourg, du Québec et de la majeure partie de l'Amérique latine. Le principe d'égalité devant la loi, la liberté de conscience, l'abolition des privilèges féodaux : ces acquis de la Revolution, codifiés par Napoléon, survivent à l'Empire. Le Congrès de Vienne (1815) invente le concept d'équilibre européen des puissances, précurseur direct de la Societe des Nations et de l'ONU. Metternich, Castlereagh et Talleyrand y construisent un ordre qui maintient une paix relative en Europe pendant un siècle.
L'héritage militaire
Napoléon reste l'un des stratèges les plus étudiés dans toutes les academies militaires du monde. Clausewitz, témoin et adversaire de Napoléon, écrit De la guerre (1832) pour théoriser les principes qu'il a observes chez le maître : concentration des forces, économie des moyens, exploitation du succes. Jomini, ancien officier de Napoléon passe au service du tsar, codifié l'art opératif. Les généraux de la guerre de Secession, de la Première et de la Seconde Guerre mondiale citent tous Napoléon dans leurs mémoires. Sa capacité a manoeuvrer des armées de centaines de milliers d'hommes sur des centaines de kilometres reste un modele d'etude stratégique.
Questions fréquentes sur la Guerres napoléoniennes
Pourquoi les guerres napoléoniennes ont-elles éclate ?
Les guerres napoléoniennes prolongent les guerres de la Revolution francaise (1792-1802). L'Europe monarchique refuse d'accepter les principes revolutionnaires (égalité, souveraineté populaire) et la puissance militaire francaise. Napoléon, devenu empereur en 1804, poursuit l'expansion francaise pour des raisons stratégiques (sécuriser les frontières naturelles), economiques (le Blocus continental contre l'Angleterre) et personnelles (sa soif de gloire). L'Angleterre, puissance maritime et commerciale, ne peut tolerer la domination francaise sur le continent et finance coalition apres coalition.
Quel est le bilan global des guerres napoléoniennes ?
Le bilan humain est estime entre 3 et 6 millions de morts en dix-neuf ans de conflits quasi continus. La France perd environ 900 000 soldats. L'économie européenne est dévastée par le Blocus continental et les destructions. Mais les guerres napoléoniennes laissent aussi un héritage positif : le Code civil, l'abolition de la féodalité dans les pays conquis, la modernisation administrative de l'Europe. Le Congrès de Vienne (1815) redessine la carte du continent et instaure un équilibre des puissances qui durera un siècle.
Pourquoi Napoléon a-t-il finalement perdu ?
Napoléon a perdu pour trois raisons principales. La suprematie navale britannique (Trafalgar, 1805) l'empêche d'envahir l'Angleterre et rend le Blocus continental impossible a maintenir. L'enlisement en Espagne (1808-1814) saigne ses ressources militaires. La campagne de Russie (1812) détruit la Grande Armee : 500 000 hommes perdus. Apres 1812, Napoléon ne dispose plus d'assez de soldats experimentes pour remplacer les veterans disparus, et doit affronter une coalition de toute l'Europe avec des conscrits de plus en plus jeunes.
Les batailles de ce conflit
22 batailles référencées
Bataille de Lodi
1796Lodi
✓ Victoire Armée d'Italie française
Bataille de Castiglione
1796Castiglione delle Stiviere
✓ Victoire Armée d'Italie française
Bataille d'Arcole
1796Arcole
✓ Victoire Armée française
Bataille de Rivoli
1797Plateau de Rivoli
✓ Victoire Armée d'Italie (République française)
Bataille du Nil (Aboukir)
1798Baie d'Aboukir
✓ Victoire Royal Navy
Bataille de Marengo
1800Plaine de Marengo
✓ Victoire République française (Armée de réserve)
Bataille d'Ulm
1805Ulm
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille de Trafalgar
1805Cap Trafalgar
✓ Victoire Royal Navy britannique
Bataille d'Austerlitz
1805Slavkov u Brna (Austerlitz)
✓ Victoire Empire français
Bataille d'Iéna
1806Iéna
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille de Friedland
1807Friedland (aujourd'hui Pravdinsk)
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille d'Eylau
1807Preussisch Eylau (aujourd'hui Bagrationovsk)
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille de Bailén
1808Bailén
✓ Victoire Royaume d'Espagne
Bataille de Wagram
1809Plaine du Marchfeld
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille d'Albuera
1811Albuera
✓ Victoire Armée alliée (Angleterre, Espagne, Portugal)
Bataille de Borodino
1812Borodino
✓ Victoire Grande Armée française
Bataille de Salamanque
1812Arapiles
✓ Victoire Armée alliée anglo-portugaise et espagnole
Bataille de la Bérézina
1812Rivière Bérézina
✓ Victoire Armées russes
Bataille de Maloïaroslavets
1812Maloïaroslavets
✓ Victoire Grande Armée (corps d'Eugène de Beauharnais)
Bataille de Leipzig, Bataille des Nations
1813Leipzig
✓ Victoire Grande Coalition (Prusse, Russie, Autriche, Suède)
Bataille de Vitoria
1813Vitoria
✓ Victoire Armée alliée anglo-portugaise et espagnole
Bataille de Waterloo
1815Waterloo
✓ Victoire Septième Coalition
Pour aller plus loin
Planète Napoléon
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