Époque Moderne — Bataille de la Bérézina
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Époque Moderne

Bataille de la Bérézina

26-29 novembre 1812·Rivière Bérézina, près de Borisov, Biélorussie

Du 26 au 29 novembre 1812, les restes de la Grande Armée de Napoléon tentèrent de franchir la rivière Bérézina, poursuivis par trois armées russes convergentes. Grâce au sacrifice héroïque des pontonniers du général Éblé qui construisirent deux ponts dans une eau glaciale, Napoléon parvint à sauver environ 40 000 hommes, mais des dizaines de milliers de soldats et de civils périrent noyés, gelés ou tués par les Russes.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armées russes

Commandant : Mikhaïl Koutouzov (poursuite), Peter Wittgenstein (nord), Pavel Tchitchagov (sud)

EffectifsEnviron 60 000 à 80 000 hommes (trois armées convergentes)
PertesEnviron 4 000 à 10 000 tués et blessés

Grande Armée française

Commandant : Napoléon Bonaparte

EffectifsEnviron 40 000 combattants et 40 000 traînards sur les 100 000 encore présents
PertesEntre 25 000 et 40 000 tués, noyés, capturés ou morts de froid

« La Bérézina est le symbole de la catastrophe de la retraite de Russie, et l'expression "c'est la Bérézina" est entrée dans la langue française pour désigner un désastre total. »

Contexte : Bataille de la Bérézina

La bataille de la Bérézina s'inscrit dans le contexte de la désastreuse campagne de Russie de 1812. En juin 1812, Napoléon avait franchi le Niémen à la tête de plus de 600 000 hommes, la plus grande armée jamais rassemblée en Europe. L'objectif était de forcer le tsar Alexandre Ier à revenir dans le Système continental et à maintenir le blocus économique contre la Grande-Bretagne.

La campagne tourna au désastre. Les Russes, sous le commandement de Barclay de Tolly puis de Koutouzov, refusèrent la bataille décisive que cherchait Napoléon, se retirant toujours plus à l'est et pratiquant la politique de la terre brûlée. La bataille de Borodino (7 septembre) fut une victoire à la Pyrrhus : les Français occupèrent Moscou le 14 septembre, mais la ville avait été incendiée par ses propres habitants. Après cinq semaines d'attente vaine d'une offre de paix, Napoléon ordonna la retraite le 19 octobre.

La retraite devint rapidement un cauchemar. L'hiver russe frappa avec une brutalité imprévue, les températures descendant à moins 30 degrés. Les chevaux mouraient par milliers, privant l'armée de sa cavalerie et de sa capacité de transport. Les soldats, affamés et gelés, abandonnaient leurs armes et marchaient comme des somnambules. Les Cosaques harcelaient sans relâche les colonnes en marche, capturant les traînards et les isolés.

Fin novembre 1812, l'armée française, réduite à environ 40 000 combattants encore organisés et autant de traînards désarmés, approcha de la rivière Bérézina. La situation semblait désespérée : trois armées russes convergeaient pour l'anéantir. Koutouzov suivait par l'est avec l'armée principale. Au nord, Wittgenstein descendait avec 30 000 hommes. Au sud, Tchitchagov bloquait les ponts de Borisov avec 25 000 à 30 000 hommes. La Bérézina, large de 100 mètres et partiellement gelée mais pas assez pour porter le poids des hommes et des canons, semblait être le tombeau de la Grande Armée.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 23 novembre, l'avant-garde de Tchitchagov s'empara de Borisov et détruisit le pont sur la Bérézina, bloquant apparemment la retraite française. Mais Napoléon, retrouvant son génie tactique dans l'adversité, conçut un plan audacieux. Ses ingénieurs découvrirent un gué praticable au nord de Borisov, près du village de Studianka. Pour tromper Tchitchagov, Napoléon ordonna des démonstrations au sud de Borisov, simulant une tentative de passage à cet endroit.

Le 25 novembre, le général Éblé reçut l'ordre de construire deux ponts à Studianka. Ses 400 pontonniers, équipés de matériel insuffisant, travaillèrent dans l'eau glaciale de la Bérézina, immergés parfois jusqu'aux épaules. La température oscillait entre moins 5 et moins 15 degrés. Les hommes se relayaient toutes les vingt minutes, mais beaucoup mouraient d'hypothermie. Éblé avait récupéré du matériel de forges et des clous en démolissant les maisons de Studianka. Deux ponts furent construits : l'un pour l'infanterie, l'autre, renforcé, pour l'artillerie et les véhicules.

Le 26 novembre au matin, le premier pont fut achevé et le passage commença immédiatement. La division Dombrowski traversa en premier et établit une tête de pont sur la rive ouest. Tchitchagov, trompé par la diversion au sud, ne réagit que tardivement. Le deuxième pont, achevé dans l'après-midi, permit le passage de l'artillerie.

Le 27 novembre, le gros de l'armée traversa. Les ponts se rompirent plusieurs fois sous le poids, et les pontonniers d'Éblé replongèrent dans les eaux glacées pour les réparer. La cohue était terrifiante : soldats, civils, femmes, enfants se pressaient sur les ponts étroits. Des bousculades meurtrières se produisirent, des dizaines de personnes tombant dans la rivière.

Le 28 novembre, la situation devint critique. Wittgenstein attaqua l'arrière-garde française sur la rive est. Le maréchal Victor tint ses positions avec un courage extraordinaire, protégeant le passage. Sur la rive ouest, Tchitchagov lança enfin son offensive, mais fut repoussé par les corps d'Oudinot et de Ney. Les combats furent acharnés des deux côtés de la rivière simultanément, tandis que la foule continuait de se presser sur les ponts.

Le 29 novembre au matin, Éblé fit incendier les ponts pour empêcher les Russes de traverser. Des milliers de traînards qui n'avaient pas voulu traverser la nuit précédente (malgré les supplications d'Éblé) restèrent piégés sur la rive est. Les scènes furent apocalyptiques : des hommes et des femmes se jetèrent dans la rivière glacée pour tenter de traverser à la nage, la plupart se noyant ou mourant de froid. Les Cosaques capturèrent les survivants.

Les conséquences historiques

La Bérézina fut un désastre humain d'une ampleur effroyable, mais, paradoxalement, un succès tactique pour Napoléon. L'empereur parvint à sauver environ 25 000 à 40 000 combattants encore organisés, évitant l'anéantissement total que les Russes avaient planifié. Sans la Bérézina, la campagne de 1813 n'aurait peut-être pas eu lieu, car Napoléon n'aurait pas eu de noyau autour duquel reconstruire une armée.

Les pertes furent néanmoins catastrophiques. Entre 25 000 et 40 000 personnes périrent lors du passage : soldats tués au combat, noyés dans la rivière, morts de froid ou capturés par les Russes. Des milliers de civils (cantinières, familles de soldats, marchands) figuraient parmi les victimes. Sur les 600 000 hommes qui avaient franchi le Niémen en juin, moins de 30 000 repassèrent ce fleuve en décembre.

L'impact culturel de la Bérézina dépassa largement le cadre militaire. En français, l'expression "c'est la Bérézina" devint synonyme de catastrophe absolue, de déroute totale. Cette expression, encore utilisée quotidiennement plus de deux siècles plus tard, témoigne de l'empreinte traumatique de l'événement dans la mémoire collective française.

Le sacrifice des pontonniers du général Éblé devint l'un des récits héroïques les plus célèbres de l'épopée napoléonienne. Sur les 400 pontonniers qui travaillèrent dans les eaux glacées, la quasi-totalité mourut dans les jours qui suivirent. Éblé lui-même mourut d'épuisement le 31 décembre 1812, un mois après la bataille. Son nom fut gravé sur l'Arc de Triomphe à Paris.

Le saviez-vous ?

Le général Jean-Baptiste Éblé, commandant les pontonniers, est le héros méconnu de la Bérézina. Alors que Napoléon avait ordonné de brûler tous les équipements de pont pour alléger la retraite, Éblé désobéit et conserva deux fourgons de charbon, six caissons de clous et deux forges de campagne. Sans cette désobéissance, aucun pont n'aurait pu être construit et la Grande Armée tout entière aurait été capturée. Ses 400 pontonniers travaillèrent pendant plus de vingt heures dans une eau à zéro degré, se relayant toutes les vingt minutes. Éblé les supplia de continuer, leur promettant la Légion d'honneur. La plupart moururent d'hypothermie ou de pneumonie dans les jours suivants. Éblé lui-même, épuisé par ces efforts surhumains, mourut le 31 décembre 1812 à Königsberg, à 54 ans.

Généraux impliqués

Armées russes :
⚔️ Mikhaïl Koutouzov (poursuite)Peter Wittgenstein (nord)Pavel Tchitchagov (sud)
Grande Armée française :
CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DEGuerres napoléoniennes (1796 – 1815) →

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Questions fréquentes

Pourquoi dit-on "c'est la Bérézina" en français ?

L'expression "c'est la Bérézina" est utilisée en français pour désigner une catastrophe, une déroute ou un échec total. Elle trouve son origine dans le passage de la Bérézina en novembre 1812, lorsque la Grande Armée de Napoléon subit des pertes effroyables en tentant de franchir cette rivière biélorusse pendant la retraite de Russie. L'épisode reste l'un des plus traumatisants de l'histoire militaire française : des dizaines de milliers de soldats et de civils périrent noyés, gelés ou tués. L'expression est encore d'usage courant au XXIe siècle dans la langue française quotidienne.

Comment Napoléon a-t-il réussi à traverser la Bérézina ?

Napoléon utilisa la ruse et le sacrifice. Il fit effectuer des démonstrations au sud de Borisov pour tromper l'amiral Tchitchagov et lui faire croire que le passage se ferait là. Pendant ce temps, les pontonniers du général Éblé construisirent deux ponts au nord, près de Studianka, dans des conditions extrêmes. Les 400 pontonniers travaillèrent immergés dans l'eau glaciale pendant plus de vingt heures. Le maréchal Victor protégea l'arrière-garde avec un courage remarquable. Cette combinaison de feinte, d'héroïsme et de sacrifice permit à environ 40 000 hommes de traverser, évitant l'anéantissement total de l'armée.

Combien de soldats de la Grande Armée ont survécu à la campagne de Russie ?

Sur les 600 000 à 685 000 hommes qui franchirent le Niémen en juin 1812, moins de 30 000 combattants organisés repassèrent ce fleuve en décembre. Les pertes totales de la Grande Armée furent d'environ 400 000 morts (combat, maladie, froid, faim) et 100 000 à 200 000 prisonniers. Les pertes russes furent également considérables, estimées entre 200 000 et 300 000 morts. La campagne de Russie reste l'une des plus meurtrières de l'histoire, et la Bérézina en fut l'épisode le plus emblématique.