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Époque Moderne

Bataille de Borodino

7 septembre 1812·Borodino, gouvernement de Moscou

Le 7 septembre 1812, Napoléon et Koutouzov s'affrontent dans la plaine de Borodino lors de la journée la plus sanglante des guerres napoléoniennes. La Grande Armée gagne le terrain mais pas la décision. Moscou sera prise, puis abandonnée. La retraite de Russie commence. C'est la fin de l'invincibilité napoléonienne.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Grande Armée française

Commandant : Napoléon Bonaparte

Effectifsenviron 130 000 hommes, 587 canons
Pertesentre 28 000 et 35 000 tués et blessés

Armée impériale russe

Commandant : Feld-maréchal Mikhaïl Koutouzov

Effectifsenviron 120 000 hommes et 640 canons
Pertesentre 40 000 et 58 000 tués et blessés
Effectifs & Pertes
Grande Armée française(vainqueur)Armée impériale russe(vaincu)
033k65k98k130k00EFFECTIFS00PERTES27%des effectifs48%des effectifs

« La bataille la plus sanglante de l'ère napoléonienne, plus de 70 000 hommes hors de combat en une seule journée, et la dernière victoire française avant la catastrophe de la retraite de Russie. »

Publié le 11 mars 2026 · mis à jour le 31 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

En juin 1812, Napoléon franchit le Niémen avec la plus grande armée jamais levée en Europe occidentale : plus de 600 000 hommes de vingt nationalités différentes, la Grande Armée augmentée de contingents alliés polonais, allemands, italiens, espagnols, autrichiens. L'objectif déclaré : forcer le tsar Alexandre Ier à respecter le blocus continental contre l'Angleterre. L'objectif réel : une campagne éclair, une grande bataille, la capitulation russe en quelques semaines.

Mais l'armée russe, sous Barclay de Tolly d'abord, puis sous Koutouzov nommé en août sous la pression de la noblesse et de l'opinion, refuse de se laisser enfermer. Elle recule méthodiquement en brûlant tout derrière elle : récoltes incendiées, ponts coupés, puits empoisonnés, villages abandonnés. C'est la stratégie de la terre brûlée, calculée pour épuiser l'envahisseur. La Grande Armée avance mais s'épuise : la chaleur écrasante de l'été russe, l'absence de ravitaillement sur un territoire vide, la dysenterie, le typhus, les escarmouches continuelles déciment les effectifs. À Smolensk, début août, l'armée a déjà perdu plus de 100 000 hommes sans avoir livré une seule grande bataille. Morts, malades, déserteurs, égarés.

Koutouzov, sous la pression de l'opinion publique russe qui exige la défense de Moscou (la ville sainte, le cœur spirituel de la Russie), choisit finalement de combattre à Borodino, position défensive forte construite en hâte sur les hauteurs dominant le village de Borodino et la rivière Moskova. Les deux semaines précédant la bataille voient les ingénieurs russes construire des ouvrages défensifs : les fameuses "flèches" de Bagration sur le flanc gauche (trois redoutes en forme de V) et la Grande Redoute au centre (un énorme bastion armé de 18 canons). Le terrain est favorable aux Russes mais la position n'est pas inexpugnable : le flanc gauche reste vulnérable, et Koutouzov le sait. Il compte sur la bravoure du prince Bagration et de ses vétérans pour tenir ce secteur exposé.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 7 septembre 1812 à 5h30 du matin, 587 canons français ouvrent le feu simultanément. Ce tonnerre d'artillerie inaugure une journée de carnage ininterrompu qui durera jusqu'à la nuit. Napoléon, souffrant d'un rhume sévère et peut-être d'une infection urinaire qui altère ses capacités de commandement selon certains mémorialistes, adopte une stratégie d'attaque frontale plutôt que la manœuvre enveloppante que ses généraux (Davout) suggéraient avec insistance.

La journée voit une série d'assauts et de contre-assauts frénétiques d'une violence inégalée. Les flèches de Bagration, ouvrages en forme de V défendant le flanc gauche russe, changent de mains sept ou huit fois dans des combats corps à corps d'une brutalité extrême. Le maréchal Ney attaque avec furie à la tête de ses divisions, méritant le surnom de "Brave des Braves" que Napoléon lui décerne ce jour-là. Bagration lui-même, le bouillant prince géorgien qui commande le flanc gauche russe, est grièvement blessé par un éclat d'obus (il mourra deux semaines plus tard de la gangrène). Sa chute désorganise momentanément la défense russe. Les flèches restent finalement aux mains des Français mais au prix d'un carnage immense : les fossés sont remplis de cadavres empilés.

Au centre, la Grande Redoute, forte position d'artillerie, est prise une première fois par le régiment du général Bonamy (qui est blessé et capturé), puis reprise par les Russes. Elle est définitivement emportée en début d'après-midi par la charge de cavalerie lourde du général de Caulaincourt, qui y trouve la mort, tué d'une balle en entrant dans la redoute à la tête de ses cuirassiers. Napoléon refuse d'engager la Vieille Garde, ses 20 000 soldats d'élite, sa réserve suprême, malgré les supplications de ses maréchaux. "Je ne ferai pas abîmer ma garde à 800 lieues de France", dit-il. Ney, exaspéré, s'écrie : "Que fait-il derrière l'armée ? S'il n'est plus général, qu'il aille faire le roi aux Tuileries !"

En fin de journée, Koutouzov ordonne la retraite. Les Français occupent le terrain, et la route de Moscou est ouverte. Mais l'armée russe s'est retirée en bon ordre, non brisée, non démoralisée. Koutouzov a perdu le terrain, mais il a préservé son armée. La victoire tactique française masque un échec stratégique : Napoléon n'a pas détruit l'armée ennemie. Les pertes totales dépassent 70 000 hommes hors de combat en une seule journée, peut-être le bilan le plus meurtrier d'une seule journée de bataille dans l'histoire humaine jusqu'à la bataille de la Somme en 1916.

Le refus d'engager la Vieille Garde reste le choix le plus débattu de la carrière de Napoléon. Ses maréchaux (Ney, Murat, Davout) le supplient d'envoyer cette réserve d'élite pour achever l'armée russe chancelante. Napoléon refuse chaque fois. "À 800 lieues de France, on ne risque pas sa dernière réserve." La prudence est rationnelle : si la Garde est détruite et que les Russes contre-attaquent, la Grande Armée n'a plus rien. Mais cette prudence transforme une victoire sanglante en victoire incomplète. Koutouzov sauve son armée, et avec elle la Russie.

04 — Chapitre

Conséquences

La Grande Armée entre dans Moscou le 14 septembre 1812. C'est une victoire creuse. La ville est presque déserte : le gouverneur Rostoptchine a évacué la population. Le tsar ne négocie pas. Dès la première nuit, Moscou brûle, incendiée par les Russes eux-mêmes (ou par des bagnards libérés sur ordre de Rostoptchine, la question est disputée) pour priver l'occupant de ses ressources. Trois quarts de la ville partent en fumée. Napoléon attend dans le Kremlin un mois entier que la paix vienne. Il écrit au tsar. Pas de réponse. Le 19 octobre, il ordonne la retraite.

La Grande Retraite de Russie, l'une des plus grandes catastrophes militaires de l'histoire, commence alors. Le froid arrive tôt, dès fin octobre. La température descend à -30°C en novembre. La famine s'installe : les soldats mangent leurs chevaux, puis le cuir de leurs selles, puis rien. Les attaques des cosaques et des partisans russes harcèlent les colonnes épuisées jour et nuit. La traversée de la Bérézina (26-29 novembre 1812), où les pontonniers du général Éblé construisent deux ponts dans l'eau glaciale au prix de leur vie, sauve une partie de l'armée mais des milliers d'hommes périssent noyés, gelés ou écrasés. Sur les 600 000 hommes qui avaient franchi le Niémen en juin, moins de 100 000 en repasseront la frontière. La campagne de Russie brise irrémédiablement la puissance napoléonienne. Les défaites de 1813-1814 et la chute de l'Empire suivent directement.

Borodino entra profondément dans la mémoire russe comme le sacrifice suprême, la journée où la Russie avait accepté de tout donner pour arrêter Napoléon. Tolstoï lui consacre des centaines de pages dans Guerre et Paix, faisant de Koutouzov un symbole de la sagesse et de la résistance russes. Le champ de bataille, préservé et classé monument historique, est aujourd'hui l'un des sites patrimoniaux les plus visités de Russie.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La veille de Borodino, Napoléon reçut en cadeau de Paris un portrait de son fils le roi de Rome, âgé de 18 mois. Il le fit exposer devant sa tente et demanda à ses officiers de l'État-Major de venir le voir. "Montrez-le aux soldats", dit-il. L'image d'un bébé sur fond cramoisi fit le tour du camp, transportée de bivouac en bivouac.

Selon les Mémoires du comte de Ségur, les soldats s'inclinaient devant le portrait, certains les larmes aux yeux. Le lendemain matin, ce même enfant dont ils avaient contemplé l'image seria orphelin si son père mourait sur le champ de bataille. Napoléon, pour la première fois peut-être, sembla prendre la mesure de ce qu'il risquait, lui, ses hommes, son fils, son empire. La bataille commença quand même à 5h30 du matin.

Généraux impliqués

Grande Armée française :
Armée impériale russe :
Également lié :
Fait partie de

Guerres napoléoniennes

1796 – 1815 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui a gagné la bataille de Borodino ?

La bataille de Borodino est officiellement une victoire française : Napoléon resta maître du champ de bataille et la route de Moscou était ouverte. Mais c'est une victoire pyrrhique. L'armée russe s'est retirée en bon ordre et n'a pas été anéantie. Napoléon a refusé d'engager sa Vieille Garde, laissant la décision incomplète. Les Russes, pour leur part, considèrent Borodino comme une victoire morale : ils ont tenu toute une journée contre la Grande Armée et ont préservé leur capacité de résistance. Tolstoï, dans Guerre et Paix, soutient que c'est une victoire russe au sens moral.

Combien de personnes sont mortes à la bataille de Borodino ?

Les pertes à Borodino sont parmi les plus lourdes d'une seule journée de bataille dans l'histoire militaire. Les estimations varient considérablement selon les sources. Du côté français : entre 28 000 et 35 000 tués et blessés. Du côté russe : entre 40 000 et 58 000 tués et blessés. Total : entre 68 000 et 93 000 hommes hors de combat en moins de 15 heures. Ce bilan fait de Borodino l'une des journées les plus meurtrières de l'histoire militaire avant la Première Guerre mondiale, comparable à la première journée de la Somme en juillet 1916.

Pourquoi Napoléon n'a-t-il pas engagé sa Vieille Garde à Borodino ?

Le refus de Napoléon d'engager sa Vieille Garde à Borodino (malgré les supplications de ses maréchaux) reste l'un des choix les plus commentés de sa carrière. Il donna l'explication suivante : "Je ne ferai pas abîmer ma garde à 800 lieues de France." Loin de Paris, sans possibilité rapide de reconstituer cette élite, il craignait de tout perdre si la Garde était détruite et que la bataille tournait mal. D'autres historiens soulignent qu'il était lui-même malade et diminué ce jour-là, et que sa prudence inaccoutumée reflétait une prise de conscience des risques qu'il ne pouvait plus se permettre.

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