Le 22 juillet 1812, Wellington inflige une défaite décisive à Marmont près de Salamanque. En moins de quarante minutes, l'armée française est disloquée par une attaque fulgurante qui exploite un étirement imprudent de la ligne de marche ennemie. Cette victoire, considérée comme le chef-d'oeuvre offensif de Wellington, ouvre la route de Madrid et marque le tournant de la guerre d'Espagne.
Forces en Présence
Armée alliée anglo-portugaise et espagnole
Commandant : Arthur Wellesley, duc de Wellington
Armée française du Portugal
Commandant : Auguste de Marmont
« Chef-d'oeuvre tactique de Wellington qui brise la domination française en Espagne et ouvre la route de Madrid. »
Contexte de la bataille de Bataille de Salamanque
La guerre d'Espagne, débutée en 1808 avec l'intervention française dans les affaires intérieures espagnoles, constitue pour Napoléon ce qu'il appellera lui-même son "ulcère espagnol". Depuis quatre ans, les armées françaises s'enlisent dans une guérilla épuisante contre les forces espagnoles, portugaises et britanniques. La péninsule Ibérique dévore les effectifs et les ressources de l'Empire, mobilisant en permanence plus de 300 000 soldats français.
En 1812, la situation stratégique évolue considérablement en faveur des Alliés. Napoléon, préparant sa campagne de Russie, rappelle une partie des troupes stationnées en Espagne, affaiblissant les garnisons françaises. Wellington, qui commande les forces alliées depuis le Portugal, saisit cette opportunité pour lancer une offensive majeure vers le coeur de l'Espagne. En janvier 1812, il s'empare de Ciudad Rodrigo, puis de Badajoz en avril, ouvrant les deux routes d'invasion vers l'Espagne.
Le maréchal Marmont, qui commande l'Armée du Portugal, est un officier talentueux mais impétueux. Avec environ 49 000 hommes, il tente de manoeuvrer pour couper Wellington de sa base portugaise. Les deux armées se livrent pendant plusieurs semaines à un jeu de manoeuvres subtil dans les plaines de Castille, chacune cherchant à prendre l'avantage sur l'autre sans s'exposer inutilement.
La région autour de Salamanque, avec ses collines basses et ses vastes plaines, offre un terrain idéal pour les grandes manoeuvres de cavalerie et les mouvements d'infanterie en ligne. Deux collines jumelles, les Arapiles, dominent le terrain au sud de la ville et deviennent le point focal des opérations. Wellington occupe la Grande Arapile tandis que Marmont s'empare de la Petite Arapile.
Le 22 juillet, Marmont commet l'erreur qui lui sera fatale. Convaincu que Wellington bat en retraite, il ordonne à ses divisions de marcher vers l'ouest pour couper la route de Ciudad Rodrigo. Mais cette manoeuvre étire dangereusement sa ligne de bataille, créant des intervalles entre ses divisions. Wellington, observant depuis les hauteurs, aperçoit l'opportunité avec une acuité remarquable. Selon la légende, il était en train de manger un pilon de poulet quand il repéra l'extension de la ligne française ; il jeta la cuisse, saisit sa longue-vue et s'exclama : "Par Dieu, c'est fait !"
Comment s'est déroulée la bataille ?
La bataille de Salamanque se distingue par la rapidité foudroyante de son déroulement. Alors que la plupart des batailles napoléoniennes durent une journée entière, Wellington remporte ici une victoire décisive en moins de quarante minutes d'action offensive intense, ce qui lui vaut l'admiration de ses contemporains et de la postérité.
Vers 16h45, Wellington lance son attaque. La 3e division du général Pakenham, positionnée à couvert derrière un repli de terrain, surgit sur le flanc de la division Thomières, qui constitue la tête de la colonne de marche française. L'effet de surprise est total. Les troupes françaises, en formation de marche et non de combat, n'ont pas le temps de se déployer. Pakenham frappe avec une précision redoutable : ses bataillons avancent en ligne, délivrent une volée dévastatrice à bout portant, puis chargent à la baïonnette.
La division Thomières est anéantie en quelques minutes. Thomières lui-même est tué dans les premiers instants du combat. Simultanément, Wellington lance la 5e division de Leith et la 4e division de Cole contre le centre français, tandis que la cavalerie lourde britannique de Le Marchant charge dans les intervalles entre les divisions françaises disloquées.
La charge de la brigade de cavalerie de Le Marchant est l'un des faits d'armes les plus spectaculaires de la guerre d'Espagne. Les dragons lourds britanniques enfoncent trois bataillons français successifs, sabrant les fantassins en pleine déroute. Le Marchant lui-même est tué à la tête de ses hommes, mais sa charge a brisé irrémédiablement la cohésion de l'armée française.
Marmont, qui tentait de rallier ses troupes, est grièvement blessé par un éclat d'obus au début de l'action. Le commandement passe au général Bonnet, lui aussi blessé peu après, puis au général Clausel, qui tente de stabiliser la situation. Clausel lance une contre-attaque vigoureuse avec les divisions de réserve, menaçant brièvement le centre allié. Cette contre-attaque, menée avec énergie, force Wellington à engager la 6e division de Clinton pour colmater la brèche.
L'arrivée de la 6e division stabilise la ligne alliée, et la contre-attaque française s'essouffle. Clausel, comprenant que la bataille est perdue, organise une retraite habile avec les divisions encore intactes, sauvant ainsi une partie de l'armée d'une destruction totale. La poursuite alliée est gênée par la tombée de la nuit et par la résistance des arrière-gardes françaises.
Le bilan est lourd pour les Français : environ 13 000 hommes hors de combat (tués, blessés et prisonniers), 20 canons et 2 aigles capturés. Wellington perd environ 5 200 hommes. Le rapport des pertes, proche de trois contre un en faveur des Alliés, témoigne de la violence et de l'efficacité de l'attaque britannique.
La bataille de Salamanque révèle un Wellington offensif, capable de frapper avec la même fulgurance que Napoléon. Jusque-là considéré comme un maître de la défensive, le général britannique prouve à Salamanque qu'il possède aussi le coup d'oeil et l'audace nécessaires pour exploiter une erreur ennemie avec une rapidité dévastatrice.
Les conséquences historiques
La victoire de Salamanque a des conséquences stratégiques majeures pour la guerre d'Espagne. Wellington entre dans Madrid le 12 août 1812, accueilli en libérateur par la population. La capitale espagnole est délivrée de l'occupation française pour la première fois depuis 1808. Joseph Bonaparte, le frère de Napoléon placé sur le trône d'Espagne, doit fuir précipitamment.
Au-delà de l'Espagne, Salamanque a un retentissement considérable dans toute l'Europe. Les victoires de Wellington étaient jusqu'alors perçues comme essentiellement défensives (Talavera, Buçaco, Torres Vedras). Salamanque démontre que l'armée française peut être vaincue en rase campagne par une attaque offensive. Ce signal encourage les coalitions anti-françaises et contribue à renforcer la résistance européenne contre Napoléon.
Napoléon lui-même, apprenant la nouvelle de Salamanque alors qu'il marche vers Moscou, comprend la gravité de la situation en Espagne. Mais engagé dans la campagne de Russie, il ne peut détacher les renforts nécessaires. La guerre d'Espagne est désormais perdue pour la France ; il ne reste qu'à en retarder l'issue.
Sur le plan militaire, Salamanque est reconnue comme l'une des batailles les mieux conduites de l'époque napoléonienne. Le maréchal Foy, général français présent à la bataille, écrira dans ses mémoires : "La bataille de Salamanque est la plus habile, la plus magistrale dans ses mouvements, la plus scientifique dans son exécution de toutes celles que Lord Wellington a livrées." Wellington lui-même considérait Salamanque comme sa plus belle victoire sur le plan tactique.
La défaite française à Salamanque précipite également la chute de l'Andalousie. Le maréchal Soult, qui assiégeait Cadix depuis deux ans, doit lever le siège et évacuer le sud de l'Espagne pour concentrer ses forces. Le contrôle français sur la péninsule se réduit désormais au nord-est de l'Espagne, préparant le terrain pour la campagne de 1813 et la bataille décisive de Vitoria.
Le saviez-vous ?
La rapidité de l'attaque de Wellington à Salamanque frappa les contemporains de stupeur. Le maréchal Foy, officier français présent sur le champ de bataille, nota dans son journal : "Wellington a fait là une manoeuvre digne de Napoléon." Ce compliment, venant d'un ennemi, illustre l'admiration que cette victoire suscita dans les deux camps. Plus tard, quand Napoléon lui-même analysa la bataille depuis Sainte-Hélène, il admit que Wellington avait manoeuvré "en grand capitaine". L'un des aspects les plus remarquables est la vitesse d'exécution : la décision d'attaquer et la destruction de l'aile française se sont déroulées en moins de quarante minutes, un tempo inhabituel dans les guerres napoléoniennes où les batailles duraient généralement du matin au soir.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi Salamanque est-elle considérée comme le chef-d'oeuvre de Wellington ?
Salamanque est le chef-d'oeuvre de Wellington car elle révèle sa capacité offensive, longtemps méconnue. Jusque-là réputé comme un maître de la défensive, Wellington y montre un coup d'oeil fulgurant en repérant l'étirement de la ligne française et en lançant une attaque dévastatrice en moins de quarante minutes. La coordination entre infanterie, cavalerie et artillerie est exemplaire. Le rapport de pertes (trois contre un en faveur des Alliés) témoigne de la précision et de l'efficacité de la manoeuvre.
Quelle fut l'erreur du maréchal Marmont à Salamanque ?
Marmont commit l'erreur d'étirer excessivement sa ligne de bataille en marchant vers l'ouest, convaincu que Wellington battait en retraite. Cette manoeuvre créa des intervalles dangereux entre ses divisions, les privant de soutien mutuel. De plus, Marmont fut grièvement blessé par un éclat d'obus dès les premiers instants de l'attaque britannique, privant l'armée française de son commandant au moment le plus critique. Le commandement passa ensuite à deux généraux successifs, eux aussi blessés, avant que Clausel ne prenne les rênes.
Quelles furent les conséquences de Salamanque pour la guerre d'Espagne ?
Salamanque ouvrit la route de Madrid, que Wellington libéra le 12 août 1812, chassant Joseph Bonaparte de la capitale. La victoire provoqua l'évacuation de l'Andalousie par le maréchal Soult, réduisant considérablement le territoire sous contrôle français. Sur le plan européen, elle prouva que les armées françaises pouvaient être battues en rase campagne, encourageant les coalitions anti-napoléoniennes. La guerre d'Espagne était désormais stratégiquement perdue pour la France.
