Le 21 juin 1813, Wellington remporte à Vitoria une victoire écrasante contre l'armée de Joseph Bonaparte. Les Français perdent non seulement la bataille, mais aussi la quasi-totalité de leur artillerie, leurs bagages et le trésor royal espagnol. Cette défaite met fin à l'occupation française de l'Espagne et précipite l'effondrement de l'Empire napoléonien sur son flanc sud.
Forces en Présence
Armée alliée anglo-portugaise et espagnole
Commandant : Arthur Wellesley, duc de Wellington
Armée française d'Espagne
Commandant : Joseph Bonaparte, conseillé par le maréchal Jourdan
« Victoire décisive qui met fin à la domination française en Espagne et chasse Joseph Bonaparte de son trône. »
Contexte de la bataille de Bataille de Vitoria
Après la victoire de Salamanque en juillet 1812, Wellington avait libéré Madrid mais n'avait pu maintenir ses positions. Une concentration de forces françaises l'avait obligé à se replier vers le Portugal à l'automne 1812. La campagne d'Espagne semblait revenir à son schéma habituel : avances alliées suivies de replis, sans résultat définitif.
Mais l'année 1813 change radicalement la donne. La catastrophe de la campagne de Russie, qui a anéanti la Grande Armée en 1812, prive Napoléon des renforts nécessaires pour maintenir son emprise sur l'Espagne. L'Empereur, confronté à la formation d'une nouvelle coalition en Allemagne, rappelle des troupes d'Espagne pour reconstituer ses forces sur le front principal. Les effectifs français dans la péninsule passent de plus de 250 000 hommes à moins de 100 000.
Wellington, parfaitement informé de cet affaiblissement grâce à ses réseaux de renseignement et aux guérilleros espagnols, planifie une offensive décisive pour le printemps 1813. Son plan est ambitieux : au lieu de marcher directement vers Madrid par le centre de l'Espagne, il effectue un vaste mouvement tournant par le nord, traversant les montagnes de la Cantabrie pour déborder l'armée française par sa droite.
Le roi Joseph Bonaparte, frère de Napoléon, siège à Madrid avec les apparences du pouvoir mais aucune autorité réelle sur les maréchaux français qui commandent les différentes armées d'Espagne. Le maréchal Jourdan, son chef d'état-major, est un officier compétent mais vieillissant, qui n'a ni les moyens ni l'autorité de coordonner la défense. L'armée française est dispersée sur un vaste territoire, gardant les lignes de communication et les villes principales.
L'offensive de Wellington, lancée en mai 1813, prend les Français complètement par surprise. La manoeuvre d'enveloppement par le nord coupe les communications de Joseph avec la France. Le roi, contraint d'évacuer Madrid pour la seconde fois, se replie vers le nord avec l'ensemble de ses troupes, son trésor et un immense convoi de bagages. Joseph choisit de livrer bataille à Vitoria, dans la plaine basque, espérant barrer la route des Pyrénées aux Alliés et préserver sa retraite vers la France.
La position française à Vitoria présente des faiblesses graves. L'armée est déployée dans une large vallée traversée par la rivière Zadorra, avec le gros convoi de bagages encombrant les routes en arrière. Joseph dispose de trois lignes de défense successives, mais ses troupes sont démoralisées par la retraite continue et par la conscience de leur infériorité numérique.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Wellington conçoit un plan d'attaque en quatre colonnes convergentes, visant à frapper simultanément l'armée française sur tout son front et à couper sa retraite vers la France. C'est l'une des manoeuvres les plus ambitieuses de sa carrière, nécessitant une coordination précise entre des forces séparées par des collines et des rivières.
La colonne de gauche, commandée par le général Graham, reçoit la mission la plus importante : contourner l'aile droite française par le nord pour couper la route de Bayonne, seule retraite vers la France. Les colonnes du centre, sous Wellington lui-même, doivent franchir la Zadorra et attaquer le front français. La colonne de droite, sous Hill, doit fixer l'aile gauche française et l'empêcher de porter secours au centre.
L'attaque commence le matin du 21 juin 1813. Hill lance le premier assaut sur l'aile gauche française, franchissant les hauteurs de Puebla avec ses troupes espagnoles et portugaises. Les Français résistent énergiquement, mais Hill maintient la pression, obligeant Joseph à envoyer des renforts vers sa gauche.
Vers midi, Wellington lance les colonnes du centre à l'assaut. La 3e division et la division légère traversent la Zadorra sur des ponts que les Français ont inexplicablement négligé de détruire. Un paysan local guide même l'une des colonnes vers un pont non gardé, permettant aux Alliés de déboucher dans le flanc français sans opposition. Cette traversée réussie de la rivière est le moment clé de la bataille.
Les combats au centre sont violents. Les divisions françaises se battent avec courage, disputant chaque village et chaque position. Le village de Margarita change plusieurs fois de mains. Mais la pression alliée est trop forte, venant de plusieurs directions à la fois. Les lignes françaises, étirées sur un front trop large, commencent à craquer sous les coups convergents.
Sur l'aile droite française, Graham lance son attaque en début d'après-midi. Ses troupes prennent le village de Gamarra Mayor après un combat acharné, menaçant de couper la route de Bayonne. Joseph, comprenant qu'il risque d'être encerclé, ordonne la retraite générale vers 17 heures. Mais la retraite se transforme rapidement en déroute.
Le problème principal est le convoi de bagages. Des centaines de chariots, de voitures et de caissons encombrent les routes en arrière de l'armée. Quand la retraite est ordonnée, ces véhicules bloquent les voies de repli. Les soldats français, tentant de fuir, se retrouvent embouteillés dans un chaos indescriptible. Les voitures du trésor royal, les bagages personnels de Joseph, les oeuvres d'art pillées, tout est abandonné sur la route.
Les soldats alliés, découvrant l'immense butin abandonné par les Français, se livrent à un pillage effréné qui interrompt la poursuite. Wellington, furieux, écrit au ministère de la Guerre que ses troupes se sont transformées en "une bande de voleurs". Des millions de francs en or et en argent, des bijoux, des tableaux de maîtres (dont des oeuvres de Velázquez et de Corrège appartenant à la collection royale espagnole), des uniformes et des provisions sont dispersés dans la plaine.
Le bilan matériel est catastrophique pour les Français : 151 canons capturés sur 153, la quasi-totalité du train de bagages, le trésor royal espagnol, le bâton de maréchal de Jourdan (que Wellington enverra au prince régent d'Angleterre). Les pertes humaines s'élèvent à environ 8 000 Français contre 5 100 Alliés.
Les conséquences historiques
La bataille de Vitoria met fin définitivement à la domination française en Espagne. Joseph Bonaparte, chassé pour la seconde et dernière fois, franchit les Pyrénées et ne remettra jamais les pieds en Espagne. Son "règne" de cinq ans, jamais reconnu par le peuple espagnol, s'achève dans l'humiliation d'une fuite désordonnée.
Sur le plan militaire, la perte de 151 canons sur 153 est un désastre sans précédent. Une armée sans artillerie ne peut plus livrer bataille sur un pied d'égalité. Les débris de l'armée française qui franchissent les Pyrénées ne forment plus qu'une force de second ordre, incapable d'empêcher Wellington d'envahir le sud de la France à l'automne 1813.
Les répercussions diplomatiques de Vitoria sont considérables. La nouvelle de la victoire parvient en Europe au moment où Napoléon négocie un armistice avec les Alliés en Allemagne (l'armistice de Pleiswitz). L'Autriche, qui hésitait encore à rejoindre la coalition, se décide à déclarer la guerre à la France en août 1813, formant la Sixième Coalition qui mènera à la bataille de Leipzig en octobre. Vitoria accélère ainsi l'effondrement de l'Empire napoléonien.
L'écho culturel de Vitoria est également notable. Beethoven compose sa "Symphonie de la bataille" (Wellington's Victory, opus 91) pour célébrer la victoire, une oeuvre qui connaît un immense succès populaire lors de sa création en décembre 1813. Le bâton de maréchal de Jourdan, capturé sur le champ de bataille, est exposé au Royal Hospital de Chelsea, où il se trouve encore aujourd'hui.
Wellington lui-même est élevé au rang de marquis après Vitoria. Sa campagne de 1813, de la frontière portugaise aux Pyrénées, est considérée comme l'une des plus brillantes opérations stratégiques des guerres napoléoniennes, combinant manoeuvre d'enveloppement, surprise et exploitation vigoureuse de la victoire.
Le saviez-vous ?
Le pillage du convoi français par les soldats alliés après Vitoria est l'un des épisodes les plus rocambolesques des guerres napoléoniennes. Les soldats britanniques découvrirent dans les bagages de Joseph Bonaparte non seulement le trésor royal espagnol (des millions de francs en or), mais aussi sa vaisselle d'argent, ses vêtements personnels et même son pot de chambre en argent massif. Des tableaux de maîtres espagnols, pillés par les Français dans les collections royales, furent retrouvés roulés dans des étuis. Wellington, furieux que ses troupes aient interrompu la poursuite pour piller, qualifia ses soldats de "lie de la terre". Le roi Ferdinand VII d'Espagne offrit ensuite les tableaux retrouvés à Wellington en remerciement, ce qui explique pourquoi Apsley House, la résidence londonienne des ducs de Wellington, possède aujourd'hui une collection exceptionnelle de peintures espagnoles.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille de Vitoria est-elle considérée comme la fin de la guerre d'Espagne ?
Vitoria est considérée comme la fin de la guerre d'Espagne car elle chasse définitivement Joseph Bonaparte et l'armée française de la péninsule Ibérique. La perte de 151 canons sur 153 rend l'armée française incapable de livrer une nouvelle bataille majeure en Espagne. Après Vitoria, les combats se poursuivent dans les Pyrénées puis dans le sud de la France, mais l'Espagne est libérée. Le retentissement européen de la victoire pousse l'Autriche à rejoindre la coalition contre Napoléon.
Quel rôle Joseph Bonaparte joua-t-il dans la défaite française à Vitoria ?
Joseph Bonaparte, bien que théoriquement roi d'Espagne et commandant suprême, manquait d'expérience militaire et d'autorité réelle sur les maréchaux français. À Vitoria, il commit l'erreur de déployer son armée sur un front trop large, avec un immense convoi de bagages encombrant les routes de retraite. Sa décision de transporter le trésor royal et ses biens personnels avec l'armée ralentit considérablement le repli. Le maréchal Jourdan, son chef d'état-major, ne put compenser ces faiblesses de commandement.
Quel fut l'impact diplomatique de Vitoria sur la chute de Napoléon ?
L'impact diplomatique de Vitoria fut considérable. La nouvelle de la victoire parvint en Europe au moment où l'Autriche hésitait à rejoindre la coalition contre Napoléon. Vitoria prouva que les armées françaises étaient vulnérables sur tous les fronts, pas seulement en Russie. L'Autriche déclara la guerre à la France en août 1813, formant la Sixième Coalition qui écrasa Napoléon à Leipzig en octobre. Vitoria accéléra donc directement l'effondrement de l'Empire napoléonien.
