Le 5 août 1796, Bonaparte repousse à Castiglione la première tentative de l'Autriche pour secourir Mantoue. Le maréchal Wurmser, descendant des Alpes avec 50 000 hommes en deux colonnes séparées, est battu en détail grâce à la manoeuvre par les lignes intérieures, principe tactique que Bonaparte porte à la perfection. Cette victoire sauve le siège de Mantoue et consolide la conquête française de la Lombardie.
Forces en Présence
Armée d'Italie française
Commandant : Napoléon Bonaparte
Armée impériale autrichienne
Commandant : Dagobert Sigmund von Wurmser
« Victoire décisive de Bonaparte qui sauve le siège de Mantoue et confirme la maîtrise française sur l'Italie du Nord. »
Contexte de la bataille de Bataille de Castiglione
Après les victoires de Montenotte, Lodi et l'entrée triomphale dans Milan en mai 1796, Bonaparte se tourne vers Mantoue, la plus puissante forteresse autrichienne en Italie du Nord. Mantoue, entourée par les eaux des lacs formés par le Mincio, est pratiquement imprenable par assaut direct. Bonaparte entreprend un siège en règle, bloquant la garnison de 14 000 hommes en espérant la réduire par la famine.
L'Autriche ne peut accepter la perte de Mantoue, clé de la défense de ses possessions italiennes et du Tyrol. Le Conseil aulique de Vienne organise une armée de secours de 50 000 hommes, confiée au vieux maréchal Wurmser, vétéran des guerres contre les Turcs et les Français. Wurmser reçoit l'ordre impératif de dégager Mantoue et de chasser Bonaparte d'Italie.
Le plan autrichien repose sur une offensive en deux colonnes. Wurmser lui-même, avec le gros de l'armée (environ 25 000 hommes), descendra la rive orientale du lac de Garde pour attaquer Bonaparte de front. Une seconde colonne de 18 000 hommes, commandée par Quasdanovich, contournera le lac par l'ouest pour couper les communications françaises avec Milan. Ce plan de tenaille, séduisant sur le papier, présente un défaut fondamental : les deux colonnes sont séparées par le lac de Garde, large et infranchissable, et ne peuvent se soutenir mutuellement.
Bonaparte, informé de l'avance autrichienne par ses éclaireurs et par les rapports des généraux postés dans les Alpes, se trouve dans une situation critique. Son armée, forte de seulement 42 000 hommes au total, est dispersée entre le siège de Mantoue et la garde des passes alpines. Face à 50 000 Autrichiens avançant en deux colonnes, il risque d'être écrasé s'il ne réagit pas avec la plus grande rapidité.
C'est dans cette situation périlleuse que Bonaparte applique pour la première fois, de manière systématique, le principe de la manoeuvre par les lignes intérieures. Placé entre les deux colonnes ennemies, il décide de les battre séparément en concentrant ses forces d'abord contre l'une, puis contre l'autre. Le 31 juillet, il lève le siège de Mantoue (sacrifice douloureux mais nécessaire) pour rassembler toutes ses troupes disponibles. Le 3 août, il bat Quasdanovich à Lonato, puis se retourne immédiatement contre Wurmser.
Comment s'est déroulée la bataille ?
La campagne de Castiglione illustre parfaitement la guerre de mouvement napoléonienne. En cinq jours, du 31 juillet au 5 août 1796, Bonaparte parcourt plus de 100 kilomètres, livre trois combats distincts et défait les deux colonnes autrichiennes l'une après l'autre. Cette rapidité d'exécution, qui deviendra la marque de fabrique des campagnes napoléoniennes, laisse les généraux autrichiens constamment en retard d'une étape.
Le 31 juillet, Bonaparte prend la décision la plus difficile de la campagne : lever le siège de Mantoue. Les canons de siège, impossibles à déplacer rapidement, sont encloués et abandonnés. La garnison autrichienne de Mantoue est ravitaillée et renforcée. Mais Bonaparte gagne en échange la mobilité de toute son armée, qu'il concentre à marche forcée vers le lac de Garde.
Le 3 août, Bonaparte se jette sur la colonne de Quasdanovich à Lonato. Le combat est confus, avec des unités françaises et autrichiennes mêlées dans un paysage de collines et de villages. Un épisode fameux se déroule ce jour-là : une colonne autrichienne égarée tombe sur le quartier général de Bonaparte, pratiquement sans escorte. Le général français, avec un aplomb extraordinaire, convoque les officiers autrichiens et les somme de se rendre, prétendant être à la tête de toute son armée. Les Autrichiens, bluffés, déposent les armes : 4 000 hommes se rendent à un état-major de quelques dizaines de personnes.
Après avoir repoussé Quasdanovich, Bonaparte effectue une marche forcée vers le sud pour affronter Wurmser, qui avance depuis l'est vers Mantoue. Le 5 août au matin, les deux armées se font face près du village de Castiglione delle Stiviere, sur un terrain vallonné entre le lac de Garde et le fleuve Mincio.
Wurmser dispose d'environ 25 000 hommes en position défensive, ses troupes étalées sur plusieurs kilomètres. Bonaparte, avec un effectif comparable, décide d'attaquer immédiatement, sans attendre que Wurmser ne se renforce avec les troupes de la garnison de Mantoue. Le plan français repose sur une attaque frontale combinée avec un mouvement tournant par le sud.
Au centre, les divisions Augereau et Masséna engagent les Autrichiens dans des combats violents autour des hauteurs de Solferino et de Castiglione. Les Autrichiens résistent avec ténacité, repoussant plusieurs assauts français. Wurmser, commandant expérimenté, dirige sa défense avec compétence, utilisant le terrain vallonné pour ancrer ses positions.
Le moment décisif intervient en début d'après-midi. La division Sérurier, qui avait effectué un large mouvement tournant par le sud, débouche sur le flanc gauche autrichien. Simultanément, Bonaparte lance une attaque massive au centre, appuyée par une concentration d'artillerie. Pris entre deux feux, les Autrichiens commencent à fléchir. Wurmser tente de stabiliser sa ligne en engageant ses réserves, mais le mouvement tournant de Sérurier menace d'envelopper toute son aile gauche.
Vers 16 heures, la ligne autrichienne se rompt. Les troupes de Wurmser entament une retraite vers l'est, en direction de Mantoue et du Mincio. La retraite s'effectue dans un désordre croissant, les Français poursuivant vigoureusement. Les Autrichiens perdent environ 3 000 tués et blessés, 2 000 prisonniers et 20 canons. Bonaparte, dont les troupes sont épuisées par cinq jours de marches et de combats, ne peut exploiter sa victoire à fond. Wurmser parvient à se replier vers Trente avec le gros de son armée.
Les conséquences historiques
La victoire de Castiglione sauve la conquête française de l'Italie du Nord. Si Wurmser avait réussi à faire sa jonction avec Quasdanovich et à dégager Mantoue, Bonaparte aurait été contraint de reculer au-delà du Piémont, ruinant six mois de campagne. En battant les deux colonnes autrichiennes séparément, Bonaparte démontre la supériorité de la manoeuvre par les lignes intérieures, principe qu'il appliquera tout au long de sa carrière.
Le siège de Mantoue est rétabli après la bataille, mais dans des conditions moins favorables. Les canons de siège ont été perdus et la garnison a été ravitaillée pendant la levée du siège. Bonaparte doit se résoudre à un blocus prolongé, attendant que la famine fasse son oeuvre. Mantoue ne capitulera qu'en février 1797, après quatre tentatives autrichiennes pour la secourir (Castiglione, Bassano, Arcole, Rivoli), toutes repoussées par Bonaparte.
Castiglione confirme le génie tactique du jeune général de vingt-six ans. Sa capacité à prendre des décisions rapides sous pression (la levée du siège), à manoeuvrer sur des distances considérables en très peu de temps (100 kilomètres en cinq jours), et à battre un ennemi supérieur en nombre en le divisant, impressionne l'Europe entière. Les cours royales commencent à prendre ce jeune Corse au sérieux.
Sur le plan politique, Castiglione renforce considérablement la position de Bonaparte vis-à-vis du Directoire. Le jeune général prouve qu'il peut non seulement conquérir, mais aussi défendre ses conquêtes face à une contre-offensive majeure. Son indépendance croissante vis-à-vis de Paris s'affirme : il négocie directement avec les États italiens, crée des républiques soeurs, et envoie à Paris des tableaux et des trésors qui financent la République.
Le titre de "duc de Castiglione", donné plus tard au maréchal Augereau par Napoléon, témoigne de l'importance que l'Empereur attachait à cette bataille dans la mémoire de ses campagnes d'Italie.
Le saviez-vous ?
L'un des épisodes les plus extraordinaires de la campagne de Castiglione se déroule le 3 août à Lonato, deux jours avant la bataille principale. Une colonne autrichienne de 4 000 hommes, égarée dans le brouillard des collines, tombe par hasard sur le quartier général de Bonaparte, défendu par quelques dizaines d'officiers et une poignée de gardes. Bonaparte, avec un sang-froid stupéfiant, fait appeler les officiers autrichiens et leur déclare d'un ton impérieux : "Vous avez l'audace de vous présenter au milieu de l'armée française ? Savez-vous que vous êtes perdus ?" Les Autrichiens, persuadés d'être encerclés par des forces considérables, déposent les armes sans combattre. Ce bluff magistral illustre le charisme et l'audace du jeune Bonaparte, qualités qui le distinguent déjà de tous les autres généraux de son époque.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi Bonaparte leva-t-il le siège de Mantoue avant Castiglione ?
Bonaparte leva le siège de Mantoue le 31 juillet 1796 pour concentrer toutes ses forces contre l'offensive autrichienne de Wurmser. Avec seulement 42 000 hommes face à 50 000 Autrichiens avançant en deux colonnes, il ne pouvait se permettre de maintenir des troupes immobilisées devant Mantoue. En sacrifiant temporairement le siège, il gagna la mobilité nécessaire pour appliquer la manoeuvre par les lignes intérieures : battre Quasdanovich le 3 août à Lonato, puis Wurmser le 5 août à Castiglione.
Qu'est-ce que la manoeuvre par les lignes intérieures utilisée à Castiglione ?
La manoeuvre par les lignes intérieures consiste, pour une armée placée entre deux forces ennemies séparées, à concentrer ses troupes contre l'une d'elles pour la battre avant de se retourner contre l'autre. Bonaparte, positionné entre les colonnes de Quasdanovich (à l'ouest) et de Wurmser (à l'est), séparées par le lac de Garde, détruit d'abord Quasdanovich à Lonato le 3 août, puis se retourne contre Wurmser qu'il bat à Castiglione le 5 août. Ce principe deviendra un fondement de la stratégie napoléonienne.
Quelles furent les conséquences de Castiglione pour la campagne d'Italie ?
Castiglione sauve la conquête française de l'Italie du Nord en repoussant la première tentative autrichienne pour secourir Mantoue. Mais la forteresse ne tombe pas immédiatement : l'Autriche lancera encore trois offensives de secours (Bassano en septembre, Arcole en novembre, Rivoli en janvier 1797), toutes repoussées par Bonaparte. Mantoue capitule finalement en février 1797, ouvrant la route de Vienne. Castiglione confirme également le génie tactique de Bonaparte aux yeux de l'Europe entière.
