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Époque Moderne

Bataille de Rivoli

14-15 janvier 1797·Plateau de Rivoli, bords du lac de Garde

Rivoli est le chef-d'œuvre tactique de la campagne d'Italie. Napoléon, menacé sur plusieurs fronts simultanément, choisit de concentrer toutes ses forces contre la colonne principale autrichienne, la détruit, puis se retourne contre les autres colonnes l'une après l'autre. En deux jours, il anéantit la dernière grande armée autrichienne en Italie.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée d'Italie (République française)

Commandant : Général Napoléon Bonaparte

EffectifsEnviron 22 000 soldats
PertesEnviron 3 500 tués et blessés

Empire autrichien

Commandant : Général Jozsef Alvinczi

EffectifsEnviron 28 000 soldats
PertesEnviron 14 000 tués, blessés et prisonniers

« La victoire décisive qui brise définitivement la puissance autrichienne en Italie du Nord et force Vienne à négocier la paix. »

Contexte de la bataille de Bataille de Rivoli

La campagne d'Italie de Napoléon Bonaparte commence en avril 1796. En quelques semaines, le jeune général de 26 ans balaie les armées piémontaises et autrichiennes et conquiert la Lombardie. Mais l'Autriche ne renonce pas : elle lance quatre grandes offensives successives pour reprendre Milan et débloquer Mantoue, place forte assiégée par les Français depuis juin 1796.

Les trois premières offensives autrichiennes — sous Beaulieu, Wurmser et Alvinczi — sont toutes repoussées par Napoléon dans des batailles remarquables (Castiglione, Bassano, Arcole). À chaque fois, Napoléon exploite la même méthode : la vitesse de marche de ses divisions, la concentration rapide sur le point décisif, et l'attaque avant que l'adversaire n'ait fini de se déployer. Ses divisions, organisées pour se déplacer plus vite que celles des armées de l'époque (marche par corps d'armée autonomes plutôt qu'en masse compacte), lui permettent de se trouver là où l'ennemi ne l'attend pas.

En janvier 1797, l'Autriche tente une quatrième et dernière grande offensive pour sauver Mantoue — dont la garnison, décimée par la maladie et la famine, est au bout du rouleau. Le général Alvinczi rassemble 45 000 soldats organisés en plusieurs colonnes qui doivent converger sur Mantoue depuis le nord par la vallée de l'Adige. Il espère que la dispersion de ses forces obligera Napoléon à se disperser lui-même pour couvrir tous les axes. C'est exactement l'inverse qui va se produire.

Napoléon, qui a environ 40 000 hommes mais dispersés sur tout le nord de l'Italie, comprend immédiatement la manœuvre autrichienne grâce à ses services de renseignement. Il décide de laisser des forces minimales face aux colonnes secondaires et de concentrer l'essentiel de ses forces sur le plateau de Rivoli, où la colonne principale d'Alvinczi doit déboucher.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Dans la nuit du 13 au 14 janvier 1797, Napoléon fait marcher ses divisions à force vers le plateau de Rivoli, au bord du lac de Garde. Ses soldats, épuisés par des semaines de campagne, marchent toute la nuit dans le froid. À l'aube du 14 janvier, les forces françaises arrivent sur le plateau alors que les Autrichiens commencent à s'y déployer.

La situation est complexe et dangereuse pour les Français. L'armée autrichienne attaque par cinq colonnes depuis différents secteurs du plateau et de la vallée de l'Adige. Si toutes ces colonnes arrivent simultanément, les Français seront submergés. Napoléon choisit d'attaquer immédiatement, avant que les colonnes autrichiennes n'aient fini leur déploiement — une application classique de son principe : "On s'engage, puis on voit."

Les premières heures de la bataille sont incertaines. Une colonne autrichienne descend dans le dos des Français par un chemin de flanc, créant un moment de panique dans les rangs français. Napoléon garde son sang-froid : il détache Joubert pour contenir cette menace et continue de combattre frontalement. Une deuxième colonne autrichienne tente de traverser l'Adige pour attaquer le flanc français depuis la rive opposée — elle est repoussée par l'artillerie.

Le tournant arrive en milieu de journée avec l'arrivée de la division Masséna, qui a marché toute la nuit depuis Vérone. Masséna attaque immédiatement la principale colonne autrichienne dans le flanc. Pris entre le feu frontal des troupes de Joubert et l'attaque de flanc de Masséna, le centre autrichien cède. La déroute se propage rapidement : les colonnes autrichiennes qui n'avaient pas encore rejoint le champ de bataille se retrouvent face à une armée française qui les attaque les unes après les autres, chaque colonne surprise et détruite séparément.

Le lendemain, 15 janvier, la division Rey, une troisième colonne autrichienne qui avait tenté un mouvement tournant par le nord, est encerclée et capitule entièrement — 6 000 hommes se rendent. En deux jours, Alvinczi a perdu 14 000 hommes (tués, blessés, prisonniers) et la quasi-totalité de son artillerie. Son armée n'existe plus en tant que force combattante.

Les conséquences historiques

Rivoli signe la fin de la résistance autrichienne organisée en Italie du Nord. Mantoue, sans espoir de secours, capitule le 2 février 1797 : 16 000 soldats autrichiens se rendent, dont le maréchal Wurmser. Napoléon peut désormais marcher vers l'est, en direction de Vienne. En mars-avril 1797, il franchit les Alpes avec une armée épuisée mais victorieuse et avance jusqu'à Leoben, à moins de 150 kilomètres de la capitale autrichienne. L'Autriche, menacée dans son cœur, demande la paix.

Les préliminaires de Leoben (avril 1797) puis le traité de Campoformio (octobre 1797) concluent la campagne d'Italie. L'Autriche cède la Lombardie à la France (qui en fait la République Cisalpine), abandonne les Pays-Bas autrichiens et reçoit en compensation Venise — une décision controversée que Napoléon prit seul, sans l'aval du Directoire. La campagne d'Italie, commencée en avril 1796 avec une armée dépenaillée et affamée, se conclut en moins de 18 mois par une paix dictée aux portes de Vienne.

La bataille de Rivoli révèle Napoléon dans toute sa dimension de stratège. La méthode qui y est à l'œuvre — vitesse de concentration, attaque des colonnes ennemies séparément, exploitation immédiate du succès — est celle qu'il affinera à Austerlitz, Iéna et Wagram. Rivoli est aussi le combat où Masséna s'illustre de manière décisive : Napoléon dira de lui qu'il était "l'enfant chéri de la victoire", et Rivoli reste l'une des plus belles pages de la carrière du futur maréchal.

Le saviez-vous ?

À l'issue de la capitulation de Mantoue, le maréchal autrichien Wurmser — qui avait tenu la place pendant neuf mois malgré la famine et les maladies — se rendit en tenue de cérémonie à Napoléon, s'attendant à être traité comme un ennemi vaincu. Napoléon, au contraire, lui offrit une réception d'honneur, lui laissa son épée, son état-major et ses bagages personnels, et lui accorda une liberté de circulation en attendant son retour en Autriche. Ce geste, calculé pour montrer la magnanimité du vainqueur français mais aussi pour encourager les futures capitulations sans résistance acharnée, frappa durablement les observateurs militaires. Wurmser, âgé de 72 ans, mourut à Vienne quelques mois plus tard, comblé d'honneurs par son propre empereur.

Généraux impliqués

Armée d'Italie (République française) :
Empire autrichien :
Général Jozsef Alvinczi

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Questions fréquentes

Pourquoi Rivoli est-elle considérée comme un chef-d'œuvre tactique de Napoléon ?

Rivoli illustre parfaitement la "méthode napoléonienne" dans sa forme la plus pure. Face à une armée autrichienne supérieure en nombre, attaquant en plusieurs colonnes convergentes, Napoléon fit l'inverse de ce qu'attendait Alvinczi : plutôt que de se disperser pour couvrir tous les axes, il concentra la majorité de ses forces sur le point décisif (le plateau de Rivoli) et attaqua la colonne principale avant qu'elle ne soit déployée. Il détruisit ensuite les colonnes secondaires l'une après l'autre. Ce principe — "diviser pour régner", détruire l'adversaire en détail avant qu'il ne se concentre — est la signature tactique de Napoléon à ses meilleurs moments. Les historiens militaires comme Clausewitz ont étudié Rivoli comme modèle d'utilisation de la vitesse et de la concentration.

Quel rôle joua Masséna à Rivoli et dans la campagne d'Italie en général ?

André Masséna fut l'un des lieutenants les plus précieux de Napoléon pendant la campagne d'Italie. À Rivoli, l'arrivée de sa division depuis Vérone — après une nuit de marche forcée — au moment critique de la bataille fut déterminante : son attaque de flanc brisa le centre autrichien et provoqua la déroute générale. Napoléon lui attribua une part majeure de la victoire. Masséna s'était déjà illustré à Rivoli lors d'un épisode de la campagne précédente. Né à Nice en 1758, fils d'un modeste marchand, il devint l'un des maréchaux les plus titrés de l'Empire. Napoléon le surnomma "l'enfant chéri de la victoire". Il s'illustra notamment à Zurich (1799) et résista héroïquement à Wellington à Torres Vedras (1810).

Qu'était la campagne d'Italie et quelle fut son importance pour Napoléon ?

La campagne d'Italie (1796–1797) est la première grande campagne militaire de Napoléon Bonaparte comme commandant en chef. En moins de 18 mois, avec une armée sous-équipée et mal payée, il battit successivement les Piémontais et quatre armées autrichiennes, conquit la Lombardie, créa des républiques sœurs (Cisalpine, Ligurienne), et contraignit l'Autriche à signer la paix de Campoformio. Cette campagne établit définitivement sa réputation de génie militaire, lui valut une popularité immense en France, et lui fournit les ressources politiques pour le coup d'État de Brumaire (1799). Elle est aussi une révolution dans l'art de la guerre : vitesse, initiative, concentration sur le point décisif — les principes qui feront la marque de fabrique napoléonienne pendant vingt ans.