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Époque Moderne

Bataille de Marengo

14 juin 1800·Plaine de Marengo, près d'Alexandrie (Piémont)

À Marengo, Napoléon semble sur le point de perdre sa première grande bataille comme chef d'État. Les Autrichiens de Melas ont percé ses lignes et croient la victoire acquise. Mais le général Desaix, rappelé en marche, revient au bon moment et sa charge retourne la situation. Desaix meurt dans cette charge. L'Autriche perd l'Italie du Nord.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

République française (Armée de réserve)

Commandant : Napoléon Bonaparte (Premier Consul) / Général Desaix

EffectifsEnviron 28 000 à 30 000 soldats
PertesEnviron 6 000 tués et blessés (dont le général Desaix, mort)

Empire autrichien (Armée d'Italie)

Commandant : Général Michael von Melas

EffectifsEnviron 31 000 soldats
PertesEnviron 9 000 tués et blessés, 8 000 prisonniers

« Napoléon reconquiert l'Italie du Nord en un seul après-midi. Sa position de Premier Consul est consolidée. La campagne de 1800 rivale en audace celle de 1796. »

Contexte de la bataille de Bataille de Marengo

En 1799, Napoléon Bonaparte rentre d'Égypte et s'empare du pouvoir par le coup d'État du 18 Brumaire (novembre 1799). Il devient Premier Consul — chef de facto de la République française. Mais la situation militaire est précaire : l'Autriche a repris l'offensive en Italie et les armées françaises ont subi de lourds revers. Les Autrichiens contrôlent à nouveau une grande partie de l'Italie du Nord, et la coalition contre la France reste active.

Napoléon conçoit un plan audacieux : traverser les Alpes avec une "Armée de réserve" et prendre à revers les Autrichiens en Italie. En mai 1800, il fait franchir les Alpes à ses troupes par le col du Grand-Saint-Bernard — une opération logistique extraordinaire que les Autrichiens n'anticipaient pas. Les Français descendent dans la plaine du Pô et coupent les lignes de communication autrichiennes.

Le général autrichien Melas, pris entre l'armée de Napoléon au nord et des forces françaises au sud, choisit d'attaquer directement Napoléon avant d'être complètement encerclé. Le 14 juin 1800, il concentre ses forces dans la plaine de Marengo, près d'Alexandrie, et lance l'offensive. Napoléon, qui a dispersé ses corps d'armée pour fouiller la région et trouver les Autrichiens, ne dispose dans un premier temps que d'environ 18 000 hommes sur le champ de bataille — dont il a envoyé le corps de Desaix (6 000 hommes) reconnaître vers le sud. Une erreur grave qui faillit lui coûter la bataille.

Comment s'est déroulée la bataille ?

La bataille commence le matin du 14 juin 1800. Les Autrichiens, forts de leur supériorité numérique initiale, attaquent vigoureusement. Malgré la résistance française, les lignes de Napoléon cèdent progressivement. Vers 15h, la situation est critique : l'armée française a reculé de plusieurs kilomètres, l'infanterie est épuisée, et Melas, convaincu d'avoir remporté la bataille, remet le commandement à son second et s'en retourne à Alexandrie pour rédiger son rapport de victoire.

Les Autrichiens poursuivent leur avance en ordre moins strict, certains de la victoire. C'est dans ce moment d'euphorie autrichienne prématurée que la situation se retourne. Napoléon, qui a envoyé des messages urgents à Desaix pour le rappeler, voit revenir les 6 000 hommes du général à marche forcée. Desaix, qui avait entendu le canon depuis le sud et avait déjà fait demi-tour de sa propre initiative, arrive sur le champ de bataille vers 17h.

Desaix observe la situation et prononce, selon la tradition, l'une des phrases les plus célèbres de l'histoire napoléonienne : "Cette bataille est perdue. Mais il est encore temps d'en gagner une autre." Il lance immédiatement sa division fraîche contre l'infanterie autrichienne avancée qui n'est plus en ordre de bataille. Simultanément, Kellermann fils (fils du vainqueur de Valmy) lance une charge de cavalerie dévastatrice sur le flanc autrichien.

La charge combinée de Desaix et de Kellermann prend les Autrichiens complètement par surprise. L'infanterie qui croyait la victoire acquise et marchait sans ordre de combat est percutée de plein fouet. La panique se répand dans les rangs autrichiens. Ce qui était une déroute française devient en quelques minutes une déroute autrichienne. Mais Desaix est tué dès les premiers instants de sa charge — une balle l'atteint à la poitrine et il meurt sur le coup. Napoléon, profondément affecté par la mort de son ami, dit en apprenant la nouvelle : "Pourquoi n'ai-je pas le droit de pleurer ?" Kellermann et les lieutenants de Desaix poursuivent l'attaque sans leur général, et la victoire est complète.

Les conséquences historiques

Marengo est une victoire aussi décisive que dramatique. L'armée autrichienne perd environ 17 000 hommes (tués, blessés, prisonniers) et doit signer une armistice le lendemain. Par la convention d'Alexandrie (15 juin 1800), les Autrichiens évacuent l'Italie du Nord. La France retrouve en une journée ce qu'elle avait perdu depuis 1799.

La bataille de Marengo consolide spectaculairement le pouvoir de Napoléon en France. Le Premier Consul qui avait failli perdre sa première grande bataille revient à Paris auréolé de gloire. La propagande napoléonienne s'emploie soigneusement à gommer les aspects difficiles de la journée — la dispersion des forces, le recul de l'après-midi, le rôle déterminant de Desaix — pour ne retenir que le triomphe final. Louis David est chargé de peindre un Napoléon franchissant le Grand-Saint-Bernard sur un cheval cabré : une image de triomphe et de puissance qui ne correspond pas à la réalité (Napoléon avait traversé à mulet), mais qui devient l'icône de son pouvoir.

La mort de Desaix est le deuil majeur de Marengo pour Napoléon. Le général Louis-Charles Vincent Le Blond de Desaix, trente-deux ans, était l'un des plus brillants généraux français, rendu célèbre par sa campagne en Haute-Égypte. Sa mort prive Napoléon d'un lieutenant de premier plan et d'un ami rare. Napoléon fit ériger plusieurs monuments à sa mémoire et donna son nom à de nombreuses rues françaises.

Le saviez-vous ?

La bataille de Marengo fut si embarrassante dans sa première phase — Napoléon avait dispersé ses forces et faillit tout perdre — que la version officielle fut réécrite plusieurs fois. Les bulletins de la Grande Armée présentèrent Marengo comme une victoire délibérément calculée : Napoléon aurait intentionnellement feint le recul pour attirer les Autrichiens dans un piège. En réalité, Desaix était parti sans ordre précis de rappel et était revenu de sa propre initiative. Après la mort de Desaix, il ne pouvait plus contredire la version officielle. Les mémoires dictées par Napoléon à Sainte-Hélène contiennent une version de Marengo qui est à peu près l'opposé de ce qui s'était réellement passé dans l'après-midi. Marengo est peut-être la bataille que Napoléon chercha le plus à réécrire.

Généraux impliqués

République française (Armée de réserve) :
Empire autrichien (Armée d'Italie) :
Général Michael von Melas

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Questions fréquentes

Qui était le général Desaix et pourquoi sa mort fut-elle une perte si grave pour Napoléon ?

Louis-Charles Vincent Le Blond de Desaix (1768–1800) était l'un des généraux les plus doués de la Révolution française. Il s'était illustré sur le Rhin, puis en Égypte où il conquit la Haute-Égypte et fut surnommé par les Égyptiens "le Sultan juste" pour sa rigueur et sa loyauté envers les populations locales — une rareté dans les guerres de l'époque. Revenu d'Égypte, il avait rejoint Napoléon pour la campagne d'Italie. Sa mort à Marengo, à 32 ans, priva Napoléon d'un lieutenant exceptionnel. Selon Napoléon lui-même : "De tous les généraux que j'ai connus, Desaix et Kléber étaient les deux seuls dignes de commander de grandes armées."

Comment Napoléon traversa-t-il les Alpes avant Marengo ?

En mai 1800, Napoléon fit traverser les Alpes à son Armée de réserve par le col du Grand-Saint-Bernard (2 469 mètres d'altitude), enneigé à cette époque de l'année. L'opération fut un exploit logistique : environ 40 000 soldats, des centaines de chevaux et plusieurs dizaines de canons traversèrent le col en quelques jours. Les canons, trop lourds pour être portés sur le chemin de montagne, furent démontés et les fûts glissés dans des troncs d'arbres creusés que les soldats traînèrent à force de bras. Napoléon lui-même traversa non pas sur le cheval cabré immortalisé par David, mais sur un mulet conduit par un guide local. Cette traversée des Alpes, délibérément comparée à celle d'Hannibal, contribua à construire la légende napoléonienne.

Quel fut l'impact diplomatique de la victoire de Marengo ?

La victoire de Marengo ne mit pas immédiatement fin à la guerre contre l'Autriche. Après l'armistice d'Alexandrie (15 juin 1800), les combats reprirent en Allemagne, où Moreau remporta la victoire décisive de Hohenlinden (3 décembre 1800). C'est l'ensemble de ces succès qui contraignit l'Autriche à signer la paix de Lunéville (9 février 1801), par laquelle elle reconnaissait la domination française en Italie du Nord et confirmait les frontières du Rhin. Marengo fut donc le début d'un processus diplomatique qui s'acheva plusieurs mois plus tard, mais elle en fut le symbole le plus éclatant et le plus mémorable — la bataille qui "reconquit l'Italie en un après-midi".