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Ère Contemporaine — Bataille de Maloïaroslavets
Atlas militaire interactif/Batailles/Bataille de Maloïaroslavets

Ère Contemporaine

Bataille de Maloïaroslavets

24 octobre 1812·Maloïaroslavets, gouvernement de Kalouga

Le 24 octobre 1812, le IVe corps d'Eugène de Beauharnais se bat pendant dix heures pour la petite ville de Maloïaroslavets, prise et reprise huit fois. Les Français tiennent la ville au soir, mais Koutouzov barre la route de Kalouga avec toute son armée. Napoléon, pour la première fois de sa carrière, choisit la retraite plutôt que la bataille rangée.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Grande Armée (corps d'Eugène de Beauharnais)

Commandant : Eugène de Beauharnais

Effectifs24 000 hommes
Pertes5 000 tués ou blessés

Armée impériale russe

Commandant : Général Dokhturov, puis Raïevski

Effectifs25 000 hommes
Pertes6 000 tués ou blessés
Effectifs & Pertes
Grande Armée (corps d'Eugène de Beauharnais)Armée impériale russe
06k13k19k25k00EFFECTIFS00PERTES21%des effectifs24%des effectifs

« Bataille charnière de la campagne de Russie. Bien que tactiquement indécise, elle force Napoléon à renoncer à la route du sud (fertile et intacte) et à retraiter par la route de Smolensk, déjà dévastée. C'est le moment où la retraite de Russie devient catastrophe. »

Contexte : Bataille de Maloïaroslavets

Le 19 octobre 1812, Napoléon quitte Moscou. Il y est resté trente-cinq jours, attendant en vain une offre de paix du tsar Alexandre Ier. La ville a brûlé (les Russes y ont mis le feu), les vivres manquent, l'hiver approche. La Grande Armée, qui comptait 600 000 hommes en juin, n'en aligne plus que 100 000 en état de combattre, plus des dizaines de milliers de traînards, malades, blessés. Le moral est au plus bas.

Napoléon ne veut pas retraiter par la route de Smolensk, celle par laquelle il est venu. Cette route traverse un pays ravagé : villages brûlés, récoltes détruites, cadavres de chevaux en putréfaction, aucun fourrage. Son plan est de descendre vers le sud par Kalouga, une région fertile, épargnée par la guerre, où ses troupes pourraient se nourrir et se réapprovisionner. De Kalouga, il remonterait vers Smolensk par une route neuve. C'est un plan sensé. Peut-être le dernier bon plan de la campagne.

Koutouzov l'a compris. Le vieux renard (il a 67 ans, il est borgne, obèse, et passe le plus clair de son temps allongé) a installé son armée à Taroutino, au sud de Moscou, bloquant précisément la route de Kalouga. Koutouzov ne veut pas de bataille rangée. Sa stratégie est celle de Fabius Maximus contre Hannibal : laisser l'hiver, la faim et les distances détruire l'envahisseur. Il harcèle, il coupe les arrières, il refuse le combat décisif que Napoléon cherche désespérément.

Napoléon tente de contourner Koutouzov par l'ouest. Il quitte la route principale de Kalouga et bifurque par la "Nouvelle Route de Kalouga", passant par Maloïaroslavets, une petite ville sur la rivière Loujna. S'il franchit Maloïaroslavets avant que les Russes ne réagissent, la route du sud est ouverte. Koutouzov détecte le mouvement. Il envoie en urgence le corps du général Dokhturov (12 000 hommes, renforcés ensuite par Raïevski) pour occuper Maloïaroslavets et bloquer le passage. C'est une course de vitesse. Le sort de la Grande Armée se joue sur quelques heures d'avance ou de retard.

Le 23 octobre au soir, l'avant-garde du IVe corps d'Eugène de Beauharnais (le beau-fils de Napoléon, vice-roi d'Italie, 31 ans) atteint la rive nord de la Loujna. La ville est sur la rive sud. Un seul pont. Dokhturov y arrive presque en même temps.

Comment s'est déroulée la bataille ?

À l'aube du 24 octobre, les premiers régiments d'Eugène franchissent le pont et pénètrent dans Maloïaroslavets. La ville est petite : des maisons de bois, quelques bâtiments en pierre, une église sur la hauteur. Les Français du 13e régiment d'infanterie légère grimpent vers le centre-ville.

Les Russes de Dokhturov contre-attaquent presque immédiatement. Des régiments de jägers (chasseurs d'infanterie légère) descendent des hauteurs au sud et repoussent les Français vers le pont. Les combats sont féroces dans les rues étroites. Les maisons prennent feu. La fumée obscurcit tout. Les soldats se battent au corps à corps, à la baïonnette, dans les décombres.

Eugène envoie des renforts. La division Delzons traverse le pont sous le feu. Le général Delzons, commandant la 13e division, est tué d'une balle en tête en franchissant une barricade ; son frère, aide de camp, est tué quelques secondes plus tard à côté de son corps. Le général Guilleminot prend le commandement et relance l'assaut. Les Français reprennent la ville.

Les Russes la reprennent. Dokhturov lance régiment après régiment dans la fournaise. Raïevski arrive avec des renforts frais (le VIIe corps russe). La ville change de mains. Une fois. Deux fois. Trois fois. Au total, Maloïaroslavets sera prise et reprise huit fois en dix heures de combat. Chaque assaut passe sur les corps du précédent. Les rues ne sont plus que cendres, gravats et cadavres. L'église sur la colline, point fort de la position, est prise et perdue à plusieurs reprises. Ses murs criblés de balles s'effondrent partiellement.

Le combat est d'une brutalité rare, même pour les standards de 1812. Les soldats des deux camps, exténués, affamés (les Français n'ont presque rien mangé depuis des jours), se battent avec une rage animale. Les officiers tombent en masse : les généraux Delzons et Levié sont tués du côté français, le général Dokhturov est blessé du côté russe. Eugène de Beauharnais, d'ordinaire calme et méthodique, mène personnellement les charges pour maintenir le moral de ses troupes.

En fin d'après-midi, le IVe corps français tient la ville, ou ce qu'il en reste. Les Russes se replient sur les hauteurs au sud. Mais Koutouzov est là. Toute l'armée russe (80 000 à 90 000 hommes) s'est déployée sur les collines derrière Maloïaroslavets, barrant la route de Kalouga. Eugène tient un tas de ruines fumantes. La route est toujours fermée.

Dans la nuit du 24 au 25 octobre, un événement faillit changer l'histoire. Un parti de cosaques du général Platov s'infiltre dans les lignes françaises et tombe sur le bivouac de Napoléon lui-même, installé près de Gorodnia, à quelques kilomètres au nord. Les cosaques dispersent l'escorte, chargent jusqu'aux feux de camp impériaux. Le bataillon de service (le 1er chasseurs à pied de la Garde) repousse l'attaque in extremis, mais pendant quelques minutes, l'Empereur de France est à portée de sabre d'une patrouille cosaque. Napoléon, réveillé en sursaut, doit dégainer son épée. C'est la seule fois de la campagne de Russie où sa capture est physiquement possible.

Le 25 octobre au matin, Napoléon se rend sur le champ de bataille. Il observe les positions russes. La route de Kalouga est bloquée par 90 000 hommes retranchés sur des hauteurs. Pour passer, il faudrait une bataille rangée avec une armée épuisée, sans garantie de victoire. Napoléon convoque un conseil de guerre. Murat veut attaquer ("Avec ma cavalerie, je percerai"). Davout hésite. Eugène et Bessières recommandent la retraite par Mojaïsk et la route de Smolensk. Napoléon tranche : on repart par le nord. Par la route dévastée. Par la route de la mort.

Les conséquences historiques

Maloïaroslavets ne figure sur aucune liste des "grandes batailles" de Napoléon. 5 000 Français et 6 000 Russes tombés pour une ville dont il ne reste que des cendres. Les deux camps revendiquent la victoire : Eugène tient le terrain, Koutouzov tient la route. Sur le papier, c'est un match nul. Dans les faits, c'est le moment où la Grande Armée est condamnée.

En renonçant à la route de Kalouga, Napoléon condamne ses troupes à retraverser un désert. La route de Smolensk, déjà pillée à l'aller, n'offre ni nourriture ni abri. Les chevaux meurent par milliers (pas de fourrage), l'artillerie est abandonnée (pas de chevaux pour la tirer), les blessés sont laissés au bord du chemin (pas de chariots). Quand les premières neiges tombent le 4 novembre, la Grande Armée n'est déjà plus qu'une colonne de fantômes. La Bérézina (26-29 novembre) achèvera le désastre.

Koutouzov est critiqué par son propre camp. Le tsar Alexandre, les généraux Bennigsen, Toll, Wilson (l'attaché britannique), tous le pressent de livrer bataille et d'anéantir Napoléon tant qu'il est vulnérable. Koutouzov refuse. Il laisse l'hiver faire le travail. "La route de Smolensk sera le tombeau de Napoléon", aurait-il dit. Il a raison. Sur les 100 000 soldats qui ont quitté Moscou, moins de 30 000 repasseront le Niémen en décembre. Mais le refus de Koutouzov de combattre permet aussi à Napoléon lui-même de s'échapper, ce qui prolongera la guerre de deux ans (campagnes de 1813 et 1814).

Pour les historiens militaires, Maloïaroslavets est le tournant psychologique de la campagne de Russie. C'est le jour où Napoléon cesse d'être un conquérant et devient un fugitif. Avant Maloïaroslavets, il espère encore sauver quelque chose de la campagne. Après, il ne pense plus qu'à sauver ce qui reste de son armée. Le général de Ségur, mémorialiste de la campagne, écrit que le soir du 25 octobre, les soldats virent pour la première fois le visage de l'Empereur marqué par le doute. L'homme qui avait conquis l'Europe ne savait plus par où s'enfuir.

Le saviez-vous ?

Dans la nuit du 24 au 25 octobre, des cosaques de Platov faillirent capturer Napoléon. Lancés dans un raid derrière les lignes, ils tombèrent par hasard sur le bivouac impérial à Gorodnia. La Garde repoussa l'attaque, mais l'escorte personnelle de Napoléon fut dispersée. L'Empereur dut dégainer son épée, la seule fois de toute la campagne de Russie où il fut en danger physique immédiat. L'incident eut une conséquence inattendue : à partir de ce jour, Napoléon porta sur lui une fiole de poison, préparée par son médecin Yvan. Il refusait de tomber vivant aux mains des cosaques. Il tentera de l'utiliser à Fontainebleau en avril 1814, au moment de son abdication, mais le poison, trop vieux, ne le tuera pas.

Généraux impliqués

Grande Armée (corps d'Eugène de Beauharnais) :
Eugène de Beauharnais
Armée impériale russe :
Général Dokhturovpuis Raïevski
CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DEGuerres napoléoniennes (1796 – 1815) →

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Questions fréquentes

Pourquoi Maloïaroslavets est-elle si importante malgré sa taille modeste ?

Maloïaroslavets n'est pas une grande bataille par ses effectifs (50 000 hommes au total) ni par ses pertes (11 000). Son importance est stratégique. C'est le moment précis où la Grande Armée perd sa dernière chance d'emprunter une route viable pour la retraite. En bloquant l'accès à Kalouga et aux provinces fertiles du sud, Koutouzov force Napoléon à retraiter par la route de Smolensk, déjà ravagée. Cette décision condamne l'armée à la famine, au froid et à la destruction. Sans Maloïaroslavets, la retraite aurait été terrible ; avec elle, elle devint apocalyptique.

Pourquoi Napoléon n'a-t-il pas forcé le passage à Maloïaroslavets ?

Napoléon avait encore 70 000 à 80 000 combattants. Koutouzov en avait 90 000, retranchés sur des hauteurs. Un assaut frontal aurait coûté 15 000 à 20 000 hommes, sans certitude de victoire. L'armée française était épuisée, mal nourrie, à court de munitions. Les chevaux mouraient par centaines chaque jour. Surtout, même en forçant le passage, Napoléon aurait affronté Koutouzov à nouveau quelques jours plus tard, avec une armée encore plus affaiblie. Pour la première fois, le calcul des risques penchait contre la bataille. Napoléon, d'habitude joueur, choisit la prudence.

Quel rôle Eugène de Beauharnais a-t-il joué à Maloïaroslavets ?

Eugène de Beauharnais, beau-fils de Napoléon et vice-roi d'Italie, commanda le IVe corps lors des combats. C'est lui qui mena les assauts dans la ville pendant dix heures, envoyant vague après vague de renforts à travers l'unique pont sur la Loujna. Il perdit le général Delzons et plusieurs officiers supérieurs, mais tint la position au soir. Eugène fut l'un des rares maréchaux et généraux de la campagne de Russie à conserver son sang-froid et sa combativité jusqu'au bout, ramenant les restes de son corps en bon ordre jusqu'en Allemagne.