Époque Moderne — Bataille de Flodden

Époque Moderne

Bataille de Flodden

9 septembre 1513·Flodden Field, Northumberland

Le 9 septembre 1513, l'armée écossaise de Jacques IV, forte de plus de 30 000 hommes, affronte les forces anglaises du comte de Surrey à Flodden Field, dans le Northumberland. L'affrontement, d'une extrême violence, se termine par une défaite écossaise catastrophique. Jacques IV est tué au combat avec une grande partie de la noblesse écossaise.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume d'Angleterre

Commandant : Thomas Howard, comte de Surrey

Effectifs26 000 hommes
Pertes1 500 à 4 000 tués

Royaume d'Écosse

Commandant : Roi Jacques IV d'Écosse

Effectifs30 000 à 34 000 hommes
Pertes10 000 à 17 000 tués (dont le roi)

« Pire défaite militaire de l'histoire écossaise, marquée par la mort de Jacques IV, dernier monarque des îles Britanniques tué au combat. »

Contexte : Bataille de Flodden

La bataille de Flodden s'inscrit dans le contexte des rivalités européennes du début du XVIe siècle et de l'alliance traditionnelle franco-écossaise, la "Auld Alliance". En 1513, le roi Henri VIII d'Angleterre, allié du pape Jules II et de l'empereur Maximilien Ier dans la Sainte Ligue, mène campagne en France. Le roi de France Louis XII fait appel à son allié écossais pour créer une diversion sur la frontière nord de l'Angleterre.

Jacques IV d'Écosse, monarque ambitieux et cultivé de la dynastie des Stuart, répond à l'appel français. Malgré son mariage avec Marguerite Tudor, sœur d'Henri VIII, il honore les termes de l'alliance franco-écossaise et lance une invasion de l'Angleterre en août 1513. Son armée, la plus grande jamais levée par un roi d'Écosse, comprend entre 30 000 et 34 000 hommes, incluant la noblesse écossaise au grand complet, des contingents des Highlands et des Lowlands, ainsi qu'une artillerie impressionnante fournie en partie par la France.

L'armée écossaise franchit la frontière et s'empare rapidement de plusieurs forteresses anglaises, dont les châteaux de Norham, d'Etal et de Ford. Jacques IV établit ensuite son camp sur la colline de Flodden Edge, une position défensive formidable surplombant la plaine environnante. Les canons écossais, parmi les plus gros d'Europe à cette époque, sont installés sur les hauteurs.

Face à cette menace, Henri VIII, absent car en campagne en France, confie la défense du nord à Thomas Howard, comte de Surrey, un vétéran de 70 ans. Surrey rassemble environ 26 000 hommes, principalement des levées du nord de l'Angleterre, et marche à la rencontre des Écossais. L'armée anglaise est moins nombreuse mais composée de soldats aguerris aux guerres de frontière, équipés de la redoutable bill, une arme d'hast combinant crochet et lame.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le comte de Surrey, arrivé face aux positions écossaises, constate que la colline de Flodden Edge est quasiment imprenable par un assaut frontal. Il décide alors d'une manœuvre audacieuse : contourner l'armée écossaise par le nord pour couper sa route de retraite vers l'Écosse. Le 9 septembre au matin, l'armée anglaise traverse la rivière Till et se déploie au nord des positions écossaises, forçant Jacques IV à repositionner ses forces.

Le roi d'Écosse, voyant les Anglais lui couper la retraite, décide de quitter Flodden Edge pour occuper la colline de Branxton, plus au nord. Ce mouvement, effectué en début d'après-midi, se fait dans un certain désordre. Les Écossais brûlent leurs déchets de camp, et la fumée réduit la visibilité sur le champ de bataille.

Vers 16 heures, l'artillerie ouvre le feu des deux côtés. Les canons écossais, lourds et difficiles à manœuvrer, tirent trop haut depuis leur nouvelle position sur la pente de Branxton. L'artillerie anglaise, plus légère et mieux servie, commence à infliger des pertes aux rangs écossais. Jacques IV, impatient de subir ce bombardement sans pouvoir riposter efficacement, ordonne l'avance.

Les Écossais descendent la colline en formation de schiltron, ces formations serrées de piquiers qui avaient jadis triomphé à Bannockburn (1314). Mais le terrain joue contre eux : la pente est glissante après les pluies récentes, et les longues piques écossaises (de 4 à 5 mètres) deviennent encombrantes dans la mêlée rapprochée. De plus, les Écossais utilisent des piques de type suisse, conçues pour le combat en terrain plat, peu adaptées à une descente boueuse.

Sur l'aile gauche anglaise, l'amiral Thomas Howard (fils du comte de Surrey) affronte les contingents des Highlands et des Borders. Les combats sont acharnés, mais les Anglais tiennent bon. Au centre et sur l'aile droite, les schiltrons écossais, dont celui mené personnellement par Jacques IV, s'enfoncent dans les lignes anglaises avec une bravoure extraordinaire. Le roi d'Écosse combat à pied, au premier rang, comme un simple soldat.

Cependant, les bills anglaises s'avèrent plus efficaces que les piques dans la mêlée rapprochée. Plus courtes et dotées d'un crochet permettant de tirer les piquiers hors de leur formation, elles disloquent progressivement les schiltrons. Les Anglais de la réserve de lord Dacre interviennent au moment critique.

Sur l'aile gauche écossaise, les contingents des Highlands, commandés par les comtes d'Argyll et de Lennox, s'enfuient après un bref engagement, exposant le flanc du corps principal. Jacques IV, refusant de battre en retraite, continue de combattre au corps à corps. Il est finalement tué, percé de multiples blessures de flèches et de bills, à quelques mètres seulement de la bannière du comte de Surrey. La nuit tombe sur un champ de bataille couvert de morts écossais.

Les conséquences historiques

La bataille de Flodden est une catastrophe d'une ampleur sans précédent pour l'Écosse. Outre le roi Jacques IV, tombent sur le champ de bataille son fils naturel Alexander Stuart, archevêque de Saint Andrews ; neuf comtes (Argyll, Bothwell, Caithness, Cassillis, Crawford, Erroll, Lennox, Montrose et Rothes) ; quatorze lords du Parlement ; un archevêque ; deux évêques ; et plusieurs centaines de gentilshommes et chefs de clan. La "fleur de l'Écosse" (the Flower of Scotland) est fauchée en quelques heures.

Les pertes totales écossaises sont estimées entre 10 000 et 17 000 morts, selon les sources. Cette saignée prive le royaume de sa classe dirigeante en une seule journée. Le nouveau roi, Jacques V, n'est qu'un nourrisson de dix-sept mois. Sa mère, la reine Marguerite Tudor (sœur d'Henri VIII), assure la régence dans un pays plongé dans le deuil et l'instabilité politique.

Flodden marque un tournant dans l'histoire écossaise. Si l'Écosse conserve son indépendance, elle ne sera plus jamais en mesure de menacer sérieusement l'Angleterre. La minorité prolongée de Jacques V ouvre une période de luttes entre factions nobiliaires qui affaiblit durablement la monarchie Stuart. À plus long terme, cette fragilité contribue à la trajectoire qui mène à l'union des couronnes en 1603 puis à l'Acte d'Union de 1707.

La mémoire de Flodden reste profondément ancrée dans la culture écossaise. La complainte "Flowers of the Forest", composée au XVIIIe siècle par Jean Elliot, est encore jouée aujourd'hui lors des commémorations et des funérailles militaires écossaises. Le site du champ de bataille est classé monument historique et fait l'objet de fouilles archéologiques régulières.

Le saviez-vous ?

Jacques IV d'Écosse fut le dernier monarque des îles Britanniques à mourir au combat. Son corps, retrouvé sur le champ de bataille couvert de blessures, fut identifié par lord Dacre. Selon la coutume, il aurait dû recevoir une sépulture honorable. Mais la dépouille royale connut un destin singulier : transportée d'abord au prieuré de Sheen, près de Londres, elle ne fut jamais inhumée dans une sépulture officielle en raison de l'excommunication du roi par le pape avant la bataille. Le corps embaumé resta au monastère pendant des années. Après la dissolution des monastères par Henri VIII, il fut, selon certaines sources, retrouvé dans un débarras, et des ouvriers l'auraient utilisé comme curiosité macabre. La tête aurait finalement été enterrée dans l'église de St Michael, à Londres, mais aucune tombe officielle de Jacques IV n'existe aujourd'hui.

Généraux impliqués

Royaume d'Angleterre :
Thomas Howardcomte de Surrey
Royaume d'Écosse :
Roi Jacques IV d'Écosse

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

Questions fréquentes

Pourquoi Jacques IV d'Écosse a-t-il envahi l'Angleterre en 1513 ?

Jacques IV répondit à l'appel de son allié le roi de France Louis XII, conformément aux termes de la "Auld Alliance" (la vieille alliance franco-écossaise datant de 1295). En 1513, Henri VIII d'Angleterre menait campagne en France dans le cadre de la Sainte Ligue. Louis XII demanda à Jacques IV de créer une diversion en attaquant le nord de l'Angleterre pour forcer Henri VIII à rappeler une partie de ses troupes. Jacques IV, désireux de prouver sa valeur militaire et d'affirmer la puissance écossaise, saisit cette occasion malgré les risques considérables.

Pourquoi les piques écossaises ont-elles échoué à Flodden ?

Les longues piques écossaises (4 à 5 mètres), inspirées du modèle suisse, étaient conçues pour le combat en terrain plat et en formation serrée. À Flodden, plusieurs facteurs les rendirent inefficaces : le terrain en pente, boueux après les pluies, déstabilisait les formations ; la descente de la colline de Branxton rompit l'alignement des schiltrons ; et dans la mêlée rapprochée, les piques devenaient trop longues et encombrantes. Les bills anglaises, plus courtes et polyvalentes, permettaient de crocheter les piquiers et de les tirer hors de leur formation, brisant la cohésion des schiltrons.

Quelle est l'origine de la complainte "Flowers of the Forest" ?

"Flowers of the Forest" (les fleurs de la forêt) est une complainte écossaise qui évoque le désastre de Flodden. Les "fleurs" désignent métaphoriquement les jeunes hommes écossais tombés au combat, et la "forêt" les Borders écossaises. La mélodie est ancienne, mais les paroles les plus connues furent composées au XVIIIe siècle par Jean Elliot (1727-1805) et Alison Rutherford Cockburn. Le poème d'Elliot, avec son refrain poignant, est devenu un classique de la musique écossaise. Il est traditionnellement joué à la cornemuse lors des cérémonies de commémoration et des funérailles militaires en Écosse.