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Moyen Âge

Bataille de Nancy

5 janvier 1477·Plaine au sud de Nancy, étang Saint-Jean

À Nancy, Charles le Téméraire tente de reprendre la capitale lorraine après ses défaites de Granson et Morat. Affaibli, abandonné par certains capitaines, il est écrasé par les Suisses et les Lorrains de René II. Son corps est retrouvé deux jours plus tard, à demi dévoré par les loups, le crâne fendu d'un coup de hallebarde. La Bourgogne meurt avec lui.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Confédération suisse, duché de Lorraine, alliés rhénans

Commandant : René II de Lorraine

Effectifs20 000 hommes (10 000 mercenaires suisses, contingents lorrains, alsaciens, alliés rhénans)
PertesFaibles, moins de 1 000 hommes

Duché de Bourgogne

Commandant : Charles le Téméraire

Effectifs5 000 à 8 000 hommes (épuisés par les sièges précédents)
Pertes4 000 tués (dont Charles le Téméraire)
Effectifs & Pertes
Confédération suisse, duché de Lorraine, alliés rhénans(vainqueur)Duché de Bourgogne(vaincu)
05k10k15k20k00EFFECTIFS00PERTES5%des effectifs50%des effectifs

« Mort de Charles le Téméraire et effondrement de l'État bourguignon, intégration de la Bourgogne au royaume de France. »

Publié le 8 mai 2026

02 — Chapitre

Contexte

Au milieu du XVe siècle, le duché de Bourgogne est l'État le plus riche d'Europe occidentale après la France et l'Angleterre. Sous Philippe le Bon (1419-1467), il rassemble la Bourgogne, la Franche-Comté, la Flandre, l'Artois, le Hainaut, le Brabant, le Luxembourg, la Hollande et la Zélande. Ce "moyen royaume" entre la France et l'Empire est l'un des centres culturels du XVe siècle : peinture flamande (Van Eyck, Van der Weyden), musique de cour (Dufay, Binchois), industrie textile la plus avancée d'Europe. Sa richesse fiscale dépasse celle de la couronne de France à plusieurs reprises.

Charles le Téméraire succède à son père Philippe le Bon en 1467. Il a 34 ans. Ambitieux, brutal, instable, il rêve de reconstituer le royaume de Lothaire (843), bande continue de territoires reliant la mer du Nord à la Méditerranée, qui transformerait son duché en royaume. Cette ambition l'oppose à Louis XI de France, dont il a été un cousin et un rival depuis l'enfance. Les deux hommes se haïssent. Louis XI, surnommé "l'universelle aragne" (l'araignée universelle) pour son talent diplomatique, multiplie les coalitions secrètes contre la Bourgogne.

L'erreur fatale de Charles le Téméraire est de s'attaquer à plusieurs ennemis simultanément. En 1473, il achète à l'empereur Frédéric III des droits sur l'Alsace et menace les villes libres rhénanes. En 1474, il assiège Neuss en Rhénanie pendant onze mois sans succès, gaspillant ses meilleures troupes. En 1475, il envahit la Lorraine, expulse le jeune duc René II, occupe Nancy. La Lorraine occupée comble enfin la liaison territoriale entre la Bourgogne ducale au sud et les Pays-Bas bourguignons au nord. Mais cette agression provoque la formation d'une coalition redoutable : Confédération suisse (riche en mercenaires aguerris), René II de Lorraine en exil, villes alsaciennes, ducs autrichiens, secrètement subventionnée par Louis XI.

Charles le Téméraire entreprend en 1476 sa campagne contre les Suisses. Le 2 mars 1476, il est écrasé à Granson. Sa cavalerie lourde, fer de lance de l'armée bourguignonne, se débande devant la phalange de piquiers suisses. Charles abandonne son trésor : tapisseries, joyaux de la couronne, vaisselle d'or, considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands butins de l'histoire militaire. Le 22 juin 1476, à Morat, Charles est encore plus durement battu. 12 000 Bourguignons périssent dans l'eau du lac de Morat ou massacrés par les Suisses dans la fameuse "fontaine de sang" qui devient le surnom du champ de bataille.

Pendant ces deux désastres, René II de Lorraine reprend Nancy par insurrection populaire (octobre 1476). Charles le Téméraire, brisé psychologiquement, refuse les négociations et lève une troisième armée pour reprendre sa capitale lorraine perdue. Mais ses meilleurs capitaines lui ont fait défaut. Plusieurs ont rejoint Louis XI. D'autres exigent leur solde et menacent de désertion. Le condottiere napolitain Nicola di Monforte (Niccolò di Monforte), comte de Campobasso, joue ouvertement double jeu. L'armée bourguignonne qui marche sur Nancy en décembre 1476 ne compte plus que 5 000 à 8 000 hommes, mal payés, démoralisés, transis de froid dans un hiver d'exception.

03 — Chapitre

Déroulement

L'hiver 1476-1477 est l'un des plus rigoureux du siècle. Les rivières sont gelées, les routes verglacées, les soldats meurent de froid dans leurs tentes. Charles le Téméraire entame le siège de Nancy le 22 octobre 1476. Pendant deux mois, il bombarde la ville sans résultat. La garnison lorraine, sous le capitaine alsacien Hans Wegmann, résiste avec acharnement. Les vivres bourguignonnes s'épuisent. La désertion s'installe. Selon les chroniques, le matin de Noël 1476, plusieurs centaines de soldats anglais à la solde du duc abandonnent leurs postes pendant la nuit.

René II de Lorraine, pendant ce temps, rassemble une armée de secours. Il négocie avec les cantons suisses, qui acceptent d'envoyer 8 000 mercenaires moyennant 4 florins par homme et par mois. Cette force est complétée par 2 000 Suisses de l'Union de Basse-Alsace, des contingents lorrains levés dans la résistance, des mercenaires allemands. Au total, 20 000 hommes se rassemblent à Saint-Nicolas-de-Port en décembre 1476. René II prend le commandement nominal, mais la direction tactique est confiée à des capitaines suisses expérimentés à Granson et Morat.

Le 4 janvier 1477, l'armée de secours s'avance vers Nancy. Charles le Téméraire est prévenu. Il décide d'abandonner le siège et de prendre position au sud de la ville, sur la route de Saint-Nicolas, pour intercepter les Suisses avant qu'ils ne se joignent à la garnison nancéienne. Il dispose ses 5 000 hommes derrière le ruisseau du Jarville, dans une plaine bordée par l'étang Saint-Jean au sud. Sa position est fortement défensive : ruisseau et marécage devant, étang à gauche, bois à droite. Mais ses effectifs sont trop faibles pour défendre un front aussi étendu.

Le matin du 5 janvier 1477, dimanche jour de l'Épiphanie, l'armée alliée arrive en vue. Le froid est tel, raconte le chroniqueur Olivier de la Marche, que des chevaux meurent gelés en quelques minutes lorsque la marche s'arrête. Les capitaines suisses analysent la position bourguignonne. Ils décident d'une manoeuvre d'enveloppement par les bois de l'est, où le terrain plus accidenté dissimule le mouvement. Pendant que la garde suisse fixe le centre bourguignon par une démonstration frontale, deux colonnes contournent la position de Charles par le nord-est et le sud-est.

À 11 heures du matin, les colonnes d'enveloppement surgissent simultanément sur les flancs bourguignons. Charles le Téméraire, surpris, comprend que la position est tournée. Il tente de réorganiser ses troupes pour parer aux deux directions. Mais le condottiere de Campobasso, qui devait tenir l'aile droite, déserte avec ses 800 cavaliers italiens et passe à l'ennemi en cours de bataille. Cette trahison décide le sort de la journée. L'aile droite bourguignonne s'effondre. Les Suisses chargent au son des cors alpins, formation hérissée de piques de 5 mètres. Aucune cavalerie ne peut briser une telle muraille de pointes en mouvement.

L'armée bourguignonne se débande en moins d'une heure. Charles le Téméraire combat personnellement, entouré de sa garde rapprochée. Il tente de fuir vers le nord avec quelques cavaliers. Son cheval, gêné par la glace de l'étang Saint-Jean, dérape et le projette à terre. Un soldat suisse, ne reconnaissant pas le duc, lui assène un coup de hallebarde qui lui fend le crâne du front au menton. D'autres assaillants l'achèvent à coups de pique. Le corps de Charles est dépouillé de son armure, de ses bijoux, de ses bottes ferrées. Il reste sur la glace pendant deux jours, à demi dévoré par les loups, méconnaissable.

04 — Chapitre

Conséquences

Le 7 janvier 1477, deux jours après la bataille, le corps de Charles le Téméraire est retrouvé par hasard. Un page italien, Battista Colonna, le reconnaît à plusieurs détails : ongles incarnés à un orteil, cicatrice ancienne, dent manquante. Le visage est gelé contre la glace, fendu d'un coup de hallebarde. René II identifie son ennemi mort et lui rend un hommage chevaleresque. Charles est inhumé à Nancy en grande pompe, avant que sa dépouille ne soit transférée plus tard à Bruges où Marie de Bourgogne, sa fille unique, fera ériger un mausolée.

L'effondrement bourguignon est immédiat. Charles le Téméraire ne laisse qu'une fille de 19 ans, Marie de Bourgogne, héritière de tous ses États mais dépourvue d'armée, de trésor et de soutien militaire. Louis XI saisit l'occasion immédiatement. Le 11 janvier 1477, six jours après Nancy, ses troupes envahissent la Bourgogne ducale et l'occupent sans résistance. Le duché est rattaché au royaume de France en vertu de l'application de la loi salique : Marie, étant femme, ne peut hériter d'un fief masculin selon Louis XI. La Picardie, l'Artois, le Boulonnais sont également annexés. C'est l'une des plus rapides annexions territoriales de l'histoire de France.

Pour sauver les Pays-Bas et la Franche-Comté, Marie de Bourgogne épouse précipitamment, le 19 août 1477, l'archiduc Maximilien d'Autriche, héritier des Habsbourg. Cette union dynastique fonde les Pays-Bas espagnols, qui passeront aux Habsbourg d'Espagne via Charles Quint, leur petit-fils. La rivalité franco-espagnole pour les Pays-Bas et l'Italie, qui dominera la politique européenne des XVIe et XVIIe siècles, naît directement à Nancy. Sans la bataille de 1477, l'État bourguignon aurait pu se transformer en royaume autonome ; avec elle, il est démantelé entre la France au sud-ouest et les Habsbourg au nord-est.

La Confédération suisse sort grandie. Ses mercenaires, victorieux de Granson, Morat et Nancy, deviennent les troupes les plus recherchées d'Europe. Les rois de France adopteront les Suisses comme garde personnelle (la Garde suisse, créée formellement en 1497) et comme infanterie de bataille jusqu'au XVIIIe siècle. Le pape suivra (Garde suisse pontificale fondée en 1506, toujours en fonction). Cette suprématie militaire suisse durera jusqu'à Marignan en 1515, où François Ier brisera enfin le mythe de l'invincibilité des piquiers helvètes.

Sur le plan symbolique, Nancy marque la fin de la chevalerie médiévale. Charles le Téméraire incarnait le dernier grand prince chevaleresque, féru de tournois, d'enluminures, d'apparats burgondes. Sa mort sous une pique de paysan-soldat suisse signe la défaite définitive du modèle aristocratique de la guerre. Désormais, l'infanterie disciplinée et l'artillerie l'emportent. Louis XI et ses successeurs construiront une armée moderne sur ces bases, prélude aux conflits du XVIe siècle.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le 7 janvier 1477, deux jours après la bataille, le corps de Charles le Téméraire restait introuvable. La rumeur courait à Nancy qu'il avait peut-être survécu et fui. René II ordonna de battre la zone de combat. Un page italien du duc, Battista Colonna, qui avait été son écuyer personnel, reconnut un cadavre dénudé et à demi dévoré par les loups, gelé contre la glace de l'étang Saint-Jean. Le visage était fendu en deux par un coup de hallebarde, du front jusqu'au menton, et méconnaissable. Mais Battista identifia formellement son maître à plusieurs détails secrets : un ongle incarné à un gros orteil, une longue cicatrice ancienne sur la cuisse, des dents manquantes. Le médecin du duc, mandé sur place, confirma. La nouvelle de la mort de Charles le Téméraire fit alors le tour de l'Europe en quelques semaines. Louis XI, à Plessis-lès-Tours, aurait esquissé un sourire que ses contemporains qualifièrent de "diabolique". Il envahit la Bourgogne le surlendemain.

Généraux impliqués

Confédération suisse, duché de Lorraine, alliés rhénans :
René II de Lorraine
Duché de Bourgogne :
Charles le Téméraire

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi Charles le Téméraire est-il mort à Nancy ?

Charles le Téméraire commit plusieurs erreurs fatales au siège de Nancy en 1476-1477. Il avait perdu ses meilleures troupes lors des défaites de Granson et de Morat (1476) face aux Suisses. Son armée de 5 000 à 8 000 hommes était démoralisée, mal payée, transie par l'hiver d'exception 1476-1477. Sa position défensive sud de Nancy fut prise en tenaille par une manoeuvre d'enveloppement suisse à travers les bois. Surtout, le condottiere de Campobasso, qui commandait son aile droite, déserta avec 800 cavaliers en pleine bataille. Charles, désarçonné de son cheval sur la glace, fut tué par un coup de hallebarde qui lui fendit le crâne.

Qu'est devenue la Bourgogne après la mort de Charles le Téméraire ?

Charles ne laissait qu'une fille de 19 ans, Marie de Bourgogne, sans armée ni trésor. Louis XI envahit la Bourgogne ducale le 11 janvier 1477, six jours après Nancy, et l'annexa au royaume de France en vertu de la loi salique. La Picardie, l'Artois et le Boulonnais furent également intégrés. Pour sauver les Pays-Bas, Marie épousa précipitamment l'archiduc Maximilien d'Autriche en août 1477, fondant les Pays-Bas espagnols qui passeront aux Habsbourg via leur petit-fils Charles Quint. La rivalité franco-espagnole des XVIe et XVIIe siècles, qui dominera la politique européenne, naît directement de cet héritage divisé.

Pourquoi les Suisses étaient-ils si redoutables au XVe siècle ?

Les mercenaires suisses combattaient en formations compactes de piquiers, hérissées de piques de 5 mètres, souvent sur 16 rangs de profondeur. Leur discipline et leur cohésion étaient exceptionnelles : entraînement collectif, refus de la fuite (sanctionné de mort), camaraderie cantonale. Aucune cavalerie lourde, fer de lance des armées médiévales, ne pouvait briser cette muraille de pointes en mouvement. Les trois victoires sur Charles le Téméraire (Granson, Morat, Nancy entre 1476 et 1477) firent de la Confédération la première puissance militaire d'Europe centrale. Leurs mercenaires deviendront ensuite les troupes d'élite des rois de France et des papes pendant trois siècles, jusqu'à Marignan en 1515.