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Moyen Âge

Bataille de Nicopolis

25 septembre 1396·Nicopolis (Nikopol), Bulgarie

Nicopolis est la fin des Croisades. La fleur de la chevalerie française, bourguignonne et hongroise, rassemblée dans un ultime élan pour repousser la menace ottomane, est anéantie par le sultan Bayezid Ier dans les plaines de Bulgarie. L'arrogance des chevaliers français, qui refusèrent d'écouter les conseils des Hongrois expérimentés, coûta leur vie à des milliers d'hommes et ouvrit les Balkans à la domination ottomane.

Forces en Présence

Croisade chrétienne (France, Bourgogne, Hongrie, Angleterre, Empire)

Commandant : Jean de Nevers / Sigismond de Hongrie

Effectifs10 000 à 15 000 croisés + 60 000 Hongrois
PertesCatastrophiques, Jean de Nevers et la noblesse capturée ou tués
✓ Vainqueur

Sultanat ottoman

Commandant : Sultan Bayezid Ier "la Foudre"

Effectifs15 000 à 20 000 soldats réguliers + alliés serbes
PertesLourdes mais victoire totale

« La dernière grande croisade médiévale se termine par un désastre total, consacre la domination ottomane sur les Balkans et abandonne Byzance à son destin. »

Publié le 10 mars 2026 · mis à jour le 12 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

En 1396, les Ottomans de Bayezid Ier, surnommé "Yildirim" (la Foudre) pour la rapidité de ses mouvements, assiègent Constantinople depuis 1394 et ont soumis presque tout le sud-est de l'Europe. La Bulgarie est devenue vassale en 1393, la Serbie depuis Kosovo en 1389, la Valachie paie tribut. L'Empire byzantin, réduit à sa capitale et à quelques lambeaux de territoire, ne survit que par miracle diplomatique.

La chrétienté occidentale s'émeut tardivement. Le pape Boniface IX prêche une croisade. Le roi de Hongrie Sigismond, directement menacé par l'expansion ottomane vers le Danube, rassemble une armée composite. Jean de Nevers, fils du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, se joint à l'expédition avec la fine fleur de la chevalerie française et bourguignonne : des jeunes nobles avides de gloire, de rançons et d'aventure, qui voient dans cette croisade une occasion de prouver leur valeur martiale. Des contingents anglais, allemands, italiens et hospitaliers de Saint-Jean complètent cette force hétéroclite.

Problème fondamental : aucun commandement unifié n'existe. Sigismond est le chef nominal, mais les chevaliers français, arrogants et sûrs de leur supériorité, n'écoutent personne. Ils méprisent ouvertement les Hongrois et leurs mises en garde sur la tactique ottomane. Pour eux, les Turcs ne sont que des "infidèles" incapables de résister à une charge de chevalerie lourde. Cette méconnaissance de l'ennemi sera fatale.

La croisade marche vers le Danube à travers la Hongrie, prenant au passage plusieurs places-fortes ottomanes dans une ambiance festive, plus proche du tournoi que de la guerre. Les pillages sont fréquents, la discipline inexistante chez les Français. À Nicopolis, forteresse stratégique sur le Danube contrôlant la route vers la Bulgarie intérieure, l'armée croisée s'arrête pour faire le siège. Bayezid, informé de la menace, lève son blocus de Constantinople et marche vers le nord à une vitesse stupéfiante, couvrant des distances jugées impossibles par les observateurs occidentaux. Sigismond, qui connaissait les Ottomans pour les avoir combattus, voulait préparer des défenses solides et laisser son infanterie hongroise absorber le premier choc turc avant d'engager la chevalerie. Les Français refusèrent avec mépris : se battre derrière des fantassins était indigne de leur rang. Ils exigèrent l'honneur de l'avant-garde. Cette décision scella leur sort.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 25 septembre 1396, à l'aube, les chevaliers français forment leurs rangs et exigent de charger immédiatement. Aucune reconnaissance du terrain n'est faite. Aucune coordination avec les Hongrois n'est tentée. Jean de Nevers donne l'ordre : en avant.

La charge frappe les premières lignes ottomanes, des piquiers levés à la hâte et des troupes irrégulières de second rang délibérément exposées par Bayezid comme un appât grossier. La charge est brillante, spectaculaire même. Les lances françaises et bourguignonnes brisent ces lignes légères sans difficulté. Les chevaliers triomphent et s'avancent, galvanisés par un succès qu'ils prennent pour une victoire totale. Mais ils n'ont vaincu qu'une avant-garde sacrificielle.

Derrière une crête, invisible depuis la position de départ des croisés, les Janissaires et les sipahi ottomans (la véritable armée de Bayezid) attendaient en formation solide, reposés, disciplinés. Les chevaliers, leurs chevaux soufflant et trempés de sueur après la charge dans la chaleur de septembre, débouchent sur ces lignes fraîches. Le choc psychologique est brutal. Les Janissaires, archers d'élite formés depuis l'enfance, déclenchent un tir nourri à courte portée. Les flèches percent les armures légères des chevaux, vidant des dizaines de selles en quelques minutes.

Les chevaliers tentent une deuxième charge, mais leurs montures épuisées n'ont plus l'élan nécessaire. La ligne des Janissaires tient. Pire : les cavaliers serbes de Stefan Lazarević, alliés fidèles des Ottomans depuis Kosovo en 1389, surgissent sur le flanc droit des croisés. Pris entre les Janissaires en face et les Serbes sur le côté, les chevaliers se disloquent.

La déroute est totale. Les chevaliers qui tentent de fuir vers le Danube sont pour beaucoup noyés en essayant de traverser le fleuve en armure. D'autres sont abattus par la cavalerie légère ottomane lancée à leur poursuite. Jean de Nevers et plusieurs centaines de nobles sont capturés vivants, leurs armures trop précieuses pour être détruites. Derrière eux, l'infanterie hongroise de Sigismond, désorganisée par le reflux des chevaliers en fuite, ne peut établir de ligne défensive. Sigismond lui-même échappe de justesse en gagnant le Danube sur une barque de pêcheur.

Bayezid, furieux des pertes subies par ses Janissaires, ordonne un massacre. La quasi-totalité des prisonniers communs, soldats, servants, pèlerins, sont exécutés devant les captifs nobles. Jean de Nevers, trop précieux comme otage pour être tué, regarde ses compagnons périr. Il sera libéré deux ans plus tard contre une rançon fabuleuse de 200 000 florins d'or, somme qui épuise les coffres de la Bourgogne.

04 — Chapitre

Conséquences

Nicopolis sonne le glas des Croisades telles que les avait connues le Moyen Âge. Jamais plus une armée de chevaliers occidentaux ne marchera en masse contre les Ottomans. La domination ottomane sur les Balkans est consacrée. La Bulgarie, la Serbie, la Valachie resteront sous contrôle ottoman pour les siècles suivants.

Pour Byzance, Nicopolis est une catastrophe. Sans alliés occidentaux capables de la secourir, Constantinople est condamnée à plus ou moins long terme. Seule l'invasion mongole de Tamerlan en 1402 (qui défait et capture Bayezid à Ankara) lui donne un sursis de cinquante ans. La chute de Constantinople en 1453 est le terme prévisible du processus ouvert à Nicopolis.

L'idée même de croisade, qui avait dominé la politique européenne depuis 1095, perd toute crédibilité militaire. Des projets de reconquête seront encore formulés au XVe siècle, sur le papier, dans les chancelleries, mais aucun ne mobilisera les forces nécessaires. Les populations chrétiennes balkaniques, soumises au système du devshirme et à la taxation des non-musulmans, entrent dans une sujétion qui durera des siècles.

Pour Byzance, Nicopolis est une catastrophe irréversible. Sans alliés occidentaux capables de la secourir, Constantinople est condamnée. L'Empire byzantin, déjà réduit à sa capitale et à quelques fragments du Péloponnèse, n'a plus aucun recours extérieur. Seule l'invasion mongole de Tamerlan en 1402, qui défait et capture Bayezid à la bataille d'Ankara, désorganise l'Empire ottoman et donne un sursis de cinquante ans à la cité impériale. Mais ce répit est illusoire. Les Ottomans se reconstituent rapidement sous Mehmed Ier, et la chute de Constantinople en 1453 est le terme prévisible du processus ouvert à Nicopolis.

En France et en Bourgogne, le traumatisme est immense. La rançon de Jean de Nevers et des captifs nobles engloutit des sommes colossales. Jean de Nevers, de retour, hérite du duché de Bourgogne et devient Jean Sans Peur, l'un des personnages les plus ambigus de la Guerre de Cent Ans, celui qui fera assassiner le duc d'Orléans et plongera la France dans la guerre civile. Certains historiens voient dans l'expérience de Nicopolis, l'humiliation, la captivité, le spectacle du massacre de ses compagnons, une source de la brutalité politique qui marquera son règne. Le souvenir de Nicopolis influencera longtemps la politique française vis-à-vis des Ottomans, alternant entre croisade impossible et alliance pragmatique, jusqu'à l'alliance franco-ottomane de François Ier au XVIe siècle.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Avant la bataille, Sigismond de Hongrie avait supplié les chevaliers français de laisser son infanterie hongroise ouvrir le combat et tester les positions ottomanes. Jean de Nevers et les barons français l'avaient regardé avec mépris : l'avant-garde appartenait de droit aux chevaliers, pas aux fantassins. L'un d'eux aurait déclaré : "Si le ciel s'effondrait, nos lances le tiendraient." Sigismond, connaissant les Ottomans, savait que l'avant-garde était un piège. Quand la déroute commença et que les chevaliers revinrent en fuite sur les lignes hongroises, leur panique sema le désordre dans toute l'armée. Sigismond lui-même ne dut son salut qu'à une fuite en barque sur le Danube. Il regardait du fleuve ses alliés se faire massacrer sur la rive.

Généraux impliqués

Croisade chrétienne (France, Bourgogne, Hongrie, Angleterre, Empire) :
Jean de NeversSigismond de Hongrie
Sultanat ottoman :
Sultan Bayezid Ier "la Foudre"

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Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la croisade de Nicopolis a-t-elle échoué ?

La défaite de Nicopolis résulte principalement de l'arrogance tactique des chevaliers français. Malgré les conseils de Sigismond de Hongrie (qui connaissait les Ottomans) les chevaliers exigèrent l'honneur de l'avant-garde et chargèrent sans attendre d'évaluer les positions ennemies. Bayezid avait délibérément exposé des troupes faibles en avant pour attirer la charge. Les chevaliers, épuisés et croyant avoir vaincu, se retrouvèrent face aux Janissaires frais qui les repoussèrent. Les cavaliers serbes alliés des Ottomans achevèrent la déroute par une attaque de flanc.

Qui a été capturé à la bataille de Nicopolis ?

Jean de Nevers, fils du duc de Bourgogne Philippe le Hardi et futur Jean Sans Peur, fut le prisonnier le plus illustre capturé à Nicopolis. Plusieurs centaines de chevaliers et de nobles français, bourguignons, hongrois et d'autres nationalités furent également faits prisonniers. Bayezid, furieux des pertes ottomanes, fit massacrer la quasi-totalité des prisonniers communs. Jean de Nevers et les nobles les plus importants furent gardés comme otages précieux et libérés deux ans plus tard contre une rançon considérable, dont le paiement mobilisa toutes les ressources de la Bourgogne.

Nicopolis a-t-elle vraiment signé la fin des Croisades ?

Nicopolis n'est pas juridiquement la "dernière croisade", des expéditions seront encore prêchées et parfois entreprises au XVe siècle, notamment contre les Hussites ou les Ottomans. Mais elle marque la fin des grandes croisades médiévales au sens classique : une armée de chevaliers occidentaux marchant en masse contre l'islam. La défaite démontra définitivement que la chevalerie féodale ne pouvait pas affronter une armée professionnelle et disciplinée comme les Ottomans. Les projets de croisade ultérieurs ne se concrétisèrent jamais en force suffisante pour renverser la domination ottomane sur les Balkans.