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Moyen Âge

Bataille de Crécy

26 août 1346·Crécy-en-Ponthieu, Somme

Crécy est le premier grand choc entre la chevalerie française et les archers gallois au service d'Angleterre, et la première grande défaite de la chevalerie face à l'armement à distance. En une soirée d'été, l'arc long gallois démystifie le prestige de la cavalerie lourde et annonce la fin d'un siècle de domination militaire aristocratique.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume d'Angleterre

Commandant : Édouard III

Effectifs~12 000 soldats (archers)
Pertes~200 tués

Royaume de France

Commandant : Philippe VI

Effectifs~35 000 soldats
Pertes~15 000 tués
Effectifs & Pertes
Royaume d'AngleterreRoyaume de France
09k18k26k35k00EFFECTIFS00PERTES2%des effectifs43%des effectifs

« Révolutionne l'art de la guerre médiéval en démontrant la supériorité de l'arc long sur la chevalerie cuirassée. »

Publié le 8 mars 2026 · mis à jour le 18 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

En 1337, Édouard III d'Angleterre revendique le trône de France. Sa prétention n'est pas absurde : il est le petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère Isabelle de France. Les juristes français invoquent la loi salique pour écarter sa candidature, mais Édouard ne l'entend pas de cette oreille. La guerre de Cent Ans commence.

Pendant neuf ans, le conflit se limite à des escarmouches, des raids et des batailles navales. Puis, en juillet 1346, Édouard III débarque en Normandie à Saint-Vaast-la-Hougue avec une armée d'environ 12 000 hommes. Cette force est composée d'un noyau d'hommes d'armes à cheval, de chevaliers anglais et de seigneurs gascons, mais surtout de milliers d'archers gallois et anglais armés de l'arc long (longbow), une arme de guerre longue de deux mètres, taillée dans le bois d'if, capable de percer un haubert de mailles à 200 mètres. Ces archers, recrutés parmi la paysannerie du Pays de Galles et d'Angleterre, sont entraînés depuis l'enfance. Ils tirent plus vite et plus loin que n'importe quel arbalétrier.

Édouard remonte la Normandie en appliquant la tactique de la chevauchée : pillage systématique, incendies, destruction des récoltes et des villages. Caen est prise et saccagée. L'armée anglaise traverse la Seine à Poissy, presque aux portes de Paris, puis remonte vers le nord en direction de Calais et de la Flandre, alliée de l'Angleterre. Philippe VI de Valois, roi de France, rassemble la plus grande armée qu'il peut mobiliser : entre 25 000 et 35 000 hommes, dont la fleur de la chevalerie française, des contingents du Saint-Empire et environ 6 000 arbalétriers génois mercenaires. Les Français sont persuadés de la victoire. Trois contre un. La chevalerie cuirassée contre des roturiers gallois. Comment douter ?

Édouard III, pourchassé mais pas paniqué, choisit sa position avec un soin méticuleux sur un coteau entre Crécy et Wadicourt, dans le Ponthieu. Le terrain est en pente douce, bordé de bois. Il place ses archers sur les flancs en formation en V (ou "en herse"), creuse des trous dans le sol pour faire trébucher les chevaux et ordonne à ses hommes d'armes de combattre à pied. Tout est prêt. Il attend.

03 — Chapitre

Déroulement

La bataille s'engage dans l'après-midi du 26 août, sous un ciel chargé. Une averse violente s'abat sur les deux armées. Les arbalétriers génois de Philippe VI, trempés et fatigués par une longue marche, avancent les premiers. Problème : la pluie a détendu leurs cordes d'arbalète. Leurs carreaux tombent court. En face, les archers anglais et gallois ont protégé leurs cordes sous leurs chapeaux ou dans des étuis de cire. Ils ripostent par des salves meurtrières qui déciment les rangs génois. Les arbalétriers reculent.

La chevalerie française, massée derrière, voit rouge. Ces mercenaires qui battent en retraite sont une honte. Philippe VI, selon certains chroniqueurs, aurait crié : "Tuez cette racaille qui nous encombre !" Les chevaliers français chargent leurs propres alliés, piétinant les Génois sous les sabots de leurs destriers. La confusion est totale.

Puis les charges commencent. Quinze, peut-être seize vagues successives selon les chroniqueurs Jean Froissart et Giovanni Villani, dans la soirée et la nuit tombante. Chaque vague de cavalerie lourde est accueillie par un déluge de flèches : un archer gallois entraîné tire dix à douze flèches par minute, et les Anglais comptent entre 5 000 et 7 000 archers. Les flèches percent les caparaçons des chevaux, s'enfoncent dans les joints des armures, tuent ou blessent les montures qui s'effondrent en renversant leurs cavaliers. Les chevaliers qui tombent, alourdis par 25 à 30 kilos d'acier, ne peuvent se relever dans la boue. Les hommes d'armes anglais descendent des lignes et les achèvent à la dague, au maillet et à la hache, visant les fentes des visières et les articulations des armures.

Le Prince de Galles, Édouard de Woodstock (le futur "Prince Noir"), commande l'aile droite anglaise. À un moment, il est submergé par une charge française et se retrouve à terre. Un chevalier gallois, Richard FitzSimon, plante la bannière du prince dans le sol et le défend farouchement. Le comte de Warwick envoie un messager à Édouard III pour demander des renforts. Le roi refuse, déclarant : "Laissez l'enfant gagner ses éperons." Le prince survit et repousse l'assaut.

Parmi les morts figure le roi Jean de Bohême, aveugle depuis deux ans mais tenu par ses chevaliers qui ont attaché les rênes de leurs chevaux au sien. Sa devise, "Ich dien" (Je sers en allemand), et ses plumes de héron seront adoptées par le Prince Noir. Elles sont encore aujourd'hui les armes des Princes de Galles. À la nuit, le champ de bataille est jonché de cadavres. La chevalerie française est en ruines.

04 — Chapitre

Conséquences

Crécy est une révolution militaire. En une soirée, elle démontre qu'une infanterie disciplinée, armée de tir à longue portée et positionnée sur un terrain favorable, peut désorganiser et anéantir une cavalerie lourde trois fois supérieure en nombre. Le prestige de la chevalerie cuirassée, pilier de l'ordre social féodal, en sort ébranlé. La noblesse française refuse pourtant de tirer la leçon. À Poitiers en 1356, les mêmes charges frontales contre les mêmes archers produiront les mêmes résultats, avec la capture du roi Jean II le Bon. À Azincourt en 1415, soixante-neuf ans après Crécy, le massacre se répétera presque à l'identique.

La victoire de Crécy ouvre la route vers Calais. Édouard III assiège la ville, qui capitule en août 1347 après onze mois de siège. L'épisode des Bourgeois de Calais, immortalisé par la sculpture de Rodin, date de cette reddition. Calais restera anglaise jusqu'en 1558, plus de deux siècles de présence anglaise sur le sol français, un point d'ancrage stratégique pour toutes les campagnes anglaises à venir. La ville devient un centre commercial prospère et une tête de pont permanente qui permet aux Anglais de débarquer des troupes sur le continent à leur gré.

Les pertes françaises à Crécy sont écrasantes. Selon les chroniqueurs, entre 1 500 et 4 000 chevaliers et hommes d'armes périssent, ainsi que des milliers de fantassins. Le roi de Bohême, le duc de Lorraine, le comte de Flandre, le comte de Blois sont tués. Les Anglais, protégés par leur position défensive, ne perdent que quelques centaines d'hommes. Ce ratio de pertes, dérisoire pour les vainqueurs et catastrophique pour les vaincus, choquera toute l'Europe.

L'arc long gallois, symbole de la victoire de Crécy, restera l'arme décisive de la guerre médiévale anglaise pendant un siècle encore. Sa supériorité ne prendra fin qu'avec la généralisation de l'artillerie à poudre à canon dans la seconde moitié du XVe siècle, symbolisée par la bataille de Castillon en 1453, qui met fin à la guerre de Cent Ans et referme le cycle ouvert à Crécy.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

L'un des moments les plus stupéfiants de Crécy concerne Jean de Bohême, roi d'un pays n'ayant aucun territoire en jeu dans cette guerre, et qui était aveugle depuis deux ans. Jean l'Aveugle, chevalier au sens médiéval le plus pur du terme, refusa d'assister à la bataille depuis l'arrière. Il ordonna à ses chevaliers de lier leurs chevaux au sien et de le conduire dans la mêlée, pour qu'il puisse au moins frapper quelques coups de son épée avant de mourir.

Il mourut exactement comme il l'avait voulu, les rênes de trois chevaux attachés au sien, trouvés après la bataille avec ses chevaliers autour de lui, tous tués ensemble. Sa devise, "Ich dien" (Je sers en allemand), et ses plumes de héron blanc furent adoptées par le Prince Noir, fils d'Édouard III qui combattait à Crécy. Depuis lors, cette devise et ces plumes sont les armes officielles des Princes de Galles. Chaque Prince de Galles depuis 1346, jusqu'au prince William aujourd'hui, porte les armoiries d'un roi aveugle mort héroïquement dans la boue d'un champ picard, l'un des héritages les plus insolites de toute la chevalerie médiévale.

Généraux impliqués

Royaume d'Angleterre :
Édouard III
Royaume de France :
Philippe VI

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Fait partie de

Guerre de Cent Ans

1337 – 1453 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi les archers anglais ont-ils été si décisifs à la bataille de Crécy ?

Les archers gallois et anglais armés de l'arc long (longbow) en bois d'if étaient capables de tirer douze flèches par minute à plus de 200 mètres de distance. Un archer entraîné pouvait percer un haubert de mailles à courte portée, et surtout blesser ou tuer les chevaux des chevaliers. À Crécy, 5 000 à 7 000 archers lancèrent des salves continues de flèches contre chaque charge de cavalerie. Les chevaux tombaient, désorganisant les charges ; les chevaliers désarçonnés dans leurs lourdes armures devenaient des cibles faciles pour les hommes d'armes anglais qui achevaient les blessés.

Pourquoi la chevalerie française a-t-elle chargé à Crécy malgré l'évidence du danger ?

La culture chevaleresque médiévale valorisait la charge frontale comme expression suprême du courage et de la noblesse. Reculer devant des roturiers archers gallois aurait été une honte insupportable pour des chevaliers qui se définissaient par leur hardiesse au combat. Philippe VI perdit le contrôle de ses seigneurs vassaux : les nobles français chargèrent sans attendre les ordres, piétinant même leurs propres mercenaires génois arbalétriers qui battaient en retraite. L'arrogance aristocratique et l'incapacité à s'adapter à un ennemi utilisant de nouvelles tactiques furent les vraies causes de la défaite.

Quelle est la place de Crécy dans la guerre de Cent Ans ?

Crécy (1346) est la première grande victoire anglaise de la guerre de Cent Ans et le premier grand choc entre l'arc long et la chevalerie française. Elle permit à Édouard III de prendre Calais (1347), qui restera anglaise jusqu'en 1558. La leçon de Crécy ne fut pas retenue par les Français : les mêmes erreurs furent répétées à Poitiers (1356) et à Azincourt (1415), avec les mêmes conséquences catastrophiques. La guerre de Cent Ans fut en grande partie une suite de défaites françaises devant l'arc long, jusqu'à ce que Jeanne d'Arc et l'artillerie à poudre renversent la situation.

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