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Moyen Âge

Bataille d'Azincourt

25 octobre 1415·Azincourt, Pas-de-Calais

Azincourt est l'une des défaites les plus humiliantes de la chevalerie française. Une armée anglaise épuisée et affamée, largement inférieure en nombre, écrase l'élite de la noblesse française grâce à la discipline et à l'arc long gallois.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Royaume d'Angleterre

Commandant : Henri V

Effectifs6 000 soldats (archers)
Pertes~400 tués

Royaume de France

Commandant : Connétable d'Albret

Effectifs12 000 hommes d'armes
Pertes~6 000 tués
Effectifs & Pertes
Royaume d'AngleterreRoyaume de France
03k6k9k12k00EFFECTIFS00PERTES7%des effectifs50%des effectifs

« Humilie la chevalerie française et ouvre la voie au Traité de Troyes (1420). »

Publié le 7 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

En août 1415, Henri V d'Angleterre débarque en Normandie à Chef-de-Caux avec environ 12 000 hommes. Le jeune roi, couronné deux ans plus tôt, veut réaffirmer les prétentions anglaises sur la couronne de France. Son premier objectif est le port d'Harfleur, à l'embouchure de la Seine. Le siège dure cinq semaines. La ville tombe, mais l'armée anglaise paye un prix terrible : la dysenterie frappe les rangs. Environ 5 000 hommes meurent ou sont renvoyés en Angleterre, malades et incapables de combattre. Henri V ne dispose plus que de 6 000 soldats valides, dont 5 000 archers.

La saison est trop avancée pour marcher sur Paris. Henri V décide de rejoindre Calais, tête de pont anglaise dans le nord, pour hiverner et préparer la campagne suivante. C'est une marche de 250 kilomètres à travers un territoire hostile. L'armée anglaise avance lentement, affamée, rongée par la maladie. Les soldats sont en haillons, beaucoup marchent pieds nus. Les chroniqueurs décrivent une armée de fantômes.

Pendant ce temps, la France mobilise. Le roi Charles VI est frappé de démence, le pouvoir est disputé entre les factions des Armagnacs et des Bourguignons. Le connétable Charles d'Albret et le maréchal Jean II Le Maingre (Boucicaut) rassemblent la fine fleur de la chevalerie française : entre 12 000 et 36 000 hommes selon les sources, dont l'essentiel est constitué d'hommes d'armes lourdement cuirassés. La noblesse afflue de tout le royaume. Chaque seigneur veut sa part de gloire et de rançons anglaises.

Le 24 octobre, les deux armées se retrouvent face à face près du village d'Azincourt, dans le Pas-de-Calais. Le terrain est un étroit couloir de champs labourés, encadré par deux bois denses (les bois de Tramecourt et d'Azincourt). La pluie tombe sans relâche. Le sol se transforme en bourbier. Les conditions sont cauchemardesques pour les chevaliers français en armure complète, pesant 25 à 30 kilos d'acier. Henri V, conscient de son infériorité numérique, choisit une position défensive dans l'étranglement entre les deux bois, annulant l'avantage du nombre. Il fait planter des pieux aiguisés devant ses archers pour briser les charges de cavalerie. Le piège est tendu.

03 — Chapitre

Déroulement

Le matin du 25 octobre 1415, jour de la Saint-Crépin, les deux armées se font face dans un silence pesant. Pendant trois heures, personne ne bouge. Les Français attendent, confiants dans leur supériorité numérique. Henri V sait que chaque heure qui passe affaiblit ses hommes affamés et malades. Il prend l'initiative.

Vers onze heures, le roi d'Angleterre ordonne à ses archers d'avancer jusqu'à portée de tir, environ 250 mètres des lignes françaises. Les archers plantent de nouveau leurs pieux aiguisés dans le sol, puis ouvrent le feu. 5 000 arcs longs tirent simultanément. La première salve est un choc brutal. Les flèches s'abattent en arc de cercle sur la masse compacte des chevaliers français. La provocation fonctionne : les Français chargent.

La première ligne française avance à pied, en armure complète. Le choix de combattre à pied est délibéré, les leçons de Crécy et Poitiers ont appris aux Français que les chevaux sont vulnérables aux flèches. Mais le remède est pire que le mal. Les chevaliers, enfoncés jusqu'aux genoux dans la boue collante, progressent sous un déluge de flèches continu. Les archers anglais tirent dix à douze flèches par minute. La pluie de traits est si dense que les chroniqueurs la comparent à une tempête de grêle. Les hommes tombent, trébuchent sur les corps de ceux qui les précèdent, s'empilent les uns sur les autres.

L'étroitesse du terrain entre les deux bois compresse la masse française. Les chevaliers ne peuvent ni manœuvrer ni déployer leurs ailes. Ils arrivent aux lignes anglaises épuisés, essoufflés, à peine capables de lever leurs armes. Les hommes d'armes anglais, frais et reposés, les abattent à coups de hache, de maillet et de dague. Des chevaliers français se noient dans la boue, étouffés sous le poids de leurs propres camarades tombés sur eux. Le carnage est effroyable.

Un moment critique survient quand une attaque est lancée contre les bagages anglais à l'arrière. Henri V, craignant que les milliers de prisonniers français déjà capturés ne se soulèvent et ne prennent ses troupes à revers, ordonne l'exécution des captifs. Cet acte choque ses propres contemporains. Les chevaliers anglais refusent d'abord d'obéir (tuer un prisonnier, c'est renoncer à sa rançon), et ce sont les archers, moins soucieux du code chevaleresque, qui exécutent l'ordre.

La bataille est terminée en moins de trois heures. La noblesse française est décimée. Trois ducs (Alençon, Bar, Brabant), le connétable d'Albret, le maréchal Boucicaut (capturé), neuf comtes et entre 5 000 et 10 000 chevaliers et hommes d'armes périssent dans la boue d'Azincourt.

04 — Chapitre

Conséquences

Azincourt plonge la France dans une crise politique d'une gravité extrême. La noblesse française est décapitée : des milliers de seigneurs, de commandants et d'officiers gisent dans la boue du Pas-de-Calais. Le connétable d'Albret est mort. Le maréchal Boucicaut est prisonnier en Angleterre, où il mourra six ans plus tard. Le duc Charles d'Orléans, capturé à Azincourt, passera vingt-cinq ans en captivité anglaise. Ce vide politique aggrave la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, les deux factions qui se disputent le contrôle du royaume au nom du roi fou Charles VI.

Henri V exploite cette faiblesse avec méthode. En 1417, il revient en Normandie et conquiert méthodiquement la province, ville après ville. Rouen tombe en 1419 après un siège de six mois. Le duc de Bourgogne Jean sans Peur, assassiné au pont de Montereau en 1419 par les Armagnacs, pousse les Bourguignons dans les bras des Anglais. Le Traité de Troyes, signé en 1420, consacre le triomphe d'Henri V : le roi Charles VI le reconnaît comme héritier de France, déshéritant son propre fils, le Dauphin (futur Charles VII). Henri V épouse Catherine de Valois, fille de Charles VI. La France et l'Angleterre doivent fusionner sous une même couronne.

La bataille confirme l'obsolescence de la chevalerie cuirassée face à l'arc long et à l'infanterie disciplinée. Le modèle du chevalier monté, pilier de l'ordre féodal depuis trois siècles, est condamné. Cette révolution tactique s'achèvera avec la généralisation de la poudre à canon dans la seconde moitié du XVe siècle.

Azincourt restera dans la mémoire anglaise comme la victoire de la vertu sur le nombre, immortalisée par Shakespeare dans Henri V avec le fameux discours de la Saint-Crépin ("We few, we happy few, we band of brothers"). En France, elle reste le symbole d'un désastre évitable, fruit de l'arrogance d'une noblesse qui dédaigna les enseignements de Crécy et de Poitiers. Sans l'intervention de Jeanne d'Arc à partir de 1429, le Traité de Troyes aurait peut-être mis fin à la dynastie capétienne et à l'indépendance du royaume de France.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La nuit précédant Azincourt est l'une des plus extraordinaires de l'histoire médiévale, et Shakespeare la rendit immortelle dans son Henri V. Le roi anglais, après avoir revêtu un manteau de soldat ordinaire pour n'être pas reconnu, passa à pied parmi ses hommes épuisés et affamés, écoutant leurs conversations, regardant leurs visages à la lueur des feux. C'est cette nuit qui lui inspira son discours sur le "band of brothers", la fraternité des armes.

Mais la réalité documentée est encore plus fascinante. À quelques centaines de mètres, les chevaliers français festoyaient, buvaient et jouaient aux dés pour se partager les prisonniers anglais qu'ils comptaient capturer le lendemain, sûrs de leur victoire numérique. Certains firent même imprimer des cartes à jouer avec les visages des captifs attendus. Cette démesure et cet orgueil contrasteraient le lendemain avec le massacre de la charge dans la boue. L'armée française avait si peu de doutes sur l'issue qu'elle avait planifié ses rançons avant même d'avoir combattu. C'est peut-être l'exemple le plus parfait de la façon dont la certitude de la victoire peut devenir le germe de la défaite.

Généraux impliqués

Royaume d'Angleterre :
Henri V
Royaume de France :
Connétable d'Albret

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Fait partie de

Guerre de Cent Ans

1337 – 1453 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Comment Henri V a-t-il pu remporter la bataille d'Azincourt avec une armée si inférieure ?

Henri V disposait de plusieurs avantages décisifs malgré l'infériorité numérique. Il choisit une position défensive entre deux bois qui empêchait les Français de déborder ses flancs et annulait leur supériorité en cavalerie. Son armée comptait 5 000 à 6 000 archers gallois, capables de lancer des salves de flèches dévastatrices. Le terrain (un champ labouré détrempé par les pluies) transformait chaque pas en calvaire pour les chevaliers français en armure complète, épuisés avant même d'atteindre les lignes anglaises. Henri provoqua ensuite lui-même la charge française en faisant avancer ses archers à portée de tir.

Pourquoi Henri V a-t-il ordonné le massacre des prisonniers à Azincourt ?

L'ordre d'Henri V d'exécuter les prisonniers français pendant la bataille reste l'acte le plus controversé de sa carrière. Les chroniqueurs contemporains indiquent qu'une attaque sur ses bagages et l'apparition d'une nouvelle force ennemie l'avaient convaincu de ne pas risquer que ses milliers de prisonniers se soulèvent pendant qu'il combattait. La décision, qui choqua même ses contemporains, s'explique par la logique froide de la survie militaire : garder des prisonniers armés que des milliers de soldats ennemis pourraient libérer représentait un danger mortel. Cela resta un acte contraire aux règles de la guerre chevaleresque.

Quelles furent les conséquences de la défaite d'Azincourt pour la France ?

Azincourt fut un désastre humain et politique pour la France. Trois ducs, un connétable, neuf comtes et des milliers de chevaliers périrent en quelques heures. Cette décapitation de l'élite nobiliaire priva le royaume de ses chefs militaires au moment de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Henri V en profita pour imposer le Traité de Troyes en 1420, par lequel le roi fou Charles VI désignait Henri V héritier de France, déshéritant son propre fils. Sans l'intervention de Jeanne d'Arc à partir de 1429, ce traité aurait peut-être mis fin à la France capétienne.

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