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Guerre de Cent Ans

1337 – 1453

11
BATAILLES
116
ANS DE CONFLIT
1337
DÉBUT DU CONFLIT

La Guerre de Cent Ans est en réalité une série de conflits discontinus entre la France et l'Angleterre s'étalant sur 116 ans. Elle voit l'émergence du sentiment national français, incarné par Jeanne d'Arc, et la fin de la présence anglaise sur le continent.

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01 — Chapitre

Origines et causes de la Guerre de Cent Ans

La crise successorale capétienne et la loi salique (1328)

Tout commence par un berceau vide. En février 1328, Charles IV le Bel meurt à 34 ans sans laisser d'héritier mâle, ni fils ni frère. Il est le dernier fils survivant de Philippe IV le Bel. Les trois Capétiens directs sont tous partis en quinze ans. Qui règnera sur la France ? Deux candidats principaux s'opposent. Philippe de Valois, cousin germain du défunt, petit-fils de Philippe III par son père. Édouard III d'Angleterre, neveu de Charles IV par sa mère Isabelle de France, petit-fils de Philippe le Bel. Le lien d'Édouard est plus direct, mais il passe par une femme. Les juristes français ressortent un texte du VIe siècle attribué aux Francs saliens, la loi salique, pour écarter la transmission par les femmes. L'assemblée des barons tranche en avril 1328 : Philippe de Valois devient Philippe VI, premier roi de la nouvelle dynastie des Valois. Édouard III, âgé de 15 ans, n'a pas les moyens de protester. Il prête même hommage pour ses fiefs français en 1329. Mais la blessure reste ouverte. Une génération plus tard, elle va s'infecter.

Édouard III, la Guyenne et la montée des tensions (1329-1337)

Le cœur du conflit n'est pas seulement dynastique, il est territorial. Depuis Aliénor d'Aquitaine et Henri II Plantagenêt au XIIe siècle, les rois d'Angleterre possèdent d'immenses fiefs en France. Au XIVe siècle, il leur reste la Guyenne : Bordeaux, la Gascogne, une grande partie de l'Aquitaine. Pour ces terres, Édouard III est vassal du roi de France. Situation insupportable pour un souverain. Chaque hommage rendu à Paris est vécu à Londres comme une humiliation. Philippe VI pousse son avantage. Il abrite David II, le roi d'Écosse en exil, ennemi juré d'Édouard III. Il envoie sa flotte ravager les côtes anglaises. Il confisque des revenus gascons. Les marchands flamands, clients principaux de la laine anglaise, sont pris en tenaille entre leur comte profrançais et les Anglais qui contrôlent leurs matières premières. Les drapiers de Gand, Bruges et Ypres, menés par Jacques van Artevelde, se soulèvent en 1337 et appellent Édouard III à se proclamer roi de France pour légitimer leur rébellion contre leur comte féal de Paris.

La confiscation de l'Aquitaine et la rupture définitive (1337)

Le 24 mai 1337, Philippe VI prononce la confiscation de l'Aquitaine. Pour un monarque médiéval, c'est la déclaration de guerre ultime : le suzerain reprend le fief à son vassal rebelle. Édouard III attendait ce geste. Il y répond trois mois plus tard, le 7 octobre 1337, en se proclamant officiellement roi de France et d'Angleterre dans une lettre solennelle remise à Philippe VI par l'évêque de Lincoln. Il ajoute à son blason les trois lys d'or de France, symbole visuel d'une prétention dynastique qu'il transmettra à ses descendants. Les rois d'Angleterre porteront ces lys sur leurs armes jusqu'en 1801. Les hostilités commencent. Une chevauchée anglaise frappe le nord de la France en 1339. La marine française tente un débarquement en Angleterre, mais elle est détruite à L'Écluse (juin 1340) : 16 000 marins français noyés ou massacrés. La Guerre de Cent Ans a commencé. Elle durera en réalité 116 ans, en vagues successives.

02 — Chapitre

Les grandes phases de la Guerre de Cent Ans

La domination anglaise (1337-1360)

Le conflit débute en 1337 quand Édouard III d'Angleterre revendique la couronne de France. Mais la guerre ne demarre vraiment qu'avec les premières chevauchees anglaises, des expeditions de pillage systématique destinees a ruiner l'économie francaise et a forcer le roi de France au combat. Crecy (1346) est un désastre pour la chevalerie francaise : les archers gallois, avec leurs arcs longs tirant douze flèches par minute, fauchent les charges de cavalerie lourde. Le roi Jean II le Bon est capture a Poitiers (1356) par le Prince Noir. La France, humiliée, privee de son roi, signe le traité de Bretigny (1360) qui cède un tiers du royaume à l'Angleterre. La rancon de Jean II est fixee à 3 millions d'ecus d'or, une somme ecrasante (selon Philippe Contamine, La Guerre de Cent Ans, 2010).

La reconquête et les trêves (1360-1415)

Charles V, surnomme "le Sage", change de strategie. Il nommé Bertrand du Guesclin connétable de France. Du Guesclin évite les batailles rangees et pratique la guerre d'usure : sièges, embuscades, harcelement des garnisons anglaises isolees. En dix ans, il reconquiert presque toutes les possessions anglaises sauf Calais, Bordeaux et Bayonne. "Messire Bertrand ne voulut onques combattre en rase campagne", note le chroniqueur Froissart. La mort de Charles V (1380) ouvre une ere d'instabilite. Charles VI sombre dans la folie. La France se déchire entre Armagnacs et Bourguignons. Une guerre civile dans la guerre : les deux factions s'entre-tuent, les Bourguignons finissent par s'allier aux Anglais.

La catastrophe d'Azincourt et l'occupation anglaise (1415-1429)

Henri V d'Angleterre relance la guerre en 1415. Azincourt (25 octobre 1415) reproduit le schema de Crecy : la chevalerie francaise, embourbee dans un champ détrempé, est massacree par les archers anglais. 6 000 Francais tues, 1 500 prisonniers, pour 400 morts anglais (selon Juliet Barker, Agincourt, 2005). Le traité de Troyes (1420) déshérite le dauphin Charles et désigné Henri V comme héritier du trône de France. L'Angleterre occupe tout le nord du pays, y compris Paris. Le dauphin, réfugié à Bourges, est moque comme le "roi de Bourges". La France semble perdue.

Jeanne d'Arc et la victoire finale (1429-1453)

En 1429, une paysanne de dix-sept ans de Domremy se presente devant le dauphin : Jeanne d'Arc affirme avoir recu de Dieu la mission de libérer la France. Elle leve le siege d'Orleans en neuf jours (mai 1429), victoire qui renverse le moral des deux camps. Le sacre de Charles VII à Reims (juillet 1429) lui donne une légitimité que le traité de Troyes lui avait retiree. Jeanne est capturee par les Bourguignons, vendue aux Anglais, condamnee pour hérésie et brulee à Rouen le 30 mai 1431. Mais son élan survit. Charles VII modernise son armée : creation des compagnies d'ordonnance (première armée permanente de France), développement de l'artillerie sous les freres Bureau. Formigny (1450) libere la Normandie. Castillon (1453), ou l'artillerie francaise écrase les charges anglaises, met fin à la guerre. L'Angleterre ne conserve que Calais.

03 — Chapitre

Conséquences et héritage de la Guerre de Cent Ans

La naissance de la nation francaise

Avant la Guerre de Cent Ans, la France est une mosaique de seigneuries aux allegeances floues. Le roi de France regne, mais ne gouverne pas au-dela de son domaine. Apres 116 ans de guerre, un sentiment national a émerge : les habitants se definissent comme "Francais", opposés aux "Anglais". Jeanne d'Arc incarne ce basculement. Paysanne illettrée, elle galvanise un peuple en inventant un patriotisme qui n'existait pas avant elle. Rehabilitee en 1456, canonisée en 1920, elle reste le symbole le plus puissant de l'identité nationale francaise.

La révolution militaire

La Guerre de Cent Ans signe la fin de la chevalerie médiévale. L'arc long anglais, puis l'artillerie a poudre, rendent la cavalerie lourde obsolète. Crecy, Poitiers, Azincourt : trois défaites francaises qui prouvent que la bravoure individuelle ne peut rien contre la discipline collective et la technologie. Les freres Bureau, maîtres artilleurs de Charles VII, déploient des canons a Formigny et Castillon qui préfigurent la guerre moderne. Philippe Contamine (Guerre, État et société à la fin du Moyen Age, 1972) considere cette mutation comme la "première révolution militaire" de l'histoire européenne.

Les consequences dynastiques et politiques

L'Angleterre, chassee du continent, se tourne vers elle-même et sombre dans la guerre des Deux-Roses (1455-1487). La France sort du conflit unifiée sous une monarchie renforcée. Charles VII puis Louis XI construisent un État centralise, avec une armée permanente, une fiscalite nationale (la taille) et une administration royale qui pénètrent les provinces. Le modele de l'État-nation moderne, qui dominera l'Europe pendant cinq siècles, naît dans les ruines de la Guerre de Cent Ans.

04 — Questions

Questions fréquentes sur la Guerre de Cent Ans

Quelles sont les causes de la Guerre de Cent Ans ?

La Guerre de Cent Ans naît d'une crise de succession. En 1328, la lignee directe des Capetiens s'eteint avec Charles IV. Édouard III d'Angleterre, neveu du roi defunt par sa mere, revendique la couronne de France. Les barons francais lui préfèrent Philippe VI de Valois, invoquant la loi salique qui exclut la succession par les femmes. Cette querelle dynastique se double de conflits territoriaux (la Guyenne anglaise) et economiques (le contrôle du commerce flamand de la laine).

Combien de temps a vraiment dure la Guerre de Cent Ans ?

La Guerre de Cent Ans dure en réalité 116 ans (1337-1453), mais ce n'est pas un conflit continu. Elle se décompose en quatre phases de combats intenses séparées par de longues trêves : la phase edouardienne (1337-1360), la reconquête de Charles V (1369-1389), la phase lancastrienne (1415-1429) et la phase finale (1429-1453). Les periodes de paix cumulent des décennies entières. Le nom "Guerre de Cent Ans" est une invention d'historiens du XIXe siècle.

Quel rôle a joue Jeanne d'Arc dans la Guerre de Cent Ans ?

Jeanne d'Arc intervient à un moment critique ou le dauphin Charles a perdu Paris, la moitié nord de la France et sa légitimité dynastique (traité de Troyes, 1420). En levant le siege d'Orleans en mai 1429 et en faisant sacrer Charles VII à Reims en juillet, elle renverse le rapport de forces psychologique. Sa capture et son execution (1431) n'arretent pas l'élan : les réformes militaires qu'elle a contribue a lancer (artillerie, armée professionnelle) menent à la victoire finale de Castillon en 1453.

05 — Chronologie

Les batailles de ce conflit

11 batailles référencées