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Moyen Âge

Bataille de Morlaix

30 septembre 1342·Près de Morlaix, Bretagne

Le 30 septembre 1342, le comte de Northampton et ses 3 000 Anglais infligent une défaite tactique aux forces franco-bretonnes de Charles de Blois près de Morlaix. Les archers anglais, retranchés derrière des fosses piégées, brisent trois charges de cavalerie française. Cette bataille longtemps oubliée préfigure pourtant Crécy et marque l'entrée fracassante de l'arc long anglais dans la guerre de Cent Ans.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée anglaise

Commandant : Guillaume de Bohun, comte de Northampton

EffectifsEnviron 3 000 hommes (corps expéditionnaire)
PertesEnviron 200 tués ou blessés

Armée franco-bretonne

Commandant : Charles de Blois

Effectifs5 000 à 8 000 hommes (estimations modernes)
PertesEnviron 1 500 tués
Effectifs & Pertes
Armée anglaise(vainqueur)Armée franco-bretonne(vaincu)
02k4k6k8k00EFFECTIFS00PERTES7%des effectifs19%des effectifs

« Première utilisation documentée de la tactique défensive anglaise combinant fosses piégées et archers à l'arc long, quatre ans avant Crécy. »

Publié le 24 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

La guerre de Succession de Bretagne éclate en avril 1341, quand le duc Jean III meurt sans héritier mâle. Deux prétendants s'opposent pour le duché. Jean de Montfort, demi-frère du défunt, revendique le duché par la loi salique. Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, appuie les droits de son mari Charles de Blois, neveu du roi de France Philippe VI. La cour de France tranche rapidement. En septembre 1341, Philippe VI reconnaît Charles de Blois comme duc légitime de Bretagne.

Jean de Montfort ne s'incline pas. Il cherche un appui extérieur et se tourne naturellement vers l'Angleterre. Édouard III, déjà en guerre avec Philippe VI depuis 1337, saisit l'occasion. La Bretagne offre un second front précieux contre la France, avec ses ports ouverts sur la Manche et ses voies de communication vers la Normandie. En échange de son soutien, Jean de Montfort rend hommage à Édouard III comme roi de France, reconnaissant ses prétentions au trône de Paris.

La guerre commence par une offensive française fulgurante. Charles de Blois, à la tête de l'armée royale, prend Nantes dès l'automne 1341 et capture Jean de Montfort, qui meurt en prison en 1345. Mais la femme de Montfort, Jeanne de Flandre, surnommée plus tard Jeanne la Flamme, refuse la défaite. Elle défend Hennebont avec une énergie qui impressionne les chroniqueurs, se battant en armure sur les remparts. Sa résistance laisse le temps aux renforts anglais d'arriver.

En juillet 1342, le roi Édouard III envoie une expédition sous le commandement de Guillaume de Bohun, comte de Northampton. Le corps expéditionnaire anglais compte environ 3 000 hommes : 1 000 hommes d'armes et 2 000 archers à l'arc long, ces archers gallois et anglais qui s'apprêtent à révolutionner l'art militaire européen. Northampton débarque à Brest et entreprend de desserrer l'étreinte française sur les positions Montfortistes.

Charles de Blois réagit. Il rassemble une armée franco-bretonne beaucoup plus nombreuse, estimée entre 10 000 et 15 000 hommes par les chroniqueurs, probablement 5 000 à 8 000 pour les historiens modernes. Il marche sur Morlaix pour écraser l'expédition anglaise avant qu'elle ne puisse faire sa jonction avec les forces Montfortistes. Les deux armées se rencontrent le 30 septembre 1342 près de Morlaix, dans les hauteurs qui dominent la rivière de Morlaix.

03 — Chapitre

Déroulement

Northampton, informé de l'approche de l'armée plus nombreuse de Charles de Blois, choisit une position défensive soigneusement sélectionnée. Les Anglais s'établissent sur un tertre dominant la plaine, le dos appuyé contre un bois, les flancs protégés par des haies et des fossés naturels. Devant leurs positions, les archers et les terrassiers anglais creusent en quelques heures une ligne de fosses peu profondes, environ un mètre, au fond plantées de pieux acérés, puis recouvertes de branchages et de terre meuble pour les dissimuler. C'est la première utilisation documentée en guerre européenne de ce piège de bataille rangée, qui deviendra signature de la tactique anglaise.

Derrière les fosses, Northampton dispose ses hommes en trois lignes. Les hommes d'armes démontent et forment le centre, en ligne serrée, lances basses et écus joints. Aux ailes, les 2 000 archers gallois et anglais prennent position, cordes bandées, flèches plantées en terre devant eux pour être saisies plus vite.

Charles de Blois arrive en milieu de matinée. Sûr de sa supériorité numérique, persuadé que la chevalerie française balaiera une poignée d'Anglais isolés, il ordonne immédiatement la charge. La première vague de chevaliers franco-bretons s'élance au galop contre les lignes anglaises. Elle n'atteint jamais les archers.

Les chevaux de la première ligne tombent dans les fosses camouflées. Pieux acérés, chutes brutales, chaos instantané. Les cavaliers suivants, lancés à pleine vitesse, n'ont ni le temps ni l'espace pour freiner : ils s'empilent sur leurs prédécesseurs tombés. Les archers anglais, protégés par la barrière involontaire de cadavres et de chevaux, déversent leurs flèches à faible distance sur la masse confuse. Plusieurs dizaines de chevaliers français sont tués ou blessés en quelques minutes.

Charles de Blois, furieux, ordonne une seconde charge. Les chevaliers contournent cette fois la ligne des fosses, mais s'exposent sur les flancs aux tirs latéraux des archers. Nouvelle saignée. Une troisième tentative, encore plus désordonnée, se termine dans la confusion.

En fin d'après-midi, Northampton constate que sa ligne tient. Mais l'armée française n'est pas détruite. Charles de Blois reçoit des renforts et s'apprête à renouveler ses attaques. Northampton, prudent, ordonne alors une retraite ordonnée dans le bois derrière ses lignes. Les archers couvrent le repli, tirant depuis les arbres. Les Français n'osent pas poursuivre dans un terrain défavorable à la cavalerie. La bataille s'achève ainsi sans décision nette. Tactiquement, les Anglais ont repoussé les charges françaises et infligé des pertes disproportionnées. Stratégiquement, Charles de Blois conserve le contrôle du terrain mais n'a pas détruit le corps expéditionnaire de Northampton, qui se dirigera vers Brest puis rejoindra les forces Montfortistes.

04 — Chapitre

Conséquences

La bataille de Morlaix fut longtemps considérée comme secondaire par les chroniqueurs, écrasée dans la mémoire collective par les catastrophes françaises ultérieures à Crécy et Poitiers. Les historiens militaires modernes lui accordent pourtant une importance capitale dans l'histoire tactique de la guerre de Cent Ans. Morlaix est la première bataille où la combinaison défensive qui fera la fortune anglaise pendant un siècle apparaît clairement : archers à l'arc long protégés par des obstacles de terrain, hommes d'armes démontés tenant la ligne, discipline collective face aux charges individuelles.

La formule utilisée par Northampton à Morlaix est exactement celle qu'Édouard III appliquera à Crécy quatre ans plus tard, en 1346, avec les résultats dévastateurs que l'on connaît. La France perdra 10 000 chevaliers et trois ducs ce jour-là. Les Anglais avaient testé leur méthode à Morlaix, et s'en étaient trouvés satisfaits.

Sur le plan stratégique régional, Morlaix ne règle rien. La guerre de Succession de Bretagne continue pendant vingt-deux ans encore. Charles de Blois maintient son contrôle sur la plus grande partie du duché. Jeanne de Flandre tient Hennebont. Les deux camps s'épuisent lentement. La guerre ne se terminera qu'en 1364, à la bataille d'Auray, où Charles de Blois sera tué et Jean IV de Montfort confirmé duc de Bretagne.

La carrière de Guillaume de Bohun, comte de Northampton, prend un essor marqué après Morlaix. Édouard III reconnaît le mérite de son capitaine : il deviendra l'un des principaux commandants anglais de la guerre, présent à Crécy en 1346 et à Poitiers en 1356 aux côtés du Prince Noir. Le rôle fondateur de Morlaix dans sa doctrine tactique n'a été reconnu que tardivement par les historiens, mais il est désormais admis que cette bataille obscure constitua le véritable banc d'essai de la méthode qui allait faire trembler la France pendant un siècle.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Les fosses à chevaux creusées par les archers anglais à Morlaix ne sont pas une innovation totalement nouvelle : les Romains les utilisaient déjà sous le nom de lilia pour protéger leurs camps. Mais leur emploi tactique sur un champ de bataille en Europe médiévale avait disparu depuis des siècles quand Northampton les exhume. Un chroniqueur breton relate qu'après la bataille, Charles de Blois ordonna à ses hommes de combler les fosses et d'empaler les corps des chevaux morts sur les pieux, dans une démonstration de mépris. Les paysans locaux s'acharnèrent pendant des semaines à récupérer les pieux de fer, denrée précieuse à l'époque. La mémoire populaire bretonne conserva le souvenir de ces trous, et le site de la bataille fut longtemps appelé le Champ des Fosses. Lorsque Crécy fut gagnée quatre ans plus tard avec la même technique, aucun chroniqueur ne fit le rapprochement. L'innovation dut être redécouverte officiellement dans les manuels militaires du XIXe siècle.

Généraux impliqués

Armée anglaise :
Guillaume de Bohuncomte de Northampton
Armée franco-bretonne :
Charles de Blois

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Fait partie de

Guerre de Cent Ans

1337 – 1453 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Pourquoi la bataille de Morlaix est-elle considérée comme prémice de Crécy ?

Morlaix est la première bataille de la guerre de Cent Ans où l'Angleterre déploie sa formule défensive devenue signature : archers à l'arc long protégés par des obstacles de terrain, hommes d'armes démontés tenant la ligne centrale, fosses piégées devant les positions. Cette combinaison neutralise la supériorité numérique française et transforme la cavalerie lourde en cible facile. Quatre ans plus tard à Crécy en 1346, Édouard III applique exactement la même doctrine à plus grande échelle, avec des résultats catastrophiques pour la chevalerie française. Morlaix fut donc le banc d'essai grandeur nature de la méthode qui allait dominer le siècle.

Qui était Guillaume de Bohun, comte de Northampton ?

Guillaume de Bohun (1312-1360), comte de Northampton depuis 1337, est l'un des plus fidèles lieutenants d'Édouard III. Issu d'une grande famille anglaise, il se distingue par sa discipline tactique et son sens du terrain. Après Morlaix, il commande une des trois batailles anglaises à Crécy en 1346 et participe à la victoire de Poitiers en 1356 aux côtés du Prince Noir. Il meurt en 1360 juste avant le traité de Brétigny qui confirme les gains anglais. Northampton incarne la génération de capitaines anglais qui a mis au point, dans l'obscurité de la guerre bretonne, les tactiques dévastatrices déployées plus tard contre la France entière.

Qu'est-ce que la guerre de Succession de Bretagne ?

La guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) est un conflit parallèle à la guerre de Cent Ans, opposant deux prétendants au duché après la mort de Jean III sans héritier mâle. Charles de Blois, soutenu par le roi de France Philippe VI, affronte Jean de Montfort, soutenu par Édouard III d'Angleterre. Pendant vingt-trois ans, la Bretagne devient un second front franco-anglais où les deux camps s'affrontent par procuration. Le conflit ne se termine qu'à la bataille d'Auray en 1364, avec la mort de Charles de Blois et la reconnaissance de Jean IV comme duc légitime. La guerre de Bretagne est le laboratoire des tactiques anglaises ultérieures.

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