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Moyen Âge

Bataille de Poitiers

19 septembre 1356·Maupertuis, près de Poitiers, Poitou

À Poitiers en 1356, Édouard le Prince Noir et ses archers gallois anéantissent une armée française trois fois plus nombreuse et capturent le roi Jean II. Cette défaite humiliante, qui suit celle de Crécy dix ans plus tôt, démontre la faillite tactique de la chevalerie française face à l'arc long anglais.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée anglaise et gasconne

Commandant : Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir

Effectifsentre 6 000 et 8 000 hommes (archers gallois et infanterie)
Pertesestimées à moins de 1 000 tués

Armée royale française

Commandant : Jean II le Bon, roi de France

Effectifsentre 15 000 et 20 000 hommes selon les chroniqueurs
Pertesentre 2 500 et 3 000 tués, Jean II capturé

« La capture du roi Jean II par le Prince Noir plonge la France dans une crise institutionnelle sans précédent et illustre la supériorité de l'arc long gallois sur la chevalerie lourde française. »

Contexte de la bataille de Bataille de Poitiers

La bataille de Poitiers s'inscrit dans la guerre de Cent Ans, ce long conflit dynastique qui oppose la monarchie anglaise à la monarchie française depuis 1337. Édouard III d'Angleterre revendique le trône de France au titre de sa mère Isabelle de France, fille de Philippe IV le Bel. Malgré la défaite de Crécy en 1346 et la prise de Calais en 1347, les Français n'ont pas tiré les leçons de la supériorité tactique de l'arc long anglais sur la chevalerie lourde.

À l'été 1356, le Prince Noir — Édouard de Woodstock, fils aîné d'Édouard III — mène une grande chevauchée (raid de pillage) depuis la Gascogne à travers le Languedoc et le Berry. L'objectif est moins la conquête territoriale que la dévastation économique et le butin. L'armée anglaise et gasconne, forte de 6 000 à 8 000 hommes, est petite mais expérimentée, composée d'archers gallois redoutables et d'hommes d'armes aguerris. Elle est surchargée de butin et se dirige vers la Gascogne lorsqu'elle apprend que Jean II, roi de France depuis 1350, marche à sa rencontre avec une armée imposante.

Jean II rassemble entre 15 000 et 20 000 hommes — l'élite de la chevalerie française et ses alliés. Il dispose d'un avantage numérique considérable. Pourtant, les leçons de Crécy n'ont pas été assimilées. La noblesse française continue de croire en la supériorité morale et tactique de la charge de chevalerie lourde. Le Prince Noir, coincé dans la région de Poitiers avec ses hommes fatigués et chargés de butin, tente d'abord une négociation. Jean II, confiant dans ses chiffres, refuse les conditions proposées et ordonne l'assaut.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 19 septembre 1356, le Prince Noir positionne son armée sur une crête bordée de haies denses, de vignes et de fossés — un terrain défensif idéal qui canalise l'attaque française et neutralise l'avantage numérique ennemi. Les archers gallois sont placés sur les flancs, protégés par la végétation, capables de prendre l'infanterie ennemie en enfilade.

Jean II divise son armée en quatre batailles (divisions). Il envoie la première — la cavalerie lourde — directement en avant. Les chevaliers montent à l'assaut en armure complète, mais les haies et les fossés brisent leur formation avant même d'atteindre les lignes anglaises. Les archers gallois les accueillent avec un déluge de flèches. Les chevaux, plus vulnérables que les cavaliers, s'affolent et tombent. La première vague est repoussée avec de lourdes pertes.

La deuxième battle française, commandée par le Dauphin Charles, attaque à pied pour éviter le sort de la cavalerie — mais les hommes, épuisés par leur marche en armure lourde sous le soleil de septembre, sont décimés par les flèches avant d'atteindre les lignes anglaises. Ils se replient. Au moment critique, la troisième bataille française tourne les talons et s'enfuit — un comportement inexplicable que certains historiens attribuent à la panique contagieuse ou à des rivalités nobiliaires.

Jean II, voyant ses premières lignes défaites ou en fuite, engage néanmoins sa propre bataille avec une bravoure téméraire. Mais les Anglais, galvanisés, passent à la contre-attaque. Le Prince Noir lance sa cavalerie légère sur les flancs de la colonne de Jean II pendant que les archers continuent leur travail meurtrier. La formation française se désintègre. Jean II, entouré seulement de son jeune fils Philippe qui restera dans l'histoire sous le nom de Philippe le Hardi pour avoir défendu son père jusqu'au bout, est finalement cerné et se rend. Un roi de France est prisonnier pour la première fois depuis Louis IX à la Bataille de Mansourah en 1250.

Les conséquences historiques

La capture de Jean II est un événement sans précédent dans l'histoire médiévale française. Elle provoque une crise institutionnelle majeure : en l'absence du roi, le Dauphin Charles doit gérer la France avec la Grande Ordonnance de 1357 imposée par Étienne Marcel et les États généraux. La rançon exorbitante réclamée par les Anglais — 3 millions d'écus d'or, soit plusieurs années de revenus royaux — saigne le pays et provoque des soulèvements comme la Jacquerie de 1358.

La bataille de Poitiers confirme, dix ans après Crécy, la supériorité tactique de l'arc long gallois sur la chevalerie lourde française dans un terrain bien choisi. Pourtant, là encore, les leçons tardent à être intégrées. La noblesse française préfère attribuer ses défaites à la malchance ou à la trahison plutôt qu'à une inadaptation tactique. Il faudra attendre Azincourt en 1415 pour que cette inadaptation soit définitivement mortelle.

Jean II, libéré après la signature du traité de Brétigny en 1360 et le versement d'une partie de sa rançon, retourna volontairement en captivité à Londres lorsqu'un otage pris à sa place s'enfuit — acte de chevalerie qui lui valut l'admiration de ses ennemis et contribua à forger sa réputation posthume de "bon roi". Il mourut à Londres en 1364.

Le saviez-vous ?

Quand Jean II, roi de France, fut cerné et contraint de se rendre, une scène extraordinaire se produisit : des dizaines de chevaliers anglais et gascons se précipitèrent pour réclamer l'honneur d'accepter sa reddition — et la rançon colossale qui l'accompagnerait. Il s'ensuivit presque une bagarre entre les alliés du Prince Noir, chacun tirant Jean II par le bras en criant qu'il s'était rendu à lui personnellement.

Le Prince Noir dut intervenir en personne pour mettre fin au chaos, déclarant que lui seul accepterait la reddition du roi de France. Ce soir-là, dans son camp, Édouard fit servir Jean II à sa propre table, le traita avec tous les honneurs dus à un souverain, et se comporta en serviteur plutôt qu'en vainqueur — un geste de courtoisie chevaleresque dont les chroniqueurs contemporains firent l'éloge abondant.

Généraux impliqués

Armée anglaise et gasconne :
Édouard de Woodstockdit le Prince Noir
Armée royale française :
Jean II le Bonroi de France

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

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Questions fréquentes

Pourquoi Jean II de France a-t-il été capturé à la bataille de Poitiers ?

Jean II fut capturé à Poitiers pour avoir persévéré dans le combat après la déroute de ses premières lignes, par excès de bravoure chevaleresque. Alors que ses divisions étaient décimées ou en fuite, il engagea sa propre bataille — la dernière — dans une charge désespérée. Cerné avec son jeune fils Philippe, il se rendit plutôt que de fuir, conformément à son code chevaleresque. Sa rançon, fixée à 3 millions d'écus d'or par le traité de Brétigny (1360), plongea la France dans une grave crise financière.

Quel rôle jouèrent les archers gallois à Poitiers ?

Les archers gallois armés de grands arcs en if furent décisifs à Poitiers comme à Crécy (1346) et Azincourt (1415). Positionnés sur les flancs derrière des haies et fossés, ils prenaient l'infanterie française en enfilade — c'est-à-dire en tir latéral, l'angle le plus meurtrier. Un archer gallois expérimenté pouvait décocher 10 à 12 flèches par minute, capables de transpercer une armure de mailles à courte portée. Contre les chevaliers à cheval, ils ciblaient prioritairement les chevaux, moins bien protégés, provoquant des chutes catastrophiques au milieu de la formation.

Quelle différence entre la bataille de Poitiers de 1356 et celle de 732 ?

Les deux batailles de Poitiers n'ont de commun que le nom de la ville proche. La bataille de 732 (ou Tours-Poitiers) opposait Charles Martel aux cavaliers maures d'Abd al-Rahman et stoppa l'expansion musulmane en Occident — c'est une bataille aux conséquences civilisationnelles majeures. Celle de 1356 oppose Anglais et Français dans le cadre de la guerre de Cent Ans : c'est une bataille dynastique dont l'enjeu principal est la capture du roi Jean II et sa rançon. Les deux événements sont séparés de plus de six siècles et n'ont aucun lien tactique ou stratégique.