Moyen Âge
Bataille de Formigny
Le 15 avril 1450, l'armée française écrase les Anglais à Formigny, en Normandie. Cette victoire décisive, obtenue grâce à l'utilisation innovante de l'artillerie et à l'arrivée opportune des renforts de Richemont, met fin à plus de trente ans d'occupation anglaise en Normandie. Quelques mois plus tard, Cherbourg, la dernière place forte anglaise, tombe à son tour.
Forces en Présence
Armée française
Commandant : Comte de Clermont, connétable de Richemont
Armée anglaise
Commandant : Sir Thomas Kyriell
« Dernière grande bataille de la guerre de Cent Ans en Normandie, Formigny met fin définitivement à la présence militaire anglaise dans la région. »
Contexte de la bataille de Bataille de Formigny
En 1449, la reconquête française de la Normandie s'accélère sous l'impulsion de Charles VII, désormais solidement installé sur le trône. Depuis le sacre de Reims en 1429 et la réconciliation avec la Bourgogne au traité d'Arras (1435), la France a retrouvé son unité politique et sa puissance militaire. L'armée royale a été profondément réformée grâce aux compagnies d'ordonnance créées en 1445, première armée permanente de France, et à la modernisation de l'artillerie sous la direction des frères Bureau.
La Normandie, occupée par les Anglais depuis la conquête méthodique menée par Henri V entre 1417 et 1419, est le dernier grand bastion anglais sur le continent avec la Guyenne. Les Anglais y maintiennent des garnisons dans les principales villes, mais leur position s'affaiblit. La population normande, lassée de l'occupation, soutient de plus en plus ouvertement le roi de France. Des soulèvements locaux éclatent, notamment à Rouen en 1449.
En juillet 1449, Charles VII lance l'offensive générale en Normandie. Les villes tombent les unes après les autres avec une rapidité surprenante : Rouen capitule le 29 octobre 1449 après un siège de quelques semaines, Harfleur en décembre. L'armée anglaise, insuffisamment renforcée depuis l'Angleterre où la guerre des Deux-Roses couve, ne peut résister à la pression française.
Face à cette situation critique, le roi Henri VI envoie un corps expéditionnaire de secours commandé par Sir Thomas Kyriell. Ce vétéran expérimenté débarque à Cherbourg en mars 1450 avec environ 3 000 hommes, rapidement renforcés par les garnisons locales jusqu'à atteindre 4 000 à 5 000 soldats. Kyriell marche vers l'est pour tenter de stopper l'avancée française et dégager les places assiégées.
L'armée française du comte de Clermont, composée d'environ 3 000 hommes appuyés par de l'artillerie, se porte à la rencontre de Kyriell. Parallèlement, le connétable de Richemont avance avec un second corps d'environ 2 000 hommes par une route différente. Les deux armées françaises convergent vers Formigny, un petit village du Bessin situé entre Bayeux et Isigny.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 15 avril 1450, Kyriell prend position à Formigny, un terrain relativement ouvert traversé par un petit ruisseau. Il déploie ses troupes selon la tactique anglaise classique : une ligne d'archers protégés par des pieux et des fossés, flanquée par des hommes d'armes. Cette disposition, perfectionnée depuis Crécy, avait fait la preuve de son efficacité contre les charges de cavalerie française pendant un siècle.
Le comte de Clermont, à la tête de l'avant-garde française, engage le combat en début d'après-midi. Ses premières attaques frontales contre la position anglaise sont repoussées par les archers de Kyriell, conformément au schéma habituel des batailles de la guerre de Cent Ans. Les Français subissent des pertes significatives dans ces assauts initiaux et semblent sur le point d'être repoussés.
C'est alors que Clermont fait intervenir son artillerie. Deux couleuvrines (pièces d'artillerie légères) sont avancées sur les flancs de la position anglaise et ouvrent le feu sur les archers. C'est une innovation tactique majeure : pour la première fois dans une bataille rangée de la guerre de Cent Ans, l'artillerie française est utilisée non pas dans un siège mais en rase campagne pour désorganiser un dispositif défensif ennemi.
Les boulets de couleuvrine provoquent la panique parmi les archers anglais, qui ne peuvent ni se protéger ni riposter à cette distance. Kyriell ordonne une contre-attaque pour s'emparer des canons. Ses hommes d'armes chargent et parviennent à capturer les deux pièces d'artillerie. Cette sortie victorieuse semble tourner le combat en faveur des Anglais.
Mais le contre-coup anglais a désorganisé leur formation. Et c'est à ce moment précis que le connétable de Richemont arrive sur le champ de bataille avec ses 2 000 cavaliers. Il percute le flanc droit anglais, complètement dégarni après la sortie contre les canons. Cette attaque sur les arrières transforme la bataille en catastrophe pour les Anglais.
Pris entre les forces de Clermont devant eux et celles de Richemont sur leur flanc, les Anglais ne peuvent ni résister ni fuir. La formation se disloque. Ce qui était un combat équilibré se transforme en massacre. Les Anglais, encerclés et submergés, sont taillés en pièces. Sir Thomas Kyriell est capturé. Sur les 4 000 à 5 000 soldats anglais engagés, environ 3 700 sont tués ou faits prisonniers. Seuls quelques centaines parviennent à s'échapper dans la confusion.
Les conséquences historiques
La bataille de Formigny est un désastre irréparable pour la présence anglaise en Normandie. L'anéantissement quasi total du corps expéditionnaire de Kyriell prive l'Angleterre de sa dernière armée de campagne sur le continent normand. Les garnisons isolées dans les places fortes n'ont plus aucun espoir de secours.
Dans les semaines qui suivent Formigny, les dernières villes normandes tombent les unes après les autres. Bayeux capitule le 16 mai, Caen le 1er juillet après un bref siège, Falaise le 21 juillet. Cherbourg, la dernière forteresse anglaise en Normandie, tombe le 12 août 1450. En moins de quatre mois après Formigny, la Normandie entière est reconquise. Plus de trente ans d'occupation anglaise prennent fin.
Sur le plan militaire, Formigny illustre la révolution en cours dans l'art de la guerre. L'utilisation de l'artillerie en bataille rangée pour briser le dispositif défensif des archers anglais annonce la fin de la domination de l'arc long sur les champs de bataille européens. Les frères Bureau, maîtres de l'artillerie royale, démontrent à Formigny puis à Castillon (1453) que le canon est désormais l'arme décisive.
Pour la France, Formigny confirme l'efficacité des réformes militaires de Charles VII. Les compagnies d'ordonnance, armée permanente et disciplinée, remplacent avantageusement les levées féodales désordonnées qui avaient été battues à Crécy et Azincourt. La reconquête de la Normandie, suivie de celle de la Guyenne en 1451-1453, achève la réunification du royaume.
La défaite anglaise en Normandie a également des conséquences politiques profondes en Angleterre. L'humiliation de la perte de la Normandie, conquise à si grand prix par Henri V, alimente le mécontentement contre le faible Henri VI et contribue directement au déclenchement de la guerre des Deux-Roses quelques années plus tard.
Le saviez-vous ?
L'arrivée providentielle de Richemont à Formigny fut longtemps considérée comme un coup de chance. En réalité, la manœuvre avait été planifiée : les deux armées françaises devaient converger sur la position anglaise en un mouvement de tenaille. Richemont arriva cependant plus tard que prévu, au moment où Clermont était en difficulté. Son attaque de flanc transforma une situation compromise en victoire totale. Cette coordination entre deux corps d'armée distincts témoigne de la sophistication croissante de l'art militaire français sous Charles VII, bien loin des charges désordonnées qui avaient causé tant de désastres au début de la guerre de Cent Ans.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la bataille de Formigny est-elle considérée comme un tournant de la guerre de Cent Ans ?
Formigny est un tournant parce qu'elle anéantit la dernière armée de campagne anglaise en Normandie. Après cette défaite, les garnisons anglaises isolées dans les places fortes tombent les unes après les autres sans espoir de secours. En quatre mois, toute la Normandie est reconquise. La bataille démontre également que la tactique anglaise fondée sur les archers retranchés derrière des pieux, qui avait dominé les champs de bataille depuis Crécy (1346), est désormais obsolète face à l'artillerie française et à la coordination tactique des armées royales réformées.
Quel rôle l'artillerie a-t-elle joué à la bataille de Formigny ?
L'artillerie joua un rôle innovant et décisif à Formigny. Le comte de Clermont fit avancer deux couleuvrines (canons légers) sur les flancs de la position anglaise pour tirer sur les archers retranchés. C'était l'une des premières utilisations de l'artillerie en bataille rangée plutôt qu'en siège. Les tirs désorganisèrent les archers anglais et forcèrent Kyriell à ordonner une contre-attaque pour capturer les canons, ce qui dégarnit sa ligne et la rendit vulnérable à l'attaque de flanc de Richemont. L'artillerie des frères Bureau confirmera sa supériorité à Castillon trois ans plus tard.
Quelles étaient les conséquences de Formigny pour l'Angleterre ?
Pour l'Angleterre, Formigny fut une catastrophe politique autant que militaire. La perte de la Normandie, conquise par Henri V au prix d'années de campagnes, humilia profondément la noblesse anglaise et le gouvernement du faible Henri VI. Le mécontentement provoqué par cette défaite et la perte des possessions françaises alimenta directement la rébellion de Jack Cade en 1450 et, à plus long terme, contribua au déclenchement de la guerre des Deux-Roses (1455-1487) entre les maisons de York et de Lancastre.