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Moyen Âge

Bataille de Castillon

17 juillet 1453·Castillon-la-Bataille, Gironde

Castillon est la bataille qui clôt la guerre de Cent Ans. Ce 17 juillet 1453, le vieux comte de Shrewsbury John Talbot (le "lion de l'Angleterre") charge à cheval une artillerie française retranchée dont il n'a pas compris la puissance nouvelle. Il meurt dans la mitraille à 70 ans passés. Les Anglais perdent la Gascogne, dernier territoire qu'ils tenaient en France depuis trois siècles.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée royale française

Commandant : Jean Bureau (artillerie) / Général de Clermont

Effectifs7 000 à 10 000 hommes
PertesLégères

Armée anglo-gasconne

Commandant : John Talbot, comte de Shrewsbury

Effectifs5 000 à 8 000 hommes
Pertes4 000 tués, dont Talbot

« Met fin à la guerre de Cent Ans et chasse définitivement les Anglais de France, dernière grande bataille médiévale française, première victoire décisive de l'artillerie moderne. »

Publié le 10 mars 2026 · mis à jour le 19 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

Depuis la déroute anglaise de Formigny en 1450 et la reprise de la Normandie, la France a pratiquement chassé les Anglais de son territoire. Le règne de Charles VII, si désastreux à ses débuts (le "roi de Bourges" moqué par ses propres sujets), s'est transformé en une reconquête méthodique grâce à une armée réformée, des finances assainies et une artillerie de pointe. Il ne reste plus qu'un dernier bastion anglais : la Gascogne.

Ce territoire est tenu par la couronne d'Angleterre depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152. Trois siècles de possession. Bordeaux, sa capitale, est anglaise de culture, de commerce et de sentiment. Son vin va directement en Angleterre, ses marchands prospèrent grâce au commerce avec Londres et les ports anglais. Les Gascons ne se sentent pas français : ils parlent occitan, commercent avec l'Angleterre et se méfient de la fiscalité royale parisienne. Cette loyauté envers la couronne anglaise n'est pas féodale, elle est économique et identitaire.

En 1451, l'armée française de Dunois reprend Bordeaux. Mais les Bordelais, loin de se soumettre, préfèrent la domination anglaise distante à la fiscalité française trop proche. Ils se rebellent ouvertement et envoient des émissaires en Angleterre pour supplier Henri VI d'intervenir. John Talbot, comte de Shrewsbury, vétéran légendaire de la guerre de Cent Ans et l'homme qui avait combattu Jeanne d'Arc à Orléans et Patay, est envoyé avec une armée. Il débarque en octobre 1452 et reprend Bordeaux sans combat, accueilli en libérateur par la population.

La riposte française, organisée par Charles VII et son maître artilleur Jean Bureau, est foudroyante. Trois armées convergent vers la Gascogne au printemps 1453 pour écraser cette rébellion. Bureau, génie de l'artillerie qui a déjà prouvé sa valeur à Formigny, dispose de la meilleure artillerie d'Europe : des couleuvrines, des bombardes et des canons de campagne qu'il sait déployer avec une efficacité inédite. Pendant que les Français assiègent méthodiquement les places-fortes gasconnes, Talbot, à 73 ans selon certaines sources (70 selon d'autres), marche au secours de la petite ville de Castillon, sur la Dordogne, que les Français menacent.

03 — Chapitre

Déroulement

Le 17 juillet 1453, Talbot apprend par des éclaireurs que le camp français retranché à l'est de Castillon semble se lever et partir. Une nuée de poussière et un mouvement de troupes visible depuis la ville suggèrent un repli. Information trompeuse : ce sont les vivandiers et les civils du camp qui évacuent, pas l'armée. Jean Bureau et ses hommes restent parfaitement en place derrière leurs retranchements, avec une formidable artillerie de 300 pièces pointée vers les approches.

Talbot, cédant à l'urgence et peut-être trompé par la légèreté de l'information, décide de charger sans reconnaissance sérieuse. Il n'a même pas revêtu son armure complète ce matin-là. Sa cavalerie et son infanterie s'élancent contre le camp retranché, persuadés de tomber sur un ennemi en fuite. Ils débouchent non sur un camp en déroute mais sur une ligne d'artillerie parfaitement préparée, protégée par des palissades solides et des fossés profonds que Bureau a fait creuser avec une minutie d'ingénieur.

Les canons de Jean Bureau ouvrent le feu à bout portant. C'est le massacre. Boulets de pierre et mitraille de fer balaient les rangs anglais. Les chevaux s'écroulent, les hommes tombent par centaines. Le terrain devant les retranchements se transforme en charnier. Les Anglais tentent d'escalader les palissades pour atteindre les canonniers français, mais les fantassins de Clermont les repoussent à l'arme blanche. Pendant une heure, les assauts se brisent les uns après les autres sur la ligne française. Chaque tentative se termine par un tir d'artillerie dévastateur.

Talbot, refusant de fuir (on dit qu'il avait juré de ne jamais se rendre aux Français après avoir été libéré sous parole lors d'une captivité précédente), continue d'avancer au milieu du carnage. Son fils, Lord de Lisle, est tué à ses côtés. Talbot lui-même voit son cheval abattu par un boulet de canon. Il est renversé, le pied coincé sous la carcasse de sa monture, immobilisé dans la boue et le sang. Un archer gascon, combattant pour la France, le reconnaît et l'achève d'un coup de hache.

La mort de Talbot provoque la débandade anglaise. Sans leur chef, sans espoir de percer les retranchements, les survivants fuient vers la Dordogne. Beaucoup se noient en tentant de traverser la rivière. Jean Bureau lance la poursuite. Les débris de l'armée anglaise refluent vers Bordeaux, incapables de se reformer. La résistance s'effondre en cascade : les places-fortes gasconnes capitulent les unes après les autres. En octobre 1453, Bordeaux elle-même ouvre ses portes. La guerre de Cent Ans est finie.

04 — Chapitre

Conséquences

Castillon met fin à cent seize ans de conflit entre la France et l'Angleterre, le plus long de l'histoire médiévale occidentale. La France sort du conflit transformée : la monarchie est renforcée, les princes féodaux affaiblis, un sentiment national naissant est né autour de figures comme Jeanne d'Arc et Charles VII. Le territoire français est à peu près celui de la France moderne, à l'exception de Calais que les Anglais conserveront jusqu'en 1558. L'administration royale s'étend sur des provinces reconquises qui découvrent la fiscalité de la couronne. Pour les Gascons, la transition est brutale : Bordeaux perd son partenaire commercial anglais et doit se tourner vers un marché intérieur français qu'elle ne connaît pas.

L'Angleterre perd ses possessions continentales, après trois siècles d'union avec la Gascogne. Le choc politique est immense. Des milliers de nobles et de soldats anglais se retrouvent sans emploi, sans terres à conquérir, sans rançons à espérer. La frustration accumulée par cette noblesse militaire déclassée se retourne vers la politique intérieure : la Guerre des Deux Roses (1455-1485), qui déchire l'Angleterre entre les maisons de York et de Lancastre, est directement liée à la défaite en France et à l'incapacité du roi Henri VI.

Sur le plan militaire, Castillon est souvent citée comme la "première bataille moderne" de l'histoire de France. La victoire de l'artillerie sur la chevalerie est ici totale et sans ambiguité. L'ère de la chevalerie lourde comme arme décisive est révolue. Jean Bureau et ses "monstrueux engins" (ainsi qu'il appelait ses canons) annoncent la révolution militaire du XVIe siècle, où le canon et l'arquebuse remplaceront définitivement la lance et l'épée comme arbitres des batailles. Ironie de l'histoire : la même année 1453, les canons ottomans de Mehmed II brisent les murailles de Constantinople, mettant fin à l'Empire byzantin millénaire. L'artillerie change le monde en un seul été.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

John Talbot, l'adversaire de Jeanne d'Arc qui mourut à Castillon, était considéré comme invincible depuis des décennies. Les soldats français l'appelaient "l'Achille anglais". À la cour de France, son nom seul suffisait à semer la peur. Ce même Talbot avait capturé Jeanne d'Arc à Compiègne en 1430, avait été fait prisonnier lui-même plusieurs fois et s'était toujours retrouvé au combat. À 70 ans passés, sourd d'une oreille, perclus de rhumatismes, il menait encore ses troupes à la charge à cheval. Quand son cheval tomba sous lui d'un boulet de canon, il continua à se battre à pied jusqu'à ce qu'un soldat gascon le reconnaisse et le tue. Les Français, respectant sa réputation, firent inhumer ses restes avec les honneurs militaires. La ville de Castillon a gardé son nom depuis : elle s'appelle officiellement "Castillon-la-Bataille" depuis le XIXe siècle.

Généraux impliqués

Armée royale française :
Jean Bureau (artillerie)Général de Clermont
Armée anglo-gasconne :
John Talbotcomte de Shrewsbury

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Fait partie de

Guerre de Cent Ans

1337 – 1453 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

La bataille de Castillon a-t-elle vraiment mis fin à la guerre de Cent Ans ?

Oui, la bataille de Castillon du 17 juillet 1453 est considérée comme la dernière grande bataille de la guerre de Cent Ans. La mort de John Talbot et la destruction de l'armée anglaise entraînèrent la capitulation de Bordeaux en octobre 1453, dernière ville française aux mains des Anglais en dehors de Calais. Aucun traité de paix formel ne fut jamais signé, les rois d'Angleterre continuèrent à revendiquer le titre de "roi de France" jusqu'en 1802, mais les combats cessèrent. La guerre de Cent Ans s'éteignit faute de territoire et d'armée anglaise en France.

Quel rôle a joué l'artillerie à la bataille de Castillon ?

L'artillerie française de Jean Bureau fut la cause directe de la victoire. Le camp retranché français abritait environ 300 pièces d'artillerie, disposées derrière des palissades et des fossés. Quand la cavalerie et l'infanterie anglaises chargèrent ce camp croyant le trouver en déroute, elles se heurtèrent à un feu d'artillerie concentré et à bout portant. Les canons français fauchèrent les chevaux et les hommes par centaines en quelques minutes. Castillon est souvent citée comme la première grande victoire décisive de l'artillerie sur la chevalerie dans l'histoire française, préfigurant la révolution militaire du XVIe siècle.

Qui était John Talbot, le chef anglais tué à Castillon ?

John Talbot, comte de Shrewsbury, était le général anglais le plus redouté de la guerre de Cent Ans, surnommé "le fléau des Français" et "l'Achille anglais". Vétéran de dizaines de batailles depuis le début du XVe siècle, il avait affronté Jeanne d'Arc, été fait prisonnier plusieurs fois, et s'était toujours battu jusqu'à un âge avancé. Il mourut à la bataille de Castillon à environ 70-73 ans (les sources varient), renversé de son cheval tué par un boulet de canon, et achevé par un soldat gascon qui le reconnut. Shakespeare lui consacre un rôle héroïque dans "Henri VI", témoignage de sa réputation légendaire en Angleterre.

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