Moyen Âge
Bataille de Castillon
Castillon est la bataille qui clôt la guerre de Cent Ans. Ce 17 juillet 1453, le vieux comte de Shrewsbury John Talbot — le "lion de l'Angleterre" — charge à cheval une artillerie française retranchée dont il n'a pas compris la puissance nouvelle. Il meurt dans la mitraille à 70 ans passés. Les Anglais perdent la Gascogne, dernier territoire qu'ils tenaient en France depuis trois siècles.
Forces en Présence
Armée royale française
Commandant : Jean Bureau (artillerie) / Général de Clermont
Armée anglo-gasconne
Commandant : John Talbot, comte de Shrewsbury
« Met fin à la guerre de Cent Ans et chasse définitivement les Anglais de France — dernière grande bataille médiévale française, première victoire décisive de l'artillerie moderne. »
Contexte de la bataille de Bataille de Castillon
Depuis la déroute anglaise de Formigny (1450) et la reprise de la Normandie, la France a pratiquement chassé les Anglais. Il ne reste plus que la Gascogne — territoire tenu par la couronne d'Angleterre depuis le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1152, soit trois siècles de possession. Bordeaux, sa capitale, est anglaise de culture et de commerce — son vin va directement en Angleterre.
En 1451, la France reprend Bordeaux. Mais les Bordelais, préférant la domination anglaise distante à la fiscalité française proche, se rebellent et invitent les Anglais à revenir. John Talbot, vétéran légendaire de la guerre de Cent Ans — l'homme qui avait combattu Jeanne d'Arc — débarque en octobre 1452 avec une armée et reprend Bordeaux. Les Anglais sont de retour.
La riposte française, organisée par Charles VII "le Bien Servi" et son maître artilleur Jean Bureau, est foudroyante. Une armée française marche sur Bordeaux en 1453. Talbot, à 73 ans selon certaines sources, marche au secours de la ville assiégée de Castillon.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 17 juillet 1453, Talbot apprend que le camp français retranché à l'est de Castillon semble se lever et partir — une nuée de poussière et un mouvement de troupes suggèrent un repli. C'est une fausse information : Jean Bureau et son armée restent parfaitement en place derrière leurs retranchements et leur formidable artillerie de 300 pièces.
Talbot, cédant à l'urgence et peut-être à la légèreté de l'information, charge sans reconnaissance sérieuse. Son cavalerie et son infanterie s'élancent contre le camp retranché. Ils débouchent non sur un camp en déroute mais sur une ligne d'artillerie parfaitement préparée et protégée par des palissades et des fossés.
Les canons de Jean Bureau ouvrent le feu à bout portant. C'est le massacre. Les chevaux et les hommes s'effondrent par centaines. Talbot, refusant de fuir — on dit qu'il avait juré de ne jamais se rendre aux Français après avoir été libéré sous parole — continue d'avancer. Son cheval est tué sous lui par un boulet de canon, il est renversé, le pied coincé sous sa monture. Un archer gascon le reconnaît et l'achève d'un coup de hache.
La mort de Talbot provoque la débandade anglaise. Les débris de l'armée fuient vers Bordeaux. Jean Bureau poursuit. La résistance s'effondre. En octobre 1453, Bordeaux capitule. La guerre de Cent Ans est finie.
Les conséquences historiques
Castillon met fin à cent seize ans de conflit entre la France et l'Angleterre — le plus long de l'histoire médiévale occidentale. La France sort du conflit transformée : la monarchie est renforcée, les princes féodaux affaiblis, un sentiment national naissant est né autour de figures comme Jeanne d'Arc et Charles VII. Le territoire français est à peu près celui de la France moderne.
L'Angleterre perd ses possessions en France — après trois siècles d'union avec la Gascogne. Le choc politique est immense. La frustration accumulée par une noblesse militaire déclassée se retourne vers la politique intérieure : la Guerre des Deux Roses (1455-1485), qui déchire l'Angleterre, est directement liée à la défaite en France.
Sur le plan militaire, Castillon est souvent citée comme la "première bataille moderne" de l'histoire de France. La victoire de l'artillerie sur la chevalerie est ici totale et sans ambiguité. L'ère de la chevalerie lourde comme arme décisive est révolue. Jean Bureau et ses "monstrueux engins" — ainsi qu'il appelait ses canons — annoncent la révolution militaire du XVIe siècle. Ironie de l'histoire : la même année 1453, les canons ottomans brisent les murailles de Constantinople, mettant fin à l'Empire byzantin. L'artillerie change le monde en un seul été.
Le saviez-vous ?
John Talbot, l'adversaire de Jeanne d'Arc qui mourut à Castillon, était considéré comme invincible depuis des décennies. Les soldats français l'appelaient "l'Achille anglais". À la cour de France, son nom seul suffisait à semer la peur. Ce même Talbot avait capturé Jeanne d'Arc à Compiègne en 1430, avait été fait prisonnier lui-même plusieurs fois et s'était toujours retrouvé au combat. À 70 ans passés, sourd d'une oreille, perclus de rhumatismes, il menait encore ses troupes à la charge à cheval. Quand son cheval tomba sous lui d'un boulet de canon, il continua à se battre à pied jusqu'à ce qu'un soldat gascon le reconnaisse et le tue. Les Français, respectant sa réputation, firent inhumer ses restes avec les honneurs militaires. La ville de Castillon a gardé son nom depuis : elle s'appelle officiellement "Castillon-la-Bataille" depuis le XIXe siècle.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
La bataille de Castillon a-t-elle vraiment mis fin à la guerre de Cent Ans ?
Oui, la bataille de Castillon du 17 juillet 1453 est considérée comme la dernière grande bataille de la guerre de Cent Ans. La mort de John Talbot et la destruction de l'armée anglaise entraînèrent la capitulation de Bordeaux en octobre 1453, dernière ville française aux mains des Anglais en dehors de Calais. Aucun traité de paix formel ne fut jamais signé — les rois d'Angleterre continuèrent à revendiquer le titre de "roi de France" jusqu'en 1802 — mais les combats cessèrent. La guerre de Cent Ans s'éteignit faute de territoire et d'armée anglaise en France.
Quel rôle a joué l'artillerie à la bataille de Castillon ?
L'artillerie française de Jean Bureau fut la cause directe de la victoire. Le camp retranché français abritait environ 300 pièces d'artillerie, disposées derrière des palissades et des fossés. Quand la cavalerie et l'infanterie anglaises chargèrent ce camp croyant le trouver en déroute, elles se heurtèrent à un feu d'artillerie concentré et à bout portant. Les canons français fauchèrent les chevaux et les hommes par centaines en quelques minutes. Castillon est souvent citée comme la première grande victoire décisive de l'artillerie sur la chevalerie dans l'histoire française, préfigurant la révolution militaire du XVIe siècle.
Qui était John Talbot, le chef anglais tué à Castillon ?
John Talbot, comte de Shrewsbury, était le général anglais le plus redouté de la guerre de Cent Ans — surnommé "le fléau des Français" et "l'Achille anglais". Vétéran de dizaines de batailles depuis le début du XVe siècle, il avait affronté Jeanne d'Arc, été fait prisonnier plusieurs fois, et s'était toujours battu jusqu'à un âge avancé. Il mourut à la bataille de Castillon à environ 70-73 ans (les sources varient), renversé de son cheval tué par un boulet de canon, et achevé par un soldat gascon qui le reconnut. Shakespeare lui consacre un rôle héroïque dans "Henri VI", témoignage de sa réputation légendaire en Angleterre.