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Moyen Âge

Siège d'Orléans

Octobre 1428 – 8 mai 1429·Orléans, val de Loire, France

Depuis octobre 1428, l'armée anglaise assiège Orléans, clé du royaume de France — si la ville tombe, la route vers le sud est ouverte et la cause du Dauphin Charles est perdue. Jeanne d'Arc arrive en avril 1429 avec des renforts et une foi inébranlable, galvanise les défenseurs et les capitaines hésitants, attaque les fortifications anglaises les unes après les autres, et contraint les Anglais à lever le siège le 8 mai 1429. C'est le début du redressement français.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée française (royaume de Bourges)

Commandant : Jeanne d'Arc et le comte de Dunois (Jean de Dunois, bâtard d'Orléans)

EffectifsEnviron 6 000 à 8 000 hommes au moment de la levée du siège (renforts progressifs)
PertesModérées — quelques centaines de morts lors des assauts des bastilles anglaises

Armée anglaise et alliés bourguignons

Commandant : Thomas Montagu, comte de Salisbury (tué en octobre 1428), puis William de la Pole, comte de Suffolk

EffectifsEnviron 4 000 à 5 000 hommes au début du siège (renforts limités par la suite)
PertesEnviron 2 000 morts et blessés lors de la levée du siège, les chiffres précis sont incertains

« La levée du siège d'Orléans par Jeanne d'Arc en mai 1429 est le tournant décisif de la guerre de Cent Ans : elle ouvre la route au sacre de Charles VII à Reims et renverse le cours d'une guerre que la France semblait sur le point de perdre définitivement. »

Contexte de la bataille de Siège d'Orléans

En 1428, le royaume de France est dans une situation désespérée. Le traité de Troyes (1420) a déclaré le roi d'Angleterre Henri V héritier légitime du trône de France, déshéritant le Dauphin Charles (futur Charles VII). Henri V est mort en 1422, mais son fils Henri VI, enfant, règne théoriquement sur les deux royaumes, sous la régence du duc de Bedford — le véritable maître de la France anglaise. Le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, allié des Anglais depuis l'assassinat de son père Jean sans Peur en 1419, contrôle l'est de la France. Le Dauphin Charles, réfugié à Bourges avec sa cour réduite, contrôle le centre et le sud — on l'appelle ironiquement "le roi de Bourges". Les deux tiers du royaume sont sous domination anglaise ou bourguignonne.

Orléans est la clé de tout. Ville riche, pont vital sur la Loire, elle est le verrou qui protège le territoire français restant. Tant qu'Orléans tient, les Anglais ne peuvent franchir facilement la Loire vers le Berry, l'Auvergne et le Languedoc. Mais Orléans isolée, sans ravitaillement régulier, est condamnée à long terme face à une armée anglaise qui l'encercle progressivement avec une série de bastilles (forts de siège).

Le siège commence en octobre 1428. Le comte de Salisbury, commandant anglais, est tué dès le premier jour par un boulet de canon ou un éclat de pierre — selon les chroniqueurs, un boulet ennemi fit éclater une fenêtre et un éclat l'atteignit au visage. Malgré ce présage funeste pour les Anglais, le siège continue sous Suffolk. La ville est approvisionnée en partie par la Loire mais la pression augmente.

C'est dans ce contexte de désespoir que Jeanne d'Arc, jeune paysanne de Domrémy en Lorraine, surgit sur la scène de l'Histoire. Elle prétend recevoir des voix de saints (sainte Catherine, sainte Marguerite, saint Michel) lui ordonnant de "bouter les Anglais hors de France" et de conduire le Dauphin au sacre de Reims. Après avoir convaincu le capitaine Baudricourt de lui donner une escorte jusqu'à Chinon, elle rencontre Charles VII en mars 1429. Sa foi, son énergie et peut-être une information secrète qu'elle lui aurait communiquée convainquent le Dauphin de la laisser tenter l'aventure. Elle reçoit une armure, un cheval blanc, un étendard, et conduit un convoi de ravitaillement vers Orléans.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Jeanne d'Arc entre dans Orléans le 29 avril 1429, acclamée par la population. Sa présence a un effet immédiat sur le moral des défenseurs : les capitaines qui hésitaient à attaquer les bastilles anglaises se retrouvent sous pression morale et politique d'agir. Dunois, le commandant militaire français compétent et expérimenté, reconnaît rapidement que Jeanne est un catalyseur extraordinaire — même s'il reste le stratège de l'opération.

Les assauts des bastilles anglaises s'enchaînent du 4 au 7 mai. Le 4 mai, la bastille Saint-Loup est prise d'assaut — c'est la première offensive française depuis des mois. Le 5 mai, Jeanne fait résonner une trêve pour la fête de l'Ascension. Le 6 mai, les Tourelles — le fort défendant la tête du pont sur la Loire — sont attaquées depuis la rive sud après que les Français aient pris les bastilles des Augustins.

Le 7 mai est le jour le plus critique. L'assaut des Tourelles dure toute la journée. Jeanne est blessée par une flèche qui lui traverse l'épaule entre le cou et la poitrine. Elle se retire brièvement, retire elle-même la flèche selon les chroniqueurs, permet qu'on lui applique de l'huile d'olive et de la laine sur la plaie, puis — contre les avis des capitaines qui veulent suspendre l'assaut — remonte à cheval et retourne au combat. Son retour galvanise les Français épuisés qui renouvellent l'assaut. Le commandant anglais des Tourelles, William Glasdale, est tué quand le pont-levis où il se trouvait s'effondre — il se noie dans la Loire sous son armure.

Le 8 mai au matin, les Anglais font sortir leurs troupes des bastilles restantes et les alignent en ordre de bataille — offrant le combat en rase campagne. Jeanne interdit aux Français d'attaquer le dimanche (jour du Seigneur), mais organise ses troupes en face. Les deux armées se regardent pendant une heure environ. Puis les Anglais font demi-tour et lèvent le siège, abandonnant leurs fortifications et leur matériel. Orléans est libérée. Le "miracle d'Orléans" est accompli.

Les conséquences historiques

La levée du siège d'Orléans déclenche un retournement spectaculaire de la guerre de Cent Ans. En quelques semaines, l'élan français — galvanisé par Jeanne et la "chevauchée de la Loire" — libère Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency et Patay (où la cavalerie anglaise est défaite). La route vers Reims est ouverte.

Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi de France en la cathédrale de Reims, dans la tradition capétienne. Ce sacre est fondamental : il légitime définitivement Charles contre la prétention anglaise au trône de France. La propagande anglaise et bourguignonne qui le présentait comme un roi illégitime perd l'essentiel de sa force symbolique.

Jeanne d'Arc elle-même est capturée par les Bourguignons à Compiègne en mai 1430, vendue aux Anglais, jugée pour hérésie et brûlée à Rouen le 30 mai 1431. Mais son sacrifice ne peut inverser le cours de la guerre : la machine qu'elle a mise en mouvement ne s'arrête plus. La réconciliation franco-bourguignonne (traité d'Arras, 1435) isole définitivement les Anglais. Paris est reprise en 1436. La guerre se poursuit encore vingt ans, mais son issue n'est plus en doute.

La victoire finale — symbolisée par la bataille de Castillon (1453) — expulse les Anglais de la totalité du territoire français, sauf Calais. Le siège d'Orléans reste dans la mémoire française comme le moment où une jeune paysanne a "sauvé la France" — une construction mémorielle qui, si elle simplifie la réalité historique, capture quelque chose d'essentiel : sans Orléans, sans Jeanne d'Arc, la trajectoire de la guerre de Cent Ans aurait pu aboutir à une France anglaise. La fête du 8 mai est encore célébrée chaque année à Orléans comme fête nationale locale.

Le saviez-vous ?

Le 7 mai 1429, lors de l'assaut des Tourelles, Jeanne d'Arc fut blessée par une flèche entre le cou et l'épaule — les chroniqueurs s'accordent sur ce point, mais diffèrent sur les détails. Selon Jean d'Aulon, son écuyer, et Jean Pasquerel, son confesseur, Jeanne retira elle-même la flèche du corps et refusa de laisser les guérisseurs lui appliquer un charme magique (formule prononcée sur la blessure), préférant une huile d'olive et de la laine. Elle se mit à pleurer brièvement de la douleur, puis se confessa, et vers le soir — alors que les capitaines voulaient suspendre l'assaut pour le lendemain — elle fit sonner ses trompettes et retourna en tête des troupes, son étendard déployé. Ce retour inattendu, blessée mais debout, déclencha selon les témoins un sursoût d'énergie dans l'armée française qui emporta les Tourelles avant la nuit. Sa blessure, documentée par des témoignages oculaires, est l'un des épisodes les mieux attestés de sa vie.

Généraux impliqués

Armée française (royaume de Bourges) :
Jeanne d'Arc et le comte de Dunois (Jean de Dunoisbâtard d'Orléans)
Armée anglaise et alliés bourguignons :
Thomas Montagucomte de Salisbury (tué en octobre 1428)puis William de la Polecomte de Suffolk

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

Questions fréquentes

Jeanne d'Arc était-elle vraiment un chef militaire ou seulement un symbole ?

La réalité est nuancée. Jeanne d'Arc n'était pas une stratège militaire formée — les décisions tactiques et stratégiques revenaient à Dunois, La Hire, Gilles de Rais et d'autres capitaines expérimentés. En revanche, elle jouait plusieurs rôles cruciaux. Premièrement, son charisme et sa foi galvanisaient une armée moralement épuisée — l'effet psychologique de sa présence sur les soldats français et sur les assiégés est attesté par de nombreuses sources. Deuxièmement, elle prenait des initiatives d'attaque là où les capitaines hésitaient, poussant à l'offensive quand la prudence militaire conventionnelle conseillait d'attendre. Troisièmement, sa popularité lui conférait une autorité politique sur Charles VII que peu de capitaines osaient contester. Elle était à la fois symbole vivant, chef moral et force de pression politique — une combinaison extraordinaire dans le contexte de 1429.

Pourquoi les Anglais, pourtant moins nombreux, avaient-ils réussi à tenir le siège aussi longtemps ?

Les Anglais à Orléans étaient en réalité trop peu nombreux pour un siège en règle d'une ville de cette taille. Ils n'encerclèrent jamais complètement la ville — la rive nord de la Loire, notamment, ne fut jamais totalement bloquée, permettant un ravitaillement partiel. Leur force résidait dans leur réseau de bastilles (forts de siège) qui contrôlaient les accès principaux et dans l'incapacité des Français, divisés et démoralisés, à lancer une contre-attaque coordonnée. Les Anglais comptaient sur l'épuisement progressif des défenseurs plutôt que sur un assaut frontal qu'ils n'avaient pas les forces de mener. C'est précisément ce type de guerre d'usure lente que Jeanne d'Arc rompit en imposant l'offensive directe sur les bastilles — stratégie qui prit les Anglais à contre-pied.

Quel rôle joua le duc de Bourgogne dans le siège d'Orléans ?

Le duc Philippe le Bon de Bourgogne joua un rôle ambigu dans le siège d'Orléans. Allié officiel des Anglais depuis 1420, il avait fourni des troupes bourguignonnes pour le siège. Mais en mars 1429, alors que le siège s'éternisait, il retira ses contingents du siège d'Orléans, invoquant un différend avec le duc de Bedford sur le commandement et les objectifs de la campagne. Cette décision affaiblit significativement les forces anglaises au moment critique. Certains historiens y voient le début d'un recul stratégique bourguignon vis-à-vis de l'alliance anglaise — mouvement qui aboutira au traité d'Arras (1435) et au ralliement de Bourgogne à Charles VII. Sans ce retrait bourguignon, les forces anglaises devant Orléans auraient été plus difficiles à déloger même pour Jeanne d'Arc.