Moyen Âge

Bataille de Verneuil

17 août 1424·Verneuil-sur-Avre, Normandie

Le 17 août 1424, le duc de Bedford inflige aux armées franco-écossaises une défaite comparable à Azincourt neuf ans plus tôt. L'arc long anglais y fait à nouveau des ravages catastrophiques : la quasi-totalité du contingent écossais et les mercenaires lombards sont anéantis. La mort de leurs deux commandants, le comte de Buchan et le comte de Douglas, prive le Dauphin Charles de ses plus fidèles alliés au moment le plus critique de sa lutte pour la couronne.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Angleterre et ses alliés normands

Commandant : Jean de Lancastre, duc de Bedford (régent de France)

EffectifsEnviron 8 500 à 10 000 hommes
PertesRelativement légères, estimées à quelques centaines

France, Écosse et mercenaires lombards

Commandant : Jean Stuart, comte de Buchan / Jean de la Noblat / Archibald Douglas

EffectifsEntre 14 000 et 17 000 hommes
PertesEntre 6 000 et 8 000 tués, dont la quasi-totalité des Écossais et des Lombards

« Surnommée la "Seconde Azincourt", Verneuil confirma la domination militaire anglaise en France et anéantit le corps expéditionnaire écossais (allié essentiel du Dauphin) retardant la reconquête française de plusieurs années. »

Contexte de la bataille de Bataille de Verneuil

En 1424, la situation du Dauphin Charles, futur Charles VII, non encore sacré, que les Anglais et leurs alliés bourguignons appellent péjorativement "le roi de Bourges", est précaire. Le traité de Troyes (1420) l'avait officiellement déshérité : la couronne de France devait revenir à Henri V d'Angleterre, puis à son fils Henri VI. La mort de Henri V et de Charles VI en 1422 n'avait pas modifié la situation : Jean de Lancastre, duc de Bedford et régent de France au nom du jeune Henri VI, administre les territoires anglais du nord de la France avec efficacité.

Le Dauphin dispose d'un atout militaire de poids : l'alliance écossaise, formalisée dans le cadre de la "Vieille Alliance" entre France et Écosse, lui a fourni un corps expéditionnaire d'environ 6 000 à 7 000 Écossais bien armés et aguerris. Ces soldats, commandés par Jean Stuart, comte de Buchan, et Archibald Douglas, 4e comte de Douglas, avaient déjà prouvé leur valeur : à Baugé en 1421, les Écossais avaient tué le propre frère de Henri V, Thomas de Clarence, dans ce qui avait été la première victoire française significative depuis Azincourt.

Au printemps 1424, le duc de Bedford reçoit des renforts substantiels d'Angleterre. Il lance une campagne pour reprendre plusieurs places fortes encore aux mains du Dauphin en Normandie. Les forces franco-écossaises, renforcées de mercenaires lombards à cheval recrutés en Italie, marchent pour s'opposer à cette progression. Les deux armées convergent vers Verneuil-sur-Avre, place normande que Bedford assiège.

Les commandants du Dauphin disposent d'une supériorité numérique confortable, entre 14 000 et 17 000 hommes contre 8 500 à 10 000 pour Bedford. Fort de cet avantage, le commandement franco-écossais choisit d'accepter la bataille rangée.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 17 août 1424, les deux armées se font face dans la plaine devant Verneuil. Bedford déploie ses forces selon la formation classique anglaise qui avait fait ses preuves à Crécy, Poitiers et Azincourt : hommes d'armes démontés au centre, archers à l'arc long sur les flancs, protégés par des pieux de bois fichés en terre pour briser les charges de cavalerie.

L'armée franco-écossaise, plus nombreuse, adopte une disposition en trois corps. Les Écossais forment un bloc solide sous Douglas et Buchan, destiné à affronter le centre anglais. La cavalerie lombarde, mercenaires à cheval recrutés par les finances du Dauphin, est chargée d'attaquer les flancs pour briser les archers avant qu'ils ne puissent faire des ravages.

La bataille s'engage par la charge de la cavalerie lombarde. Les cavaliers italiens, bien montés, parviennent dans un premier temps à perturber les ailes anglaises et à saisir le train de bagages de Bedford placé en arrière de la ligne, succès partiel qui provoque cependant une confusion momentanée dans les lignes anglaises quand certains soldats se déportent pour défendre les bagages.

Mais la charge principale des Écossais et des hommes d'armes français donne les mêmes résultats qu'à Azincourt. Les archers anglais, revenus en position après avoir repoussé la cavalerie lombarde, déversent un déluge de flèches sur les formations avancées. Les Écossais, marchant en masse serrée, subissent des pertes considérables mais maintiennent leur formation et parviennent au contact des hommes d'armes anglais. Le combat de mêlée est brutal et prolongé.

Le tournant vient quand Bedford personnellement conduit une réserve d'hommes d'armes dans le flanc des Écossais déjà aux prises avec le centre anglais. Pris de flanc, la formation écossaise commence à se désorganiser. Les archers, libérés de la cavalerie lombarde, reprennent leur tir meurtrier sur les unités encore en approche. La déroute s'amorce. Le comte de Buchan et le comte de Douglas sont tous deux tués au combat. Sans leurs chefs, les Écossais ne peuvent maintenir leur cohésion. Le massacre qui s'ensuit est comparable à celui d'Azincourt.

Les conséquences historiques

La défaite de Verneuil fut catastrophique pour les alliés du Dauphin. La quasi-totalité du corps expéditionnaire écossais fut anéantie, plusieurs milliers d'hommes que l'Écosse ne put remplacer à court terme. La mort de Buchan et de Douglas, les deux principaux commandants écossais en France, décapita militairement l'alliance franco-écossaise au moment où le Dauphin en avait le plus besoin.

Sur le plan stratégique, Verneuil consolida la domination anglaise en France du Nord et en Normandie pour plusieurs années supplémentaires. Bedford, par son habileté administrative autant que militaire, maintint une occupation efficace. Le Dauphin, repoussé, parut pendant quelques années incapable de reprendre l'initiative.

L'importance historique de Verneuil tient aussi à ce qu'elle précède de quelques années à peine le retournement provoqué par l'intervention de Jeanne d'Arc en 1429. Le contraste est saisissant : en 1424, l'armée du Dauphin est anéantie à Verneuil ; en 1429, le siège d'Orléans est levé et Charles VII est sacré à Reims. Cette trajectoire spectaculaire, de la débâcle de Verneuil à la victoire de Patay et au sacre de Reims, est l'un des retournements les plus dramatiques de toute la Guerre de Cent Ans.

La victoire de Verneuil fut pour Bedford sa plus grande heure militaire. Régent efficace et général compétent, il est souvent éclipsé dans la mémoire historique par son neveu Henri V d'un côté et par Jeanne d'Arc de l'autre. Verneuil montre qu'il fut, à sa façon, un adversaire redoutable.

Le saviez-vous ?

Archibald Douglas, 4e comte de Douglas, tué à Verneuil, avait connu une carrière de défaites répétées face aux Anglais au point que certains chroniqueurs de l'époque lui donnèrent le surnom de "Tyneman", "celui qui perd" en vieux scots. Capturé à Homildon Hill (1402), défait à Shrewsbury (1403), capturé à nouveau et vaincu encore à plusieurs reprises, Douglas perdit à Verneuil la vie que ses ennemis n'avaient cessé d'épargner. Son cas illustre une ironie de la Guerre de Cent Ans : les seigneurs écossais qui vinrent en France au titre de la Vieille Alliance espéraient y trouver la gloire que les guerres contre l'Angleterre leur refusaient, et tombèrent sous les mêmes archers et la même discipline militaire anglaise qui les avaient vaincus chez eux.

Généraux impliqués

Angleterre et ses alliés normands :
Jean de Lancastreduc de Bedford (régent de France)
France, Écosse et mercenaires lombards :
Jean Stuartcomte de BuchanJean de la NoblatArchibald Douglas

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

CETTE BATAILLE FAIT PARTIE DEGuerre de Cent Ans (1337 – 1453) →

Batailles liées

Questions fréquentes

Pourquoi Verneuil est-elle surnommée la "Seconde Azincourt" ?

Verneuil mérita ce surnom pour trois raisons : la disproportion des pertes (l'armée franco-écossaise plus nombreuse fut anéantie tandis que les Anglais subissaient des pertes légères), l'utilisation décisive des archers à l'arc long anglais dans les mêmes conditions qu'à Azincourt, et la mort des principaux commandants adverses. Comme à Azincourt, c'est la combinaison hommes d'armes dismontés défensifs et archers offensifs qui donna la victoire. Bedford appliqua exactement la recette tactique de son frère Henri V neuf ans plus tôt, contre une armée qui n'avait pas tiré les leçons d'Azincourt.

Quel rôle jouaient les soldats écossais dans l'armée du Dauphin ?

Les soldats écossais furent l'un des atouts militaires les plus précieux du Dauphin entre 1419 et 1424. La "Vieille Alliance" franco-écossaise, datant du XIIIe siècle, prévoyait une assistance militaire mutuelle contre l'Angleterre, leur ennemi commun. Un corps expéditionnaire d'environ 6 000 à 7 000 Écossais arriva en France à partir de 1419. Ils remportèrent plusieurs succès, dont la victoire de Baugé (1421) qui tua Thomas de Clarence, frère de Henri V. Mais Verneuil les anéantit presque entièrement. La Garde Écossaise royale française, créée peu avant, et qui survivra jusqu'à la Révolution française, est le vestige institutionnel de cette alliance.

Comment Verneuil s'inscrit-elle dans la chronologie de la Guerre de Cent Ans ?

Verneuil (1424) se situe entre les deux pires moments du Dauphin et son retournement spectaculaire. Azincourt (1415) avait décimé la noblesse française et ouvert la voie au traité de Troyes (1420) qui déshéritait le Dauphin. Verneuil (1424) confirma que la domination militaire anglaise restait totale. Mais cinq ans plus tard, l'intervention de Jeanne d'Arc en 1429, levée du siège d'Orléans, victoire de Patay, sacre de Reims, renversa complètement la situation. La défaite de Verneuil est ainsi l'un des derniers sombres tableaux avant le retournement final de la Guerre de Cent Ans en faveur de la France.