Moyen Âge
Bataille de Patay
Le 18 juin 1429, l'armée française écrase les Anglais dans une charge de cavalerie foudroyante à Patay. Cette victoire, obtenue quelques jours après la levée du siège d'Orléans, renverse définitivement l'élan de la guerre de Cent Ans en faveur de la France. Talbot est capturé, Fastolf s'enfuit, et la route de Reims s'ouvre pour le sacre de Charles VII.
Forces en Présence
Armée française
Commandant : Jeanne d'Arc, duc d'Alençon, La Hire, Richemont
Armée anglaise
Commandant : Sir John Fastolf, Lord Talbot
« Victoire décisive française qui détruit l'aura d'invincibilité des archers anglais et ouvre la route de Reims pour le sacre de Charles VII. »
Contexte de la bataille de Bataille de Patay
La bataille de Patay s'inscrit dans le contexte de la reconquête française initiée par Jeanne d'Arc au printemps 1429. Depuis la désastreuse défaite d'Azincourt en 1415, la France traverse une crise existentielle. Le traité de Troyes (1420) a déshérité le dauphin Charles au profit d'Henri V d'Angleterre. À la mort d'Henri V en 1422, les Anglais et leurs alliés bourguignons contrôlent tout le nord de la France, Paris comprise, et assiègent Orléans, dernier verrou sur la Loire.
L'arrivée de Jeanne d'Arc à Chinon en février 1429 transforme la situation. Après avoir convaincu le dauphin de sa mission divine, elle obtient le commandement d'une armée de secours. Le 8 mai 1429, le siège d'Orléans est levé après une série d'assauts spectaculaires qui redonnent confiance aux troupes françaises. Les Anglais, démoralisés, se replient vers le nord.
Dans les jours qui suivent la libération d'Orléans, Jeanne d'Arc convainc les capitaines français de poursuivre l'offensive plutôt que de consolider les positions acquises. Une campagne éclair vise à nettoyer les garnisons anglaises le long de la Loire. Jargeau tombe le 12 juin, Meung-sur-Loire le 15, Beaugency le 16. Les Anglais concentrent leurs forces restantes sous Fastolf et Talbot pour tenter d'arrêter l'avancée française.
L'armée anglaise, forte d'environ 5 000 hommes dont une proportion importante d'archers redoutés, se replie vers le nord en bon ordre. Les Français, galvanisés par leurs récentes victoires et par la présence de Jeanne d'Arc, lancent leur cavalerie en avant-garde. Le terrain autour de Patay, relativement ouvert avec des bosquets et des haies, ne permet pas aux Anglais de préparer leur dispositif défensif habituel basé sur les pieux fichés au sol pour protéger les archers. Cette configuration géographique va jouer un rôle déterminant dans l'issue du combat.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le matin du 18 juin 1429, l'avant-garde française, composée principalement de cavaliers sous les ordres de La Hire et de Poton de Xaintrailles, avance rapidement vers le nord à la poursuite de l'armée anglaise en retraite. Les éclaireurs français repèrent la colonne anglaise près du village de Patay. Le hasard joue un rôle crucial : un cerf débusqué par les éclaireurs traverse les lignes anglaises, provoquant des cris parmi les soldats qui le chassent. Ces cris révèlent la position exacte de l'arrière-garde anglaise aux Français.
Sir John Fastolf, qui commande l'arrière-garde, ordonne immédiatement à ses archers de préparer leurs positions défensives. La tactique anglaise, perfectionnée depuis Crécy et Azincourt, repose sur l'installation de pieux pointus devant les lignes d'archers pour briser les charges de cavalerie. Mais les cavaliers français ne leur laissent pas le temps de se déployer.
La Hire lance sa charge avant que les archers anglais aient pu planter leurs pieux et former leurs rangs. Cette décision audacieuse est rendue possible par la proximité des deux armées au moment de la détection. Les cavaliers français percutent de plein fouet les archers anglais encore en formation, transformant en quelques minutes ce qui aurait pu être une défense redoutable en déroute complète.
Lord Talbot, le plus célèbre capitaine anglais de son époque, tente de rétablir la situation avec son avant-garde. Il se porte au-devant de la cavalerie française mais se retrouve submergé. Son contingent est écrasé par la masse des cavaliers et des fantassins français qui affluent. Talbot est capturé après avoir combattu vaillamment, ajoutant un prisonnier de prestige au triomphe français.
Fastolf, voyant l'arrière-garde détruite et Talbot pris, ordonne la retraite générale. Mais la retraite se transforme en déroute. Les cavaliers français poursuivent les fuyards sur plusieurs kilomètres. Environ 2 500 Anglais sont tués ou capturés au cours de la bataille et de la poursuite. Les pertes françaises sont infimes, quelques dizaines de morts tout au plus.
La victoire est totale et rapide. En moins d'une heure, l'armée anglaise qui avait terrorisé la France pendant des décennies est dispersée. Pour la première fois depuis Crécy (1346), la cavalerie française a vaincu les archers anglais en terrain ouvert, brisant le mythe de leur invincibilité qui pesait sur le moral français depuis plus de quatre-vingts ans.
Les conséquences historiques
La bataille de Patay marque un tournant psychologique majeur dans la guerre de Cent Ans. La capture de Lord Talbot, considéré comme le meilleur capitaine anglais, et la fuite de Fastolf (qui sera temporairement disgracié pour sa retraite) démontrent que les Anglais ne sont plus invincibles. Le mythe des archers anglais, construit depuis Crécy et renforcé à Azincourt, s'effondre en une seule charge de cavalerie.
La conséquence immédiate est l'ouverture de la route vers Reims. Sans armée anglaise capable de barrer le passage, Charles VII peut entreprendre la "marche du sacre". Le 17 juillet 1429, moins d'un mois après Patay, Charles VII est sacré roi de France dans la cathédrale de Reims, légitimant définitivement son règne face aux prétentions anglaises.
La victoire renforce considérablement le prestige de Jeanne d'Arc, même si elle n'a pas personnellement commandé la charge décisive. Elle a cependant joué un rôle essentiel en convainquant les capitaines de poursuivre l'offensive après Orléans plutôt que de s'arrêter. Son influence morale sur les troupes et sa capacité à imposer une stratégie offensive transforment la dynamique du conflit.
Pour l'Angleterre, Patay marque le début d'un long déclin militaire en France. Les garnisons anglaises dans la vallée de la Loire tombent les unes après les autres. Bien que la guerre se prolonge encore pendant vingt-quatre ans, l'initiative stratégique passe définitivement du côté français. La reconquête systématique du territoire, menée après la mort de Jeanne d'Arc par des capitaines comme Dunois et Richemont, aboutit à la prise de la Normandie puis de la Guyenne.
Le saviez-vous ?
La bataille de Patay est parfois surnommée "l'Azincourt à l'envers". Là où les archers anglais avaient massacré la chevalerie française à Azincourt en 1415, c'est la cavalerie française qui écrase les archers anglais quatorze ans plus tard. L'ironie est d'autant plus frappante que la clé des deux batailles est la même : le temps de préparation. À Azincourt, les Français avaient chargé des archers retranchés derrière leurs pieux. À Patay, les Français attaquent avant que les pieux soient plantés. Fastolf, après sa fuite, fut traduit devant un tribunal militaire et temporairement privé de son ordre de la Jarretière, bien qu'il fût finalement réhabilité.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Quel rôle Jeanne d'Arc a-t-elle joué à la bataille de Patay ?
Jeanne d'Arc n'a pas directement commandé la charge de cavalerie qui remporta la bataille. Ce sont La Hire et Poton de Xaintrailles qui menèrent l'assaut décisif. Cependant, son rôle stratégique fut essentiel : c'est elle qui convainquit les capitaines français de poursuivre l'offensive après Orléans plutôt que de consolider les positions acquises. Sans cette insistance, la campagne de la Loire n'aurait probablement pas eu lieu, et l'armée anglaise aurait eu le temps de se réorganiser. Son influence morale sur les troupes, convaincues de combattre sous protection divine, contribua également au moral élevé des Français.
Pourquoi les archers anglais furent-ils vaincus si facilement à Patay ?
Les archers anglais furent vaincus parce qu'ils n'eurent pas le temps de préparer leur dispositif défensif. La tactique anglaise reposait sur l'installation de pieux pointus (stakes) devant les lignes d'archers pour briser les charges de cavalerie. À Crécy et Azincourt, ce système s'était révélé redoutable. Mais à Patay, la cavalerie française, alertée par un incident fortuit (un cerf traversant les lignes anglaises), chargea avant que les archers aient planté leurs pieux. Privés de leur protection, les archers furent balayés par la cavalerie lourde en quelques minutes.
Que devint Lord Talbot après sa capture à Patay ?
Lord Talbot, le plus redouté des capitaines anglais, fut capturé lors de la bataille après avoir tenté de résister à la charge française avec son avant-garde. Il resta prisonnier pendant quatre ans avant d'être libéré contre rançon en 1433. Après sa libération, il reprit le commandement des forces anglaises en France et mena plusieurs campagnes en Normandie et en Guyenne. Il trouva la mort à la bataille de Castillon en 1453, la dernière bataille de la guerre de Cent Ans, en chargeant une position française fortifiée d'artillerie.