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Moyen Âge

Bataille de Tours-Poitiers

Octobre 732·Entre Tours et Poitiers, Indre-et-Loire

La bataille de Tours-Poitiers est l'une des rencontres les plus disputées par les historiens quant à son importance réelle, mais elle reste dans la mémoire collective comme le moment où l'expansion de l'Islam vers le nord de l'Europe fut stoppée. Charles Martel, chef des Francs, détruisit une armée omeyyade qui avait déjà franchi les Pyrénées et ravagé l'Aquitaine.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Francs et alliés germaniques

Commandant : Charles Martel

Effectifs~30 000 soldats
PertesModérées

Califat omeyyade

Commandant : Abd al-Rahman al-Ghafiq

Effectifs~80 000 soldats
PertesMassives (commandant tué)

« Arrête l'expansion de l'Islam en Europe occidentale et ancre le pouvoir carolingien dans la chrétienté. »

Publié le 8 mars 2026 · mis à jour le 3 avril 2026

02 — Chapitre

Contexte

En moins d'un siècle après la mort du prophète Mahomet en 632, l'Islam a conquis un territoire immense. La péninsule Arabique, la Perse sassanide, l'Égypte, le Maghreb : tout est tombé sous les armées du califat omeyyade de Damas. La vitesse de cette expansion est sans équivalent dans l'histoire. En 711, le général berbère Tariq ibn Ziyad traverse le détroit qui portera son nom (Jabal Tariq, Gibraltar) et s'empare en quelques années de presque toute la péninsule Ibérique, écrasant le royaume wisigoth de Tolède. L'expansion semble irrésistible. Dès 719, les troupes omeyyades franchissent les Pyrénées, prennent Narbonne et mènent des raids profonds en Gaule, atteignant Autun en 725 et pillant la Bourgogne.

La Gaule franque, à cette époque, est un territoire morcelé. Le royaume mérovingien est affaibli par des rois fantômes (les "rois fainéants"), le pouvoir réel étant exercé par les maires du palais. Charles, fils illégitime de Pépin de Herstal, s'est emparé de cette charge après une guerre civile brutale. Il unifie sous son autorité les Francs d'Austrasie et de Neustrie, combat les Frisons, les Saxons et les Bavarois. C'est un chef de guerre redoutable, habitué à la violence des campagnes annuelles.

En 732, le gouverneur d'Al-Andalus, Abd al-Rahman al-Ghafiq, lance l'expédition la plus ambitieuse jamais tentée au nord des Pyrénées. Son armée, estimée entre 20 000 et 80 000 hommes selon les sources (les chroniques arabes et franques divergent), franchit les Pyrénées et remonte la côte atlantique. L'objectif est triple : piller les riches abbayes de Gaule, punir le duc Eudes d'Aquitaine qui a trahi un accord avec les Berbères, et tester les défenses franques en vue d'une conquête future. Bordeaux est prise et saccagée. L'Aquitaine est ravagée. Le duc Eudes d'Aquitaine, écrasé à la bataille de la Garonne, fuit vers le nord. Humilié, il se tourne vers son ennemi traditionnel, Charles, maire du palais des Francs, pour implorer son aide. Charles accepte, à un prix politique : la soumission de l'Aquitaine à l'autorité franque.

Charles rassemble son armée et marche vers le sud. Il intercepte les envahisseurs quelque part entre Tours et Poitiers, sur la voie romaine, alors qu'ils reviennent chargés de butin pris à l'abbaye de Saint-Martin de Tours, l'un des sanctuaires les plus riches de la chrétienté.

03 — Chapitre

Déroulement

Pendant six ou sept jours, selon les sources, les deux armées s'observent sans engager le combat. Charles a choisi le terrain avec soin : un plateau boisé, en hauteur, traversé par des cours d'eau et des chemins étroits. Ce type de terrain est un cauchemar pour la cavalerie légère omeyyade, habituée aux vastes plaines d'Espagne et d'Afrique du Nord. Les arbres, les pentes et les fourrés neutralisent l'avantage de la mobilité et de la vitesse des cavaliers arabes et berbères.

Charles dispose ses Francs en formation carrée serrée, à pied. L'infanterie franque est équipée de cottes de mailles, de lourdes épées à double tranchant (les spathae), de scramasaxes (couteaux de combat) et de franciscas (haches de jet). Ces guerriers, endurcis par des années de campagnes contre les Saxons et les Frisons, forment une masse compacte que les sources arabes décriront comme "un mur de glace" ou "un mur de pierre, immobile et solidaire". Cette discipline est le fruit de l'entraînement imposé par Charles, qui a transformé l'ost franc, traditionnellement indiscipliné, en une force capable de résister sans rompre.

Abd al-Rahman al-Ghafiq sait que chaque jour d'attente profite aux Francs, qui reçoivent des renforts. Il lance la cavalerie omeyyade à l'assaut. Vague après vague, les cavaliers arabes et berbères chargent le carré franc. Les chevaux se cabrent devant la muraille de boucliers et de piques. Les archers montés tirent des volées de flèches, mais les Francs, protégés par leurs boucliers ronds et leurs cottes de mailles, résistent. La formation ne cède pas.

Selon certaines sources arabes et la chronique anonyme de Cordoue, un détachement franc lance une attaque surprise contre le camp omeyyade où est entassé le butin pillé en Aquitaine. La rumeur se répand dans les rangs musulmans : le trésor est menacé. Une partie des cavaliers quittent la ligne de combat pour protéger le butin. La confusion s'installe. Abd al-Rahman al-Ghafiq tente de rétablir l'ordre. Il se jette lui-même dans la mêlée, ralliant ses hommes par l'exemple. Il est encerclé et tué. Sa mort est le coup fatal. La panique se propage dans l'armée omeyyade. À la nuit tombée, les combats cessent.

Le lendemain matin, Charles, prudent et méfiant d'un piège, envoie des éclaireurs vers le camp omeyyade. Ils reviennent avec une nouvelle stupéfiante : le camp est vide. Les tentes sont toujours debout, mais l'armée a disparu dans la nuit, refluant vers le sud en abandonnant une partie de son butin. Charles ne poursuit pas. Il n'a pas de cavalerie suffisante pour traquer une armée montée en retraite.

04 — Chapitre

Conséquences

La victoire de Tours-Poitiers consolide le pouvoir de Charles, qui prend le surnom de "Martel" (le Marteau). Son prestige est désormais écrasant. Il gouverne le royaume franc comme un véritable souverain sans jamais en prendre le titre, maintenant sur le trône des rois mérovingiens fantômes qui n'exercent aucun pouvoir. Après 732, il continue à combattre les incursions musulmanes dans le sud de la Gaule : il reprend Avignon en 737, chasse les Omeyyades de Provence et de Septimanie. La Gaule est sécurisée.

Charles Martel meurt en 741, laissant le pouvoir à ses fils Carloman et Pépin le Bref. Pépin, avec l'approbation du pape Zacharie, dépose le dernier roi mérovingien Childéric III en 751 et se fait couronner roi des Francs. La dynastie carolingienne est née. Le petit-fils de Charles Martel, Charlemagne, fondera en 800 un empire couvrant une grande partie de l'Europe occidentale, des Pyrénées à l'Elbe, de Rome à la mer du Nord. Les racines de cet empire plongent dans la plaine entre Tours et Poitiers.

Les historiens débattent encore de l'importance réelle de cette bataille. L'historien britannique Edward Gibbon, au XVIIIe siècle, y voyait un tournant absolu : sans cette victoire, écrit-il, "l'interprétation du Coran serait enseignée à Oxford". La formule est frappante, mais les historiens modernes sont plus nuancés. Ils soulignent que le califat omeyyade traversait une crise interne profonde (les Abbassides renverseront les Omeyyades en 750, moins de vingt ans après Tours-Poitiers) et que l'expansion islamique atteignait naturellement ses limites logistiques. L'Espagne musulmane elle-même, Al-Andalus, ne fut jamais totalement pacifiée. Des raids continueront après 732, et la présence omeyyade en Septimanie (autour de Narbonne) ne prendra fin qu'en 759.

Quoi qu'il en soit, Tours-Poitiers marque symboliquement la frontière historique entre la chrétienté et l'Islam en Europe occidentale. La Reconquista espagnole, qui durera sept siècles jusqu'à la chute de Grenade en 1492, prend racine dans cette résistance. Et Charles Martel, en repoussant les envahisseurs, crée les conditions politiques et dynastiques d'un empire carolingien qui façonnera l'identité de l'Europe médiévale pour les siècles suivants.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

Le surnom "Martel" (le Marteau) que la postérité a donné à Charles ne fut probablement pas utilisé de son vivant. Les sources contemporaines le désignent comme "Charles, prince des Francs" ou "maire du palais". Le sobriquet "Martel" apparaît dans les chroniques postérieures, peut-être en référence à la violence de ses coups dans la bataille, ou peut-être simplement à sa réputation de personnalité frappant fort.

Ce détail révèle quelque chose de fascinant : Charles Martel ne fut jamais roi. Il gouverna le royaume franc en tant que "maire du palais", une sorte de Premier ministre à pouvoirs absolus, sous le règne nominal de rois mérovingiens fantômes, qu'on appelle les "rois fainéants". Il remporta l'une des batailles les plus célèbres de l'histoire médiévale sans jamais porter le titre royal. Ce n'est que son fils Pépin le Bref qui se fit couronner roi avec l'approbation du pape, et son petit-fils Charlemagne qui fonda le Saint-Empire. Charles Martel resta donc officiellement un "serviteur" qui sauva l'Europe, une des ironies les plus remarquables de l'histoire franque.

Généraux impliqués

Francs et alliés germaniques :
Charles Martel
Califat omeyyade :
Abd al-Rahman al-Ghafiq

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qui était Charles Martel et pourquoi est-il célèbre ?

Charles Martel (vers 688–741) était le maire du palais du royaume franc, de facto son souverain absolu bien qu'il n'en portât pas le titre royal. Fils illégitime de Pépin de Herstal, il s'empara du pouvoir après une guerre civile et unifia le royaume franc. Il est célèbre principalement pour sa victoire à Tours-Poitiers en 732 qui stoppa l'avance des troupes omeyyades en Europe occidentale. Grand-père de Charlemagne, il est le fondateur dynastique de la famille carolingienne qui dirigera l'Europe occidentale pendant deux siècles.

Comment Charles Martel a-t-il arrêté l'armée omeyyade à Tours-Poitiers ?

Charles Martel choisit un terrain boisé et élevé qui neutralisait la cavalerie omeyyade, son principal avantage. Il disposa ses Francs en formation à pied, en carré serré, une "muraille de glace" décrite par les chroniqueurs arabes. Cette masse d'infanterie lourde résista à toutes les charges de cavalerie. Quand Abd al-Rahman al-Ghafiq tenta personnellement de rallier ses troupes, il fut tué dans la mêlée. Sa mort provoqua la débandade de l'armée omeyyade qui se retira dans la nuit, abandonnant son butin.

La bataille de Tours-Poitiers a-t-elle vraiment sauvé l'Europe de l'Islam ?

La portée réelle de Tours-Poitiers est débattue par les historiens. La thèse romantique du XIXe siècle, sans cette victoire, l'Europe entière serait devenue musulmane, est aujourd'hui nuancée. Les historiens modernes soulignent que les Omeyyades étaient affaiblis par des dissensions internes et que leur logistique atteignait ses limites naturelles. L'expansion islamique a continué en Méditerranée malgré la défaite. Cependant, la victoire de Charles Martel eut bien des conséquences concrètes : elle consolida le pouvoir carolingien et protégea le royaume franc d'autres raids, constituant un tournant réel dans l'histoire du nord-ouest européen.