Époque Moderne — Bataille de Yorktown

Époque Moderne

Bataille de Yorktown

28 septembre – 19 octobre 1781·Yorktown, Virginie

Yorktown est la bataille qui crée les États-Unis. Piégé dans la péninsule de Virginie par l'armée combinée de Washington et Rochambeau sur terre, et par la flotte de l'amiral de Grasse qui bloque la baie de Chesapeake, le général Cornwallis capitule avec 8 000 hommes. Cette défaite convainc le Parlement britannique d'abandonner la guerre.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée franco-américaine

Commandant : George Washington / Comte de Rochambeau

Effectifs~16 000 soldats (8 800 Français, 7 200 Américains)
Pertes~300 tués et blessés

Armée britannique

Commandant : Général Charles Cornwallis

Effectifs~8 000 soldats
Pertes~500 tués et blessés, ~7 500 prisonniers

« La capitulation de Cornwallis force l'Angleterre à reconnaître l'indépendance américaine. Naissance des États-Unis. »

Contexte : Bataille de Yorktown

À l'été 1781, la guerre d'Indépendance américaine dure depuis six ans. Les Américains sont épuisés. L'armée continentale de Washington, chroniquement sous-payée, sous-équipée et sous-alimentée, a frôlé la mutinerie à plusieurs reprises (Morristown, hiver 1780). Le Congrès continental est incapable de lever des impôts. La monnaie continentale ne vaut plus rien, l'expression "not worth a Continental" entre dans le langage courant. Sans la France, la cause américaine est perdue.

La France est entrée en guerre en 1778, après la victoire américaine de Saratoga (1777) qui a convaincu Louis XVI que les rebelles pouvaient gagner. L'alliance française apporte ce qui manque aux Américains : une marine de guerre capable de contester la Royal Navy, une armée professionnelle (le corps expéditionnaire de Rochambeau, 5 500 hommes débarqués à Newport en 1780), de l'argent et des armes. Mais en 1781, les Franco-Américains n'ont toujours pas remporté de victoire décisive.

Le tournant vient de la mer. En août 1781, l'amiral de Grasse quitte les Antilles avec 28 vaisseaux de ligne et 3 000 soldats supplémentaires, cap sur la baie de Chesapeake. C'est un mouvement audacieux qui met en jeu la flotte française des Caraïbes. Washington, informé par courrier, prend une décision qui définira sa place dans l'histoire : il abandonne son plan d'attaquer New York et marche vers le sud à toute vitesse, 650 kilomètres en trois semaines, pour rejoindre les Français en Virginie avant que les Britanniques ne comprennent la manoeuvre.

Le général Cornwallis, qui commande 8 000 soldats britanniques en Virginie, s'est retranché à Yorktown, petit port sur la rivière York, sur ordre de son supérieur Henry Clinton resté à New York. Cornwallis fortifie la ville et attend les renforts par mer. Il ne sait pas encore que la mer lui est fermée. Le 5 septembre, de Grasse repousse la flotte britannique de l'amiral Graves lors de la bataille de la Chesapeake. Les Britanniques, incapables de forcer le passage, retournent à New York. Cornwallis est piégé.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Le 28 septembre 1781, l'armée franco-américaine encercle Yorktown. Washington commande l'ensemble : 7 200 Américains sur l'aile droite, 8 800 Français de Rochambeau sur l'aile gauche. La supériorité est écrasante : deux contre un sur terre, la flotte de Grasse bloque la mer. Cornwallis est enfermé dans un étau.

Le siège commence selon les règles de l'art de Vauban, que les officiers français maîtrisent à la perfection. La première parallèle (tranchée de siège) est creusée à 600 mètres des lignes britanniques dans la nuit du 6 octobre. Les batteries d'artillerie franco-américaines, 52 canons lourds dont des pièces de marine débarquées de la flotte, ouvrent le feu le 9 octobre. Washington met personnellement le feu à la première mèche. Le bombardement est dévastateur. Les boulets percent les parapets de terre, détruisent les abris, coulent les navires britanniques ancrés dans la rivière. Le HMS Charon, frégate de 44 canons, brûle toute la nuit, illuminant le siège d'une lueur sinistre.

Le 11 octobre, la deuxième parallèle est commencée, à 300 mètres des lignes. Deux redoutes avancées britanniques (les redoutes 9 et 10) bloquent le prolongement de la tranchée. Elles doivent être prises d'assaut. Le 14 octobre, à la tombée de la nuit, deux colonnes d'assaut attaquent simultanément. La redoute 10 est assignée aux Français du colonel Guillaume de Deux-Ponts (régiment de Gâtinais et Royal Deux-Ponts). La redoute 9 aux Américains du lieutenant-colonel Alexander Hamilton, l'ancien aide de camp de Washington qui avait supplié pour obtenir un commandement au combat. Les deux assauts réussissent en moins de dix minutes. Hamilton, pour prouver que les Américains valent les Français, ordonne à ses hommes de charger à la baïonnette sans tirer un seul coup de feu. Ils escaladent les palissades sous la mitraille et prennent la redoute au corps à corps.

Cornwallis tente une sortie désespérée le 16 octobre contre la deuxième parallèle. Les grenadiers britanniques enclouent quelques canons, mais les Français les repoussent. Dans la nuit, Cornwallis essaie d'évacuer ses troupes par bateau à travers la rivière York vers Gloucester Point. Une tempête soudaine disperse les embarcations. Le 17 octobre, un tambour britannique monte sur le parapet et bat la chamade. Un officier agite un drapeau blanc. La fusillade cesse. Le 19 octobre, Cornwallis, prétextant une maladie, envoie son adjoint le brigadier O'Hara présenter son épée. O'Hara tente de la remettre à Rochambeau (un officier français plutôt qu'un rebelle américain). Rochambeau refuse et désigne Washington. Washington désigne son adjoint Benjamin Lincoln. 7 500 soldats britanniques défilent entre les deux armées, les Français en uniformes blancs impeccables, les Américains en haillons, pendant que les fifres britanniques jouent (selon la tradition) "The World Turned Upside Down".

Les conséquences historiques

La capitulation de Yorktown ne met pas fin immédiatement à la guerre (les combats continueront sporadiquement jusqu'en 1783), mais elle tue la volonté britannique de poursuivre. Quand Lord North, le Premier ministre, apprend la nouvelle à Londres, il s'exclame : "Mon Dieu, tout est fini !" Le Parlement vote en mars 1782 contre la continuation de la guerre. Les négociations aboutissent au traité de Paris de 1783 : l'Angleterre reconnaît l'indépendance des treize colonies. Les États-Unis d'Amérique existent.

Pour la France, Yorktown est une revanche sur le traité de Paris de 1763 qui lui avait fait perdre le Canada et l'Inde. Louis XVI a humilié l'Angleterre. Mais la victoire a un prix : la guerre américaine a coûté 1,3 milliard de livres au trésor royal. Cette dette colossale, ajoutée à des décennies de déficits, poussera Louis XVI à convoquer les États généraux en 1789. La Révolution française, fille directe de la crise financière causée par l'aide à l'Amérique, dévorera la monarchie qui avait aidé à naître la plus grande démocratie du monde.

Washington sort de Yorktown avec un prestige qui fait de lui le père de la nation. Il sera élu premier président en 1789. Rochambeau, rentré en France couvert de gloire, survivra à la Révolution (de justesse : arrêté sous la Terreur, il échappa à la guillotine). Lafayette, qui commandait une division à Yorktown, deviendra l'incarnation du lien franco-américain, célébré des deux côtés de l'Atlantique. La France et les États-Unis resteront alliés, une alliance scellée dans les tranchées de Yorktown et qui se prolongera jusqu'aux plages de Normandie en 1944.

Le saviez-vous ?

Alexander Hamilton, futur premier secrétaire au Trésor des États-Unis (et héros de la comédie musicale de Broadway), obtint son moment de gloire à Yorktown. Aide de camp de Washington depuis quatre ans, il brûlait d'obtenir un commandement au combat. Washington finit par céder et lui confia l'assaut de la redoute 9. Hamilton ordonna à ses hommes de charger à la baïonnette sans tirer, pour prouver que les Américains étaient aussi bons que les Français qui attaquaient la redoute voisine. L'assaut réussit en moins de dix minutes. Hamilton grimpa lui-même sur l'épaule d'un soldat pour franchir la palissade. C'est cette bravoure physique, autant que son génie financier, qui fit de lui l'un des Pères fondateurs les plus respectés, jusqu'à ce qu'Aaron Burr le tue en duel en 1804.

Généraux impliqués

Armée franco-américaine :
George WashingtonComte de Rochambeau
Armée britannique :
Général Charles Cornwallis

Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.

Batailles liées

Questions fréquentes

Quel rôle la France a-t-elle joué dans la victoire de Yorktown ?

Le rôle français à Yorktown fut décisif, peut-être plus que celui des Américains. La flotte de l'amiral de Grasse (28 vaisseaux) bloqua la baie de Chesapeake et empêcha tout secours britannique par mer. L'armée de Rochambeau fournit 8 800 soldats professionnels (contre 7 200 Américains). L'artillerie française, experte en techniques de siège héritées de Vauban, mena les opérations de tranchées. Sans la marine, l'armée et l'argent français, la victoire de Yorktown aurait été impossible.

Comment Cornwallis s'est-il retrouvé piégé à Yorktown ?

Cornwallis se retrouva piégé par la convergence simultanée de trois forces qu'il ne pouvait prévoir. Washington et Rochambeau marchèrent 650 km depuis New York en trois semaines, trompant Clinton sur leurs intentions. L'amiral de Grasse arriva des Antilles avec 28 vaisseaux et bloqua la Chesapeake, repoussant la flotte de secours de l'amiral Graves le 5 septembre. Cornwallis, retranché à Yorktown sur ordre de Clinton qui lui promettait des renforts par mer, se retrouva coupé de tout secours, avec 8 000 hommes face à 16 000.

Yorktown a-t-elle directement causé la Révolution française ?

Pas directement, mais la guerre d'Amérique fut un facteur déterminant de la crise financière qui mena à 1789. La France dépensa environ 1,3 milliard de livres pour soutenir les insurgés américains. Cette dette, ajoutée aux déficits chroniques de la monarchie, poussa Louis XVI à convoquer les États généraux en mai 1789 pour voter de nouveaux impôts. La suite est connue. Il y a une ironie tragique dans le fait que la monarchie française ait financé la naissance d'une démocratie qui inspira sa propre destruction.