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Époque Moderne

Bataille de Zorndorf

25 août 1758·Zorndorf (Sarbinowo), Brandebourg

Le 25 août 1758, Frédéric II attaque l'armée russe de Fermor près de Zorndorf, dans le Brandebourg. La bataille, l'une des plus sanglantes du XVIIIe siècle, dégénère en carnage chaotique. Les Prussiens percent l'aile droite russe mais se heurtent à une résistance fanatique au centre. 30 000 hommes tombent en une journée. Les Russes se replient, mais ne sont pas détruits.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée prussienne

Commandant : Frédéric II de Prusse

Effectifs36 000 hommes
Pertes12 800 tués ou blessés

Armée impériale russe

Commandant : Général Fermor

Effectifs44 000 hommes
Pertes18 000 tués, blessés ou disparus
Effectifs & Pertes
Armée prussienneArmée impériale russe
011k22k33k44k00EFFECTIFS00PERTES36%des effectifs41%des effectifs

« Premier affrontement majeur entre la Prusse et la Russie pendant la guerre de Sept Ans. Bain de sang effroyable qui révèle la ténacité de l'infanterie russe et préfigure le cauchemar de Kunersdorf. »

Contexte : Bataille de Zorndorf

L'été 1758 est le moment le plus critique de la guerre de Sept Ans pour Frédéric II. La Prusse, encerclée, combat sur tous les fronts. Les Autrichiens menacent la Silésie au sud. Les Français et les troupes de l'Empire occupent la Westphalie et le Hanovre à l'ouest. Les Suédois ont envahi la Poméranie au nord. Et maintenant, les Russes arrivent par l'est.

L'armée russe du général Villim Fermor (un Balte d'origine écossaise au service du tsar) a franchi la frontière prussienne au printemps 1758 avec 44 000 hommes. Elle marche lentement vers l'ouest, dévastant tout sur son passage. Le Brandebourg, coeur du royaume de Prusse, est envahi. Küstrin, ville-forteresse sur l'Oder, est bombardée et brûlée. Les civils fuient. La terreur se répand à Berlin : pour la première fois, la guerre est chez eux.

Frédéric, qui affrontait les Autrichiens en Moravie, fait demi-tour en urgence. En douze jours, il parcourt 250 kilomètres avec 36 000 hommes, marches forcées de l'aube au crépuscule. C'est l'une des plus spectaculaires manoeuvres de marche de la guerre de Sept Ans. Frédéric connaît les Autrichiens, les Français, les Saxons. Il n'a jamais combattu les Russes. Ses renseignements sont vagues. Il sait que l'armée russe est massive, lente, mal commandée, mais que son infanterie est réputée d'une ténacité terrifiante. Les soldats russes, des serfs enrôlés à vie, n'ont rien à perdre et se battent jusqu'à la mort.

Le 25 août, Frédéric trouve l'armée de Fermor retranchée près du village de Zorndorf, sur un terrain coupé de marais et de ravins. Le dispositif russe est un carré massif, orienté au sud. Frédéric tente la manoeuvre qui lui a si bien réussi à Leuthen : un grand mouvement de flanc pour attaquer le côté le plus faible. Il marche vers le nord, contourne l'armée russe, et l'attaque par le nord-est. Fermor, surpris, doit faire pivoter tout son dispositif.

Comment s'est déroulée la bataille ?

Vers midi, l'artillerie prussienne ouvre le feu. 60 canons pilonnent l'aile droite russe. Puis l'infanterie avance. L'aile gauche prussienne du général Manteuffel se lance à l'assaut. Les premiers régiments enfoncent les bataillons russes de la droite, qui sont désorganisés par le pivotement de dernière minute. Les Prussiens croient tenir la victoire. C'est une illusion.

L'infanterie russe ne fuit pas. Les bataillons enfoncés se reforment derrière les suivants. Les soldats se battent au corps à corps avec une sauvagerie qui sidère les Prussiens. Les grenadiers russes, massés en rangs serrés, reçoivent les charges à la baïonnette sans reculer. Les officiers prussiens rapporteront après la bataille qu'ils devaient littéralement tuer chaque soldat russe individuellement : aucun ne se rendait, aucun ne fuyait.

Le centre de la bataille dégénère en mêlée confuse. Les formations se disloquent. Des régiments prussiens, emportés par leur élan, s'enfoncent dans la masse russe et se retrouvent encerclés. La cavalerie prussienne de Seydlitz charge pour les dégager. Trois charges successives percutent le flanc russe. Les cuirassiers de Seydlitz sabrent à travers l'infanterie, mais les Russes se reforment derrière chaque brèche. La cavalerie s'épuise.

Sur l'aile gauche russe, l'attaque prussienne est repoussée. Les bataillons du général von Dohna sont décimés par un feu d'artillerie meurtrier. Les Prussiens reculent en désordre. Frédéric envoie ses réserves. La bataille oscille d'un côté à l'autre pendant des heures. Le terrain, coupé de ravins et de marais, empêche toute manoeuvre cohérente. Les régiments se mélangent, les ordres ne passent plus, les officiers sont tués les uns après les autres.

En fin d'après-midi, la situation est chaotique. L'aile droite russe est enfoncée mais pas détruite. Le centre tient dans une mêlée sanglante. L'aile gauche russe a repoussé les Prussiens. Des groupes de soldats russes, séparés de leurs unités, combattent en îlots isolés. Certains, pris de boisson (les Russes avaient capturé un convoi de vivres prussien contenant de l'eau-de-vie), se battent dans un état de fureur éthylique. Des actes de cruauté sont commis des deux côtés : des blessés sont achevés, des prisonniers massacrés. Zorndorf est l'une des batailles les plus brutales du XVIIIe siècle.

La nuit met fin au carnage. Fermor ordonne un repli vers le nord-est. Les Russes se retirent en bon ordre, emportant une partie de leur artillerie. Les Prussiens, trop épuisés pour poursuivre, restent sur le champ de bataille. Le sol est couvert de cadavres sur des kilomètres. 12 800 Prussiens et 18 000 Russes gisent morts ou blessés. Le rapport de pertes est effroyable : plus d'un tiers des effectifs engagés.

Les conséquences historiques

Zorndorf est une victoire tactique prussienne : Fermor se retire, Frédéric tient le terrain, le Brandebourg est sauvé. Mais c'est une victoire creuse. L'armée russe n'est pas détruite. Elle se replie de 30 kilomètres, se réorganise, et reste une menace permanente.

Le choc psychologique est profond des deux côtés. Les Prussiens, qui méprisaient l'infanterie russe (Frédéric parlait de "hordes de barbares"), découvrent une armée d'une ténacité inhumaine. Le roi lui-même écrit après la bataille : "Ces gens-là se font tuer sur place. Il faut les abattre comme des arbres." Les officiers prussiens n'ont jamais vu cela : des régiments entiers exterminés jusqu'au dernier homme sans un seul fuyard. La machine prussienne, faite pour vaincre par la manoeuvre et la discipline de feu, se heurte à un mur de chair qui refuse de céder.

Pour les Russes, Zorndorf est une défaite mais pas une humiliation. Fermor a perdu plus d'hommes et le terrain, mais il a résisté pendant des heures à la meilleure armée d'Europe et s'est retiré en ordre. La tsarine Élisabeth, satisfaite de la résistance de ses troupes, envoie des renforts. L'armée russe reviendra l'année suivante, plus forte. À Kunersdorf en 1759, elle écrasera Frédéric.

Zorndorf préfigure les grandes boucheries du XIXe siècle. Le taux de pertes (35% pour les Prussiens, 40% pour les Russes) est comparable à celui de Borodino ou de la Somme. La bataille montre que lorsque deux armées disciplinées refusent de céder, le résultat est un massacre sans décision. Ce n'est plus la guerre de mouvement de Leuthen. C'est l'annonce de la guerre d'usure.

Le saviez-vous ?

Après la bataille, Frédéric inspecta le champ de bataille et fut frappé par un spectacle macabre : des groupes de soldats russes, ivres d'eau-de-vie prussienne capturée, gisaient morts au milieu des cadavres, certains encore agrippés à leurs bouteilles. D'autres, blessés et à moitié ivres, continuaient à se battre contre les corvées de ramassage des blessés. Le roi, connu pour son mépris envers ses adversaires, fit une exception pour les Russes. Il écrivit à son frère Henri : "Il ne suffit pas de tuer ces gens-là, il faut encore les pousser pour les faire tomber." La formule devint célèbre dans l'armée prussienne et résumait le sentiment général : la Russie était un ennemi d'une nature différente, que la tactique seule ne pouvait vaincre.

Généraux impliqués

Armée impériale russe :
Général Fermor

Batailles liées

Questions fréquentes

Pourquoi Zorndorf fut-elle si meurtrière par rapport aux autres batailles du XVIIIe siècle ?

Zorndorf fut exceptionnellement sanglante (30 000 pertes sur 80 000 engagés) pour trois raisons. Le terrain d'abord : les ravins et marais empêchèrent toute manoeuvre fluide, transformant la bataille en mêlée statique. L'obstination russe ensuite : l'infanterie du tsar ne fuyait pas, ne se rendait pas, forçant les Prussiens à un combat d'extermination. La désorganisation enfin : les formations se disloquèrent, les soldats combattirent en groupes isolés, rendant impossible tout contrôle par les officiers. La brutalité des deux camps fit le reste.

Quel rôle la cavalerie de Seydlitz joua-t-elle à Zorndorf ?

Friedrich Wilhelm von Seydlitz, le meilleur cavalier de Frédéric, lança trois charges massives contre le flanc de l'infanterie russe pour dégager les régiments prussiens enfoncés dans la mêlée. Ses cuirassiers percèrent les lignes à chaque charge, mais les Russes se refermaient derrière eux comme l'eau après un rocher. Seydlitz fut blessé à la fin de la bataille. Sa cavalerie empêcha la défaite prussienne mais ne put provoquer la déroute russe. Zorndorf montra les limites de la cavalerie face à une infanterie qui refuse de rompre.

Comment Zorndorf a-t-elle influencé la suite de la guerre de Sept Ans ?

Zorndorf apprit deux choses à Frédéric. La première : l'infanterie russe était la plus résistante d'Europe, aucune manoeuvre élégante ne pouvait la faire fuir. La seconde : vaincre la Russie en une seule bataille était impossible. L'armée russe se retirait, se reconstituait, revenait. Ce constat poussa Frédéric vers la guerre d'usure, exactement ce qu'il voulait éviter. À Kunersdorf l'année suivante, les Russes (renforcés par les Autrichiens) infligèrent à Frédéric la pire défaite de sa carrière.