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Époque Moderne

Bataille de Leuthen

5 décembre 1757·Leuthen (Lutynia), Silésie

Le 5 décembre 1757, Frédéric le Grand remporta à Leuthen l'une des victoires les plus brillantes de l'histoire militaire. Avec 36 000 Prussiens, il écrasa une armée autrichienne de 66 000 à 80 000 hommes grâce à une application magistrale de l'ordre oblique, concentrant ses forces sur le flanc gauche autrichien tout en masquant sa manoeuvre.

Forces en Présence

✓ Vainqueur

Armée prussienne

Commandant : Frédéric II de Prusse (Frédéric le Grand)

EffectifsEnviron 36 000 hommes et 167 canons
PertesEnviron 6 400 tués et blessés

Armée autrichienne

Commandant : Prince Charles-Alexandre de Lorraine

EffectifsEnviron 66 000 à 80 000 hommes et 210 canons
PertesEnviron 10 000 tués et blessés, 12 000 prisonniers, 116 canons perdus
Effectifs & Pertes
Armée prussienne(vainqueur)Armée autrichienne(vaincu)
020k40k60k80k00EFFECTIFS00PERTES18%des effectifs28%des effectifs

« Leuthen est considérée comme le chef-d'oeuvre tactique de Frédéric le Grand et l'application parfaite de l'ordre oblique, que Napoléon qualifiait de "suffisante pour immortaliser Frédéric". »

Publié le 31 mars 2026

02 — Chapitre

Contexte

L'année 1757 fut la plus critique de la guerre de Sept Ans pour la Prusse. Frédéric II faisait face à une coalition écrasante : l'Autriche, la France, la Russie, la Suède et la Saxe. La Prusse, petite puissance de cinq millions d'habitants, affrontait des empires totalisant plus de cent millions d'âmes.

Le début de l'année fut catastrophique. Les Russes envahirent la Prusse-Orientale. Les Français occupèrent le Hanovre, allié de la Prusse. Les Autrichiens reconquirent la Silésie, la riche province que Frédéric avait arrachée à Marie-Thérèse lors de la guerre précédente. En octobre, un corps austro-impérial occupa brièvement Berlin, la capitale prussienne. Frédéric semblait au bord de l'effondrement.

Mais le 5 novembre 1757, Frédéric remporta une victoire éclatante à Rossbach contre une armée franco-impériale deux fois supérieure en nombre. Cette victoire fut obtenue en moins de deux heures grâce à la mobilité extraordinaire de la cavalerie prussienne de Seydlitz. Sans perdre un instant, Frédéric marcha vers l'est pour affronter les Autrichiens en Silésie.

Le prince Charles de Lorraine, beau-frère de Marie-Thérèse, commandait une armée autrichienne de 66 000 à 80 000 hommes, forte de sa reconquête de la Silésie. Ses troupes étaient déployées sur un front de huit kilomètres autour du village de Leuthen. Charles, confiant dans sa supériorité numérique (presque deux contre un), attendait Frédéric. Les officiers autrichiens étaient si confiants que certains avaient organisé un bal la veille de la bataille.

Frédéric, avec seulement 36 000 hommes épuisés par la marche forcée depuis Rossbach, devait frapper vite et fort. La survie de la Prusse en dépendait.

La veille de la bataille, les éclaireurs prussiens capturèrent des traînards autrichiens et obtinrent des renseignements sur le dispositif ennemi. Frédéric apprit que le flanc gauche autrichien, au sud, était le plus faible, tenu par des contingents wurtembergeois et bavarois de qualité inégale. Il connaissait aussi le terrain par cœur : la Silésie était le joyau de son royaume, et il y avait manœuvré ses armées pendant les guerres précédentes. Chaque colline, chaque chemin creux lui était familier. Cet avantage allait se révéler décisif.

03 — Chapitre

Déroulement

Le matin du 5 décembre, Frédéric rassembla ses officiers dans une grange et leur tint un discours resté célèbre : "Je vais, contre toutes les règles de l'art, attaquer une armée de presque le triple de la nôtre, retranchée sur les hauteurs. Je dois le faire, ou tout est perdu. Nous devons battre l'ennemi, ou nous faire tous enterrer devant ses batteries."

La manoeuvre de Leuthen est un modèle de stratégie enseigné dans toutes les académies militaires. Frédéric avança d'abord directement vers le centre autrichien, puis fit pivoter toute son armée vers le sud en utilisant les collines pour masquer son mouvement. Les Autrichiens, observant des colonnes prussiennes se déplacer vers leur droite, crurent à une attaque sur leur flanc droit (nord) et renforcèrent ce secteur.

C'était exactement ce que Frédéric voulait. Pendant que les Autrichiens déplaçaient leurs réserves vers le nord, l'armée prussienne, marchant à couvert derrière une ligne de collines basses, convergea vers le flanc gauche (sud) autrichien. L'ordre oblique, théorisé par Épaminondas à Leuctres en 371 av. J.-C. et perfectionné par Frédéric, consiste à concentrer la masse de l'armée sur un flanc ennemi tout en refusant l'engagement sur l'autre.

Vers 13 heures, l'attaque frappa le flanc gauche autrichien avec une violence inouïe. Les régiments wurtembergeois et bavarois qui tenaient ce secteur furent submergés. L'infanterie prussienne avança en formation serrée, soutenue par une artillerie dévastatrice. Le village de Leuthen lui-même devint le centre d'un combat acharné, les Autrichiens se défendant maison par maison dans l'église fortifiée.

Charles de Lorraine tenta de réorganiser ses lignes, faisant pivoter son centre et ses réserves vers le sud. Mais cette manoeuvre, exécutée sous le feu ennemi, créa le chaos. Les unités s'emmêlèrent, les ordres se perdirent. Frédéric, exploitant le désordre, engagea sa cavalerie sur le flanc exposé. Les escadrons de Driesen chargèrent dans la confusion autrichienne, achevant la déroute.

À la tombée de la nuit, l'armée autrichienne était en pleine fuite vers Breslau. Frédéric avait infligé plus de 22 000 pertes (tués, blessés et prisonniers) aux Autrichiens, contre 6 400 pour les Prussiens. 116 canons et 51 drapeaux furent capturés. Des régiments entiers se rendirent en bloc. Le prince Charles, incapable de rallier ses troupes, dut fuir avec son état-major pour ne pas être capturé. Breslau, la capitale de la Silésie, ouvrit ses portes quelques jours plus tard. En une après-midi de décembre, Frédéric avait reconquis la province entière que les Autrichiens avaient mis des mois à arracher.

04 — Chapitre

Conséquences

Leuthen sauva la Prusse d'un désastre imminent. La victoire permit à Frédéric de reprendre Breslau et la majeure partie de la Silésie en quelques semaines. L'armée autrichienne, démoralisée, se replia en Bohême et ne fut plus en mesure de menacer la Silésie avant le printemps suivant. La Prusse survécut à l'année la plus critique de la guerre de Sept Ans.

Sur le plan militaire, Leuthen est considérée comme l'application la plus parfaite de l'ordre oblique dans l'histoire. Napoléon, qui étudia cette bataille en détail, déclara : "Cette bataille est un chef-d'oeuvre de mouvements, de manoeuvres et de résolution. Elle seule suffirait à immortaliser Frédéric et à le placer au rang des plus grands généraux." Clausewitz la qualifia de "plus belle victoire" de Frédéric, supérieure même à Rossbach.

L'impact sur le moral des belligérants fut considérable. Les Autrichiens, qui se croyaient invincibles après leurs succès de l'été, comprirent qu'ils ne pourraient pas écraser la Prusse tant que Frédéric serait vivant. La guerre durerait encore six ans, jusqu'en 1763, mais Leuthen démontra que le petit royaume prussien possédait l'armée la mieux entraînée d'Europe et le général le plus brillant de son temps.

L'influence de Leuthen dépassa largement le cadre de la guerre de Sept Ans. Toutes les académies militaires européennes, de Potsdam à Saint-Cyr en passant par Sandhurst, étudièrent cette bataille comme l'exemple parfait de la manœuvre sur les flancs. L'ordre oblique, concept théorique avant Frédéric, devint après Leuthen une doctrine concrète, applicable, enseignée à des générations d'officiers. Napoléon lui-même, à Austerlitz en 1805, utilisa un principe similaire (fixer le flanc nord autrichien et frapper au sud sur le plateau de Pratzen) qui rappelle directement la leçon de Leuthen.

05 — Anecdote

Le saviez-vous ?

La veille de la bataille, Frédéric rassembla ses officiers et prononça un discours qui est devenu l'un des plus célèbres de l'histoire militaire. Après avoir exposé la situation désespérée de la Prusse et annoncé son intention d'attaquer une armée presque trois fois supérieure, il conclut : "Tout régiment de cavalerie qui n'attaque pas immédiatement à l'ordre sera dessellé sur le champ de bataille. Tout bataillon d'infanterie qui hésitera sera privé de ses drapeaux et de ses sabres. Et maintenant, messieurs, adieu. Demain, nous aurons battu l'ennemi, ou nous ne nous reverrons plus." Après ce discours, les officiers gardèrent le silence un instant, puis un grenadier entonna spontanément le choral luthérien "Nun danket alle Gott" (Rendons grâces à Dieu). Toute l'armée reprit l'hymne dans la nuit froide de Silésie.

Généraux impliqués

Fait partie de

Guerre de Sept Ans

1756 – 1763 · Découvrir la guerre →

Batailles liées

06 — Questions

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'ordre oblique utilisé à Leuthen ?

L'ordre oblique est une tactique consistant à concentrer la majorité de ses forces sur un flanc de l'ennemi, tout en maintenant l'autre flanc en retrait ("refusé") pour éviter l'engagement. L'objectif est de submerger un point du dispositif adverse avec une supériorité locale écrasante, avant que l'ennemi puisse réorganiser ses forces. Inventé par le Thébain Épaminondas à Leuctres en 371 av. J.-C., il fut perfectionné par Frédéric le Grand. À Leuthen, Frédéric masqua en plus sa manoeuvre derrière des collines, ce qui rendit l'ordre oblique encore plus dévastateur car les Autrichiens ne comprirent l'attaque que lorsqu'il était trop tard.

Pourquoi Napoléon admirait-il tant la bataille de Leuthen ?

Napoléon étudia Leuthen en détail et la considérait comme un modèle de manoeuvre et de résolution. Il déclara qu'elle "suffirait à immortaliser Frédéric et à le placer au rang des plus grands généraux". Ce qui impressionnait Napoléon, c'était la combinaison de trois éléments : l'audace d'attaquer une armée presque trois fois supérieure, la perfection technique de la manoeuvre d'approche masquée, et la rapidité d'exécution. Napoléon reconnaissait que Frédéric avait résolu le problème fondamental de la guerre : comment vaincre un ennemi supérieur en nombre par la supériorité au point décisif.

Quelles furent les conséquences de Leuthen pour la guerre de Sept Ans ?

Leuthen permit à Frédéric de reprendre la Silésie avant la fin de 1757 et de survivre à l'année la plus critique de la guerre. Les Autrichiens perdirent environ 22 000 hommes et 116 canons, une défaite qui les contraignit à abandonner leurs plans de reconquête pour l'hiver. La guerre continua encore six ans, jusqu'au traité de Hubertusbourg (1763), mais Leuthen démontra que la Prusse, malgré sa taille modeste, ne pouvait pas être écrasée militairement. Cette victoire consolida le statut de la Prusse comme grande puissance européenne.

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