Époque Moderne
Bataille de Breslau (1757)
Le 22 novembre 1757, l'armée autrichienne du prince Charles de Lorraine écrase les Prussiens du duc de Bevern devant Breslau. L'armée prussienne perd près de 10 000 hommes et la capitale de la Silésie. Victoire éphémère : treize jours plus tard, Frédéric le Grand détruit cette même armée autrichienne à Leuthen.
Forces en Présence
Armée autrichienne
Commandant : Prince Charles-Alexandre de Lorraine
Armée prussienne
Commandant : Duc Auguste-Guillaume de Bevern
« Victoire autrichienne qui redonne à Vienne le contrôle de la Silésie, deux semaines avant que Frédéric II ne la reconquière à Leuthen. »
Contexte : Bataille de Breslau (1757)
L'année 1757 est la plus noire du règne de Frédéric II. Le roi de Prusse, qui avait déclenché la guerre de Sept Ans en envahissant la Saxe en août 1756, se retrouve cerné par une coalition de trois grandes puissances : l'Autriche de Marie-Thérèse, la France de Louis XV et la Russie d'Élisabeth. La Prusse, cinq millions d'habitants, affronte des empires qui en totalisent cent millions. Le miracle, c'est qu'elle ne soit pas déjà détruite.
En juin 1757, Frédéric subit à Kolin sa première défaite en bataille rangée. Le maréchal Daun y stoppe net l'avance prussienne en Bohême. 14 000 hommes perdus. Le roi doit évacuer Prague et se replier en Saxe. C'est le signal pour ses ennemis. Les Français envahissent le Hanovre (allié de la Prusse), les Suédois débarquent en Poméranie, les Russes entrent en Prusse-Orientale. Frédéric court d'un front à l'autre avec une armée qui fond à chaque bataille.
En Silésie, la situation est critique. Cette province riche, arrachée à l'Autriche en 1740, est le joyau de la couronne prussienne. Marie-Thérèse veut la reprendre. Elle y envoie son beau-frère, le prince Charles-Alexandre de Lorraine, à la tête de 84 000 hommes. Face à lui, Frédéric n'a pu laisser que le duc Auguste-Guillaume de Bevern avec 28 000 hommes : le gros de l'armée prussienne est en Saxe, où Frédéric prépare la bataille de Rossbach contre les Français.
Bevern est un commandant compétent, pas un génie. Il sait que ses 28 000 hommes ne peuvent pas battre 84 000 Autrichiens en rase campagne. Il se retranche donc devant Breslau, la capitale de la Silésie, espérant que les fortifications de la ville compenseront son infériorité numérique. Le rapport de forces est de trois contre un. Bevern ne peut que tenir et attendre que Frédéric vienne à son secours après Rossbach.
Le prince Charles de Lorraine, encouragé par les victoires de Kolin et de l'été 1757, décide d'attaquer frontalement. Il dispose de l'artillerie la plus nombreuse de la guerre, avec plus de 200 canons. Les Autrichiens ont tiré les leçons de leurs défaites passées : leurs régiments sont mieux entraînés, leur cavalerie plus agressive. L'offensive est prévue pour le 22 novembre, malgré le froid et la boue de l'automne silésien.
Comment s'est déroulée la bataille ?
Le 22 novembre 1757, à l'aube, les colonnes autrichiennes s'ébranlent. Charles de Lorraine lance l'assaut sur trois axes. L'aile droite autrichienne, sous le général Nádasdy, attaque les positions prussiennes sur la Lohe, un affluent de l'Oder qui couvre le flanc sud de Breslau. L'aile gauche frappe au nord, le centre avance droit sur les retranchements.
Bevern a disposé ses troupes en arc de cercle devant la ville, appuyées sur des redoutes et des batteries. Ses 28 000 hommes tiennent un front trop large pour leur nombre. La défense est vaillante. Les régiments prussiens, fidèles à leur réputation de discipline sous le feu, repoussent les premiers assauts autrichiens avec des volées de mousqueterie précises. L'infanterie de Bevern tient pendant plus de trois heures, infligeant des pertes lourdes aux assaillants.
Mais la supériorité numérique autrichienne finit par peser. Le point de rupture vient au sud. Nádasdy, avec ses cavaliers hongrois et ses pandours croates, perce la ligne prussienne sur la Lohe. Les Prussiens qui défendaient ce secteur, étirés sur un front trop long, ne peuvent contenir la masse de cavalerie. Nádasdy s'enfonce dans la brèche et menace d'envelopper l'aile droite de Bevern.
Au centre, l'artillerie autrichienne, forte de plus de 200 pièces, pilonne les retranchements prussiens. Les boulets labourent les redoutes, démontent les canons prussiens, fauchent les servants. Les régiments d'infanterie autrichienne avancent à la baïonnette dans la fumée. Les combats au corps à corps sont féroces dans les fortifications de campagne. Des compagnies entières sont anéanties des deux côtés.
Vers midi, la situation prussienne devient intenable. L'aile droite recule sous la poussée de Nádasdy. Le centre est enfoncé en deux points. Bevern ordonne un repli vers la ville, mais le repli se transforme vite en désordre. Les unités s'entremêlent dans les rues étroites de Breslau. La cavalerie autrichienne poursuit les fuyards, sabrant les traînards.
Les pertes prussiennes sont sévères : 6 200 tués ou blessés, plus 3 600 prisonniers (dont beaucoup capturés dans la confusion du repli). Les Autrichiens comptent 5 000 tués ou blessés, un prix acceptable pour une victoire aussi nette. Le rapport de pertes reflète la supériorité numérique : les Prussiens perdent 35% de leurs effectifs, les Autrichiens 6%.
Breslau tombe le lendemain. La garnison prussienne, démoralisée, capitule le 24 novembre. Bevern lui-même est capturé le 23, dans des circonstances troubles : selon certaines sources, il se laissa prendre volontairement, préférant la captivité à la disgrâce royale. Frédéric, furieux, le traitera de lâche. La vérité est que Bevern a fait ce qu'il pouvait avec des forces trois fois inférieures. Aucun général prussien n'aurait fait mieux dans ces conditions.
La Silésie semble perdue. Vienne exulte. Marie-Thérèse voit enfin la reconquête de sa province. Mais le 5 décembre, treize jours après Breslau, Frédéric le Grand arrive avec l'armée victorieuse de Rossbach et inflige aux Autrichiens la catastrophe de Leuthen. La plus grande victoire tactique du XVIIIe siècle efface Breslau en une journée.
Les conséquences historiques
La bataille de Breslau illustre la fragilité du système militaire prussien en 1757. La Prusse ne peut pas être partout à la fois. Quand Frédéric concentre ses forces contre les Français à Rossbach (5 novembre), la Silésie reste sans protection face à la masse autrichienne. Bevern, avec 28 000 hommes contre 84 000, ne pouvait que retarder l'inévitable. La perte de Breslau est le prix de la victoire de Rossbach.
Pour l'Autriche, Breslau est un triomphe trompeur. Charles de Lorraine, encouragé par cette victoire facile, commet l'erreur de disperser ses forces en garnisons à travers la Silésie au lieu de les concentrer. Quand Frédéric arrive le 5 décembre avec 36 000 hommes, les 66 000 Autrichiens rassemblés à Leuthen sont désorganisés, confiants à l'excès. L'ordre oblique de Frédéric les broie. 22 000 Autrichiens sont tués, blessés ou capturés. Breslau est reprise le 20 décembre. Toute la Silésie revient à la Prusse en trois semaines.
Breslau démontre un paradoxe stratégique de la guerre de Sept Ans : les victoires autrichiennes sont toujours temporaires, parce qu'elles ne sont jamais suivies d'une exploitation décisive. Les Autrichiens gagnent des batailles, occupent des territoires, puis les perdent quand Frédéric surgit avec sa petite armée superbement entraînée. Ce schéma se répète de Kolin à Hochkirch, de Breslau à Leuthen. Marie-Thérèse reprend la Silésie en novembre 1757 et la perd en décembre 1757. Elle la reprendra brièvement après Kunersdorf en 1759, et la perdra à nouveau.
Le sort du duc de Bevern est révélateur des exigences de Frédéric. Libéré par échange de prisonniers en 1758, Bevern ne reçoit plus jamais de commandement important. Frédéric ne pardonnait pas les défaites, même inévitables. Cette dureté poussait ses généraux à des audaces parfois suicidaires, préférant la mort au déshonneur royal. La victoire ou la disgrâce : le système de Frédéric ne connaissait pas de troisième voie.
Breslau reste dans l'historiographie militaire comme le prologue de Leuthen. Sans la perte de Breslau, pas de marche forcée de Frédéric vers la Silésie, pas de reconquête éclair, pas de Leuthen. La défaite de novembre rend la victoire de décembre nécessaire, urgente et totale.
Le saviez-vous ?
Le duc de Bevern fut capturé le 23 novembre dans des circonstances que l'historiographie n'a jamais totalement éclaircies. Selon la version officielle prussienne, il tomba sur une patrouille autrichienne lors d'une reconnaissance solitaire. Mais plusieurs témoins rapportèrent qu'il s'était éloigné volontairement de ses lignes, sans escorte, en plein territoire ennemi. L'hypothèse d'une capture délibérée est prise au sérieux par les historiens : Bevern savait que Frédéric le tiendrait responsable de la perte de Breslau, et la captivité autrichienne (confortable pour un duc) était préférable à la disgrâce du roi de Prusse, qui avait fait emprisonner des généraux pour moins que cela.
Généraux impliqués
Batailles liées
Questions fréquentes
Pourquoi la Prusse a-t-elle perdu la bataille de Breslau en 1757 ?
L'infériorité numérique est la cause principale : 28 000 Prussiens contre 84 000 Autrichiens, un rapport de un contre trois. Le duc de Bevern ne disposait que d'un détachement de l'armée principale, le gros des forces prussiennes étant en Saxe avec Frédéric II pour combattre les Français à Rossbach. Les fortifications de campagne devant Breslau ne pouvaient compenser un tel déséquilibre. Les Autrichiens, supérieurs en artillerie avec plus de 200 canons, percèrent les lignes prussiennes en trois points simultanément.
Quel lien entre la bataille de Breslau et celle de Leuthen ?
Breslau est le prologue direct de Leuthen. La perte de la Silésie le 22 novembre 1757 poussa Frédéric II à marcher en urgence depuis la Saxe avec l'armée victorieuse de Rossbach. Treize jours plus tard, le 5 décembre, il écrasa les Autrichiens à Leuthen dans ce que les historiens considèrent comme la plus grande victoire tactique du XVIIIe siècle. Breslau fut reprise le 20 décembre. La défaite autrichienne à Leuthen effaça totalement la victoire de Breslau et rendit la Silésie à la Prusse.
Qui commandait les Prussiens à Breslau en 1757 ?
Le duc Auguste-Guillaume de Bevern commandait les 28 000 Prussiens à Breslau. Lieutenant-général expérimenté, il avait combattu avec distinction à Lobositz (1756) et en Bohême. À Breslau, il fit face à une situation impossible : trois fois moins d'hommes que l'ennemi. Capturé le lendemain de la bataille dans des circonstances controversées, il fut libéré par échange de prisonniers en 1758 mais ne reçut plus jamais de commandement important, Frédéric II ne pardonnant pas les défaites.