Ère Contemporaine
Bataille d'Inchon
En septembre 1950, les forces de l'ONU sont repoussées dans un petit périmètre autour de Pusan. MacArthur propose l'impensable : un débarquement amphibie à Inchon, port aux marées parmi les plus dangereuses du monde, à 200 kilomètres derrière les lignes nord-coréennes. Contre toute opinion militaire, il a raison. En quatre jours, le débarquement retourne totalement la situation et les forces nord-coréennes s'effondrent.
Forces en Présence
Forces de l'ONU (USA principalement)
Commandant : Général Douglas MacArthur
Armée populaire de Corée du Nord
Commandant : Général Choi Yong-kun
« Un débarquement amphibie audacieux renverse en quelques jours une situation militaire désespérée et préfigure la forme des guerres modernes par procuration. »
Publié le 10 mars 2026
Contexte
Le 25 juin 1950, à 4 heures du matin, la Corée du Nord envahit la Corée du Sud avec 135 000 hommes et 150 chars T-34 soviétiques. L'armée sud-coréenne, mal équipée et mal entraînée, s'effondre en quelques jours. Séoul tombe le 28 juin. Les premières troupes américaines envoyées en urgence depuis le Japon (la Task Force Smith, 540 hommes) sont bousculées et mises en déroute le 5 juillet à Osan. Division après division, les renforts américains arrivent et reculent. En août 1950, les forces de l'ONU ne tiennent plus qu'un étroit périmètre défensif autour du port de Pusan, dans l'extrême sud de la péninsule coréenne : 200 kilomètres de front dans un rectangle de 150 sur 80 kilomètres. La mer dans le dos. La situation semble désespérée. Les Américains perdent du terrain chaque jour.
MacArthur, commandant suprême des forces de l'ONU, héros du Pacifique auréolé de sa gloire de 1945, conçoit un plan audacieux : débarquer à Inchon, port de la côte ouest à 200 kilomètres derrière les lignes ennemies et à 30 kilomètres de Séoul, couper d'un coup les lignes d'approvisionnement nord-coréennes et les encercler entre le débarquement et le périmètre de Pusan. Tous ses conseillers et tous les experts navals s'y opposent fermement lors de la conférence de planification du 23 août à Tokyo. Les marées à Inchon sont parmi les plus extrêmes du monde : une différence de 10 mètres entre marée basse et marée haute. À marée basse, des vasières de plusieurs kilomètres rendent toute approche impossible. Les fenêtres d'attaque ne durent que quelques heures. Le chenal d'accès, étroit et sinueux, est flanqué d'une île fortifiée (Wolmi-do) qui doit être prise avant le débarquement principal. En cas d'échec, les navires pourraient s'échouer sur la vase et être détruits sous le feu ennemi.
MacArthur reste impassible face à toutes les objections. "Je vous garantis le succès", dit-il simplement aux amiraux assemblés. Son argument décisif : c'est justement parce que tout le monde juge le débarquement impossible que les Nord-Coréens ne le défendront pas sérieusement. L'impossibilité est la surprise. Comme Wolfe à Québec en 1759, il veut frapper là où personne n'attend le coup.
Déroulement
Le 13 septembre, deux jours avant le débarquement, des destroyers américains s'approchent du chenal d'Inchon et bombardent les défenses de Wolmi-do, provoquant une riposte des batteries côtières nord-coréennes. Cette reconnaissance agressive révèle les positions ennemies et les neutralise partiellement. Peu importe : la garnison d'Inchon ne compte que 6 500 hommes, aucun renfort ne peut arriver à temps.
Le 15 septembre à l'aube, à la première marée haute, des marines du 3e bataillon débarquent sur l'île de Wolmi-do sous couverture d'artillerie navale. La garnison nord-coréenne de 400 hommes est submergée en 45 minutes, avec 17 blessés américains et aucun mort. Les marines doivent ensuite attendre douze heures, coincés sur l'île, que la marée haute suivante permette le débarquement principal.
L'après-midi, à 17h30, à la seconde marée haute, les vagues principales débarquent directement dans le port d'Inchon et sur les plages baptisées Red Beach et Blue Beach au nord et au sud de la ville. Les marines escaladent les digues du port à l'aide d'échelles. Les Coréens du Nord, peu nombreux et abasourdis par le bombardement naval, sont surpris et dépassés. En deux jours, Inchon est prise. Le Xe corps d'armée, 75 000 hommes, marche immédiatement sur Séoul.
La libération de Séoul, capitale de la Corée du Sud, est plus dure que prévu. Les Nord-Coréens se battent avec acharnement dans les rues, les bâtiments, les barricades. Les marines doivent prendre la ville quartier par quartier, au prix de combats urbains sanglants et de destructions massives. MacArthur veut absolument reprendre la ville pour le 25 septembre, exactement trois mois après l'invasion, pour l'effet symbolique. Le 28 septembre, après trois jours de retard sur ce calendrier politique, Séoul est reprise. Les lignes d'approvisionnement de l'armée nord-coréenne sont coupées net. Les forces nord-coréennes qui assiégeaient Pusan, prises entre le débarquement d'Inchon au nord et une contre-offensive alliée lancée simultanément au sud, s'effondrent. En quelques semaines, l'armée nord-coréenne cesse pratiquement d'exister en tant que force organisée : 135 000 hommes ne sont plus que 25 000 épaves dispersées fuyant vers le nord.
MacArthur, euphorique et convaincu de son génie, ordonne alors la poursuite au-delà du 38e parallèle, frontière d'avant-guerre. Truman et le Pentagone approuvent, enivrés par le succès. C'est l'erreur de trop : l'armée américaine avance vers le fleuve Yalu, frontière de la Chine. Mao Zedong avertit, par l'intermédiaire de l'Inde, que la Chine interviendra si les Américains s'approchent de sa frontière. MacArthur balaie l'avertissement. En novembre 1950, 300 000 "volontaires" chinois déferlent à travers le Yalu dans le froid glacial. La guerre repart pour deux ans et demi.
Conséquences
Inchon est un chef-d'oeuvre tactique. En quatre jours, MacArthur a renversé une situation militaire qui semblait sans issue. Le débarquement est étudié dans toutes les écoles militaires du monde comme un exemple parfait d'utilisation de la mobilité stratégique et de la surprise. L'audace de MacArthur, qui avait raison contre tous ses conseillers, entre dans la légende militaire américaine.
Mais le succès d'Inchon porta MacArthur à une forme d'hubris qui allait être catastrophique. Convaincu de son génie infaillible, il refusa d'écouter les renseignements signalant une intervention militaire chinoise imminente. Son avance vers le Yalu en novembre 1950 précipita l'entrée en guerre de la Chine, qui envoya 300 000 soldats à travers les montagnes enneigées de Corée du Nord. La débâcle qui s'ensuivit fut brutale : la retraite de Chosin (décembre 1950), où les marines américains durent se frayer un chemin à travers huit divisions chinoises dans un froid de -35°C, le recul jusqu'au 38e parallèle, la perte de Séoul une seconde fois en janvier 1951. Tous les bénéfices de la victoire d'Inchon furent effacés en quelques semaines. Truman releva MacArthur de son commandement en avril 1951, un acte politique courageux et explosif.
La guerre de Corée se termina en juillet 1953 par un armistice qui rétablissait à peu près les frontières d'avant-guerre. Trois ans de guerre, 2,5 millions de morts civils et militaires, pour revenir au point de départ. La péninsule reste divisée jusqu'à aujourd'hui. Inchon avait gagné une bataille ; la guerre était à peine un match nul.
Pour l'histoire militaire, Inchon reste la dernière grande opération amphibie combinée de l'histoire, après Normandie, avant une longue période où ce type d'opération semblera obsolète dans le contexte nucléaire. Elle démontre aussi pour la première fois la capacité américaine à projeter rapidement une force massive à l'autre bout du monde, capacité qui définira la posture militaire américaine pendant toute la Guerre froide.
Le saviez-vous ?
La quasi-totalité des amiraux et généraux présents à la réunion de planification d'Inchon estimaient le plan suicidaire. L'amiral James Doyle, expert en débarquements amphibies, énuméra pendant une heure toutes les raisons pour lesquelles Inchon était la pire cible possible, marées extrêmes, chenal étroit, absence de plages, défenses côtières. Puis MacArthur prit la parole. Sans notes, il parla pendant quarante-cinq minutes. Il admit tous les obstacles, les retourna un par un, et conclut : "Nous frappons Inchon." Silence dans la salle. Puis l'amiral Sherman dit : "Si quelqu'un peut le faire, c'est bien la Septième Flotte et le général MacArthur." L'opération fut approuvée. Le général qui avait dit "impossible" donna l'ordre d'appareiller.
Généraux impliqués
Les fiches de ces généraux ne sont pas encore disponibles.
Batailles liées
Questions fréquentes
Qui a commandé la bataille d'Inchon ?
La bataille d'Inchon fut planifiée et commandée par le général Douglas MacArthur, commandant suprême des forces de l'ONU en Corée. MacArthur, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et commandant des forces alliées dans le Pacifique, conçut personnellement le plan contre l'avis quasi unanime de ses conseillers militaires et navals. Le débarquement fut exécuté par le Xe corps d'armée sous les ordres du général Edward Almond, comprenant notamment la 1ère Division de Marines américains et la 7e Division d'Infanterie.
Pourquoi les marées rendaient-elles le débarquement d'Inchon si difficile ?
Inchon possède l'une des marées les plus extrêmes du monde : une différence de 10 mètres entre marée haute et marée basse. À marée basse, des vasières de plusieurs kilomètres de large rendaient toute approche de navire impossible. Les fenêtres de marée haute utilisables pour le débarquement ne duraient que quelques heures. Les navires devaient entrer dans un chenal étroit bordé de l'île fortifiée de Wolmi-do, qui devait être neutralisée avant l'assaut principal. Toute erreur de timing pouvait laisser des navires de débarquement échoués sur la vase à découvert, transformés en cibles fixes pour l'artillerie ennemie.
Quelles furent les conséquences du succès d'Inchon sur la guerre de Corée ?
Le succès d'Inchon retourna spectaculairement la situation en quelques semaines. L'armée nord-coréenne, dont les lignes d'approvisionnement étaient coupées et qui était prise entre le débarquement et la contre-offensive alliée au sud, s'effondra : de 135 000 hommes, elle fut réduite à 25 000 épaves. Séoul fut libérée le 28 septembre. Mais MacArthur, euphorique, poursuivit trop loin vers le nord, provoquant l'entrée en guerre de la Chine (novembre 1950) et recommençant une guerre qui dura encore deux ans et demi.